‹ Histoire de la coiffure féminineChapitre 14 sur 31 · ENTRE DEUX RÉGENCES · texte numérisé non relu

ENTRE DEUX RÉGENCES

La Ligue et le luxe. — Les costumes de la belle Gabrielle. — Fraises et collets. — L'inventaire d'une jolie femme. — Marie de Médicis. — Son sacre. — Extension de la coiffure en cheveux.

— Recettes de fards. — Les masques. — Uniformité de la mode dans les hautes classes de tous pays. — Dentelles et coiffes flamandes. — Albert et Isabelle. — Les fêtes aux Pays-Bas. — Les impératrices d'Allemagne. — Modes luthériennes — Arrivée en France d'Anne d'.^utriche.

— La duchesse de Montbazon. — Madame de Motteville. — Marie de Nevers. — Premiers coifleurs. — Champagne et Tallemant des Réaux. — Une cousine de l'abbé Arnaud d'Andilly. — Mercières. — Les chapeaux frondeurs. — La grande Mademoiselle. — \'euves et coiffes. — Modes flamandes. — Les ordonnances du Prince Charles. — Les bonnets de Mademoiselle.

— Louis XIV. — Madame de Sévigné. — La coiffure hurluberlu. — La Fontange. — Attendez-moi sous l'orme. — Le luxes et ses détracteurs. — A Bade. — Toujours plus haut.

— Les perruques espagnoles. — Picardes et Béarnaises. — Une sultane.

/ONVAiNCUE de sa mi.ssion religieuse et moralisatrice,

la Ligue avait mené une campagne formidable

contre le luxe. Elle voulait, par ses rigueurs,

réagir contre les prodigalités de la cour d'abord,

puis contre les excès de recherches où tombaient

les derniers \'alois. Ne fallait-il pas protester

avec énergie contre ce roi efféminé, qui coiffait

de .ses propres mains la reine, sa femme, et se faisait

ensuite coiffer comme elle, qui plissait lui-même .ses

frai.ses à larges godrons et ne rougis.sait pas de .se

maquiller comme une vieille coquette? 11 importait en outre de

prouver aux huguenots que les catholiques savaient aussi bien

qu'eux se plier à la simplicité. Mais ces intentions excellentes, mises en pratique avec une sorte de furie, compagne trop fréquente des grandes émotions populaires, revêtirent un caractère de violence passionnée. Il se produisit dans Paris une perturbation générale des esprits, qui atteignit son plus haut degré, lors du second siège de la capitale. La populace, à la fois affamée et surexcitée, se porta aux excès les plus répréhensibles et parfois aussi les plus extravagants. De gré ou de force, les belles ligueuses durent abandonner les toilettes voyantes, les parures à éclat. Une fraise bordée d'une trop haute dentelle, un rabat trop long étaient aussitôt mis en pièces par les femmes du peuple. Les modes rappelant celles de la cour eurent le même sort. Toute femme fardée fut pourchassée de huées. On vit une pauvre femme parcourir les rues en criant qu'elle était envoyée de Dieu pour ordonner à Madame de Montpensier de ne plus se peindre. Toutefois il est à observer que les grandes dames, qui portaient les noms des chefs de la Ligue, eurent le privilège d'échapper à ces manifestations du courroux populaire.

Cette même duchesse de Montpensier, comme Madame de Mayenne et la plupart des autres, ne semble guère avoir cessé de se faire voir dans de magnifiques atours. Madame de Sainte-Beuve, que ses ennemis appelaient par ironie la Sainte Veuve, entra un jour à l'église au bras du chevalier d'Aumale, avec une collerette en point coupé, qui excita l'indignation du prédicateur. Elle ne fit qu'en rire et personne n'osa protester à cause de sa qualité de zélée ligueuse. En dehors de ce groupe restreint, la plupart des femmes de la Ligue, nobles ou bourgeoises, portaient le bonnet à arcelets avec pointe sur le front, en drap ou en velours, et doublé d'une simple petite coiffe de mousseline ou de toile unie, les cheveux sans frisure, relevés à racine droite ou aplatis en bandeaux. C'était le complément du costume de drap noir ou brun de forme droite, sur lequel on osait à peine poser un étroit galon d'or ou d'argent (fig. 353).

Henri IV entra à Paris, vainqueur de ses sujets rebelles, mais

repentants et heureux de voir enfin cesser les maux qui les accablaient. Il y amena avec lui la tranquillité et la paix, mais aussi, hélas! les faiblesses royales; derrière son panache blanc flottait le voile léger de Gabrielle d'Estrées.

Au milieu de l'allégresse générale, ce fut une vraie douleur pour

^'ê 353- — Grandes dames sous la I-is^ue

le peuple de voir s'avancer, dans le cortège triomphal, une femme qui n'était pas la reine. 11 fallait de l'audace à Gabrielle d'Estrées pour prendre une telle place; cependant personne n'osait dire tout haut sa pensée. On admirait en silence cette beauté altière, si bien rehaussée par une magnifique toilette de satin noir toute

houppée de blanc et dont la tête était chargée de pierreries. Avec elle rentraient dans la capitale de la France le luxe et ses tristes suites. La duchesse de Beaufort aimait la toilette et ses parures sans cesse renouvelées excitaient l'admiration des unes et l'émulation des autres, soit qu'elle courût le cerf en vêtement masculin de velours vert, coiffée d'une toque espagnole de même couleur, soit

l'ig 354- — Jevine femme, d'après un poiLiait cUi leiii])s.

qu'elle parût au baptême du fils de Henry II de Montmorency, dans une splendide robe de brocart vert, coiffée de douze épingles de diamants et si bien accoutrée que le roi lui en faisait compliment dans l'église même (fig. 354).

Le bon goût dans l'art de se vêtir ne semblait pas devoir reparaître de sitôt.

Tout était droit, lourd, raide ; on aurait dit en vérité que les

femmes se fussent vouées, par manière de pénitence, aux modes les plus difficiles et les plus désagréables à porter. Le corps passait à l'état de boudin sanglé et sans forme, les jupes d'étoffes épaisses étaient ballonnées par des vertugadins qui haussaient les hanches au-dessus de la taille. Le cou se trouvait emprisonné par des fraises immenses et la tête se bordait de fils de fer pour y maintenir les cheveux relevés, formant d'énormes bouffes au dessus et de chaque côté du visage {ûg. 355 et 356). Sur ces bouffes se plaçait, soit la petite toque, dite espagnole réduite à des proportions microscopiques, soit un diadème et des bijoux aussi lourds que larges, soit

If/'

^'S 355 — Coifiure de 1S99-

Fig. 356. '— Coiffure de 1600.

encore un petit chaperon en pointe sur le front, plus ou moins richement décoré et auquel s'attachait la mante, vêtement ou mieu.x ornement bizarre, cerclé de fer et formant un arceau de chaque côté du visage, se rattachant vers l'épaule pour refaire un nouvel arc plus grand. Les mouvements devinrent l'objet d'une stratégie savante : s'asseoir, se baisser, se tourner exigeaient des études profondes. Par derrière, il eût été absolument impossible de deviner la tournure de la malheureuse martyre de la mode, dont la taille se serrait au point qu'Ambroise Paré îissure avoir vu.

486 HISTOIRE UE LA COlFl'UKE FEMINIXE

plus d'une fois, mourir par suite de cet excès, des femmes dont les côtes s'étaient soudées ensemble.

En outre, les collets de dentelles, alternant avec les fraises, sans être plus commodes, avaient pris des proportions exagérées telles qu'il fallait les soutenir au moyen de fils de fer. La coiffure était étroite et haute : un cône fait avec les cheveux relevés à racine droite et maintenu dans son élévation par une armature bourrée de crêpés.

Dans les cheveu v: ainsi retroussés se jetaient à profusion des enseignes, des agrafes et des ballaux. On appelait ainsi des balles ou boules, soit d'or, soit d'argent, ornées de pierreries et formant l'extrémité de longues épingles fichées dans la coiffure.

L'inventaire de Gabrielle d'Estrées mentionne neuf ballaux de diamants formés chacun de 24 diamants, garnis de leurs aiguilles et prisés mille escus.

Ce même inventaire signale en outre plusieurs enseignes ; une entr'autres : « grande, faite en plume toute de diamants, où il y « en a un grand à jour au milieu duquel est la peinture du roy, « le reste garny de diamants et il y a un cabochon, un grand « rubiz et un autre en table, prisée 7000 escus. »

« Une autre grande enseigne, où il y a un grand diamant et « plusieurs autres en différentes grandeurs; au dessus il y a une « paix dans un chariot de triomphe et au bas trois grosses perles « en poires plattes. D'un costé la dite enseigne est tenue d'une « chesne d'or et de diamants et y a un grand diamant en hault « de la chesne et une petite perle en poire, prisée 7000 escus. »

Enfin relatons une autre enseigne toute ronde, « faite en façon « de soleil, à laquelle il y a une grosse pomme de diamant en « tout 58 diamants, prisée et estimée à la somme de 11,000 « escus (fig. 357). »

On ornait aussi la coiffure de cordons, c'est-à-dire de pièces d'orfèvrerie enchaînées l'une à l'autre, posées soit autour de la toque, soit au milieu des cheveux bouffants. C'est encore l'inventaire de Gabrielle d'Estrées qui nous décrira un de ces cordons.

Il est fait « en fasson de triomphe. On y voit représentées plusieurs « figures à personnages et bestiaux. »

Ce même inventaire nous livre les détails les plus minutieux sur la toilette d'une élégante de la fin du x\i® siècle, élégante, qui ne suivait pas les modes, mais les imposait. Gabrielle aimait à varier ses coiffures, si l'on en juge par la prodigieuse quantité d'orne-

Fig. 357. — Bijoux de tête vers 1600.

ments de tête différents, inscrits dans le relevé de ses parures. Elle avait une certaine façon de se coiffer parfois avec les cheveux relevés en bouffes par devant et renfermés par derrière dans un petit bonnet, dont la pointe venait se rabattre .sur lesdites bouffes. Sa garde-robe offre toute une collection de ces petits bonnets. Cinq, dont deux bordés de jais, sont en satin noir, un sixième est tout en jais, un septième en velours incarnat, le dernier en satin blanc.

Voici la description d'un de ses costumes de cheval :

« Un capot et une devanture pour porter à cheval, de couleur « de zizolin (i), en broderie d'argent uni en Ijâtons rompus; « dessus, des passe-poils de satin vert. Le capot doublé de satin « vert gauffré et, dessus le rebras, des boutonnières en broderie « d'argent. Et ladite devanture doublée de taffetas couleur de « zizolin garni d'argent, prisé 200 escus. »

A cette femme aveuglée par la fortune, rien ne semblait trop beau et trop riche : son mobilier, ses châteaux, ses maisons, tout était fastueux et magnifique. Elle avait la passion des bijoux et les répandait sur elle avec une profusion qui s'éloignait souvent du bon goût.

Naturellement ses exemples furent sui\is par toute la cour et, après sa mort, Marie de Médicis n'arrêta pas cette impulsion. Cette reine aimait aussi les splendides parures et s'inquiétait peu de la grâce du vêtement pourvu qu'il fût somptueux. Sous .son influence, les jupes se firent de plus en plus raides, les manches de plus en plus bouffantes, et, si les collets se rabaissèrent, ils s'étendirent en largeur, sans devenir plus souples. La coiffure resta à peu près la même, toujours développée autour de la tête. On commença à porter de petites aigrettes en plumes d'autruche, entremêlées de bijoux. Quant aux bourgeoises, elles restèrent fidèles aux cornettes de toile, en pointe sur le front et sur les tempes. Quelques-unes y ajoutaient un morceau de toile empesée, qui se dressait par derrière vers le ciel.

Le vieux capuchon de drap garni de velours se faisait de plus en plus rare. La basse bourgeoisie le garda encore quelque temps sans pouvoir en arrêter le déclin. On citait les femmes assez dédaigneuses de la mode ou assez fidèles aux vieilles traditions pour oser garder cet objet suranné (fig. 358).

Pierre de l'Estoile note dans son journal de 1603 : « En ce mois de may mourut, à Amboise, la mère du président Forget,

(1) Le zizolin ou zinzoliu était une couleur violet-rougeàtre.

Fig. 358. — Famille bourgeoise d'après GolUius.

qu'on disait âgée de quatre vingt-treize ans et qui portait le chaperon de drap. »

Ce n'était plus guère qu'en province qu'on gardait les vieilles mœurs et les antiques vêtements. Dans les capitales il était plus difficile de résister au courant.

L'exemple de la reine, qui ne sortait qu'en cheveux, fit abandonner par les classes élevées les toques à l'espagnole, qui ne se portèrent plus, sinon pour le voyage ou la chasse. Les jolis petits bonnets brodés tant aimés de Gabrielle d'Estrées eurent le même sort.

En revanche, les cheveux s'arrangèrent de manières variées. Marie de Médicis délaissait souvent la coiffure à arcelets pour une autre, qui consistait dans une succession de bourrelets posés les uns sur les autres en diminuant et faits avec les cheveux relevés, tournés eux-mêmes en torsade. Le front et les tempes étaient entourés de petites frisures (fig. 359).

La reine, nous l'avons dit, aimait la magnificence. Son caractère frivole l'entraînait vers le plaisir de la toilette et les petites satisfactions d'amour-propre, plus que vers les occupations graves de la royauté. On remarqua, à son couronnement, l'air de joie qui épanouissait son visage. Le fait d'être l'héroïne de cette imposante cérémonie satisfaisait pleinement sa vanité. Elle était vêtue plus splendidement que jamais, portant le surcot d'hermine, qui, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, était un vêtement officiel et obligatoire que la mode n'avait pu faire changer. Son manteau de velours bleu, semé de fleurs de lys d'or, avait une queue de sept aunes; sur sa tête brillait une parure de pierreries; son surcot et sa robe étaient semés de diamants, de rubis et d'émeraudes d'une valeur inestimable. Madame, sœur du roi, et la reine Marguerite, qui marchaient derrière elle, portaient aussi le manteau bleu à lys d'or; toutes ces princesses, duchesses et comtesses étaient couronnées selon leur rang; les veuves seules avaient gardé leurs cornettes.

Pierre de l'Étoile raconte ainsi le couronnement de la reine :

« Peu de temps après, lesdits cardinaux (de Sourdis, de

*"'g- 359- — Marie de Médicis, d'après un portrait gra« yar VViriox, i6ji

« Gondy et de Joyeuse) montèrent sur l'eschaffaut (i) pour « reconduire Sa Majesté à l'autel, laquelle, avec ^Monseigneur le « Dauphin et les princes, y descendit en même ordre que dessus, « les mêmes princesses portant la queue de son manteau. S étant « prosternée et ayant fait encore quelques prières, elle fut levée par « Monseigneur le Dauphin et Madame, et, inclinant sa tête, le « cardinal de Joyeuse commença les oraisons requises et prit de « la main de deux évêques l'ampoule et la platine; puis, ayant « versé la sainte onction sur la platine, il en oignit la Reine sur « le chef et après en la poitrine, disant : « Au nom du Père et « du Fils et du Saint-Esprit, cette onction d'huile te profite en « honneur et confirmation éternelle! » Ensuite il prit l'anneau de « la main d'un autre évêque et le mit au doigt de la Reine, disant « l'oraison compétente. Un autre évêque lui ayant présenté le « sceptre et la main de justice, il les mit es- mains de la Reine en « continuant les oraisons sur ce requises. Puis un autre évêque lui « ayant baillé la grande couronne, il la présenta sur le chef de « la Reine sans l'attacher, mais soutenue par Monseigneur le « Dauphin et Madame.

« L'ayant entièrement levée de dessus son chef, il la mit entre les « mains de M. le prince de Conti; et, au lieu d'icelle, en fût posée « sur sa tête par Monseigneur le Dauphin et Madame une autre « moins pesante et plus petite, mais toute couverte et enrichie « de diamants, de rubis et de perles d'un très grand prix ; et en la « mettant sur la tête ledit cardinal lui dit : « Prends la couronne « de gloire, honneur et liesse, afin que tu reluises splendide et « sois couronnée de joie durable ! » Et continua ses oraisons.

« Le sacre et le couronnement finis, la Reine se déchargea du « sceptre et de la main de justice entre les mains de deux princes, « puis fut ramenée en son irone au même ordre que dessus pour « y entendre la messe ».

(i) On avait dressé un trône ou échafaud pour la reine avec un haut dais en veloure bleu semé de lys d'or. Le fond du dais et l'escalier étaient recouverts de velouiï cramoisi brodé d'or.

^^S- j^P — Maiie île Méduis en cornette île veuve, d'nprès un portrait du tcmi>s.

^g4 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

Le veuvage même ne put faire perdre à Marie de Médicis son amour de la parure; sa cornette disparut sous les perles, ses fraises gardèrent leurs dentelles et elle continua à se couvrir de bijoux, comme une châsse ambulante (fig. 360).

L'austère Sully lui-même ne pouvait se défendre d'un faible pour ces jolies choses brillantes. Ce grand personnage, que la tradition nous peint si austère, avait le culte des bijoux. On le vit, au mariage de son fils avec Mademoiselle de Créqui, plus éblouissant qu'un soleil, portant enseignes, carcans, bracelets et bagues comme un jeune dameret.

Il conduisit dans cet équipage la fiancée, qui, pour paraître dignement à côté d'un si splendide beau-père, avait chargé sa tête de joyaux sous son voile à la romaine et semé non moins richement d'orfèvrerie sa robe de satin blanc.

Ce même Sully cependant renouvela les anciens édits somptuaires avec plus de rigueur que jamais. Pour en assurer plus sûrement l'e.xécution, il termina un décret, comme suit :

— « Défense de porter ni perles, ni or, ni diamants, excepté « cependant aux filles de joie et aux filous, auxquels nous ne <c prenons pas assez intérêt pour leur faire l'honneur de donner « attention à leur conduite. »

Les dames, devant la cruelle alternative où les mettait cette conclusion, se décidèrent à cacher leurs bijoux, mais les rubans n'étant pas défendus, elles se rejetèrent sur cet ornement avec toute la fougue de gens affamés de parure.

Comme on savait le roi moins insensible que son ministre, on ne se fit pas faute d'aller se lamenter près de lui. Au milieu de tant de beaux yeux suppliants, Henri IV se trouvait mal à l'aise et sa mauvaise humeur retomba sur Sully.

« J'aimerais mieux, dit-il à son ministre, combattre le roi

« d'Espagne en trois batailles rangées que tous ces gens de

« finance et de justice et surtout les femmes et les filles, que

« vous me jetez sur les bras par tous vos bizarres règlements ! »

La mordante conclusion de Sully s'oublia bien vite et le luxe

regagna rapidement le terrain perdu. On finit par comprendre l'inutilité de ces mesures plus vexatoires que réellement utiles et, si Louis XIV essaya encore de faire revivre quelques règlements somptuaires, il fut le dernier législateur qui s'occupa de la toilette en France.

-Entretemps la mode croissait en largeur et en hauteur. Les fraises permettaient les coiffures larges, les collerettes exigeaient les coiffures hautes : celles-ci devinrent volumineuses. La perruque reprit faveur.

Cette faveur fut grande du premier coup ; les hommes aussi .se prirent d'un goût vif pour les têtes à longues chevelures et cette mode se répandit si vite en Europe, que le concile de Faenza, en 161 5, interdit l'usage des perruques comme immoral.

Nous verrons tout à l'heure à quel point la guerre aux perruques exita la faconde des savants et l'indignation des prédicateurs et ce qui en résulta. Avant d'aborder ce sujet, nous remarquerons que sous le règne de Marie de Médicis, la perruque, alors portée par les femmes seules, inaugura hardiment son long empire. Beaucoup d'élégantes se contentèrent d'ajouter quelques boucles ou crêpés à leur chevelure naturelle. Elles se poudrèrent fortement d'un poudrage plaqué et consistant, très désagréable à l'œil. Cette dureté du ton de la poudre amena logiquement l'usage du fard destiné à harmoniser le teint. Les mouches suivirent le fard, à titre de complément, et tout l'arsenal de la coquetterie s'installa pour deux siècles sur la table de toilette des femmes.

Chose étrange et sinsfulière, c'est au moment où la frivolité est presque vaincue, en F"rance, par le grand mouvement religieux parti de la Ligue et continué par cette pléiade d'âmes saintes, à la tête desquelles brillent St-Vincent de Paul, Monsieur Olier, Madame Accarie et tant d'autres, c'est en ce moment, disonsnous, que surgissent les plus terribles ennemis de la modestie féminine, la poudre et les mouches, éléments peu dangereux en eux-mêmes, mais qui ne tardèrent pas à jouer un rôle lamentable dans les rangs élevés de la société.

A mesure qu'avance le xvif siècle, la perruque s'établit solidement en France. Une satire parue en 1615 « le Discours de la mode » s'exprime ainsi :

Une dame ne peut jamais estre prisée

Si sa perruque n'est mignonement frisée,

Si elle n'a son chef de poudre parfumé

Et un million de nœuds, qui çà et là semé

l'ar quatre, cinq ou six rangs, ou bien davantage

Comme sa chevelure a plus ou moins d'étage.

Un autre pamphlet, publié en 1622, disait: « Celles qui avaient « visage trop pâle appliquaient le vermillon détrempé sur la ron- « deur des joues ; celles qui avaient le visage trop rouge ou trop « triste, le blanc d'Espagne délayé assez clairement qu'elles appli- « quaient très doucement sur leur visage, sans oublier la petite « mouche noire sur la tempe et la plume orange pastel avec « vert naissant ».

Une recette de fard, parue en 161 6, conseille aux dames de faire calciner des coquilles d'œufs, puis de les piler en poudre très fine et de mêler cette poudre avec de l'eau d'ange. On appelait ainsi une eau de senteur, qui avait la réputation d'être supérieure à toutes les autres. Le teint était alors l'objet de graves soucis. Le soigner constituait une occupat'on importante pour les dames. Outre les fards, il y avait force recettes pour conserver à la peau sa fraîcheur junévile ou la recouvrer si elle était perdue. Certaines femmes se mettaient des couennes de lard sur le visage pour dormir et ce n'était pas encore le plus désagréable des procédés. Les vieux livres de chimie en signalent d'étranges, mais ils ne disent pas jusqu'à quel point ils sont efifîcaces.

Quant aux mouches, elles étaient devenues coquettes. Ce n'étalent plus les larges placards en faveur chez les derniers Valois, toutefois elles étaient encore assez étendues.

Avant les mouches, le masque, né du désir de se conserver le teint, était entré complètement dans les mœurs. Pendant plus de

cent ans, les femmes de naissance n'eussent • osé sortir sans masque. On le prenait pour la promenade et les visites, on le gardait même parfois dans la maison. Aussi la peau de ces nobles dames devenait-elle aussi délicate que blanche et, comme les femmes de qualité de la province ne s'astreignaient pas toujours à ce porter incommode, elles étaient le sujet inépuisable des plaisanteries des premières sur leur teint hâlé et leur peau gonflée à l'air vit des champs. Le masque fut un des rares objets que les bourgeoises n'osèrent s'approprier, du moins d'une

manière permanente. Encore ne pouvaient-elles le porter en velours noir.

Les satires et pamphlets du temps contre les usages existants malmènent sans pitié les bourgeoises ambitieuses, qui cherchaient à s'emparer du masque par une foule de moyens détournés.

On demandait, à celles qui osaient se masquer de velours, depuis combien de générations on se masquait dans leurs familles ? (fig. 361).

Le masque était court pour les jolies bouches à lèvres de corail, il s'allongeait d'une mentonnière de satin pour les femmes désireuses de garder l'incognito absolu. Il se retenait au moyen d'oreillettes en cannetille ou avec les dents, à l'aide d'un bouton de verre fixé dans l'étoffe.

La sévérité du deuil allait s'amoindrissant. Plus ne se rencontraient de veuves au deuil éternel comme celui de Catherine de Médicis. La règle demeura toujours la même, mais on s'efforça de la contourner. Au lieu de la coiffe de toile unie, on eut la coiffe de velours ou de soie ; la forme seule ne varia guère, c'était toujours celle du chaperon à trois pointes, que Diane de France portait sur son tombeau, détruit à la Révolution (fig. 362). Ce chaperon était de stricte observance, à ce point que les plus

Fig. 362 — Diane de France, duchesse d"Angoulème, veuve du duc de Montmorency, morte en 1619.

mondaines n'osaient l'abandonner. La duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, qui la première eut l'audace de s'habiller de couleur, son grand deuil de veuve passé, ne put se dispenser de garder le chaperon. C'était aussi la coiffure des bourgeoises.

Mais c'est là la façon des dames : le souci ' Des bourgeoises u'est pas de se coiffer .ainsi.

Leur soin est de chercher un velours par figure. Ou un velours rasé qui sen-e de doublure Au chaperon de drap que toujours elles ont, Et de bien agencer le moule sur le front, Luy fasse aux deux côtés, de mesure pareille, Lever la chevelure au-dessus de l'oreille.

Mais déjà, en 1630, le chaperon est bien délaissé de la bourgeoisie ; seules, les vieilles dames continuent à le porter en signe de vénération pour les coutumes passées (fig. 363).

Quant aux: coiffures, elles sont très variées et portées un peu par tout le monde. Leurs noms sentent déjà la recherche. Citons la coiffure à la nymphe, à la cavalière, la coiffe à la jacobine, à l'espagnole, à la maheustre, etc., qu'il serait difficile de décrire faute de documents certains. La forme générale est la même, la variété se trouve dans les détails. On fait des perruques qui suivent le courant de la vogue ci-dessus; perruques ou chevelures naturelles sont ornées de poinçons de brillants, de bouquets de fleurs ou de plumes, soit juste en haut de la tête, soit un peu sur le côté. On emploie au même usage des chaînes d'or, de cristal, de musq (?), des tresses, cordons, lizets, etc., ainsi que des écharpes de gaze qu'on fait bouffer au milieu des cheveux.

Les femmes dont le front trop proéminent ne supportait pas la coiffure à tige droite, adoptaient la perruque, qu'elles ramenaient plus en avant. Alors comme maintenant, il était avec la mode des accommodements, à l'usage des beautés intelligentes.

Nous l'avons déjà remarqué : à mesure que nous approchons de l'époque actuelle, la mode se généralise. Dans les hautes classes, dès le siècle précédent, elle était, clans les grandes lignes, partout la même. Les modifications que l'esprit particulier de chaque

nation y apporta ne sont pas considérables, mais la France sut conquérir de plus en plus le droit de dicter les lois de la mode à l'Europe. On rendait justice au goût de la Française, toujours plus élégante que partout ailleurs. Nulle femme ne possède mieux qu'elle l'art d'inventer un nouveau porter, de réaliser une fantaisie et de créer une vogue; si elle s'approprie l'invention d'un pays voisin, elle l'accommode avec tant de grâce, le modifie si

ï^'g 3^3 — Bourgeoise de Paris en chaperon

heureusement, que, d'un objet lourd et disgracieux, elle fait sortir un vêtement coquet que toute l'Europe s'empresse d'adopter.

C'est à cette époque que Paris commence à expédier des dessins représentant les modes françaises, des poupées habillées, et que les grandes couturières de l'Europe se forment à l'habitude de lui demander ses modèles et ses créations élégantes. On ne renouvelle pas encore la mode à chaque saison, comme nous le voyons maintenant. En revanche, le costume populaire s'accentue et se ilessine plus nettement. Pendant le moyen âge il avait moins de caractère. Au commencement du x\ a"' siècle, il prend presque partout une personnalité plus pittoresque. Il est à croire qu'antérieurement le peuple portait les mêmes vêtements que la petite

bourgeoisie. Quand celle-ci chercha à s'habiller comme les hautes classes, le peuple se sépara d'elle et garda seul les vieilles traditions.

Les Pays-Bas et l'Allemagne conservèrent longtemps le chaperon. Pour le peuple, il était plat et consistait en un petit bonnet de toile, de soie ou de velours. Le fond en était parfois bouffant.

Il se découpait également à trois pointes. Ce dernier genre se retrouve souvent dans les tableaux de Jean Steen et de Van Ostade (fig. 364). Il permettait d'égayer la sécheresse des lignes par quelques boucles frisées. Par contre, à mesure qu'on s'élève dans la hiérarchie sociale, le chaperon s'évase davantage et colle moins à la tête. Plus vaste est l'auréole qu'il forme, plus il est déclaré élégant. Il devait entourer, encadrer les arcelets bouffants de la coiffure. Un portrait de Jacqueline de Bade, gravé vers l'an 1600 par Crispin de Passe, représente cette princesse avec un chaperon très évasé, richement orné de perles fines (fig. 365). Une mante volumineuse, également bordée de perles, l'enveloppe entièrement.

La fraise est ornée d'une superbe dentelle, lu\e qui commençait à être très apprécié et dont la Belgique avait su de bonne heure s'approprier le monopole. Dès la fin du xvf siècle, la Flandre le disputait seule à Venise pour ses beau.x points coupés et ses points au fuseau ou à l'aiguille.

On ne se contenta pas de garnir la fraise de dentelle, on comprit bien vite tout le parti que la coiffure pouvait en tirer ; rien ne termine plus agréablement une cornette. La dentelle atténue la raideur de la toile ou le cassant de la soie. On en fabriqua à longues et fines pointes, créées, disait-on, pour donner au.x chaperons une fine et transparente auréole. Le burin délicat de Crispin de Passe semble se complaire à tracer ces élégantes astragales encadrant si bien les bandeau.x ondulés. Ses portraits sont presque

Fig 364. — D'après Je.in Stceii.

tous coiffés de cou\re-chefs brodés de dentelles; notons parmi les meilleurs celui de la baronne Le Rebours, fait en 1598, une Anversoise mariée à un Français (fig. 366).

La vieille dame en Flandre se gardait de ces coiffures en arceaux,

^'g- 3^5- — Jacqueline de Bade, d'après une gravure de Crispin de Passe.

jugées peut-être trop coquettes pour l'âge mûr. Presque tous les portraits qui nous restent des matrones des Pays-Bas révèlent une profonde répugnance de ce qui découvre trop le visage. Les bonnets ont de vastes fonds allongés et affectent déjà la forme des serre-têtes de nos vieilles paysannes. Sur le devant on se permet une garniture brodée ou une dentelle, rien de plus.

Ainsi coiffée nous apparaît Catherine Senezin, épouse de Jean

Georges Godelmann, d'après le portrait gravé par Égide Sadeler

D'autres monuments flamands nous montrent la femme âgée des Pays-Bas avec un bonnet à fond plus plat, échancré fortement sur le front, et, pour que la chevelure ne se voie pas, un petit

Fig. 366. — Marie de Rebours, d'après Crispin de Passe.

bandeau rond brodé ou finement plissé s'avance en cachant le Iront (fig. 368).

Une grande différence, au point de vue du luxe, se remarque vers cette époque entre les Pays-Bas et leur élégante voisine, la France. L'austérité espagnole, jointe à l'affectation protestante, avait jeté sur toute la nation une teinte sombre. Les couleurs brillantes étaient proscrites, les splendeurs de la cour de Bourgogne depuis

longtemps oubliées. Les fêtes étaient rares, même chez les grands seio-neurs. Les Pays-Bas traversaient une crise pénible, la toilette s'en ressentit. La couleur la plus usitée fut le noir, parfois le

Fig. 367 — Catherine Senezin, femme de J G. Godelmann, d'après la gravure d'Egide Sadeleer.

brun. Les Espagnols avaient un goût prononcé pour le noir et les Flamands suivirent cet e.Kemple. Toutefois les femmes se laissèrent aller à plus de fantaisie. Les tableau.x de Rubens fournissent

d'élégants personnages ; mais Rubens avait encore dans l'œil les magnificences de la cour de France. Il peignait l'exception. La règle se lit dans les gravures, sur les tombeaux, sur les monuments, encore si nombreux dans nos villes et nos campagnes.

Le gouvernement des Pays-Bas était alors entre les mains d'une

Fig. 36s. — Maria Jacobi Torlelboom et ses liUcs, d'après uii tombeau de l'église Saint-Sauveur, à Bruges.

Infante d'Espagne qui donnait l'exemple du plus complet mépris de la toilette.

Isabelle, à mesure qu'elle avança en âge, se dégoûta de plus

en plus de toute mondanité. Pieuse et fervente, elle aimait à se

revêtir d'habits religieux, à suivre les ofiîccs de l'Église, les processions, les pèlerinages populaires.

Si les portraits de sa jeunesse la reproduisent h nos yeux dans

tout l'éclat de sa brillante parure espagnole, ceux de son âge mûr ne nous présentent plus qu'une austère moniale, amenée par les dures épreuves de la vie à se tourner exclusivement vers Dieu

Les grandes dames de Flandre n'étaient pas beaucoup plus

élégantes que l'infante. Elles portaient la coiffure en cheveux à

racines droites comme en France, mais avec moins de goût dans

Fig. 36g. — Isabelle Claire Eugénie, gouvernante des Pays-Bas, en costume de veuve, d'après un portrait du temps.

les arrangements. Pour ne pas paraître trop frivoles, en regard d'une cour grave et sévère, elles n'osaient aborder les grands bourrelets. Il en résulta que, au milieu de leurs énormes fraises, elles paraissaient avoir de petites têtes dépouillées.

La coiffure d'Anne de Croy, prise d'après une médaille frappée en 1619, est bien la coiffure ordinaire des dames flamandes de son temps. L'histoire de cette médaille ne manque pas d'intérêt. On sait que les archiducs Albert et Isabelle avaient remis le jeu du tir à l'arbalète en grand honneur. Un jour même Isabelle abattit

l'oiseau. A son exemple, les grandes dames tirèrent à l'arc et souvent avec succès. C'est ainsi que, en 16 19, Anne de Croy, veuve de Charles de Ligne, duc d'Arenberg, voulut prendre part au grand tir à l'arc qui se donnait chaque année à Bruxelles.

L'oiseau était fixé en haut d'une perche très élevée. Appelée à tirer la première, la duchesse prend son arc et du coup abat la pièce.

Fig. 370. — Anne de Croy, d'après une médaille de 1619.

Des cris de joie et d'admiration éclatent de toutes parts. Anne de Croy est conduite en triomphe dans la maison de la confrérie, où on lui passe au cou le fameux collier d'argent doré, insigne de sa royauté d'un an. La fête se termina par un régal somptueux, organisé sur l'heure. A son tour, la duchesse se fit un devoir d'offrir à la gilde un souvenir durable de sa royauté éphémère. Elle convia tous les confrères à une fête magnifique, et ceux-ci firent frapper

5o8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE

la médaille que nous reproduisons ici, en souvenir de cet heureux événement (fig. 370).

Si la duchesse d'Arenberg était adroite, elle n'était certes pas coquette. Sa coiffure en fait foi. Celle de la jeune Électrice palatine Elisabeth d'Angleterre, est certainement plus favorable à la beauté. Ses cheveux sont légèrement poudrés et ornés d'un cordon de pierreries autour du bourrelet et d'un très beau joyau sur le front. Au lieu d'une fraise, elle a une large collerette. Elle n'était cependant pas moins habile aux exercices du corps que la duchesse Anne. En 16 13, lorsqu'elle arriva en Hollande, peu après son mariage, accompagnée de son époux, on lui donna des fêtes splendides et entre autres de grandes chasses auxquelles elle prit part avec une ardeur extrême. Elle tua même un cerf de sa main, ce qui occasionna de nouveaux divertissements en son honneur. Les États généraux ne se contentèrent pas de prendre à leur charge tous les frais de séjour du jeune couple en Hollande, mais encore ils lui offrirent à son départ de superbes tapisseries, un cabinet, des toiles fines du prix de douze mille livres, un miroir et des draps valant quatre mille livres, deux perles en pendeloques, un poinçon pour les cheveux, de onze mille livres, et d'autres pierreries de la valeur de trente-deux mille livres.

A Harlem, l'Électrice reçut un berceau et des langes valant cinquante mille livres. De son côté, l'opulente Amsterdam, mue par le désir de se montrer non moins généreuse que les autres villes, lui fit présent d'un bassin d'or et de joyaux d'une valeur de cent cinquante mille livres.

Peu d'années après, cette heureuse épousée, veuve du « roi d'hiver », dépouillée de cette brillante couronne de Saint-Etienne, bien d'autrui dont elle put à peine jouir, expulsée de ses propres états héréditaires, rentrait obscurément cacher ses regrets, ses larmes et sa pauvreté dans ce même pays de Hollande si hospitalier pour elle.

La vie humaine a de ces revirements inattendus, de ces écroulements soudains auxquels la foi seule peut donner la force de se résigner sans murmure (fig. 371).

La mode est sans pitié dans ses cruautés. Au x\if siècle, non contente d'imposer aux femmes les vêtements les plus incommodes, elle poussa la barbarie jusqu'à forcer les pauvres innocents enfants à s'en affubler. La compassion nous prend au cœur quand nous

^'S- 37' ~ Elisabeth d'.\nglclerre, femme de Frédéric V, électeur palatin, d'après une médaille frappée en 1613.

rencontrons dans quelque musée un portrait de ce temps représentant l'un ou l'autre pauvre petit rejeton de quelque famille royale ou princière, le corps enfermé dans une robe baleinée, empêtré dans une lourde et longue jupe, la tête immobilisée par une fraise ou une large collerette, les cheveux tiraillés, frisés,

crêpés, chargés de plumes et de bijoux. Que devenait dans ces conditions de torture la gaieté de l'enfance, sa turbulence si nécessaire à la santé ? Les lois de l'hygiène et du bon sens étaient également ignorées (fig. 372).

Revenons à la coiffure. On se lassa de cette mode de cheveux

Enfants, d'après une gravure de Paul).

relevés à racine droite, vieille de près de cent ans. C'était trop de vie pour une mode. Marie de Médicis inaugura le port d'une rangée de boucles légères autour du visage. Quelques zélées novatrices augmentèrent le nombre de ces boucles. On découvrit que la tête toute bouclée était une coiffure seyante ; elle fut adoptée par les jeunes élégantes. Les cheveux coupés courts s'amoncelèrent

sur le front et sur les oreilles, par masses de boucles rondes. Beaucoup de femmes se firent fabriquer des perruques à boucles courtes, mais le chignon resta tordu sur la nuque ; les fraises empêchaient tout développement de ce côté-là. Au milieu des boucles on plaçait une touffe de plumes, de fieurs ou de

Fig. 373. — Amélie de Solms, femme de Frédéric Henri de Nassau, médaille frappée ea 1625.

rubans, ou une enseigne et aigrette en pierreries. Sur une très belle médaille, frappée en 1625, à l'occasion du mariage de la princesse Amélie de Solms avec le prince Frédéric- Henri, frère de Guillaume de Nassau, on voit la princesse coiffée à petites boucles avec un gros paquet de plumes de côté, du milieu duquel sort une branche de clochettes d'or, dont les fleurs sont de grosses poires de perles (fig. 2,7 3) ■

Sans avoir une telle profusion de boucles, quelques élégantes

o-ardant une plus juste mesure, entremêlaient aux flots soyeux

de leurs cheveux un petit pouf de gaze et quelques bijoux.

Les écharpes de gaze se drapaient aussi autour de la tête et

Fjg. 274. — L'impératrice Anne sur son lit de mort, d'après une ancienne gravure.

retombaient par derrière en guise de voile, mais cette dernière manière se voit plus rarement.

En Allemagne apparurent des coiffes rondes en gaze, formant une ou deux bouffes, posées sur le dessus de la tête (fig. 374).

Les boucles s'abaissèrent toujours davantage sur la tête, en

sepaississant aux oreilles. La mode des panaches de plumes et des aigrettes se généralisa. Toutes les coiffures furent ornées de nœuds, de plumes ou de bijoux. On commença même, vers 1630, à porter les longues boucles à tire-bouchons (fig. 375).

Fig. 375. — Marie Anne, duchesse de Bavière, première femme de Ferdinand II, d'après un portrait vers 1636.

La crépine vécut encore quelque temps dans la bourgeoisie allemande; les femmes de cette classe, comme aux Pays-Bas, aimaient à se couvrir la tête. Il se fit divers genres de petits bonnets à fonds plats ou bouffants qui laissaient voir les cheveux par devant.

HISTOIRE IJE LA COIFEUKE KEiMININE

Les guerres qui désolèrent l'Allemagne, pendant la longue période de Trente ans, n'étaient pas faites pour favoriser l'élégance; aussi les modes allemandes, à cette époque, sont-elles généralement simples. La bourgeoisie et la petite noblesse avaient beaucoup souffert, les campagnes étaient désolées; seuls, quelques o-rands seigneurs, enrichis des dépouilles des couvents, menaient grand train et joyeuse vie.

A la situation précaire des fortunes de la classe moyenne

s'ajoutait l'esprit sombre de la Réforme. L'exagération des vertugadins français fut honnie de tous les pays luthériens ; les manches à rebras bouffants, les doubles et triples jupes retroussées restèrent l'apanage des femmes de la cour. Du reste, les prédicateurs de la Réforme ouvraient un œil vigilant sur toute tentative de rébellion de la coquetterie féminine, et, d'autre part, l'affectation d'une sévérité extérieure entrait dans le plan de la nouvelle /eligion. On sait quelle était, sur ce point, l'intolé- 376. ~ Louise, Margiavine de rance de Calvin. Lorsque parurent aux

Brandebourg, née Princesse d'Orange Payg-BaS IcS premières frisurCS et IcS

d après une médaille du temps. ■' "

coiffures françaises, une clameur d'indignation s'éleva dans le camp des Huguenots.

Les théologiens discutèrent gravement la question de savoir Sj ce n'était pas un péché mortel de porter des cheveux longs et frisés. De là, des sermons fulminants, des adjurations, des menaces qui jetèrent un trouble profond dans les esprits. Les jeunes femmes qui aimaient la toilette, peu soucieuses de laisser couper leurs beaux cheveux ou de les cacher dans de vilaines coiffes, désertèrent les prêches pour éviter des apostrophes humiliantes. Un docteur luthérien en prit prétexte pour se plaindre de ce que les élégantes préféraient s'abstenir de sermons, plutôt que de sacrifier

Fi:

leurs coiffures coquettes et bravaient ainsi la damnation éternelle.

Les prédicants savaient cependant distinguer et laissaient certaines de leurs ouailles s'affubler à leur fantaisie. Louise-Henriette, princesse d'Orange et Margravine de Brandebourg, affectionnait les cheveux postiches. Elle en poussa la manie jusqu'à faire porter perruque à son mari (fig. 376). L'innovation eut des imitateurs et raviva les scrupules. Le clergé catholique lui-même intervint et examina la question. Un professeur en théologie, nommé W'erner, déclara que l'usage de la perruque constituait un véritable péché. Un autre, Jean-Baptiste Thiers, publia un opuscule pour anathématiser la perruque et en assimila le port, chez les gens de l'Église, à un sacrilège. Heureusement tous les théologiens n'étaient pas aussi intolérants : le docteur Parruchelli nia qu'il y eût péché mortel à porter perruque, parce qu'elle était nécessaire à quelques personnes et que l'habitude l'a rendue indispensable aux gens nobles et riches. 11 alla plus loin. Il prétendit qu'un créancier ne pouvait enlever à son débiteur sa perruque, si celui-ci n'en' a qu'une seule, de même qu'il ne pourrait lui enlever son unique chapeau.

Rongo, recteur du Collège des Franciscains à Berlin, en 1663, écrivit l'histoire de la perruque, sans se prononcer toutefois sur le point de conscience, et s'efforça de prouver qu'Aristote s'était comme lui préoccupé de ce fallacieux ornement de la tête, en indiquant à ses concitoyens le moyen d'éviter certains désagréments qu'engendre une perruque mal soignée.

La question de savoir si le port de la perruque est ou n'est pas un péché, ne fut pas tranchée; les savants en furent pour leurs frais, mais dans certaines parties de l'Allemagne la perruque en pâtit, car elle fut presque abandonnée.

En Bohême et dans les pays voisins on se contenta du petit bonnet plat. Les femmes « de la Religion », pour nous servir du terme de l'époque, adoptèrent un singulier bonnet pointu, en forme de cône, qui cachait entièrement les cheveux, des fraises sans dentelles, de larges cols plats en toile blanche très évasés par devant et remontant par derrière, la robe sombre à peine égayée

bo (^

de quelques petits galons, et le collet ou mantelet que les plus hardies doublaient de soie claire (fig. 377). A ce costume se reconnaissait la fervente luthérienne. D'autre part, le chapeau de feutre devint pour les Huguenots une sorte de signe de ralliement. Tantôt il avait la forme du chapeau dit Tyrolien, tantôt il était bombé légèrement; d'autrefois il avait de larges bords et une tête carrée. Généralement les femmes posaient ces chapeaux sur

F'g. 37S. — Femme de Prague en 1636, d'après HoUars.

leurs bonnets, seule différence qu'il y eût entre leur coiffure et celle des hommes (fig. 378).

Cependant quelquefois la cornette française se rencontrait en Allemagne, mais toujours dépouillée d'ornements, de dentelles ou de nœuds (fig. 379).

Rendons cette justice aux Allemandes, qu'elles furent toujours moins frivoles que les Françaises, sous le rapport de la toilette. Les soins du ménage curent chez elles une importance extrême.

HISTOIRE IJE LA COIFKURE KÉMININE

Les bourgeoises aussi bien que les femmes de la petite noblesse avaient toutes leur Kochbuch (i). Elles tenaient à honneur de savoir préparer ces pâtisseries délicates, qui ont fait de tout temps la gloire des Allemandes et les délices des Allemands.

Fig. 379. — Un coin de marché au xvi« siècle, (ra|>rès une gravure du temps.

La plupart faisaient elles-mêmes leurs robes, le linge de la maison et filaient soit le chanvre, soit le lin destiné au ménao-e.

Gustave Freitag attribue aux guerres avec la France l'introduction des modes françaises en Allemagne. Il dit que c'est à dater de 1626 qu'on vit le luxe se répandre dans les classes bourgeoises et il affirme cju'avec les vieilles modes disparurent la simplicité et l'iionnéteté teutoniques. Les femmes commencèrent à

(l) Livre de cuisine

se couvrir le visage du masque français^ à porter des éventails, des robes de damas et des dentelles d'argent. Elles voulurent naturellement faire montre de toutes ces parures, et les bons vieux usages, qui retenaient les filles chez elles, sous la bien-

Fig. 3S0. — Bourgeoises de Bohême, au commencement du xvii« siècle.

faisante influence de la mère, s'envolèrent avec les anciennes coiffes et les robes de drap. 11 serait difficile de suivre le savant historien dans ses raisonnements. Les modes ne font pas les peuples, mais dans un certain sens les peuples font les modes. Elles surgi.s.sent tout à coup, subites et imprévues en apparence; on s'étonne de \oir telles formes de vêtements, tels usages

adoptés en peu d'années par toutes les nations ; le philosophe qui se donnerait la peine de pénétrer le fond des causes, ne tarderait pas à constater que les modes sont si intimement liées avec l'esprit humain qu'elles en sont comme le reflet. L'histoire que nous poursuivons ici le prouve suffisamment. Comment e.\pliquer les relations de la fraise et de la Réforme ? Elle apparut cependant avec les premiers troubles religieux et disparut quand le calme fut rétabli (fig. 380).

Nous avons vu le hennin grandir avec la dissolution du x\e siècle, nous verrons encore dans la suite plus d'une mode être l'expression du trouble des esprits ou du désordre des mœurs.

Revenons à la France, cette grande élégante. Une révolution toute pacifique venait de s'y opérer. Une jeune reine y était arrivée, pleine de charme, sinon douée d'une vraie beauté. Avec elle, les modes avaient pris une autre direction. Ce n'est pas qu'Anne d'Autriche fût une femme coquette, aimant la toilette et s'en préoccupant beaucoup, mais elle avait cette distinction royale qui impose, et une manière d'être personnelle qui n'était ni frivolité, ni négligence et savait rester dans une simplicité de bon aloi. Elle n'avait que quatorze ans quand elle parut à la cour de France, et bientôt elle y acquit la place qu'elle voulait. Au bout de peu d'années, elle osa avoir son opinion sur les modes, et cette opinion fut simplifiante. Etait-ce le souvenir des tortures de la toilette à la cour d'Espagne et de la gêne des vêtements tant aimés de Marie de Médicis ."* On ne sait, mais la jeune Anne fut la première à rejeter les vertugadins, les jupes engoncées et surtout ces corps baleinés, qui emprisonnaient la taille au détriment de la santé. La coiffure changea aussi totalement. La marquise de Mouchy raconte que la première fois qu'elle vit en Espagne la future reine de France, celle-ci était assise sur des carreaux, par terre, à la mode du pays. Elle était habillée de satin vert en broderie d'or et d'argent, les manches pendantes et renouées sur les bras avec de gros diamants qui lui servaient de boutons. Elle avait une fraise fermée et sur la tête

un petit bonnet, de même étoffe que sa robe, orné d'une plume de héron qui faisait ressortir par sa noirceur la beauté de ses cheveux fort blonds et frisés à grosses boucles. Cinq ou six ans plus tard, tout cet appareil avait disparu. La jeune reine avait diminué l'ampleur de ses jupes, qui tombaient maintenant en nobles plis, la taille un peu courte n'était plus comprimée, la

Fig. 381. — Dame de qualité, d'après le Blond.

fraise avait fait place à l'élégante collerette garnie de dentelles, si seyante et si gracieuse lorsqu'elle dégage le cou.

En 1625, la coiffure consistait encore en boucles rondes, petites, poudrées à grosse poudre collante. Anne d'Autriche créa la coiffure caractérisdque de son époque, c'est-à-dire les boucles en touffes de côté, les cheveux plats sur le dessus de la tête et le chignon rond par derrière. Cette touffe de boucles variait suivant le caprice ou l'âge. Quelques femmes la portaient courte et très

épaisse ; d'autres se contentèrent de laisser pendre quelques mèches légèrement frisées ; ainsi se coiffait la célèbre duchesse de Montbazon, qui, fière de sa beauté et de la pureté des lignes de son visage, n'entendait pas en cacher l'ovale charmant par une trop grande profusion de cheveux, et se bornait à porter un petit nombre de boucles légères sur les tempes (fig. 381).

La cour de France possédait alors un grand nombre de jolies femmes, ce qui ne laissait pas de causer quelques rivalités. Les soins de la peau acquirent une extrême importance. L'usage du masque permettait de conserver le teint très blanc. Etre hâlée, rouge, avoir le teint brouillé étaient des causes de profond chagrin.

La duchesse de Chevreuse, une des beautés les plus fêtées de ce cercle brillant, était très jalouse de sa bru, la princesse de Guéménée, dont l'éclat juvénile semblait lui porter ombrage.

Quand elle la voyait arriver toute fraîche et charmante, elle ne pouvait se défendre d'un mouvement de dépit et lui disait d'un air de commisération : « Ah ! ma belle, que vous avez mauvais teint aujourd'hui ! » A ces paroles, Madame de Guéménée, consternée, se sauvait navrée dans ses appartements et il n'y avait plus moyen de l'en faire sortir.

Etre défrisée était un autre sujet de tourments et, cependant, avec le genre de coiffure à la mode, ce malheur arrivait souvent, car toutes les têtes étaient bouclées. Survint la coiffure à la garcette, consistant en bouffants, c'est-à-dire en touffes de boucles sur les oreilles avec les cheveux relevés et tirés à plat sur le front, spécialement caractérisée par une frange légère de cheveu.x courts ménagés autour du visage, parfois frisés, parfois simplement peignés.

C'est cette frange qui reçut le nom de garcette, d'un mot espagnol qui signifie petite aigrette. La perruque fut tuée pour un temps par la garcette, qui rendait trop visible la naissance des cheveux. Mais le diable n'y perdit rien, car au lieu de perruques on mit en œuvre les fausses boucles et les fausses nattes. Bientôt les bouffants se transformèrent en lono^ues boucles, nos anglaises modernes, que l'on cessa de friser pour les laisser pendre par

mèches, dites vioiistaclics et ornées de nœuds et de rubans

Le chignon s'appela cii/buie. On donnait le môme nom au nœud

de ruban qui décorait le chignon. En grande toilette, le nœud

était remplacé par une aigrette de plumes et de pierreries qui

devait s'élever assez haut pour dépasser la tête.

La garcette frisée à petites boucles raides fut en grande faveur aux Pays-Bas et en Allemagne, mais en France on la préférait ondulée légèrement. Le front restait très découvert.

Cette coiffure fit tomber momentanément la poudre.

Madame de Motteville rapporte dans ses Mémoires qu'à l'époque où elle fut bannie de la cour par Richelieu, c'està-dire vers 1620, la reine portait une coiffure ronde, frisée clair avec beaucoup de poudre, mais que, quelques années après, elle renonça à la poudre et lai.ssa voir ses beaux cheveux avec leur teinte naturelle. Ils pendaient en boucles longues de chaque côté de son visage, retenues à la tempe par un ncKud de petits rubans étroits. Cette mode nouvelle fut trouvée ravissante. Elle eut un tel succès, que les mercières firent fortune, grâce aux nouveautés en rubans créées par les fabricants de soieries, en mêlant savamment l'or et l'argent à la soie.

Cette fidèle Madame de Motteville, si dévouée à Anne d'Autriche, nous parle longuement de sa reine vénérée. Elle raconte comment ses dames prenaient plaisir à assister à sa toilette, qu'elle faisait ordinairement après avoir été à la messe et pris un premier déjeuner. Anne d'Autriche était très adroite et s'arrangeait ellemême la tête. Elle avait de beaux cheveux épais et longs et les conserva longtemps sans grisonner.

Fig. 38.!.

Jeune femme, coiftee à la gareclte.

« Elle s'habillait avec le soin et la curiosité permises aux « personnes qui veulent être bien sans luxe, sans or ni argent, « sans fard et sans façon extraordinaire. Il était néanmoins aisé « de voir, à travers la modestie de ses habits, qu'elle pouvait être

Fig. 383. — Anne d'Autriche d'après une gravure de l'époque.

« sensible à un peu d'amour-propre. Après la mort du feu roy, « elle cessa de mettre du rouge, ce qui augmenta la blancheur « et la netteté de son teint. Elle obligea ainsi les dames à suivre « son exemple. »

A dater de son veuvage, elle ne quitta plus le voile ou la coiffe de veuve. Sa grande parure consistait alors en une robe de velours

noir, un large col rabattu orné de dentelles et son grand voile noir de veuve. Elle se permettait pour tout bijou de beaux pendants d'oreilles et une croix ou une enseigne sur la poitrine (fig. 383).

Anne d'Autriche, si dignement simple sur elle, n'était pas ennemie de la magnificence à sa cour. Elle aimait à voir ses dames richement parées, elle s'occupait avec plaisir des parures des princesses de sa famille. Mademoiselle de Montpensier, la grande Mademoiselle, fut plus d'une fois l'objet de ses soins. Madame de Motteville nous décrit le costume qu'elle portait dans une grande soirée à l'Italienne donnée par le cardinal Mazarin à la reine et à toute la cour.

« Elle était parée par les mains de la reine des pierreries de la « couronne, perles et diamants renoués avec de petits rubans < incarnat, noir et blanc. Cette parure était belle et agréable, « particulièrement le bouquet qu'elle avait sur la tête. Il semblait « que ces gros diamants et les grosses perles étaient semées dans « des fleurs et que toutes les beautés et les richesses de la nature « se fussent rassemblées exprès pour son ornement. De ce bou- « quet sortaient trois plumes, des trois couleurs des rubans qui lui « pendaient sur la gorge, et dans ce jour elle fit voir qu'une belle « personne devient encore plus belle quand elle est parée. >>

Dans cette même soirée, la duchesse de Montbazon portait une plume incarnate sur la tête, une parure de perles autour du cou et aux oreilles et, quoiqu'elle eût alors plus de quarante ans, elle parut une des plus belles femmes de la cour.

Nous avons vu la reine s'amuser à orner sa nièce elle-même; au mariage de la princesse Marie de Nevers, c'est encore elle qui veut présider à la toilette de la fiancée. On .sait que cette princesse, de la maison de Gonzague, épousa en 1645 le roi W'iadislas de Pologne, et qu'elle ne rencontra pas dans ce pays tout le bonheur qu'elle avait rêvé comme reine. Mais en ce jour de son mariage, elle était toute à la joie de se voir traitée en souveraine, elle qui, jusqu'alors, n'avait eu cju'un rang secondaire à la cour. Elle avait vingt-neuf ans ; son visage était beau, sa taille n'avait

pas encore pris l'embonpoint exagéré qu'elle acquit plus tard. Elle n'en avait que ce qu'il fallait pour donner à sa tournure une certaine majesté. De beaux yeux noirs illuminaient son teint mat. Ses cheveux noirs n'étaient pas poudrés.

On dit qu'elle n'avait pas craint, pour cette occasion, d'augmenter artistement la blancheur naturelle de son teint. Anne d'Autriche avait elle-même entremêlé dans ses cheveux les joyaux de la couronne de France et surmonté ce bel édifice d'une couronne fermée, faite de gros diamants et de grosses perles. Mais elle n'avait pas voulu que la fiancée se parât du manteau royal polonais, blanc semé de grandes flammes d'or. La cérémonie du mariage n'étant pas publique, la reine avait jugé cette parure trop solennelle ; la princesse Marie resta donc avec sa robe de toile d'argent brodée d'argent, qui, étant faite pour le manteau royal, parut trop courte en cette circonstance. Les Polonais présents à la cérémonie n'en furent pas moins charmés de leur nouvelle reine et elle quitta la France sous l'heureuse impression d'une ambition satisfaite, sans se douter que, arrivée en Pologne, son mari ne la regarderait même pas, et qu'il faudrait de longues négociations diplomatiques pour l'obliger de permettre à la reine de lui baiser la main (fig. 384).

La mode des boucles dura longtemps et fut universelle. Les cheveux n'étaient pas toujours frisés en tire-bouchons, on se contentait d'avoir les touffes de côté faites de mèches légèrement ondulées et ornées de joyau.x, attachés en dessous des cheveu.x au moyen d'un petit ruban ou d'une chaînette très mince. Sur le devant on portait la garcette ou frange de cheveux, soit plate, soit forfnée en boucles très légères, soit enfin faite de mèches en accroche-cœur qu'on faisait coller sur le front à l'aide d'un cosmétique. Les dames allemandes y joignirent un petit bonnet de velours galonné ou brodé, couvrant le haut du crâne, tel que nous le représente le portrait de Marie-Léopoldine, seconde femme de l'empereur Ferdinand III, portrait fait à l'époque de son mariage, c'est-à-dire vers 1648 (fig. 385).

IMarie-Léopoldine a décoré son bonnet d'une aigrette en bijoux avec de grosses perles en poires; dans les cheveux sont fichées des appliques pareilles à l'enseigne de l'aigrette.

En Danemark, ce genre de bonnet était exclusivement réservé

Fig 384.

Maris de Nevers, feninie du roi Vladislas de Pologne, d'après une gravure

du temps.

aux princesses de sang royal. La femme d'un ambassadeur danois s'étant présenté à la cour de France avec cette coiffure, y fit grande sensation. On trouva le bonnet original. 11 fallut qu'elle expliquât l'usage de son pays et elle prouva qu'elle avait

droit à ce bonnet comme fille d'un prince danois, marié à une dame noble. Elle avait du reste un choix varié de petites calottes pour toutes les occasions, et quelques-unes étaient très riches et ornées de pierreries pour les grandes fêtes de la cour.

C'est aux environs de l'année 1635 que l'art de la coiffure s'affirma publiquement, en plein soleil de la civilisation moderne, par l'apparition des premiers coiffeurs. Peu de révolutions ont été plus profondes, avec moins de bruit, si ce n'est peut-être dans les ménages. Jusque-là, les femmes se faisaient coiffer par leurs chambrières. Personne n'eût osé penser que d'autres mains que des mains féminines, pussent toucher aux beaux cheveux des dames. Les barbiers barbants, les barbiers chirurgiens ne s'occupaient que des hommes et semblaient avoir suffisamment affaire avec le sexe fort qui, lui aussi, s'ajustait avec beaucoup de coquetterie. 11 arriva qu'un homme de génie en son genre inventa la spécialité des coiffures de dames et du coup devint célèbre. Il s'appelait Champagne.

Il suffira, pour le peindre, de citer ce passage de Tallemant des Réaux :

« Ce faquin, dit notre conteur, par son adresse à coëffer et à « se faire valoir, se faisait rechercher et caresser de toutes les « femmes. Leur faiblesse le rendit si insupportable, qu'il leur « disait tous les jours cent insolences. 11 en a laissé telles à demi- « coiffées; à d'autres, après avoir fait un costé, il disait qu'il « n'achèverait pas si elles ne le baisaient.

« Quelquefois il s'en allait et disait qu'il ne reviendrait pas si « on ne faisait retirer un tel qui lui déplaisait, et qu'il ne pouvait « rien faire devant ce visage-là. J'ay ouï dire qu'il dit à une « femme qui avait un gros nez : « Vois-tu, de quelle façon je te « coëffe, tu ne seras jamais bien tant tjue tu auras ce nez-là ! » « Avec tout cela, elles le couraient et il a gagné du bien passa- « blement, car, comme il n'est pas sot, il n'a pas voulu prendre «. d'argent, de sorte que les présents qu'on lui faisait valaient « beaucoup. Lorsqu'il coëffait une dame, il disait ce que telle et

« telle lui avait donné, et quand il n'était pas satisfait, il ajoutait :

« — Elle a beau m'envoyer quérir, elle ne m'y tient plus. >

« L'idiote, qui entendait cela, tremblait de frayeur qu'il ne lui en

« fit autant, et donnait deux fois plus qu'elle n'eût fait. »

Fig. 385. — Marie-Léopoldine, 2" femme de l'empereur Ferdinand III, •d'après une gravure de 1648.

La princesse Marie de Nevers, la future reine de Pologne, fut l'une des femmes sur laquelle il exerça le plus d'empire. Elle ne pouvait se croire bien coiffée par d'autres que par Champat,mc. La famille de Nevers voyait avec dépit ce rustre en telle familiarité avec une princesse de Gonzague, mais rien n'y faisait;

Marie de Nevers craignait trop de paraître à son désavantage, elle aimait passionnément la parure et avait le culte de sa beauté. On fit des vers sur cet affolement pour un coiffeur. Adam Billaut osa lui dire :

La beauté qui vous accompagne

Estant digne de tous les vœux.

J'enrage quand je vois Champagne

Porter la main à vos cheveux.

Vous ternissez votre louange.

Souffrant que cet homme de fange

Maistrisc les liens qui fout tant soupirer,

Et vous faictes un sacrilège

De lui donner le privilège

De profaner ce qu'on doit adorer.

Champagiie suivit la reine Marie en Pologne. Un beau jour, dégoûté des princesses palatines et des dames polonaises, qui ne l'apprécièrent peut-être pas autant que les parisiennes, il courut tous les pays du Nord, jusqu'à ce qu'enfin, pris de la nostalgie de Paris, il rentra à la suite de la reine Christine dans son royaume à lui, où son retour fit événement (fig. 386).

Vers 1640, le chignon remonta légèrement. La tête avait alors un peu l'aspect d'un cône tronqué. La torsade qui s'enroulait au sommet s'appelait un rond; les boucles pendant de chaque côté se nommaient moustaches; à l'état de simples mèches, cadenettes; si elles étaient nouées avec des rubans, et roulées en longs anneaux, comme nos boucles à l'anglaise, serpenteaux; enfin bouffons, quand elles formaient sur les oreilles des paquets volumineux. Nous les appelons à la Sévigné, parce que le portrait de la célèbre marquise est demeuré pour nous le type de la coiffure du temps. Cette expression est impropre, la véritable coifiure à la Sévigné date de 1650 à 1660 (fig. 387).

Les chaperons des bourgeoises avaient disparu définitivement. On essaya bien de les faire revivre, mais cette tentative échoua. Les femmes qui ne voulaient pas se montrer la tête absolument nue, posaient sur le chignon de petits bonnets de fantaisie, les uns sans passe avec deux longues pattes voltigeant par derrière.

les autres consistant en mouchoirs de fine toile empesée bordés de dentelle. De ces derniers sortaient les cheveux frisés en longues boucles. Il se porta concurremment des coiftes, dites chaperons à jour, et d'autres, entièrement fermées, servant de bonnets. Les coiffes se composaient simplement de grands mouchoirs de soie qui se nouaient sous le menton et préservaient la tête du froid. Arnauld d'Andilly, qui avait été assez galant officier, avant

Fig 386. — Jeune fraui;aise vers 1635.

de devenir l'austère janséniste qu'on connaît, raconte dans ses mémoires, qu'arrivé à Metz pour son service, et s'étant rendu dans une église, il avait aperçu deux jeunes filles qu'il n'avait pas reconnues, cachées qu'elles étaient sous leurs coiffes à demibaissées. C'étaient deux cousines très gentilles qui habitaient chez Madame de Feuquières, dont le mari occupait alors à Metz la place de lieutenant de roi. L'aînée ck; c-cs jeunes filles ne tarda pas à faire une vive impression sur le brillant officier. Elle avait, selon la mode du temps, institué un ordre de chevalerie, dans

lequel on ne pouvait entrer qu'on n'eût fait quelque larcin galant. Elle s'en était faite la reine sous le nom d'Epicharis. Tous ses chevaliers portaient, avec un ruban gris de lin et vert, une griffe d'or avec ces mots : Rien ne m'échappe.

^«ri

Fig. 387. — Type de toilette de 1645.

Naturellement, le jeune d'Andilly voulut entrer dans l'ordre de son aimable cousine. Il ne resta pas longtemps chevalier fidèle, car peu de temps après, se trouvant à Chaumont, il se laissa affilier dans un autre ordre, celui des allumettes, créé par une charmante nièce du marquis d'Eseau, mi-mondaine, mi-religieuse,

en somme un peu éventée. Malheureusement le récit de l'aventure, si piquant qu'il soit, nous entraînerait trop loin et nous retournons en hâte à la coiffure.

On sait comment les mercières étaient arrivées à être de

Fig 388. — Marchande et scrvanle d'après Abraham Bosse.

véritables marchandes de modes, en possession incontestée du privilège de faire adopter toutes les nouveautés à leurs élégantes clientes.

— « Les mercières de Paris, dit Fitelieu, galantisent de ce « costé pour en faire naître l'envie à celles qui les visitent pour

«. s'informer des nouveautés; il n'y a rien de si ajusté qu'elles, « ni de si joli que leurs testes. » Comme on le voit, les modistes d'alors ressemblaient beaucoup à celles de ce temps-ci. Elles aimaient à inaugurer leurs propres inventions; elles portaient la tête frisée, le corsage échancré, les flots de rubans, bref toutes les jolies choses qui pouvaient tenter l'œil de leurs clientes.

Les chambrières et les servantes paraissent avoir eu, en ce temps, un goût prononcé pour la toilette, si l'on en croit les gravures de l'époque, qui les représentent avec des cornettes à loncrues barbes, des robes échancrées, des cols élégants, et tout l'arsenal de très fringantes personnes (fig. 388).

Sous le règne de Louis XI H, grand amateur de chasse, les dames reprirent, pour monter h cheval, le grand chapeau de feutre garni de longues plumes, avec l'amazone de couleur, galonnée d'or ou d'argent. Ce chapeau, posé légèrement de côté sur les cheveux frisés, parut une coiffure fort « galante, » selon l'expression d'alors. Elle accompagnait très heureusement la robe de cheval en velours vert ou la grande hongreline à galons d'or ou d'argent, ornée d'un nœud à plusieurs coques sur l'épaule et égayée par une large cravate de mousseline et de dentelle.

Ainsi s'attifaient Mademoiselle de Montpensier et toutes les jolies femmes du temps. La beauté de la première lui attirait beaucoup de partis, tout autant que sa réputation d'être la plus riche héritière de l'Europe. Certaines mères de prétendants aimaient à faire valoir ses grâces altières. Dans ses mémoires, elle raconte comment le prince de Galles, cherchant à lui faire sa cour, tenait le flambeau, pendant que la reine d'Angleterre, sa mère, la coiffait de ses mains et la parait de ses propres joyaux, « et j'eus ce jour-là, dit-elle, une petite oie (i) incar- « nate, blanche et noire, à cause que la parure de pierreries « que j'avais était attachée avec des rubans de cette couleur-là ;

(i) Oq appelait petite oie la garniture de rubans faisant partie du costume et composée de nœuds attaches aux manches, aux épaules, au cou, autuur de la taille, liref partout où l'on pouvait en mettre.

« j'avais aussi une plume de même, et le tout était comme la « reine d'Angleterre l'avait ordonné. »

En une autre occasion, les deux reines de France et d'Angleterre s'étaient réunies pour faire paraître la princesse plus belle. On fut trois jours à accomoder sa parure; sa robe était entièrement chamarrée de diamants avec des houppes incarnat, blanc et noir, qui semblent avoir été ses couleurs favorites. Les diamants de la couronne et ceux de la reine d'Angleterre, amassés sur sa tête et sur sa robe, l'illuminaient de toutes parts, et comme le soleil elle éblouissait tous les yeux.

Frisures et boucles absorbant beaucoup de temps, on ne se mettait pas en frais tous les jours. Nous en trouvons plusieurs fois la preuve dans les mémoires de Mademoiselle de Montpensier. Elle y raconte en effet qu'elle n'avait pas l'habitude de se friser quotidiennement, et que, en 1649, s'étant fait coiffer, parce qu'elle avait appris que son royal prétendant d'Angleterre était attendu à la cour, la reine Anne dit en riant: « On voit bien les gens qui attendent lelirs galants, comme elle est ajustée ! » Ce qui la mortifia grandement.

Un autre fois, elle accourt chez la reine d'Angleterre sans être coiffée. Plus tard, elle rapporte comment, au mariage du jeune roi Louis XIV, voulant voir l'Infante incognito, elle s'habille de drap noir et cache ses cheveux défrisés sous un mouchoir uni et une coiffe claire.

Observons que la coiffe n'était pas d'un porter extraordinaire à la cour. Mademoiselle de Saujon, dans vm moment d'exaltation religieuse, s'était enfermée aux Carmélites. La famille royale l'obligea d'en sortir, mais comme elle avait coupé ses cheveux, elle portait une coiffe et un collet de linge uni. Elle garda quelque temps cet aspect monastique, puis ses cheveux ayant repoussé, elle recommença à les friser, abandonna la serge pour reprendre la soie et la dentelle, et bientôt il ne parut plus rien de sa prétendue vocation.

Toute veuve portait la coiffe noire, .saut les reines et les

HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMINIiNE

princesses de sang royal, qui la portaient blanche. Anne d'Autriche dérogea la première à cet usage et garda jusqu'à sa mort le petit chaperon en pointe avec lequel elle est représentée dans ses portraits. On a pu remarquer que cette coiffe

ii;

— EléoQore, veuve de l'empereur Ferdinand III, d'après un portrait du temps.

laisse voir les cheveux agréablement frisés et encadrant le visage, seconde exception à la règle ordinaire. D'autres veuves de haut rang, plus sévères, adoptèrent une sorte d'habit religieux. L'impératrice Eléonore, veuve de Ferdinand III, porta le deuil avec une grande cornette blanche, qui lui cachait le front et ne laissait

f'g 39°- — Claude de Médicis, veuve du Prince d'Urbiii, en 1623, dans son costume de veuve. Elle se remaria en 1628 avec l'Archiduc Charles d'Autriche, frère de l'Empereur Ferdinand III.

passer qu'un peu de cheveux. Une guimpe de linon uni et une sorte de gilet de même étoffe recouvraient sa gorge et sa taille. Ce costume austère était usité beaucoup en Allemagne et en Italie (fig. 389). Si l'on ne cachait plus les cheveux comme au moyen-âge, on abandonnait généralement les frisures ou du moins la tête entièrement frisée. La pensée chrétienne, qu'une veuve doit renoncer aux frivolités mondaines, dominait encore les esprits, au commencement du x\if siècle. Les mœurs relâchées du siècle suivant amoindrirent ce sentiment, et depuis lors l'esprit révolutionnaire en a fait bon marché. Un autre deuil princier consistait dans le costume entièrement noir, sauf une collerette de gaze blanche très empesée, le corsage très montant, les manches longues garnies également d'un poignet blanc; le petit bonnet noir, parfois orné d'une bizette noire, s'avançait en pointe sur le front. Le tout était recouvert d'une grande mante de crêpe ou gaze de laine noire étendue sur un cerceau et dont l'envergure se mesurait sur le rang de la personne qui le portait. La mante de deuil demeura en usage jusqu'à la fin du siècle avec de faibles modifications, puis se fondit dans le manteau à queue du grand deuil

(fig- 390)-

Tous les deuils ne se manifestaient pas de même. Il est bon

d'écouter Mademoiselle de Montpensier nous décrire celui de la

duchesse de Nemours, lorsqu'elle alla la voir après la mort du

duc, tué en duel par le duc de Beaufort.

« Sa veuve s'était retirée aux filles de Sainte Marie, où je l'allai « voir. Elle avait un habit tout uni et une grande coiffe comme « un voile qui la cachait toute. Je m'en allai au devant d'elle et « lui fis un compliment sur la perte qu'elle avait faite. Nous nous « allâmes asseoir dans un coin, où elle nous fit de grandes lamen- « tations ; comme nous étions sur le mépris du monde. Son Altesse « Royale et M. le Prince entrèrent et s'approchèrent de nous.

« Elle leva son voile et se mit à faire une mine douce et « riante; je crus voir une autre personne sous cette coiffe; elle «. était poudrée et avait des pendants d'oreilles, rien n'était plus

« ajusté. Dès que M. le Prince allait d'un autre côté, elle rabais- « sait sa coiffe et faisait mille soupirs. Cette farce dura une heure « et réjouit bien les spectateurs. »

Souvent, en Italie, les veuves adoptaient un costume presque monastique. Un voile de laine épais sur les cheveux, une robe noire, un col de toile, formaient toute leur parure.

En Espagne, le deuil était encore beaucoup plus sévère. Dans

Fig- 39:. — Marie-Anne d'Autriche, régente d'Espagne, d'après une médaille

frappée en 1665.

ce pays, où l'étiquette rcgùssait tout, le deuil était réglé dans ses plus minutieux détails. Une veuve devait adopter le costume consacré par un long usage, et, comme en F"rance, le blanc y dominait. Un costume de veuve très authentique est celui de la mère du jeune Charles II, d'après une médaille frappée en 1665. Marie Anne d'Autriche est coiffée d'un petit bonnet, terminé, autour du visage par une tresse de crêpe ou de linon blanc (fig. 391). Sur ce premier couvrcrchef est jeté un très long voile qui devait

retomber jusqu'aux pieds et l'envelopper presque toute entière, c'est-à-dire faire l'office de la mante.

Une guimpe entoure son cou. 11 est difficile de décider d'après le dessin si la guimpe faisait une même chose avec la coiffe de dessous, comme celles du moyen âge, ou si elle n'était qu'une simple gorgière. La taille est également recouverte d'étoffe blanche, plissée à larges plis.

La difficulté de bien saisir la valeur et la portée des noms donnés,

Fig. 392. — Marie d'Angleterre, veuve du Prince d'Orange.

en certains pays, aux anciens vêtements se représente à propos des veuvc\s hollandaises. Qu'entendait- on par \aL pommette^. Était-ce la coiffe en pointe toute plate qui, enveloppant le dessus de la tête, lui donnait l'aspect d'une pomme .'' Était-ce au contraire une pièce d'étoffe qui s'avançait sur la joue ? Mademoiselle de Montpensier à qui nous devons, comme on le verra, cet embarras, ne donne aucune explication à ce sujet.

Parlant de la princesse royale d'Angleterre, veuve du prince d'Orange, qui était venue rejoindre sa mère à Paris où elle

espérait, disait-on, se faire épouser par le roi, elle raconte l'arrivée de cette princesse en France, avec un équipage splendide et force pierreries dont elle savait habilement se parer.

Elle ajoute que le jour où cette veuve vint à Chailly pour lui rendre visite, elle avait pris le costume d'étiquette.

Kig. 393. — Amélie de Solms, veuve du Prince Frcdcrio-Henri de Nassau,

— « Remarquez, dit la reine à Mademoiselle, que ma fille est « habillée de noir et porte une pommette, parce qu'elle est veuve « et ne vous a jamais vue; j'ai voulu que sa première visite fut * fort régulière. »

Cette pommette n'avait cependant pas empêché la princesse de

mettre des pendants d'oreilles magnifiques, des iermoirs, des bracelets, de gros diamants et des bagues, sur quoi la pauvre reine dépossédée disait en soupirant : « Ma fille n'est pas comme moi,

elle est magnifique, elle a des pierreries et de l'argent, elle aime K la dépense. Je lui dis tous les jours qu'il faut être ménagère, que « j'ai été comme elle et encore mieux ; qu elle voie l'état où je ^< suis ! » (fig. 392).

L'obligatoire de la pommette ne devait pas être bien rigoureux dans les Pays-Bas, si l'on en juge par les portraits de veuves que cette époque nous a laissés. Ils ont presque tous un costume différent, la mante ou le voile seuls sont toujours portés, mais la forme varie. Voici une mante jetée sur la tête et formant calotte avec une petite pointe par devant pour retomber en plis amples autour du corps (fig. 393).

Une autre mante, dans un autre portrait, est au contraire très courte et ne dépasse pas la taille. Elle sert de complément à une coiffe posée elle-même sur un bandeau orné d'une pointe. Cette pointe était devenue le signe distinctif du veuvage. La mante courte de ce portrait est en toile, ainsi que le bonnet et le grand col (fig. 394).

Tous les portraits du temps qui reproduisent des bonnets de toile avec voile, ne représentent pas nécessairement des veuves. L'usage de porter des serre-têtes, et des bonnets était presque général dans Pays-Bas; il ne fallait pas être en deuil pour s'embéguiner. Nous le répétons, on aimait les modes simples en Flandre à cette époque ; il fallait aller à Anvers, la riche cité commerçante, pour rencontrer les vêtements somptueux, les plumes et les dentelles.

C'était alors le moment où Rubens y brillait de tout son éclat.

Il aimait à voir des femmes passer auprès de lui dans des chatoiements de soie et de velours. Lui-même s'habillait comme le plus magnifique grand seigneur. Sa maison était ouverte, tant a ses amis qu'à la foule de ses admirateurs et de ses disciples.

II y donnait des fêtes splendides et les deux femmes qu'il épousa

successivement, toutes deux belles et aimables, faisaient avec arâce les honneurs de sa maison.

Nous avons les portraits de ces heureuses créatures à qui

Fig. 394. — Albenine-Aguès de Nassau, veuve de son cousin le Prince de Nassau.

la gloire et les honneurs ne cessèrent de sourire. Celui d'Isabelle Brandt, la première femme du grand peintre, datant de 1600 environ, est particulièrement intéressant parce qu'il nous

rappelle une mode très flamande qui ne manque pas de cachet. C'est le chapeau de feutre, relevé de côté, posé légèrement sur la tête et orné soit d'une touffe de plumes, soit d'une longue plume,

Fig. 395. — Isabelle Brandt, femme de Rubens.

soit enfin d'une simple cordelière de soie ou d'or. Seulement, l'usage général était moins gracieu.x, parce que le chapeau se mettait ordinairement sur le bonnet de toile ou de dentelle, si populaire chez les flamandes (fig. 395). Plus populaire encore, dans la stricte acception du mot, était l'étrange espèce de couvercle

pointu que les femmes des classes inférieures mettaient d'habitude par dessus la mante. Comme la mante couvrait la tête et dissimulait entièrement la femme qui la portait, l'adjonction du couvercle lui donnait de loin une vague ressemblance avec une ruche d'abeilles ambulante. Ce costume était usité en Hollande et même en Allemagne (fig. 396).

I^'g- 396 — Dames llamaades, d'après une ancienne gravure.

La faille conservait aussi et devait encore conserver longtemps sa vogue. On en fait remonter l'origine aux Ménapiens ; il est certain qu'elle est très ancienne, et sa faveur fut plus grande que jamais au xvii' siècle.

Les dames de la noblesse portaient aussi la faille dont elles savaient s'envelopper fort gracieusement ; quelques-unes chiffonnaient par dessus la culbute une écharpe de gaze, qui retombait en voile par derrière.

Il y avait alors en Belgique une noblesse brillante; outre la baronne de Rebours, dont nous avons donné le portrait plus haut, Bruxelles renfermait dans ses murs une foule de jeunes et charmantes femmes. Les plus en vue étaient Mademoiselle de Grimberghe, exilée de France à cause de son mari, le duc de Guise, accusé de conspiration contre Anne d'Autriche; sa mère, la princesse de Grimberghe, dont Marigny dit que les yeux étaient encore capables de blesser les cœurs ; la marquise de Leede, Anne-Marie de Hornes, un des plus beaux ornements de la cour de l'infante.

Elle a ded.ins les yeux une douceur modeste

Elle a l'air gracieux Un aymable entretien, la taille et tout le reste Qui peust rendre l'amour partout victorieux.

La comtesse de Bucquoy tenait maison ouverte et on se réunissait chez elle pour jouer à la Prime ou au Hoc, jeu qui passionnait Mademoiselle d'Hénin et Madame de Warfusée. Isabelle d'Aremberpf, duchesse de Wurtemberg, était aussi une des beautés les plus fêtées. Il n'y avait guère que Mademoiselle de Chimay qui pût lui disputer le prix; mais cette charmante et spirituelle fille de la maison de Ligne, devenue tout à fait sérieuse depuis son mariag-e avec Louis de Gonzagoie, se gardait de semblable rivalité. On l'accusait de tenir toujours ses coiffes baissées et de priver ainsi ses amis du plaisir de contempler ses traits enchanteurs.

Et je ne sçais pourquoy la fortune inhumaine Me veut ainsy cacher cet objet glorieux Si c'est pour espargner à mon cœur quelque peine Ou pour ne point donner de plaisir à mes yeux.

Anne-Alexandrine de Croy, femme de don Antonio de la Cueva, qu'elle avait fait languir dix ans, avant de lui accorder sa main, avait aussi une maison, où la haute société aimait à se retrouver. Deux princesses de la maison de Nassau, Madame de Ligne et Madame de Lorraine, étaient à la tête de ces cercles charmants.

OÙ l'esprit français brillait autant qu'à Paris. On ne donnait pas beaucoup de grandes fêtes, mais on se réunissait souvent, on dansait, on jouait, on causait. Il y avait là un essaim de jeunes et jolies filles portant les plus beaux noms.

A leur tête se remarquaient les quatre filles de la baronne de

Fig. 397. — Bourgeoise llamaiide du milieu du xvii" siècle.

Ville, toutes les quatre également belles; Mademoiselle d'Aerschot, aux yeux vifs et malins ; Mademoiselle d'Oxode, une riche et belle héritière; Mademoiselle d'Havre, qui toute jeune avait inspiré une vive passion au prince de Lorraine; Mesdemoiselles de W'urtemberg, de Salazar et de Verceil, complétaient cette gracieuse couronne, cjui faisait de Bruxelles un .séjour attrayant, où plus d'un exilé de France trouva à se consoler des rigueurs de la politique. Cette ville était en effet le refuge de tous les nobles exilés de

France depuis le jour où le jeune prince de Condé vint y cacher sa trop jolie femme. Les alliances de plus en plus fréquentes entre la noblesse française et celle des Pays-Bas, concoururent puissamment à faire de Bruxelles le centre très couru et apprécié d'une société choisie.

Naturellement ce monde aimable suivit les modes françaises; les boucles, les culbutes, les garcettes et les moustaches s'y naturalisèrent. Les coiffes trop longues furent laissées aux bourgeoises et aux vieilles femmes. Quant au peuple, il portait de grands bonnets dans le genre de ceux qu'on rencontre aujourd'hui à Anvers et dans les pays avoisinants.

Un certain genre de religieuses particulier à la Belgique se désignait sous le nom de Béguines. Leur règle était peu sévère; elles sortaient pour aller elles-mêmes acheter les provisions du ménage et revêtaient alors la grande mante dont nous avons déjà parlé.

Regnard, l'auteur de tant de comédies très admirées en son temps et qui fit un voyage en Belgique en 1681, décrit ainsi les béguines :

— - « Elles sont vêtues de blanc dans l'église et vont par les « rues avec un long manteau noir qui leur descend du sommet « de la tête et leur tombe sur les talons. Elles portent aussi sur « le front une petite hupe qui forme un habillement assez galant « et on trouve des filles sous cet habit discret que j'aimerais « mieux que beaucoup d'autres avec l'or et l'argent qui les entou- « rent. » — Les femmes de la petite bourgeoisie aimaient beaucoup ces mantes, qui leur permettaient de cacher leurs paquets en revenant du marché ; mais afin d'éviter le poids incommode des plis de l'étoffe sur la tête, elles inventèrent une sorte de diadème de velours orné de galons, qui s'élevait en deux pointes comme des cornes. La mante y était attachée et cet arrangement donnait aux femmes un singulier air de chauve-souris (fig. 397).

Les femmes de la noblesse, voire celles du peuple, pratiquaient au plus haut degré cet esprit de famille, ce respect des parents.

ce culte des aïeux, vertus fondamentales devenues si rares de nos jours. De là, la conservation scrupuleuse des traditions du foyer, qui se révélait jusque dans les plus petits détails de la vie. Les testaments constituaient de vraies lois religieusement respectées des enfants et la toilette d'une mère était portée par ses filles avec une pieuse vénération et une touchante tendresse.

Fig. 398. — Hollandaise, d'après HoUar, 1648

Jeanne Jacquemin, femme de Michel Bouvier, bourgeois de Couvin, dans son testament daté de 1638, ordonne à ses filles de porter tous ses accoutrements, savoir : ses chaînes d'argent, ses bagues d'or, chaînettes et pendants, ses jupons, ses chaperons et tout ce qu'elle possède en vêtements. Les archives des bourgs et des villages des Pays-Bas sont pleines de documents du même genre. La mode ne changeait guère alors dans ces humbles com-

munes, vivant de leurs propres ressources dans le calme de l'ordre, trop souvent interrompu par l'irruption des armées amies et ennemies, qui les mettaient également à rançon (fig. 398).

Les princes gouverneurs des Pays-Bas surveillaient du reste soio-neusement les tentatives d'abus du luxe. Les habitants de Namur avaient probablement voulu prendre trop de liberté sous ce rapport à la fin du xviii' siècle. Un édit du prince Charles de Lorraine les ramène dans une voie plus modeste. On y voit entre autres l'ordonnance suivante concernant le deuil :

— « Premièrement, au regard des deuils qui se portent pour les « personnes royales, chacun pourra porter le grand deuil qui est « le manteau en drap long jusqu'aux pieds et les crêpes sur le « chapeau, et les femmes, des robes de drap avec voiles de « crêpe sur la teste comme on est accoutumé de faire pour les « père, mère, femme ou mari, lequel deuil durera jusqu'au jour « des funérailles achevées et se pourrait ensuite diminuer .selon « la saison et convenance ; et au regard des domestiques, aucun « d'eux ne pourra être vêtu de deuil, voulant bien que la « démonstration qui se fait pour les maîtres soit tenue pour « suffisante. Quant aux deuils qui se portent pour nos sujets, « l'on n'en pourra porter pour autres parentages ou personnes, « que pour père, mère, frère, sœur, aïeul ou aïeule, mari, femme, « beau-père, belle-mère, le permettant à l'héritier, encore qu'il ne « toucherait le sang au défunt, lesquels deuils ne pourront être « que le manteau de drap long pour les ascendants et les man- « teaux raccourcis ou petit deuil pour les collatéraux. » Après plusieurs autres détails, l'édit se termine comme suit :

— « Personne, quoique de première noblesse ou qualité ne « pourra se servir ou faire faire des carosses garnis de deuil, ni « dedans, ni dehors, ni couverts, ni chaperons de deuil pour les << chevaux, sous peine de confiscation et cent florins d'amende. »

Pour les femmes, le deuil ordinaire consistait dans la robe noire, le grand col uni et la petite calotte ou chaperon de drap ou de velours noir. Nanteuil a gravé un très beau portrait d'une veuve

belge. Cette gravure date de 1656 et représente la femme d'un membre de la famille Locquet, peut-être la femme de celui qui fût chancelier de Brabant et premier Vicomte d'Hombeke. Elle porte le deuil tel que nous venons de le décrire (fig. 399).

Fier. ■jgg. — Dame brabançonne, d"apiès une gravure de Nanteuil.

Les chapeaux, dont celui d'Isabelle Brandt est le type général, furent très portés pendant le x\ 11" siècle. La grande Mademoiselle, la duchesse de Longueville et toutes les grandes dames qui se mirent à la tête de la ?'rondc avaient adopté ce chapeau, dont l'air crâne et cavalier convenait à ces belles guerrières. On le garnissait de cordons et de tresses. Celui des frondeuses fut entouré d'une corde, comme celle d'une fronde, à laquelle on adjoignit

un bouquet de paille comme signe de ralliement, ce qui n'empêchait pas les grands panaches, si bien faits pour voler au vent dans les galops de chasses et de marches militaires.

Ces chapeaux étaient de castor noir ou gris, d'un prix très élevé; il fallut même faire un édit pour défendre de les payer plus de 50 livres.

« Madame de Bethune, dit Mademoiselle, est à Fontenelle avec « son mari ; ils se promènent à cheval tous les jours, avec des « capelines de plumes. »

Plus loin nous voyons la princesse revenir de Lyon à la suite du roi, qui fait presque toute la route, avec les dames, à cheval. La rigueur de la saison leur fait trouver le voyage pénible et le froid bien vif, malgré leurs justaucorps fourrés et leurs bonnets de velours noir ornés de plumes.

Ces bonnets étaient des espèces de toques très empanachées.

Mademoiselle les avait inaugurés à St-Fargeau, en 1653, pendant un hiver qu'elle y passa, étant brouillée avec la cour et son père. Elle employa son temps à embellir cette demeure, fit construire un théâtre et y donna des représentations. Un jour, Madame de Sully parut à la chasse avec un bonnet de velours noir fourré et garni de plumes. Mademoiselle trouva cette nouveauté si fort à son goût qu'elle en commanda aussitôt pour elle et pour ses autres dames. Les unes préféraient les plus hauts, d'autres de plus petits. On s'amusa pendant quelques jours à essayer les différentes modifications, qui pourraient donner le plus d'élégance ou de grâces à la nouvelle coiffure. Toutes les distractions étaient également bien accueillies dans la solitude de St-Fargeau.

La célèbre Christine, reine de Suède, aimait beaucoup les chapeaux à plumes, comme elle affectionnait tous les vêtements masculins. Elle fit courir tout Paris. Sa manière d'être, ses gestes, son costume, tout éveillait la curiosité. Mademoiselle alla lui rendre visite. Elle la trouva vêtue d'une jupe grise bordée de dentelle, d'or et d'argent, avec un justaucorps de camelot couleur de feu bordé de la même dentelle que la jupe ; au cou un mouchoir

de point de Gênes noue avec un ruban couleur de feu; une perruque blonde, et à la main un chapeau garni de plumes noires. Elle parut à Mademoiselle un joli petit garçon (fig. 400).

C'est dans ce costume que Christine fit son entrée à Paris.

Fig. 400. — Christine, reine de Suède, vers l'âge de 15 ans, d'après un ancien iiortrait.

Peu de temps après, elle ne parut plus aussi agréable à Mademoiselle, qui l'alla voir à Montargis, où elle passait. La reine était couchée. Elle avait fait raser ses cheveux et s'était enveloppé la tête d'une serviette en guise de bonnet. Son départ pour Rome avec une suite uniquement composée d'hommes scandalisa fort tout le monde. Ouand elle revint en France, ses vêtements n'étaient

pas plus soignés. Sur une jupe jaune, elle portait un justaucorps pelé et sa tête était couverte d'une coiffe. Rien d'élégant ni de féminin dans cette princesse aux allures viriles et dégingandées. Quand Mademoiselle la vit pour la dernière fois, à Fontainebleau, après le meurtre de Monaldeschi, c'était encore un bonnet de velours noir à plumes qui couvrait sa tête; le bonnet était égayé de beaucoup de rubans feu, pareils à la couleur de sa jupe. La princesse la trouva mieu^: que les autres fois, quant au physique, mais la mort de son écuyer, ordonnée tout près d'elle dans la galerie même du palais, fut considérée en France comme une barbarie indigne d'une reine chrétienne. Dès ce jour, on ne songea plus qu'à se débarrasser de cette temme extravagante.

Cependant Louis XIV atteignait sa majorité et commençait ce grand règne de gloire auquel aucun autre ne peut être comparé. Avec lui la cour reprenait un air de jeunesse et de fête que la régence si troublée de sa mère avait fait disparaître. Les belles toilettes reparurent ; on vit Madame de Châtillon en habit de taffetas aurore brodé d'argent, Mademoiselle en toile d'or et d'argent, d'autres en robes brodées délicatement ou couvertes de point de Gênes et de Venise. Une mascarade qu'on fit à la cour, en 1659, eut la prétention de représenter une scène champêtre.

« Nous fîmes une mascarade la plus jolie du monde, dit encore « Mademoiselle, à qui nous empruntons tous ces détails. Monsieur, « Mademoiselle de Villeroy, Mademoiselle de Gourdon et moi, « nous étions habillés de toiles d'argent blanches, fort chamarrées « de dentelles d'argent avec des passepoils couleur de rose, des « tabliers et des pièces de velours noir avec de la dentelle or « et argent. Nos habits étaient échancrés à la Bressane, avec « des manchettes et des collerettes de passement de Venise. Nous « avions aussi des chapeaux de velours noir, tout couverts de « plumes couleur de feu, ro.se et blanc.

« Mon corps était lacé de perles, et attaché avec des diamants; « il y en avait partout. Monsieur et Mademoiselle de Villeroy « étaient parés de diamants, Mademoiselle de Gourdon d'émeraudes.

« Nous étions coiffées en paysannes cle Bresse, avec des cheveux « noirs, des houlettes de vernis couleur de feu, garnies d'argent. « Les bergers étaient le duc de Roquelaure, le comte de Guiche, « Peguilhem et le marquis de Villeroy (fig. 401). »

Ces mascarades étaient très à la mode, le Roi s'y plaisait

Fig. 401. — Anue-Marie Martinozzi, princesse de Conty, nièce de Mazarin.

beaucoup, son frère bien davantage encore; rien ne causait tant de joie à ce dernier que de pouvoir s'habiller en femme. On n'avait pas combattu cette faiblesse dans son enfance, on dit même cju'on l'y avait encouragé, afin de le rendre incapable de causer des embarras au Roi, par son ambition ou son intelligence. Il s'amusait à parer lui-même les dames de la cour. Il les coiffait, ajustait leurs rubans et, chacjue fois qu'il en avait l'occasion, prenait le costume féminin. Il n'était pas le .seul en France. L'abbé de

Choisy, fils d'une dame d'honneur de Madame, avait reçu à peu près la même éducation. Sa mère, n'ayant pas de fille, se complaisait à le parer de vêtements de femme et l'intimité qu'il avait avec Monsieur acheva de lui donner des goûts aussi étranges que ridicules. Ses mémoires indiquent l'aberration de son esprit. Il se réjouit de trouver dans l'inventaire de la succession maternelle une paire de pendants d'oreilles, valant dix mille francs, une croix de cinq mille et toutes espèces de bagues et de joyaux « pour se faire belle ».

Au début, il n'osa donner pleine carrière à sa malheureuse manie. Il attendait le soir pour se travestir. Il se parait alors de ses bijoux, arrangeait ses cheveux, se mettait des cornettes garnies de dentelle et se contemplait avec joie dans tous les miroirs. Comme on ne prenait pas cette sottise trop au sérieux, il devint plus audacieux ; il acheta une maison dans le faubourg Saint-Marceau et, sous le nom de Madame de Sancy, il s'y établit tout comme une dame. Il ne quitta plus son déguisement, fit des visites, alla à l'église, se promena partout, minaudant, poudré, se complaisant dans son rôle. A la paroisse, les marguilliers lui envoyèrent un cierge pour la procession et il y parut, soutenu par Monsieur de la Neuville, qui lui servait d'écuyer, la queue de sa robe portée par un laquais, comme toutes les grandes dames.

Un jour qu'il rendit le pain bénit, il voulut accomplir cette cérémonie avec toute la magnificence qu'on aurait pu exiger d'une très noble dame. Il s'était fait faire pour la circonstance une splendide robe de damas de Chine blanc, doublée de taffetas noir avec une échelle de rubans noirs. Aux manches et à la taille, grosses touffes de rubans. Cette robe s'ouvrait sur une jupe de velours noir et sa coiffure était un chef-d'œuvre de bon goût et d'élégance.

Un petit bonnet de taffetas noir était attaché sur sa perruque poudrée. Il était orné de cinq à six poinçons de diamants et de beaucoup de rubans. La marquise de Noailles lui avait prêté ses

pendants d'oreilles en brillants; enfin il était superbe et, pour embellir encore sa beauté, il s'était fourré trois à quatre grandes mouches et une douzaine de petites sur le visage.

A la quête, son écuyer le suivait avec une femme de chambre et trois laquais.

Une autre fois, il vient à l'Opéra dans une robe blanche à fleurs d'or, dont les parements étaient de satin noir, avec des rubans couleur de rose, des diamants et des mouches; il y obtient un vrai succès.

En Berri, il ne craint pas de jouer la comédie en femme, et rien ne lui semble préférable . au bonheur de s'entendre dire : Comme elle est jolie !

On ne tarda pas à faire courir sur lui les chansons et les quolibets :

Sancy au faubourg Saint-Marceau Est habillé comme une fille.

Il ne paraîtrait pas si beau S'il était encor dans la ville.

Tout le peuple de .Saint-Médard Adraire comme une merveille Ses robes d'or et de brocart, Ses mouches, ses pendants d'oreilles.

Cette époque fut celle de la grande vogue du masque. Il accompagna la poudre et les mouches. On allait masqué aux fêtes, aux dîners, aux soupers, aux promenades. La noble.s.se avait tenu longtemps le masque, comme lui étant exclusivement réservé; mais vers le milieu du xvii^ siècle elle fut tout à fait débordée par la bourgeoisie.

Scarron, dans le Roman comiqîie, dit que les bourgeoises de toutes conditions portent le masque jusque dans les églises, de même qu'elles ornent leurs vêtements de quantités de dentelles et de rubans. Il ajoute que leur .savoir vivre est tel, qu'elles peuvent se mêler aux cercles des femmes de la noblesse, sans crainte d'être découvertes.

Un très curieux pamphlet contre les modes, qui parut vers 1630, peint avec des couleurs très justes l'état de la société et du luxe à cette époque. L'auteur fait comparaître autour d'une jeune mère une société composée de femmes de tous les états. On déblatère un peu sur le prochain, on se plaint, on se moque. Voici Madame Claremonde qui s'est faite demoiselle aux dépens de son mari. Depuis qu'elle a commencé à porter le masque, elle en est si orgueilleuse, que, même à l'église, elle ne le déferait pas pour tout l'or du Pérou! (fig. 402).

Il était inconvenant de porter le masque à l'église; de même que pour saluer quelqu'un, on devait l'ôter sous peine de manquer à la politesse.

On parle de la fille de Madame Ledoux qui était, il y a deux jours, femme de chambre au logis de Madame de Chevreuse et maintenant porte autant d'atours que la plus grande dame de la cour. Elle a beau se parer, dit une bonne langue, ni son masque, ni ses perles ne lui blanchiront le teint .

Les boursfeois de bonne et ancienne famille laissaient souvent entrer leurs filles dans de grandes maisons en qualité de femmes de chambre. Comme elles étaient bien élevées et instruites, elles devenaient pour leurs maîtresses des confidentes et presque des amies. C'est ce qui explique l'intimité qu'on voit régner dans les comédies du temps entre la maîtresse et sa servante, intimité qui nous choque parfois.

— « Mon père, dit. une jeune femme de chambre présente « dans la société de l'accouchée, mon père que vous savez être « procureur et qui a des moyens assez honnêtement, a marié au « commencement ses deux filles à deux mille écus et a trouvé « d'honnêtes gens. A présent, quand il aurait deux mille livres « comptant, il ne pourrait trouver un parti pour moi : occasion « qui a tenu ma mère de me donner la coiffe et le masque pour « servir de servante et avoir la superintendance sur le pot et « sur la vaisselle d'arsfent. »

La bourgeoise de robe est très haute envers les fruitières, les

meunières et autre racaille de basse classe, qu'elle déclare bien effrontées de lui faire visite.

La femme d'un médecin trouve étrange que des chirurgiens

Fig. 403. — Gabrielle-Louise de St-Simon, clurhesse de Brissac.

osent donner à .leurs fils des offices de contrôleurs de 15 à 16,000 livres; enfin, il se fait une violente poussée de bas en haut tlans tout ce monde, poussée que favorisent les mariages entre; la Ixmvgeoisie riche et la noblesse (}ui a besoin de se redorer. Il )■ a

jôo HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

bien d'honorables exceptions, de bonnes bourgeoises à capuchon, qui protestent tristement contre ces ambitions déplacées, mais ces exceptions sont rares.

Écoutez ce que dit le Roman bourgeois, décrivant la place Maubert, où la petite bourgeoisie tenait ses assises :

— « C'est le centre de toute la galanterie bourgeoise du quartier, « et elle est assez fréquentée à cause que la licence de causer y « est assez grande. C'est là que sur le midy arrive une caravane < de demoiselles à fleur de corde, dont les mères, il y a dix « ans, portaient le chaperon, vraie marque et caractère de la « bourgeoisie, mais qu'elles ont tellement rogné petit à petit qu'il « s'est évanoui tout à fait. Il n'est pas besoin de dire qu'il y « venait aussi des muguets et des galants, car la conséquence en « est assez naturelle. Chacune avait sa suite plus ou moins « nombreuse, selon que sa beauté ou son bonheur les y attirait. »

La haute bourgeoisie se réunissait aux Tuileries.

— « On voit là, étalé dans les habits, tout ce que le luxe peut « inventer de plus tendre et de plus touchant. Les dames avec ;< des modes toujours nouvelles, avec leurs ajustements, leurs « rubans, leurs pierreries et les agréables manières de s'habiller « étalent, dans les étoffes d'or et d'argent, les applications de leur « maPTiificence »

Aux masques il faut ajouter les mouches. Ce fut vers 1640 que leur vogue arriva à son apogée. Les poser, les ajuster selon la beauté ou l'air du visage, selon l'état de son esprit, selon le caprice du moment, était affaire capitale. Une femme mettait plus d'une heure à poser ses mouches. Quoiqu'elles fussent sans exception en taffetas noir, on distinguait de suite celles qui venaient de la bonne faiseuse. Les rondes s'appelaient assassines, et toutes avaient un nom particulier, d'après la place qu'elles occupaient sur le visage. Près de l'œil, c'était la passionnée ; au coin de la bouche, la baiseuse ; sur les lèvres, la coquette ; sur le nez, l'effrontée; sur le front, la majestueuse; au milieu de la joue, la galante. Les hommes avaient la faiblesse de mettre aussi

des mouches ; un recueil de « maximes morales et chrestiennes pour le repos des consciences » reproche à certains abbés frises et poudrés de se couvrir le visage de mouches et de se montrer tous les jours, en habit libertin, parmi les cajoleries des concerts et des Tuileries.

Heureusement, le sexe fort comprit vite que cet usage était aussi ridicule que malséant et le laissa aux dames (fig. 403).

Reprenons l'histoire de la coiffure en cheveux.

Nous avons vu Anne d'Autriche lui donner une forme qui fut le type de son époque ; quelques modifications imaginées pour les jeunes femmes la rendirent un moment aussi seyante que gracieuse.

Au lieu de la simple garcette, on laissa paraître sur le front une rangée de boucles légères, parfois même deux. Les cheveux ne furent plus tirés si plats sur le haut, on les fit légèrement boufier ou onduler, on revit aussi la poudre, mais cependant encore à l'état d'exception. Un livre curieux, publié en 162 1 en l'honneur de la calvitie, donne de précieux renseignements sur les coiffures du temps.

— « Mais j'ay beau haranguer, dit l'auteur, je voy bien que « je ne doy attendre des femmes ny grâce, ny faveur, ny me « promettre qu'avec moy elles se portent au mespris des cheveux, « La peine qu'elles prennent à bien tenir les leurs, à les poudrer, « parfumer, friser, à les crespillonner, tordre, tresser et anneler, « et bref à se gesner par trop d'amour qu'elles leur portent, et à « les contraindre en mille façons, tout cela montre assez combien « elles aiment les chevelus.

« Elles ont si peu de finesse qu'elles croyent à tout ce que « leur babillent leurs charlatans amoureux, qui leur chantent que « leurs blondes tresses sont les prisons et les ters des cœurs les « plus rebelles; que leurs crespés déliés sont les retz où s'attrape « la liberté des âmes les plus fines; que ce n'est que pour leurs « cordons retors que les zéphyrs soupirent et que c'est dedans « ces subtils nœuds de soie qu'Amour se trouve pris lui-même. « Elles avalent plus doux que miel, de leurs oreilles charmées, le

« breuvage empoisonné de ces cajolleries et s'enyvrent si bien de « la bonne opinion d'elles-mêmes, qu'elles commanderoyent leur « vanité d'aller attacher leurs beaux cheveux après ceux de « Bérénice, si la même vanité ne leur avait déjà fait croire que « c'est bien plus de gloire à leurs cheveux de loger sur leurs « testes que dans le ciel. » (i).

Sur le point de se marier avec l'Infante Marie-Thérèse, le roi, accompagné d'une cour brillante, alla chercher sa jeune femme sur la frontière de son royaume. La première entrevue dut lui faire une impression pénible, car l'étiquette et les modes espagnoles avaient fait un vrai magot de la pauvre future reine. Au lieu de laisser resplendir ses beaux cheveux, sa camerera major l'avait surchargée d'une lourde perruque, à boucles nouées de petits rubans. Ses vertugadins, ses « guards infants » étaient d'une ampleur si ridicule, qu'elle ne pouvait qu'avec peine se tenir sur la même estrade que la reine d'Espagne. Madame de Motteville, qui assista à ce mariage, ne peut assez déplorer le mauvais goût des dames espagnoles et surtout cette perruque horrible dont elles avaient attifé la royale fiancée. « Celle-ci, dit-elle, fut « encore rendue plus laide, le jour du mariage, par une manière «. de bonnet blanc, plus propre à la défigurer qu'à lui donner de <c l'ornement. » Elle ajoute plus loin : « Sa coiffure avait une « largeur colossale. L'infante Reine portait un habit blanc d'une « assez laide étoffe en broderie de talc, car la broderie d'argent « était interdite en Espagne. Elle avait des pierreries enchâssées « dans beaucoup d'or. »

C'est qu'une reine d'Espagne était un objet inerte, sans initiative, ne pouvant avoir aucun goût particulier, encore moins de liberté, toujours courbée sous le joug d'une étiquette implacable, qui faisait de sa vie une vie morne et inintelliofente. Ses toilettes étaient désignées d'avance dans tous leurs détails, elle n'avait pas même le plaisir de les choisir (fig. 404).

(i) Le chauve ou mespris (les cheveux, jmr Jean Daut

C'était une femme de parade, une statue plutôt qu'un être animé. Telles ont dû être les princesses que leur mauvaise étoile a amenées sur le trône d'Espagne, car Elisabeth de France, qui excita la compassion de Brantôme, eut des héritières.

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Fig, 404. — Marie, Infante d'Espagne, fille de Philippe III, femme de l'Empereur Ferdinand III, d'après un portrait fait à l'époque de son mariage.

Madame de Motteville se sent horrifiée par les « guards-infants », qui lui font l'effet d'une machine monstrueuse. Elle n'est pas la seule Française revenant d'Espagne avec une triste impression sur les femmes de ce pays. Une autre voyageuse revient sur ces jupes dans lesquelles on a cousu plusieurs cercles de tonneau, qui, au lieu

d'être ronds, sont aplatis devant et derrière et s'élargissent démesurément de chaque côté, de façon qu'une grande dame qui marche offre le plus singulier spectacle pour les yeux peu habitués à cette mode disgracieuse.

Madame d'Aulnoy visita l'Espagne vers la même époque. Elle s'étend aussi sur la tyrannie de l'étiquette, qui lui paraît, dans ce pays, une chose insupportable. Elle dit que les femmes sont généralement petites, qu'elles portent des manchons de la longueur obligatoire d'une demi-aune, d'ailleurs de la plus belle martr zibeline, et valant jusque quatre et cinq cents écus. Ces pauvres créatures devaient étendre démesurément les bras pour pouvoir mettre seulement le bout de leurs doigts dans ces manchons. Avec cela, un vêtement très serrant des épaules, gênant les mouvements des bras et permettant à peine d'entrer dans leurs manches. Ajoutez les guards-infants et les chapins, sorte de soulier qui les empêchait de marcher, et vous aurez une idée du supplice imposé par l'étiquette à toute grande dame espagnole.

Madame d'Aulnoy ne pardonne pas aux nobles épouses des hidalgos le peu de confort de leurs habitations et même de leurs mœurs. L'usage de manger par terre lui semble, à juste titre, plus digne d'une nation barbare que d'un peuple civilisé. Cet usage était imposé par les terribles guards-infants, qui ne permettaient pas de s'asseoir sur une chaise et encore moins dans un fauteuil. On avait un carreau par terre sur lequel on s'affaissait au milieu de sa robe en ballon. Madame d'Aulnoy emprisonnée, selon la mode française, dans un corps baleiné, trouvait cette position à la Turque vraiment intolérable.

Voici comment elle dépeint la toilette d'une grande d'Espagne:

— « Dès le matin dit-elle, une grande dame n'a rien de plus pressé que de prendre une tasse pleine de rouge et avec un gros pinceau de s'en mettre non seulement aux joues, mais au menton, sur le nez, au-dessus des sourcils et au bout des oreilles. De la beauté, elle ne s'inquiète guère, ce qu'elle veut avant tout c'est être très rouée. En outre elle se frotte du roug^e au dedans

des mains, aux doigts et sur les épaules et cette peinture se fait deux fois par jour, au lever et au coucher. »

« Quand elle est habillée, la grande dame se fait parfumer. Une suivante commence par l'entourer de fumée de ,pastilles qu'elle

Fig. 405. — Marie, Infante d'Espagne, iemtce de l'Empereur Ferdinand III, gra\ure de 1646.

fait brûler, pendant qu'une autre chambrière prend de l'eau de fleur d'oranger, s'en emplit la bouche et en serrant les dents la rejette comme une pluie sur sa maîtresse. » En tout se révélait, pour la voyageuse, un mélange de luxe et de misère très frappant. Les dames ne voulaient porter que du beau linge, mais ce beau

lino-e se réduisait à une chemise. Elles aimaient les surchames de bijoux, mais ces bijoux étaient mélangés d'autant de pierres fausses que de vraies. Sur leurs têtes elles cherchaient à mettre le plus d'ornements possible, surtout beaucoup d'épingles représentant des mouches ou des papillons de diamants et de pierres de couleur. Enfin le bon goût leur manquait complètement (fig. 405).

Pour en revenir à la reine dont le sort préoccupait tant les visiteuses étrangères, décrivons un de ses costumes, pour donner une idée de la mode espagnole.

Elle devait porter une espèce de corset de satin brodé découpé sur du brocart d'or, boutonné par de gros rubis d'une valeur considérable, ajusté et serré au col comme un pourpoint. Les manches étaient étroites, avec de grands ailerons autour des épaules, pendaient aussi longues que la jupe et s'attachaient au côté avec des roses de diamants. Son vaste vertugadin l'empêchait de s'asseoir autrement que par terre. Autour du cou une grosse fraise lui engonçait la tête et enfin un poids considérable de chaînes d'or et d'enseignes achevait son martyre. Sa coiffure était large avec abus de faux cheveux. Le front, trop découvert et sans frisure, n'avait point d'agrément. Généralement les dames espagnoles tressaient leurs cheveux par derrière et les rattachaient à la tête, par-ci par-là, avec des rubans.

La reine d'Espagne dînait seule, les Infantes dînaient seules aussi. Au mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse, les dames françaises couraient d'un appartement à l'autre, pour voir ces princesses assises par terre, mangeant en silence au milieu d'un cercle de courtisans respectueux, et servies à genoux par des menins.

Les faux cheveux étaient une des», nombreuses obligations de l'étiquette. Comment douter qu'aussitôt arrivée en France, la jeune Marie-Thérèse ne s'empressât de rejeter tout cet appareil incommode pour adopter le costume français, que l'étiquette laissait libre de toute entrave. Et cependant, ces mêmes entraves, l'appât d'une couronne les faisait oublier aux princesses françaises. Peu

d'années après, Charles II, fils de Philippe IV", épousait en 1689 Marie-Louise d'Orléans, nièce du roi de France et les fêtes de ce mariage furent dignes des deux maisons royales, qui s'unissaient de nouveau. La princesse arrivait avec les modes françaises, sa tête n'était pas surchargée de perruques ni d'ornements incommodes.

Fig. 406 — M.irie-Louise d'Orléans, femme de Charles II, roi d'Espagne, d'après une médaille frappée lors de son mariage.

Ses beaux cheveux tombaient sur ses épaules en quelques mèches bouclées retenues aux tempes par un joyau, coiffure que quelques jeunes filles portaient à cette époque. Sa robe était si couverte de broderies qu'on n'en voyait pas l'étoffe. Quand elle monta à cheval suivie de ses filles d'honneur, elle mit un chapeau garni de quelques plumes, au milieu desquelles brillait la perle

appelée Pérégrin, aussi grosse qu'une petite poire et d'une valeur inestimable (fig. 406).

Les corbeilles de noce destinées à contenir les nombreux objets offerts à la nouvelle reine étaient au nombre de huit et si lourdes que quatre femmes ne pouvaient en soulever une. Elles étaient pleines de bijoux, d'objets précieux, de brocart d'or, enfin de tout ce que le luxe espagnol pouvait présenter à une jeune souveraine.

Fig 407. — Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, d'après une médaille.

Quand l'Infante Marie-Thérèse arriva à la cour de France, elle y trouva un genre de coiffure très gracieux et mis à la mode par les belles nièces du cardinal Mazarin. La dite coiffure consistait dans la suppression des deux touffes bouffantes des côtés, pour laisser les cheveux frisés en petites boucles tout autour du visage et tombant en mèches ondulées sur les épaules. L^n rond orné de perles et de ruban s'attachait à la nuque (fig. 407).

Le règne de cette nouveauté dura cinq à six ans, après lesquels les bouffons de chaque côté regagnèrent insensiblement leur ancienne

faveur. En 1670, ils étaient en pleine vogue. On les exagéra jusqu à l'absurde. Tantôt ils devenaient énormes et se terminaient en boucles longues, tantôt ils étaient composés d'une quantité excessive de

Fig. 40S — Eléonore-Marie d'Autriche, femme de Michel, roi de Pologae, gravure de 1670.

petites boucles, formant un amas léger de chaque côté de la tête et se terminant par une ou deux longues mèches ondulées ou roulées. Dans cet ébouriffcment on plaçait force petits nœuds de rubans, force bijoux, fils de perles, poinçons ou autres affiquetsj

plus une femme en avait, plus elle se croyait belle (fig. 408). Quelques élégantes couronnaient cet édifice capillaire d'une petite calotte à pointe par devant en soie écrue ou en réseau. Survinrent les cornettes. La première ne fut d'abord qu'une passe légèrement bouillonnée garnie de dentelles avec de larges bouts qui pendaient par derrière. La coiffe ou grand mouchoir de soie noué sous le menton était devenue d'un usage habituel.

Le plus joli modèle de coiflure, vers 1670, est celui de Madame

Fig. 409. — Madame de Sévigné, d'après un portrait de Mignard.

de Grignan, que Montgobert, sa fidèle et adroite chambrière, savait si bien exécuter. Le type général d'alors était une tête large et plate. Mais la largeur était moindre déjà que celle que nous voyons à Madame de Sévigné, qui continua de porter dans son âge mûr la mode de sa jeunesse (fig. 409). Sa fille, au contraire, se conformait aux dernières modes. Ses cheveu.x étaient très fournis au bas du visage, qu'encadraient des boucles de toutes grandeurs. On se faisait alors coiffer par des femmes. Il ne semble pas que Champagne ait eu des imitateurs immédiats. Son talent et sa

vogue furent recueillis par la Martin, coiffeuse demeurée célèbre dans les fastes de la coiffure, par la révolution qu'elle opéra vers la fin du siècle autour des têtes féminines, poussant en hauteur toute la largeur passée. Cela ne se fit pas tout d'un coup; les premières qui osèrent dégager les joues furent l'objet d'une critique acerbe (fig. 410).

— « J'allai l'autre jour chez la duchesse de Ventadour, écrit « Madame de Sévigné à sa fille, en 1671, elle était belle comme « un ange. Madame la duchesse de Nevers y vint coiffée à faire

Fig. 410. — Madame de Grignon, d'après un portrait.

«. rire; il faut m'en croire, car vous savez comme j'aime la mode. « La Martin l'avait bretaîid'^e par plaisir comme un patron de « mode excessive; elle avait donc tous les cheveux coupés sur la « tête et frisés naturellement par cent papillottes, qui la font « souffrir toute la nuit ; cela fait une petite tête de chou ronde, « sans que rien accompagne des côtés. Elle n'avait point de « coiffe, mais encore passe, elle est jeune et jolie ; mais que toutes « ces femmes de Saint-Germain se fassent têtonner par la « Martin, cela est au point que le Roi et toutes les dames en « pâment de rire ; elles en sont encore à cette jolie coiffure que

« Monteobert fait si bien, je veux dire ces boucles renversées. «. Voilà tout, elles se divertissent à voir outrer cette nouvelle « mode jusqu'à la folie » (fig. 411).

Fig. 411. — Louise de la Baume-le-Blanc. duchesse de La Vallièie, d'après son portrait de la

Galerie du Palais- KoyaU

On appelait cela des coiffures hurluberlu. La marquise a de la peine à s'y habituer.

• — « Les coiffures hurluberlu m'ont fort divertie, écrit-elle quel-

« ques jours après, il y en a qu'on vouJrait souffleter. La Choiseul « ressemblait, comme dit Ninon, à un printemps d'hôtellerie comme « deux gouttes d'eau. »

Elle s'y fait cependant. Quatre jours après, elle revient sur son premier jugement.

« Je vous mandai l'autre jour la coiffure de Madame de Nevers, « et dans quel excès la Martin a poussé cette mode; mais il y a « une certaine médiocrité qui m'a charmée et qu'il faut vous

Fig. 412. — Marie, duchesse de Simmeren, d'après une médaille frappée en 16S8.

« apprendre, afin que vous ne vous amusiez plus à faire cent « petites boucles sur vos oreilles, qui sont défrisées en un moment, «. qui siéent mal et qui ne sont non plus à la mode pré.sente- « ment que la coiffure de la reine Marie de Médicis. Je vis hier « la duchesse de Sully et la comtesse de Guiche, leurs têtes sont « charmantes; je suis rendue, cette coiffure est faite justement « pour votre visage; vous serez comme un ange, et cela est fait « en un moment. Voici ce que Trochanire (M™ de la Troche), « qui vient de Saint-Germain, et moi, allons vous faire entendre, « si nous pouvons :

« Imaginez- VOUS une tête partagée à la paysanne jusqu'à deux « doigts du bourrelet; on coupe les cheveux de chaque côté, « d'étage en étage, dont on fait de grosses boucles rondes et « négligées, qui ne viennent pas plus bas qu'un doigt au-dessous « de l'oreille; cela fait quelque chose de fort jeune et de fort joli, « et comme deux gros bouquets de cheveux de chaque côté. Il ne « faut pas couper les cheveux trop courts, car comme il faut les « friser naturellement, les boucles, qui en emportent beaucoup, ont « attrapé plusieurs dames, dont l'exemple doit faire trembler les « autres. On met les rubans comme à l'ordinaire et une grosse « boucle nouée entre le bourrelet et la coiffure; quelquefois on

« la laisse traîner jusque sur la gorge » (fig. 412). Et Madame

de la Troche prend la plume pour ajouter à cette description :

— « Madame, vous serez ravissante, tout ce que je crains, « c'est que vous n'ayez regret à vos cheveux. Pour vous fortifier, « je vous apprends que la Reine et tout ce qu'il y a de femmes « et de filles qui se coiffent à Saint-Germain, achevèrent hier de « les faire couper par la Vienne, car c'est elle et Mademoiselle de « la Borde qui ont fait toutes les exécutions. Madame de Crussol « vint lundi à Saint-Germain, coiffée à la mode; elle alla au « coucher de la Reine, et lui dit :

« Ah! Madame, Votre Majesté a donc pris notre coiffure? « Votre coiffure, lui répondit la Reine, je vous assure que je n'ai « point voulu prendre votre coiffure ; je me suis fait couper les « cheveux, parce que le Roi les trouve mieux ainsi ; mais ce n'est « point pour prendre votre coiffure! »

« On fut surpris du ton avec lequel la Reine lui parla, mais « voyez un peu où Madame de Crussol allait prendre que c'était « sa coiffure, parce que c'est celle de Madame de Montespan, de « Madame de Nevers et de la petite de Thianges »

Madame de Grignan, avec l'instinct d'une jolie femme, avait compris la coiffure.

« Je suis bien aise que vous l'ayez comprise, lui répond sa « mère, c'est justement ce que vous aviez envie de faire ; ce

« taponage vous est naturel ; vous . avez cent fois pensé l'inventer, « mais vous avez bien fait de ne pas prendre cette mode à la « rigueur. Le bel air est de se peigner pour contrefaire la tête « naissante. Cela est fait en un moment. Nos dames sont bien loin « de là avec leurs coiffures glissantes de pommades et leur che- « veu.x de deu.x paroisses, cela est bien vieu.x ! » (fîg 413).

Les coiffures à boucles avaient l'avantage de s'accommoder à l'air du visage. On pouvait, selon sa fantaisie, les multiplier, les épaissir ou les diminuer. Cette facilité de varier du jour au lendemain, avait, par contre, l'inconvénient de compliquer le travail d'esprit des élégantes et le travail manuel des chambrières. La Vienne, émule de la Martin, et les autres artistes capillaires féminins avaient fort à faire pour suffire à la besogne, et les e.xilées en province se désespéraient de n'avoir plus leur habile concours.

« Toujours à sa toilette, dit Madame Grognon, dans le Distrait

et devant son miroir.

Voilà tout son emploi du matin jusqu'au soir !

A quoi Lisette, la camériste, répond :

Vous parlez bien à l'aise avec votre censure

Il m'a fallu trois fois réformer sa coiffure.

Nous avons toutes deux enragé tout ce jour

Contre un maudit crochet qui prenait mal son tour.

La grande faveur de Madame de Montespan développa beaucoup la coquetterie. Elle effaçait si complètement la Reine, qu'on finit par ne plus voir que la favorite et prendre d'elle le ton de la mode. Les boucles lui allaient bien, elle les multiplia. Madame de Sévigné la vit à Versailles un jour de grande cérémonie.

«c Elle était habillée de point de France, coiffée de mille boucles; « les deux des tempes lui tombent fort bas sur les joues ; des « rubans noirs à sa tête, des perles de la Maréchale de l'Hôpital « embellies de boucles et de pendeloques de diamans de la der- < nière beauté, trois ou quatre poinçons, point de coiffe ; en un

« mot une triomphante beauté à faire admirer à tous les ambas-

« sadeurs (fig. 414). >

Dans le négligé, on portait des coiffes ajustées de dentelles. Madame de Sévigné nous parle d'une certaine Madame La Baroire, qui se coiffait à la jeune avec des bonnets à doubles carillons. A Vichy, la présence de deux sémillants gentilhommes de la cour, Messieurs de Termes et de Flamarens, excite la coquetterie des dames. Dès le matin, on les voit en coiffure hurlupées, poudrées, frisées, avec des bonnets à la bascule, du rouge,

Fig. 413. — Mademoiselle de la Vallière.

des mouches, et de petites coiffes qui pendent, enfin en grand attirail de guerre, dont se moque l'aimable marquise.

Madame de Sévigné aime les cornettes, elles lui épargnent l'ennui de faire les coiffures compliquées qu'elle commence à trouver un peu jeunes pour elle. Aux Rochers, son château de Bretagne, elle va dîner chez sa voisine. Madame de Marbeuf, avec une robe de chambre bien chaude, une jupe violette or et argent et une belle «coiffure de toutes cornettes de chambre négligées». C'était au début de la vogue des Fontanges. On connaît l'origine de cette mode. La jeune duchesse de Fontanges, dans tout l'éclat de sa beauté et de sa faveur, suivait un jour le roi à la chasse

Fit;. 415. — Annc-Maric Ilennequiu, feiiu,.o >:;; ile:uy iM.'.in.cr, i.i,;c iic K;;i;i;iez, et sa lilic, la duchesse de la Fciiillaile, d'après un portrait du temps.

Sa coiffure bouclée se trouva dérangée par le vent. Elle prit un ruban et noua ses boucles ensemble sur le front. Le roi fut charmé de cette invention et ensfao-ea la duchesse à la continuer. Aussitôt toutes les dames eurent des coiffures à la fontanofe. On ne se contenta pas d'une touffe de boucles, on les augmenta

Fig. 414. — Françoise-Adélaïde de Rochechouart, marquise de Moutespan.

peu à peu jusqu'à ce qu'elles fissent sur le haut de la tête, un véritable monument. Il fallut soutenir cet édifice avec des fils de fer. La cornette .s'accrut en même temps. Elle fut d'abord composée d'un fond bouillonné avec une ou deux dentelles plissées en rayons s'élevant au-dessus des boucles. Ces rayons grandirent avec l'échafaudage de devant. On porta deux, trois rangs de dentelles superposées ; il fallut toute une palissade de fils d'archal

pour soutenir ces tuyaux, La mode, encore cette fois, donna libre cours aux variantes les plus fantastiques. Les cornettes, bonnets ou coiffures prirent mille noms expressifs. Regnard, dans l'une de ses meilleures comédies : « Attendez-moi sous l'orme, » donne les détails les plus amusants sur les folies de la mode de son temps. La pièce fut représentée en 1694, et déjà alors Louis XIV se fatiguait des exagérations des coiffures à la Fontange. Depuis longtemps il ne trouvait plus de charme à ce souvenir d'un temps qu'il voulait oublier.

Regnard entre donc dans ses vues, en se moquant avec esprit des folies de la coquetterie féminine.

C'est Pasquin, le valet audacieux et adroit, qui parle à la naïve Agathe .

« Pasquin. — Parlons des beaux habits que mon maître vous a fait venir.

Agathe. — Ah ! Pasquin, j'en suis chamiée.

Pasquin. — A propos, mon maître voulait vous voir aujourd'hui parée.

Agathe. — Je voudrais bien l'être aussi, mais je ne sais lequel je dois mettre de ces deux habits. Dis-moi, Pasquin, lequel me siéra-t-il mieux de l'innocente ou de la gourgandine (i) .'

Pasquin. — La gourgandine a toujours été le goût de mon maître.

Agathe. — Il l'.mt que les femmes de Paris aient bien de l'esprit pour inventer de si jolis noms.

Pasquin. — Malpeste! leur imagination travaille beaucoup Elles n'inventent point de modes qui ne servent à cacher quelque défaut. Falbala par haut pour celles qui n'ont point de hanches ; celles qui en ont trop le portent plus bas. Le col long et les gorges creuses ont donné lieu à la Steinkerke, et ainsi du reste.

Agathe. — Ce qui m'embarrasse le plus, c'est la coëffure. Je ne pourrai jamais venir à bout d'arranger tant de machines sur ma tête, il n'y a pas de pl.ace pour en mettre seulement la moitié.

P.\SQUIN. — Oh ! quand il s'agit de placer des fadaises, la tête d'une femme a plus d'étendue qu'on ne pense. ^lais vous me faites souvenir que j'ai ici le livre instructif que la coëflfeuse a envoyé de Paris. Il s'intitule : Les éléments de la toilette ou le système harmonique de la coëffure d'une femme.

Agathe. — Oh ! que ce hvre doit être joli !

Pasquin. — (Tirant un livre de sa poche).

Voici le second tome. Pour le premier, il ne contient qu'une fable alphabétique des

(1) Nom donné à une certaine forme de robe.

principales pièces qui entrent dans la composition d'une commode comme : La duchesse, la fontange, le tète-à-tête, le mousquetaire, le solitaire, le chou, la culbute, le croissant le firmament, le dixième ciel, la palissade, la souris.

Agathe. — Ah! Pasquin, cherche-moi l'endroit où le livre dit que se met la souris. J'ai un nœud de ruban qui s'appelle comme cela.

Pasquin. — C'est ici quelque part ; attendez : Coëffure pour raccourcir le visage. Ce n'est pas cela. Petits tours blonds à boucles fringantes pour les fronts étroits et les nez longs. Je n'y suis pas. Supplément ingénieux qui donne le relief aux joues plates. Quoi! Cornettes fuyantes pour faire sortir les yeux en avant. Ha! voici ce que vous me demandez. La souris est un petit nœud de nonpareille qui se place dans le bois. No'a, qu'on appelle petit bois un paquet de cheveux hérissés, qui garnissent le pied de la futaie bouclée. Mais vous lirez cela à loisir. Allez vite arranger votre toilette. Je vous enverrai mon maître sitôt qu'il aura fini une petite affaire. »

Est-il étonnant qu'au milieu du lu.\e de la cour de Louis XIV la coquetterie féminine ait atteint son apogée ? Pour un regard du roi, une femme consentait à se mettre à la torture des journées entières. La magnificence déployée par Louis XIV dans les années brillantes de son règne dépasse toute imagination ; en outre, ses largesses envers les grands seigneurs, en excitant leur cupidité, leur faisait faire des dépenses folles, convaincus qu'ils étaient qu'elles seraient payées par le roi.

Une dame réconciliée avec la marquise de Montespan reçoit à cette occasion 400 louis d'or pour sa toilette.

« La plus incroyable chose du monde, dit St-Simon, c'est la « dépense que font ces dames sans avoir le premier sou, hormis « celles à qui le roi donne. »

Louis XIV avait une cassette mystérieuse que l'intendant de ses finances ne devait jamais laisser vide. Elle était pleine de colliers, de pendants d'oreilles, de poinçons, de bagues de grande valeur. C'est là que le roi puisait, quand il jugeait à propos de gratifier quelque dame d'un bijou.

Nous prenons au hasard parmi vingt autres, un ordre du roi. Il est conçu comme suit :

« Il faudra y mettre un collier de perles, que je veu.x: (jui « soit beau, deux paires de pendans d'oreilles, l'une en diamans, « que je veux qui soit beau, et une de toutes pierres. Une boîte

« et des attaches de diamans, une boîte et des attaches de

« toutes pierres Il faut avoir des pierres de toutes couleurs

« pour pouvoir en changer. Il faut aussi une paire de pendans «. d'oreilles de perles. Il faut encore quatre douzaines de boutons « dont on changera les pierres du milieu, etc., etc.

L'or est partout, sur les vêtements, sur les têtes, sur les meubles, sur les murs, il semble qu'on ne sache qu'en faire. Madame de Montespan a une robe de drap d'or, brodée en or frisé et rebrodée d'un autre or merveilleux, la Dauphine a de la toile d'or, brodée d'argent, et de la toile d'argent brodée d'or, d'autres parsèment les diamants sur le velours et la soie, d'autres encore portent des habits brodés de perles et de pierres précieuses, c'est une folie de luxe qui passe toute imagination. Et ce monde frivole, galant, aimable, dépensier, mêle aux plaisirs sans cesse renouvelés les discussions les plus ardues sur Descartes, sur le jansénisme, sur la question de la grâce, le molinisme et les jésuites. Madame de Sévigné entremêle la description d'une toilette de dissertations philosophiques, devant lesquelles reculerait plus d'un homme d'État de nos jours. On va en foule écouter Bossuet, Bourdaloue, le Père de la Rue, on les entend reprocher avec force à cette société déjà gâtée, sous ses brillantes apparences, son luxe, ses bijoux, ses prodigalités, son faste, ses prétentions, ses rivalités d'ambition et de cupidité.

< Pourquoi tant de folles dépenses, dit Bossuet. Que sert ce «. luxe énorme dans vos maisons, tant d'or et tant d'argent dans « vos meubles. Jeu cruel et sanglant où l'on consume des trésors « immenses, où l'on engloutit les maisons et les héritages, où « les pères et les mères se privent de la vue de leurs enfants « et dont on ne peut soutenir les profusions que par des rapines « véritables. »

Fénelon, malgré sa douceur, est plein de sévérité pour le lu.xe des femmes. Il écrit son austère éducation des filles et se croît trop indulgent. Pascal cherche à effrayer les consciences tranquilles au milieu d'une splendeur trop mondaine. Il retire du

monde le jeune duc de Roannez et l'eût laissé mourir sous les austérités jansénistes, comme il eût entraîné la sœur de ce seigneur à se cloîtrer dans Port-Royal, si leur mère, la sage Anne-Marie Hennequin ne fût intervenue et n'eût opposé son influence à celle de ce redoutable penseur (fig. 415).

Le Père le Moine conseille aux vieilles femmes de ne plus aller dans le monde par la raison un peu superficielle qu'on ne doit pas chercher de roses sous la neige et que ce n'est qu'aux étoiles qu'il appartient de briller au bal. On écoutait, on discutait, on prenait de bonnes résolutions trop tôt oubliées et on remettait au lendemain de se corriger ; s'il en restait quelque chose, c'était bien peu, mais encore ce peu subsistait. Le travail desséchant du jansénisme n'avait pas encore étendu ses ravages dans les masses et le roi, malgré ses faiblesses, restait croyant et religieux. II ne craignait pas de s'écrier après une victoire : « Remercions Dieu mes enfants ! » et il s'agenouillait humblement au pied de l'autel, convaincu que tous ses sujets s'agenouilleraient derrière lui.

Les femmes surtout avaient conservé un fond de religion qui résistait aux éblouissemenLs du monde. Madame de Longueville finit ses jours dans l'humilité. La pénitence de Madame de la Vallière fut sincère et si celle de Madame de Montes pan arriva bien tard, elle n'en fut que plus rigoureuse. Ces exemples illustres ont été suivis de beaucoup d'autres moins connus de la foule.

On veut mourir chrétiennement.

Madame de Sévigné s'indigne que les dames de Provence se fassent enterrer avec une fontange. « Quelle profanation s'écrie- « t-elle, cela sent le paganisme. Ho ! que cela me dégoûterait « bien de mourir en Provence, il faudrait du moins que je fusse « assurée qu'on n'irait point chercher une coiffeuse en même « temps qu'un plombier ! »

Ironie cruelle du sort ; la pauvre femme mourait peu d'années après dans cette Provence qu'elle craignait tant et on l'ensevelissait dans ces atours, dont elle avait manifesté tant d'horreur.

On n'avait pas l'idée bien nette de certaines convenances, de celle, par exemple, de se vêtir décemment pour entrer dans une éo-lise. Les dames de la Cour y suivaient le roi dans leurs grands habits souvent très décolletés. Le pape Innocent IX dut fulminer des peines sévères contre les dames trop peu vêtues. Le lieutenant criminel La Reynie obtint un édit qui condamnait à l'amende les femmes qui venaient aux offices en masque. Il y avait, nous l'avons déjà remarqué, tout un code de civilité pour

le masque. « A l'égard des dames, dit « un auteur du temps, il est bon de savoir « qu'outre la révérence qu'elles font pour « saluer, il y a les masques, les coiffes et « la robe avec quoi elles peuvent témoigner « le respect ; car c'est une incivilité aux « dames d'entrer dans la chambre d'une per- « sonne à qui elles doivent le respect, la « robe troussée, le masque au visage et « les coiffes sur la tête, si ce n'est une « coiffure claire.

« C'est une incivilité aussi d'avoir un mas- « que sur le visage en un endroit où se trouve « une personne d'éminente qualité et où on « peut en estre aperçue, si ce n'est qu'on fust en carrosse avec « elle. C'en est encore une autre d'avoir le masque au visage « en saluant quelqu'un, si ce n'estait de loin, encore l'ôte-t-on « pour les personnes royales. »

La propreté du corps n'était pas en honneur à cette époque. Les bains du moyen-âge étaient bien oubliés, excepté à titre de médication, car les villes d'eaux furent très courues au xvii" siècle Un auteur du temps met au nombre des lois de la galanterie française l'obligation de se laver les mains tous les jours avec le pain d'amande et « le visage presqu' aussi souvent ». Par contre beaucoup de parfums. Chaque femme avait son odeur favorite, qui révélait sa présence avant qu'on la vît. Les masques, si bien

Fig. 416. — Mademoiselle de Montpensier, dite La Grande Mademoiselle, d'après un médaillon.

inventés pour garder l'incognito ne servaient de rien contre les parfums. Madame de la Fayette assure que le comte de Guiche reconnaissait Madame Henriette, sœur de Monsieur, au parfum dont elle odorait ses coiffes. Le blanc et le rouge conservaient leur empire. « Si les femmes, soupirait La Bruyère, si les « femmes veulent seulement être belles à leurs propres yeux et « se plaire à elles-mêmes, elles peuvent sans doute, dans la « manière de s'embellir, dans le choix des ajustements et dans la « parure, suivre leur goût et leur caprice ; mais si c'est aux « hommes qu'elles désirent plaire, si c'est pour eux qu'elles se « fardent ou qu'elles s'enluminent, j'ai recueilli les voix et je « prononce de la part de tous les hommes ou de la plus grande « partie que le blanc et le rouge les rendent affreuses et dégoû- « tantes ; que le rouge seul les vieillit et les déguise ; qu'ils « haïssent autant de les voir avec de la céruse sur le visage « qu'avec des fausses dents dans la bouche et des boules de cire « dans les mâchoires, qu'ils protestent sérieusement contre tout « l'artifice dont elles usent pour se rendre laides. »

Les eaux étaient très à la mode. Il était de bon ton d'aller à Vichy, à Bourbonne, à Forges; Mademoiselle de Montpensier fut une visiteuse assidue de cette dernière ville. Comme maintenant, on s'amusait à changer souvent de toilettes. « Les habits « du matin et ceux de l'après-midi sont fort différents. Le matin « on a de la ratine et de la fourrure et l'après-dînée du taffetas » (%• 416).

Madame de Sévigné nous a conté tout le beau monde qu'elle rencontrait à Vichy et à Bourbonne. A Spa, le Prince Évêque de Liège se plaisait à donner des collations aux dames qui accouraient de tous côtés vers ces fameuses fontaines, pour y chercher la santé ou le plaisir.

A Bade, où se tenait la diète de Suisse, les ambassadeurs faisaient assaut de luxe et donnaient des fêtes à tous les baigneurs. Un allemand, qui décrit la vie de cette ville pendant la saison, raconte qu'il assista à un bal, donné par un membre du corps

diplomatique aux dames de distinction, qui s'y trouvaient. L'une d'elles, une charmante jeune fille, emporta tous les succès. On fut un peu désenchanté quand, la chaleur ayant augmenté dans la salle, on vit courir dans les boucles de la beauté fêtée, certains microbes qui ne se voient guère dans un monde soigneux. Cela n'étonna pas les gens du pays; on assura que les allemandes ne

Fig. 417. — Marie, reine d'Angleterre, femme de Guillaume III, médaille frappée en 16S9.

se peignaient jamais à fond et qu'elles mettaient poudre sur poudre sans s'inquiéter de ce qui pourrait en résulter.

Les modes anglaises suivirent à peu près l'impulsion française (fig. 417). Dans la première partie du xvii" siècle, elles gardèrent le style imprimé par Elisabeth. Les sectes continuèrent de s'habiller avec la simplicité la plus affectée, afin de contraster davantage avec la cour des Stuarts, toujours suspecte de « papisme y> Les puritains élargirent encore leurs chapeaux et portèrent les

cheveux courts, pour protester contre les perruques. Leurs femmes adoptèrent de petites coiffes de toile unie et de grands cols pareils. Les troubles, les guerres, les meurtres politiques et religieux se succédèrent sans interruption. La faiblesse des derniers Stuarts prépara la chute irrémédiable de leur trône. Charles II, se moquant de tout, sceptique et libertin, ne voulut pas voir qu'il fallait user de grande prudence envers une nation aussi patriotique que la nation anglaise. Il introduisit à sa cour les

Fig. 418. — Marie, reine d'Angleterre, d'après une médaille.

modes françaises, les habits français, l'habitude de ne parler que le français, de ne lire que des auteurs français; son frère Jacques, tout aussi malheureux et faible, fut bientôt réduit à se sauver en France. La fille de Jacques, Marie, la nouvelle Tullie, comme l'appelle Madame de Sévigné, monta avec un scandaleux empressement sur ce trône, dont on venait de chasser son père (fig. 418). Son patriotisme revêche n'alla cependant pas jusqu'à résister aux attraits des modes françaises. Une médaille, frappée à son avènement, la représente coiffée en boucles, selon la mode du temps,

Fig. 419. — Anne, reine d'Angleterre, d'après une gravure de 1704.

mais avec une légère dift'érence de ia coiffure hurluberlu. Des perles ornent ses cheveux, qui sont arrangés avec beaucoup d'art.

Beaucoup de grandes dames anglaises, à l'exemple des françaises, mêlaient aussi des diadèmes et des rubans aux boucles de leur coiffure.

Le règne des deux sœurs, Marie et Anne, fut une triste époque pour l'Angleterre. Le désordre était affreux dans Londres ; on osait à peine s'y promener. L'auteur d'f/« toiir à travers Londres

Y\g. 420. — Femme du peuple en Angleterre vers 16S0.

raconte qu'il vit un carosse ouvert, plein de dames de qualité, ayant leurs masques et leurs coiffes, outrageusement apostrophé par la populace et qu'un homme lança sur les dames un crapaud, en les assimilant à ce batracien, aux applaudissements de la loule. Sous le règne d'Anne, les choses n'allèrent guère mieux. La reine, paresseuse d'esprit et de corps, se laissait dominer par .ses favorites. Sarah Churchill, la duchesse de Malborough, s'occupait de sa garde-robe, au point de ne pas lui laisser choisir la moindre coiffe elle-même (fig. 419).

Quand le Prince Eugène fut envoyé à Londres par l'Empereur, pour certaines négociations diplomatiques, on lui offrit une grande fête à l'occasion de l'anniversaire de la Reine. Les dames du

parti whig avaient si peu souci de plaire à leur souveraine, qu'elles refusèrent de paraître à cette fête et se donnèrent le plaisir de témoigner leur mépris à la Cour, en affectant de se montrer aux fenêtres des maisons, devant lesquelles passait le cortège royal, vêtues de peignoirs et coiffées en négligé (fig. 420).

Fig. 421. — Femme^du peuple de Paris, d'après une ancienne gravure.

Les costumes populaires s'accentuent partout. Les paysans de France, au xvii" siècle, sont généralement bien vêtus.

Dans certaines provinces, comme la Bretagne, la Normandie, la Bresse, le costume des femmes, le dimanche, est aussi luxueux que pittoresque. L'habillement des villageoises du Comtat est fait d'étoffe légère rayée fond blanc à lignes bleues ou rouges. La jupe attachée au corps leur serre gracieusement la taille. Un

fichu, froncé devant, découvre largement la nuque par derrière ; des sabots garnis de fourrure d'agneau les chaussent ; les coquettes y mettent une rosette de rubans.

La cornette qu'elles ont sur la tête est bordée d'une jolie dentelle au bas des joues.

En Auvergne, les femmes se coiffaient d'une gracieuse petite cape de velours, passementée d'argent, sur laquelle elles posaient un léger chapeau de feutre.

A Paris, la jupe était courte dans le peuple. La taille, décol-

Fig. 422. — Femme de Bayonne, d'après une estampe.

letée sur le devant, était garnie d'un fichu sur les épaules. Une petite cornette de toile, ornée quelquefois de dentelles, couvrait la tête, et quand il fallait affronter le soleil, était remplacée par de grands chapeaux de paille (fig. 421).

Les Picardes portaient la calipette, sorte de béguin en étoffe piquée.

La coiffure des Bayonnaises était tout à fait étrange. Elle se composait d'un morceau d'étoffe roulée en turban autour d'une corne, qui se dressait sur le front, sortant d'un morceau d'étoffe servant de fichu et de voile à la fois (fig. 422). Ce dernier vêtement à double effet, souvent très long, enveloppait toute la taille. Quand

il faisait froid, il servait de manteau et les femmes n'entraient pas à leo-lise sans en être couvertes. Ce voile des femmes de Bayonne, fut, le croirait-on? le complice de plus d'un sacrilège. Les juifs, chassés d'Espagne, s'étaient réfugiés en grand nombre dans le pays. Ils avaient fait semblant d'adopter le catholicisme pour être laissés tranquilles, mais chez eux, ils reprenaient leurs pratiques judaïques. Ce qu'ils voulaient surtout, c'était des hosties consacrées. Pour s'en procurer, leurs femmes s'approchaient de la sainte table comme les chrétiennes et cachaient la sainte hostie dans le voile enroulé autour de leur cou. On s'aperçut de cette manœuvre et on établit une surveillance active sur les juives soidisant chrétiennes. Un jour l'une d'elles, nommée Catharina Fernandez, étant allée à la communion, on remarqua qu'elle retournait rapidement à sa place, sans avoir avalé la sainte hostie. Aussitôt on lui arracha son voile et on trouva dans ses plis le pain sacré. On la mène devant les prêtres de l'église, qui l'interrogent. Elle veut s'excuser en disant qu'elle a été prise d'un accès de toux, qui l'a forcée d'ôter l'hostie de sa bouche. On s'assure de sa personne et on l'enferme dans la sacristie, pendant qu'on va prévenir la justice séculière. Mais déjà le peuple, averti de l'incident, s'est assemblé tumultueusement. L'idée du sacrilège commis exalte la foule. En voyant qu'on laissait la coupable dans la sacristie, elle s'imagine que les prêtres vont la délivrer, et, sa fureur ne connaissant plus de bornes, elle se précipite dans l'église, enfonce la porte de la sacristie, saisit la misérable juive et la jette dans un tonneau, pendant qu'une autre bande de populace prépare un énorme bûcher sur lequel est hissé le tonneau. Les flammes avaient déjà accompli leur œuvre de destruction, avant que les magistrats eussent pu arrêter cette multitude exaspérée.

En Russie, les femmes se coiffaient du Kakochnick, sorte de demi-lune avec les bouts relevés en haut, ornée de perles et même de pierres précieuses, d'une origine tartare. Un voyageur ancien, Cornélius Le Brun, dit que les femmes tartares avaient une coiffure pointue, ressemblant à une mitre, dont les extrémités

ornées de perles retombaient en tresses. Cette mitre était couverte, ainsi que le visage, d'un voile fin et blanc, que les Russes appelaient fata. La coiffure nationale russe est encore dans le même

•f^ig- 423. — Marie Basili, d"après une estampe de 1650.

genre. Une princesse moldave, Marie Basili, fille du prince de Moldavie, Basilius, qui épousa Christophe Radzivill, en 1650, porte sur son portrait le costume national. Ses cheveux relevés sont

ornés d'une riche couronne, d'où s'élève une grande aigrette. Un voile léger couvre à demi ses cheveux, et tout son costume est empreint d'un luxe oriental grec (fig. 423).

Quant à la Turquie et à tout l'Empire ottoman, il serait difficile d'en décrire les costumes féminins. De tous temps, les femmes

Fig. 424.

turques ont été enfermées avec un soin jaloux et ne sortaient qu'enveloppées de quantités de voiles. 11 fallait un événement extraordinaire pour donner aux chrétiens l'occasion d'apercevoir une femme turque. Un jour, pourtant, la sultane favorite d'Ibrahim, la belle Zaffira, fut prise par les chevaliers de Malte. Le sultan Ibrahim avait commis une grave imprudence en amenant une

femme à la guerre. Mais il aimait tant la belle sultane, qu'il avait jugé la séparation trop longue; d'ailleurs les ulémas lui avaient affirmé que cette guerre ne serait qu'un triomphe pour lui et que Zaffira était en parfaite sûreté dans le beau vaisseau, qui lui avait été réservé et qu'on plaçait toujours au centre de la flotte. Ibrahim, prince vaniteux et fastueu.x, qui parsemait sa barbe de pierreries et ne mangeait que dans l'or pur, n'était guère capable de remporter des victoires (fig. 424).

Au lieu des succès espérés, il recueillit la honte d'une défaite et eut la douleur de voir Zaffira tomber, avec son fils Osman, au pouvoir des vainqueurs.

La sultane fut conduite à Malte comme un otage précieux. Son portrait est parvenu jusqu'à nous, mais l'histoire reste muette sur son sort. Sa grandeur éphémère n'eut pas même la durée de la rose. Ibrahim mourut peu de temps après, victime de la vengeance d'un mufti.

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