‹ Histoire de la coiffure féminineChapitre 12 sur 31 · AN NI 1)1 CL £V T S · texte numérisé non relu

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F'g- 347- — Aline de Clèves

Un de ses portraits (fig. 349) la représente dans un âge moyen; ses cheveux sont arrangés à la mode du temps, très relevés sur des crêpés ou des arceaux et richement semés de pierreries; une fraise ornée de dentelles borde 1 echancrure de sa robe magnifique. Sa poitrine est couverte de perles. On dit qu'elle portait une per-

Fig. 34S. — Marie Tudor, d'après une médaille frapjxie en 1555.

ruque blonde encore à soixante-cinq ans. Un Allemand qui visita l'Angleterre à cette époque, rapporte ainsi ses impressions :

« La reine, dit-il, était à ce qu'on ma dit âgée de soixante-cinq « ans. Elle avait le visage long et blanc, mais plein de rides, de < petits yeux noirs et agréables, le nez un peu aquilin, les lèvres fort « noires (ce qui est vraisemblablement occasionné par le grand « usage que les Anglais font du sucre). Elle avait des pendants « d'oreilles, de belles et grandes pierres fines et des cheveux blonds «. mais artificiels. Sur sa tête elle portait une petite couronne d'or.

« Sa gorge était nue, ce qui, chez les Anglais est un signe de « virginité, car les femmes mariées se couvrent la poitrine. Son « cou était garni d'une longue chaîne d'or ornée de pierres pré-

Fig. 349. — Elisabeth, reine d'Angleterre, d'après un portrait du temps.

« cieuses. Elle avait les mains maigres, les doigts assez longs, la « taille médiocre, la démarche majestueuse. Sa conversation était « aisée et agréable. Le jour que je la vis, elle était vêtue d'une « robe de soie blanche dont le bord était garni de pierreries de

« la grosseur d'une fève et par dessus un manteau de soie noire « avec des raies d'argent, dont une marquise portait la queue « traînante. En marchant dans ce magnifique attirail, elle parlait « avec bonté, tantôt à l'un, tantôt à l'autre, surtout aux ministres « étrangers, soit en anglais, soit en italien ou en français. » Les femmes de la haute noblesse rivalisaient d'élégance avec la

Fig. 350. — Jeune fille anglaise.

reine, toutes celles du moins qui faisaient partie de la cour, car les autres appartenaient .soit à la religion catholique et étaient ruinées, soit à la bourgeoisie, non moins malheureuse par suite des bouleversements des règnes précédents et de l'agitation de celui d'Elisabeth. De là, contraste choquant entre les splendeurs de la cour et la misère du reste de la nation. Les vêtements des Anglaises sont alors très simples, leurs coiffures en toile affectent toutes les formes que nous avons vues en France et en Aile-

magne et le petit chapeau de ieutre vient seul donner un peu de grâce aux jeunes femmes qui aiment à ne pas passer inaperçues. On faisait ces chapeaux en toutes couleurs, le rouge vif était porté de préférence par les femmes de la noblesse (fîg. 350).

Le chapeau de feutre n'était pas d'un usage exclusivement anglais. En France, on en portait beaucoup dans les classes populaires. En 1583, on vit un pèlerinage de paysans de la Brie, vêtus de toile blanche, avec mantelets également en toile, et coiffés de chapeaux de feutre gris chamarrés de bandes de toile. Les femmes portaient le capuchon de toile. Ce singulier pèlerinage n'était pas une exception. Il se fit beaucoup de démonstrations pieuses dans ce temps et le costume y tint une place importante. Le vêtement uniforme donne un air beaucoup plus imposant aux masses.

Si la reine Elisabeth se servait de tous les moyens possibles et connus de son temps, pour atténuer les ravages des années, elle ne faisait que suivre en cela l'usage général.

Non seulement les femmes se fardaient, mais en France beaucoup d'hommes avaient cette faiblesse. Le fard dont se servait le roi Henri III avec tant de profusion, était d'un usage universel. L'on en abusait au point de se défigurer le visage. Le goût se faussa à tel point qu'on ne se contenta plus de marquer les veines temporales avec un cra)'on noir ou bleu, mais on les découpait en taffetas noir et on les collait aux tempes sous prétexte de s'embellir. Pour comble de ridicule on s'appliqua des mouches de la grandeur d'un écu.

Le luxe gagna tout ce qui servait à la toilette. Point de miroirs qui ne fussent enrichis de pierreries, pas de menu mobilier de toilette qui ne fût ou ne prétendit être œuvre d'art et n'atteignît une valeur digne d'être comprise dans la nomenclature de la dot. Les bassins d'argent ou de vermeil, les aiguières, les boîtes à poudre, à mouches, tout sortait des mains d'artistes comme Benvenuto Cellini et ses élèves. Enfin on connaissait déjà le nécessaire, cet objet indispensable à toute élégante. Les comptes

royaux font mention d'un « estuy à peignes de bois debène, garny de trois peignes, ung mirouer, une paire de cizeaulx et une brosse à nettoyer lesdits peignes, le tout taillé à la moresque et remply d'or fin, semé de rubis et de turquoises enchâssés dans l'or, au-dessus duquel estuy y a une orloge et au couvercle d'icelle un gros saphir. »

On ne peut mettre plus de luxe dans un simple objet de toilette. ■ Que devenaient les lois somptuaires avec de pareils exemples ?

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