‹ Histoire de la coiffure féminineChapitre 4 sur 31 · EN GAULE · texte numérisé non relu

EN GAULE

L'Europe préhistorique. — Les Celtes. — Toilettes sommaires. — Premiers diadèmes. — Orfèvrerie Scandinave. — Les premiers Gaulois et la Gaule romaine — Rois chevelus et sujets échevelés. — Premières civilisations franqiies — Importance des cLeveux. — Épingles de coiffure.

— Peignes — Longues tresses. — Une chasse à la cour de Charlemague. — Le voile franc.

— Chapes. — Fondations religieuses.

ENDANT que la civilisation se propageait en Orient et dans les pays du Midi, quel était le spectacle qu'offraient nos contrées ? D'une part le gigantesque mammouth, l'éléphant à toison, le rhinocéros, le grand ours, l'auroch se disputaient l'empire des bois immenses et des prairies touffues de l'Europe, de l'autre le crocodile et de grands sauriens dont les dimensions nous épouvantent peuplaient les eaux de nos fleuves (i), alors gigantesques courants, dont le d'jbit était de quatre ou cinq fois plus grand que celui de nos jours.

Depuis que la science préhistorique fait l'objet de l'étude appro-

(I) Voyez sur les populations préhistoriques du globe les ouvrages de M. le marquis de Nadaillac.

fondie des savants, on a essayé de classer l'existence des hommes en différents âges. 11 y a lage de la pierre, de la pierre polie, du bronze, du fer. De même a-t-on essayé de classer les races d'hommes, dont les restes épars ont été retrouvés çà et là dans les cavernes de nos contrées. Mais toutes ces questions n'ont pas encore trouvé une solution complète malgré les ingénieuses déductions des savants.

Néanmoins, les recherches si patientes, la sagacité, la haute intelligence de tant d'hommes éminents qui s'occupent avec ardeur de cette science nouvelle, ne sont pas restées infructueuses et nous pouvons affirmer maintenant avec une quasi-certitude que la première race qui habita nos contrées fut une race mongole, petite, abrutie, sauvage, n'ayant qu'un culte grossier et des mœurs dérivant de l'état de nature, ne connaissant ni l'art de se bâtir des abris ni celui de cultiver la terre. Des auteurs ont même cru pouvoir se démander si cette race primitive connaissait l'usage du feu.

Ces hommes dégradés étaient peu susceptibles de progrès, comme on a pu le constater chez leurs descendants ou leurs congénères du Groenland et des pays habités par les Esquimaux, qui, depuis tant de siècles, ont pu à peine atteindre aux premiers degrés d'une civilisation même rudimentaire. Nous n'avons donc pas à nous occuper des costumes d'un tel peuple et encore moins à essayer de pénétrer ces ombres mystérieuses qui entravent si souvent l'histoire des migrations de races. Comment et quand ces Mongols vinrent-ils en Europe? Combien de temps y restèrent-ils? Autant de questions restées jusqu'ici sans solution.

Il est un point cependant qu il ne faut jamais perdre de vue; c'est qu'il serait imprudent, surtout en matière scientifique, de s'appuyer sur un s)stème absolu, quelque judicieux qu'il puisse paraître. Rien ne prouve que pendant qu'une partie de l'Europe jouissait déjà de l'aisance relative qu'avait amenée la connaissance de la fabrication du fer et du bronze, d'autres peuplades ne fussent encore plongées dans l'abrutissement de l'âge de la pierre.

Il se peut que la race mongole habitât encore certaines contrées européennes plus inaccessibles, alors que déjà les Celtes s'étaient rendus maîtres des parties les plus belles du pays.

Comme aucun monument ne vient appuyer d'une façon absolue l'authenticité des différents systèmes scientifiques, nous ne pouvons conclure que par des probabilités.

Les ossements de ces premiers habitants des cavernes sont jetés pêle-mêle dans des trous. Quelques bribes de colliers de coquillages ou de pierres plus brillantes .sont retrouvées dans les fouilles et ce sont les seuls documents d'après lesquels nous sommes obligés de reconstituer toute une époqlie.

Mais la race celto-gauloise succède aux petits • Mongols et si nous ne pouvons suivre pas à pas les migrations des nouveaux venus, ni la manière dont ils prirent pcssession de nos contrées, il nous est au moins possible de refaire, dans les plus grandes lignes, l'histoire de leur civilisation. Les Gaulois étaient intelligents et industrieux, moins guerriers peut-être que leurs frères les Celtes, mais tout aussi courageux. Bientôt le sile.x se taille, les os des animaux sont utilisés pour façonner avec habileté les choses les plus diverses et les objets les plus nécessaires à la vie. L'industrie fait naître le goût de -l'ordre et de la propreté. Ces chevelures incultes, ces grandes barbes de nos aïeux devaient être quelquefois d'un porter incommode; aussi l'idée de les ranger, de les tresser et de les tordre dut-elle venir rapidement à l'esprit. Avec les grands os des animaux on fabriqua des peignes. Cet objet de la toilette de nos pères, dont les fouilles du Jutland nous ont donné quelques types, est tout aussi ancien que les essais de la poterie rudimentaire et certainement plus ancien que l'âge du bronze (fig. 74).

D'ailleurs, les marchands phéniciens, les hardis navigateurs ty riens et grecs ne cessaient d'aborder sur les côtes. Comme le font maintenant encore certains de nos commerçants, ils venaient

acheter les fourrures des animaux sauvages ou les matières premières faciles à obtenir des peuplades avoisinantes et les échangeaient contre des haches de jade, de néphrite ou de serpentine, des verroteries, des pierres de fluorine, voire même de petits bijoux d'or pour les femmes ou des grains de blé d'Egypte.

A ce contact, les Gaulois apprirent bientôt à travailler le bronze, à tisser les étoffes, à cultiver la terre et, si leurs mœurs ne se modifièrent que faiblement jusqu'à la conquête des Gaules par Rome, leur industrie arrive vite à un certain degré de perfection en même temps que le goût de la parure prend de plus grandes proportions.

Un courant industriel et artistique .se forma bientôt, venant de l'Italie en Suisse et se répandant jusque vers les forêts de la Belgique. C'est de là que date le bel âge du bronze do:it nous possédons dans nos musées de si beau.x et si nombreu.x échantillons, torques ou colliers, parure ordinaire de tout Gaulois, ces plaques de ceintures, bijoux de cou et .surtout épingles à cheveux dont on retrouve fréquemment de nombreux exemplaires et qui prouvent que la coiffure tenait alors déjà une place importante dans la toilette féminine (fig. 75).

Ce qu'était cette coiffure de nos premières aïeules, nous ne pouvons que le supposer, aucune image d'elles ne nous en étant parvenue. 11 est probable qu'elles faisaient de leurs cheveux de longues nattes ou torsades qu'elles relevaient en chignon sur le haut de la tête en les attachant avec des épingles spéciales comme celles que nous donnons ci-contre.

La plus grande de ces épingles, ornée d'une plaque avec bouton au milieu, traversait sans doute le chignon d'outre en outre pour achever de le fixer .solidement à la tête.

Tous les Gaulois, au Nord comme au Midi, possédaient ce genre d'épingles qui étaient décorées plus ou moins richement, comme on a pu le constater spécialement, à la suite de découvertes faites dans la caverne sépulcrale de Sinsin, dont les trouvailles appartiennent au musée archéologique de Namur. Les

Celtes aussi en portaient de semblables, mais les peuplades des bords de la mer Baltique arrivèrent plus rapidement que leurs voisins à un degré supérieur de civilisation. On attribue cela aux

^'g- 75- — Épingles gauloises, cUi iiuisée .irchcologir|ue de Xamur.

rapports fréquents qu'elles eurent avec les marins phéniciens, qui venant chercher jusque-là l'ambre et le succin, apportèrent avec leur commerce le goût du luxe et plus de recherche dans les objets usuels. On connaît ces kjœkkenmœddings ou amas immenses de détritus comestibles laissés là par les tribus celtiques de l'âge

de la pierre. En fouillant ces restes amoncelés on a pu reconstituer leur existence de pêcheurs et de chasseurs sauvages. Les tourbières du Jutland nous ont livré de plus précieux trésors encore : grâce aux propriétés particulières du sol, les tombeaux qu'on y a trouvés étaient presque intacts, et les étoffes, le bois, les cuirs, les bijoux, les cheveux même gardaient un état surprenant de conservation. C'est alors qu'on put voir jusqu'où était arrivée l'industrie celtique à la fin de ces temps préhistoriques.

Les vêtements et les parures, pour ne parler que du sujet qui nous occupe, sont presque identiques avec ceux que l'on porte encore aujourd'hui en Danemark, en Suède et en Norwège. Dans un de ces tombeaux du Jutland on a découvert un costume de femme complet. Le petit vêtement court, la ceinture de laine tressée ainsi que le petit béguin rond brodé se rencontrent encore communément dans ces contrées (fig. 76). Les deux bonnets de laine ressemblent beaucoup aux coiffures épaisses que les hommes et les femmes enfoncent profondément sur la tête en hiver pour se cacher les oreilles (fig. 77). Mais tout ceci ne constituait que de simples vêtements d'utilité pratique, tels que l'exigeait le climat du pays; il y avait d'autres parures pour les grands et pour les jours de fêtes. Le petit bonnet était bon pour la ménagère, il parait à la nécessité de lutter contre les intempéries des saisons. Les grandes dames, les femmes des chefs avaient de riches joyaux et ici encore nous retrouvons la parure nationale usuelle encore dans le Danemark. Il y avait le grand diadème en éventail, lourde parure qui formait un disque énorme sur le front. Il était souvent orné de fines ciselures. Ceux qui sont parvenus jusqu'à nous sont presque tous en bronze; deux beaux échantillons ont été tirés de ces mêmes tombeaux Scandinaves de la période de l'âge du fer celtico-scandinave. Ils peuvent dater de l'an 700 à l'an 500 avant Jésus-Christ. Quelques diadèmes de la même période, désignée sous le nom de période des Vikungs, sont en or (fig. 78). Toutefois on en a retrouvé nombre d'autres ayant généralement la même forme modifiée seulement dans les ornements.

Ces diadèmes se plaçaient sur le front où ils formaient ressort autour de la tête et maintenaient ainsi les cheveux et les voiles. Les Francs portèrent plus tard le même cercle d'or jusque vers

Fig. 76. — Costume de femme celtico-schandinave, trouvé dans un tombeau du Jutland.

la fin du moyen âge. Les Celtes Scandinaves étaient d'habiles

orfèvres, on peut les considérer comme les premiers artisans de

ce genre de bijoux, qui fut appelé dans la suite bijouterie franque.

Les couronnes ne formaient pas l'unique parure des têtes

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celtiques. Les précieux tombeaux du Jutlani nous ont révélé encore d'autres couvre-chefs. A Borum-Eshoï, près d'Arhus, on trouva un costume complet de femme datant au moins de deux mille ans. C'était un gand manteau de laine grossière mêlée de poils rugueux. La chevelure très longue était retenue par un peigne de corne et renfermée dans un filet très travaillé. La tunique, qui recouvrait -■ une longue jupe, était courte. Une résille était déposée dans le tombeau. C'est tout ce que nous connaissons sur le costume de ces temps préhistoriques et il est probable que les Gauloises s'habillaient à peu près comme les Jutlandaises. Dom Martin, dans son livre sur la religion des Gaulois, publie le croquis d'une statuette trouvée aux environs de Clermont, qui représente une femme portant exactement le même petit bonnet rond que celui du tombeau du Jutland. Hors ces renseignements sommaires, on ne trouve rien sur les costumes des Gauloises de l'époque anté-romaine.

Lorsque César vint implanter les aigles de la République dans nos contrées, il y apporta la civilisation romaine, mais les Gaulois furent d'abord rebelles à ces usages nouveaux. 11 fallut que les avantages du titre de citoyen romain et les douceurs d'une vie luxueuse vinssent les persuader du charme de la romanisation. Les alliances entre les deux peuples achevèrent d'égaliser les niveaux. Quand les empereurs romains venaient séjourner dans les Gaules, ils pouvaient se figurer qu'ils n'avaient pas quitté Rome.

Nous ne parlerons donc pas de la coiffure des Gauloises de l'époque romaine, les modes de Rome que nous avons étudiées dans le chapitre précédent étant celles de toute la Gaule. Les mêmes excentricités de vêtement, les mêmes parures de têtes étaient adoptées alors dans toutes les parties du monde soumis

rig- 77-

Bonnets d'hommes et de femmes ciltico-scandinaves trouves dans les tombeaux du Jutland.

aux Césars. Toute femme élégante tenait à honneur de s'habiller ou de se coiffer de la même manière que les habitants de la ville aux Sept Collines.

Non seulement les documents écrits nous racontent cette parfaite unité de mœurs, mais encore les découvertes journalières que l'on fait dans tout ce qui fut jadis la Gaule, confirment cette opinion. Les villas gallo-romaines de France et de Belgique sont aussi

Fig. 78.

belles et aussi confortables que celles de l'Italie. Dans toutes on trouve des bains, des fontaines, des meubles précieux, des statues et des fresques semblables à ceux qui ornent les villas de Baies et de Pompéi.

Les Gauloises sont coiffées tout aussi bien que les plus élégantes Romaines. Elles portaient également le corymbus, l'anadéma, la tiare. Elles aussi enveloppaient leurs cheveux de réseau.x d'or et, comme il est dit que la femme ne peut pas se contenter de la beauté que Dieu lui donna, pendant qu'à Rome on imitait les

io8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

chevekires des Gauloises, les Gauloises dissimulaient l'or de leurs tresses sous une poudre faite de cendres blanches finement tamisées. De là, nécessité de rehausser les traits ; on se teignait les sourcils avec de la suie ou avec un liquide tiré de l'orphie, poisson qu'on trouvait sur les côtes de Bretagne ; de plus, pour conserver leur beau teint, les femmes se lavaient le visage avec l'écume de la bière et se barbouillaient ensuite de vermillon et d'un fard blanc, fait de craie dissoute dans du vinaigre.

Ce goût de la parure était naturel à toutes les classes en Gaule. Les paysans, les plus pauvres artisans, eussent rougi de se montrer hirsutes; ils avaient toujours la tête proprement peignée, les cheveux en ordre et les vêtements sans souillures. Leurs mœurs douces, leur caractère jovial, leur intelligence et leur aptitude à l'industrie et aux arts faisaient du Gaulois le peuple le plus aimable du globe. Aussi quel effroi quand les barbares vinrent bouleverser ces belles contrées prospères!

Commencées à la fin du iii° siècle, les invasions des barbares dans les Gaules ne cessèrent que lorsqu'ils se furent complètement emparés du pays. Mais les conquérants n'implantèrent pas leurs mœurs et leurs habitudes dans les Gaules.

Les Francs ne cherchaient qu'à se tailler un domaine dans un pays fertile, ils ne voulaient ni détruire les indigènes, ni les forcer à adopter leurs mœurs. Ce fut le contraire qui se produisit. A peine en possession de la terre, les Francs subirent l'influence de la population civilisée qui les entourait, et ce travail insensible, qui devait ou tempérer les mœurs des plus sauvages ou donner de l'énergie à ceux qui en manquaient, produisit le moyen âge.

Commençons donc à étudier la coiffure des Franques à l'époque Mérovingienne. Ce ne sont plus les femmes échevelées qui, à l'exemple des amazones antiques, couraient dans les batailles pour exciter les guerriers par leurs cris, relever les mourants et au besoin prendre part au combat.

Elles se sont soumises au joug des longues robes d'étoffe de soie qui les recouvrent.

Déjà l'or et la broderie éclatent sur leurs vêtements, car la chose qui plait le plus au barbare, c'est le luxe extérieur et la beauté de la toilette. C'est par là du reste qu'ont commencé toutes les civilisations. Les Francs, se conformant inconsciemment à la tradition des autres peuples, s'occupèrent de perfectionner leurs parures avant de chercher à transformer leurs mœurs.

La femme chez les Francs jouait un grand rôle, on l'écoutait dans la famille comme un oracle et elle était souvent l'instieatrlce

des actions bonnes ou mauvaises de son époux. Pendant qu'une Brunehaut et une Frédégonde bouleversaient leurs royaumes par leurs emportements et leur orgueil, nous voyons une Clotilde, une Bathilde, une Radegonde pleines de sollicitude pour leurs peuples. Lhistoire de ces reines nous montre quel fut le rôle important que jouait la femme dans la société franque.

Leur costume a une allure dégagée qui convient aux femmes libres. La robe est étroite, la taille est dessinée sous l'étoffe, rien d'encombrant pour la démarche. Le manteau est vaste, souple, chaud, c'est le vêtement de nécessité, comme le vêtement de luxe. Dans ce dernier cas il devient d'une grande magnificence et cherche à égaler les manteaux byzantins.

Le voile dont les Franques se couvrent est généralement long. C'est souvent un fragment de tissu arrondi. Il ne cache pas la figure, mais l'entoure gracieusement.

Les poètes célèbrent les femmes, décrivent leurs ajustements ou leurs parures. Fortunat nous révèle dans ses poésies comment sainte Radegonde arrange elle-même sur sa tête des couronnes de fleurs fraîches, comment, lorsqu'elle veut s'habiller à la mode barbare, elle enveloppe sa tête d'une pièce de linon brodé d'or dont elle entoure son cou comme d'une guimpe, parure mondaine, qui sera bientôt remplacée par la guimpe et le voile monastiques.

Les jeunes filles franques laissaient pendre leurs cheveux épars. Elles les ornaient d'un étroit cercle d'or ou d'une lame d'or ou de métal qu'elles mettaient en bandeau et attachaient par derrière au moyen d'un ruban noué. Jamais elles ne mettaient de

f^'g- 79 — Épingles franques de la collection du musée archéologique de Namur.

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Fig. 80 - - Peignes francs de la collection du Musée archéologique de Namur.

HISTOIRE DE LA COIFp-URE FEMININE

voile, mais, pour se garantir du froid, elles jetaient un manteau sur leur tête.

Les femmes mariées ne pouvaient pas couper leurs cheveux, car Dieu, dit le concile de Langres, les leur a donnés pour rappeler leur sujétion. Elles les tressaient en longues nattes ou les décoraient de bandelettes, appelées stapions du tuJesque Stappel, guirlande.

La coiffe était portée par les Franques et déjà elle était réservée aux femmes âgées, aux veu\es ou a celles qui faisaient des vœux de religion. Cependant souvent elles roulaient leurs cheveux en un chignon qu'elles retenaient, comme les Gauloises, avec de longues épingles.

Ces épingles étaient jolies de forme et même très riches et très ornées ; nous en donnons ici trois spécimens qui montrent toute l'originalité et la variété de l'orfèvrerie franque.

Les n°^ I et 2 sont en argent doré et portent pour motifs de décorations des verres rouges taillés en table. L'épingle n° i représente un oiseau fantastique à bec proéminent, c'est un bijou du style sud-est de l'Europe. L'autre est formé d'une collerette étalant ses plis autour de la tige. La bande porte sur quatre côtés des verres rouges sertis dans des battes saillantes. Les fonds sont couverts d'un ornement en filigrane soudé sur le fond. Le style de cette gracieuse épingle dénote une influence romaine. Enfin la petite épingle du milieu est en bronze vert et sa forme de francisque est bien digne de la compagne d'un guerrier franc (fig. 79).

Les nombreux cimetières francs fouillés depuis quelques années nous ont aussi fourni l'occasion d'étudier, jusque dans ses plus intimes détails, la manière de soigner la chevelure, à l'époque même où on l'ornait de toutes ces jolies épingles. Il y avait le peigne à grosses dents pour démêler et le peigne fin. Aucun homme soucieux de sa bonne tenue, aucune femme n'eût voulu se séparer de ces outils indispensables d'une toilette soignée. On les suspenda:it à la ceinture; de là vient le luxe qu'on déployait dans leur ornementation. Ils étaient très finement gravés et d'élégantes arabesques en égayaient les surfaces planes (fig. 8o\

Le dessus de ces peignes portait naturellement un anneau de

suspension. L'usage continuel qu'on faisait du peigne explique le genre de coiffure qu'on portait. La jeune fille qui laissait retomber ses cheveux sur son dos avait souvent besoin de les démêler. La femme dont les longues tresses allaient battre les talons ne manquait pas de les refaire plusieurs fois par jour si elle voulait garder un aspect propre et décent.

L'habitude qu'on avait de ramener un pan du manteau sur la tête devait aussi déranger l'équilibre de la coiffure; il est donc naturel que chacun portât sur soi un peigne élégant, colifichet utile qu'on n'avait nulle honte de montrer.

L'usage si général du peigne et l'art avec lequel on les ornait viennent aussi d'une autre cause. Chez les Francs les cheveux avaient une grande importance symbolique. D'abord ils étaient une marque de royauté. On sait qu'on appelait les Mérovingiens : rois chevelus.

Couper les cheveux était une injure sanglante. On regarda comme un comble de barbarie de la part de Frédégonde d'avoir fait couper les cheveux à une femme que son beau-fils aimait et de les avoir fait suspendre à la porte de l'appartement de ce jeune prince.

Ceux qui ne pouvaient payer leurs dettes présentaient des ciseau.x à leurs créanciers, en se déclarant esclaves. De là vient la tonsure des prêtres, marque de leur servitude à l'égard de Dieu.

Celui qui coupait le premier les cheveux d'un enfant était regardé comme son parrain. Dans certaines rencontres on se saluait en s'arrachant un cheveu et en le présentant à la personne qu'on saluait. C'est ainsi que Clovis salua saint Germain la première fois qu'il le vit.

Les Gaulois juraient aussi par leurs cheveux. Une formule de serment très usitée parmi eux commençait ainsi :

« Je veux qu'on me tonde si »

Comme on le voit, la chevelure jouait un rôle très important dans les mœurs de nos pères. Elle garda plus longtemps que le costume son cachet national.

Les rois Mérovingiens, devenus un appui pour les empereurs romains contre les nouveaux barbares, Saxons, Huns et Goths qui menaçaient l'empire, étaient en quelque sorte les délégués du pouvoir impérial dans les Gaules. Il s'en suivit un commerce intime entre l'empire latin-grec et les chefs francs. A ce contact, la jeune nation prit goût à la magnificence, aux étoffes de soie, aux broderies d'or, à tout le faste oriental, et le costume des successeurs de Mérovée fut un reflet de celui des empereurs de Byzance (fig. 8i).

On connaît le luxe de Frédégonde et de Brunehaut quant à leurs vêtements. La coiffure resta toujours simple, les longues tresses, le voile et la couronne, tels étaient les éléments de la parure de toutes les femmes franques des hautes classes. Les autres se contentaient de la coiffe ou d'une écharpe nouée autour de la tête.

Sous Charlemagne la mode n'avait pas Kig Si. Reine méro- changé, si nous en jugeons par les mosaïques, vmgiemie, d après un manuscrits et autres monuments qui sont arrivés

manuscrit ^

jusqu'à nous. Toujours les longues tresses ou bien encore les cheveux partagés en deux mèches autour desquelles on enroule des rubans ou orfroi. La statue de sainte Clotilde, de l'église de Corbeil, donne une idée assez exacte du costume des femmes du ix' au xii" siècle. La robe d'étoffe orientale crépelée, le long manteau garni d'orfroi, les mèches de cheveux retenues par des galons brodés; sur la tête, un voile de linon, de soie ou de lin et une couronne ou un cercle d'or pour le ceindre.

On •voit ce même costume dans les statues qui ornent la curieuse église de Montmorillon, dans le Bourbonnais. Les longues tresses ou les mèches retenues par des galons sont une des coiffures les plus typiques du temps.

Le poète anonyme du mu" siècle, tant de fois cité par les auteurs qui se sont occupés de l'histoire du costume, donne de si précieux détails et des descriptions d'une si complète vérité sur la

manière dont s'habillaient les femmes à la cour de Charlemao-ne que nous n'hésitons pas à reproduire une fois de plus cette citation. Il s'agit d'une grande chasse que donne l'empereur et à laquelle doivent assister toutes les princesses et même l'impératrice. C'est à cheval qu'elles vont suivre cette chasse et sans doute elle était donnée en l'honneur de quelque noble hôte, car les costumes décrits sont

Fig. 82 — Reine carlovingienne, d'après un manuscrit du temps

bien riches pour les hasarder à travers les halliers et les marais.

Les belles chasseresses sont en selle.

— « La reine Luitgarde est la première, dit notre chroniqueur, des bandelettes de pourpre s'enlacent dans ses cheveux et serrent ses tempes éblouissantes de blancheur. Des fils d'or attachent sa chlamyde, un béryl est enchâssé dans le métal de son diadème. Son habit est de fin lin teint de pourpre et son cou étincelle de pierreries.

« Rhodrude la suit, enveloppée d'un manteau que retient une agrafe d'or enrichie de pierres précieuses; des bandes d'étoffes

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violettes se mêlent à sa blonde chevelure, sa tête est ceinte d'une couronne d'or diaprée de pierreries. Telle est aussi la coiffure de Berthe; mais ses cheveux disparaissent sous un réseau d'or, et de riches fourrures d'hermine couvrent ses épaules. Des chrysolithes parsèment les feuilles d'or de son vêtement. Gisèle porte un voile rayé de pourpre et un manteau teint avec des étamines de mauves. Rhodaïde vient ensuite, montée sur un superbe coursier. Une pointe d'or, dont la tête est émaillie de pierreries, ferme sa chlam)de de soie. Le manteau de Théodrade est de couleur d'hyacinthe rehaussé par un mélange de peaux de taupes; les perles rares scintillent à son beau col ; elle est chaussée du cothurne de

Sophocle

Il semble difficile de concilier cette abondance de joyaux, de fourrures et d'étoffes de prix avec la simplicité célèbre du grand empereur, mais on sait que lorsqu'il fallait rehausser le prestige de la couronne aux yeux des étrangers, nul n'était plus magnifique.

Le voile en usage sous les Carlovingiens était un grand morceau d'étoffe semi-circulaire que toutes les femmes portaient, à quelque classe qu'elles appartinssent. L'étoffe différait d'après le rang et la richesse de la personne. Généralement, on se l'attachait par devant sur la poitrine au moyen d'une broche ou plaque d'orfèvrerie, et ces plaques étaient parfois énormes (fig. 82).

Les princesses portaient sur ce voile des couronnes dont les modèles étaient très variés suivant les contrées.

Tous les pays du Midi adoptaient les couronnes byzantines comme nous en avons vues dans les chapitres précédents. La couronne fermée fut portée par Charlemagne et par ses successeurs tout autant que le cercle fleurdelisé.

C'est à l'époque de Charlemagne, du reste, que l'on commença à voir paraître la fleur de lys.

Fig. 83. — Femme avec voile, d'après un manuscrit du l\'! siècle

Les voiles étaient presque toujours bordés d'un galon plus ou moins riche ou de deux ou trois petits galons comme l'indique une figure (fig. 83) tirée d'un manuscrit de Prudence du x^ siècle, appartenant à la bibliothèque de Bourgogne. On le portait de différentes manières. On le mettait soit en écharpe, soit en le tordant autour de la tête (fig. 84). Cette dernière façon d'arranger le voile ne pouvait se faire qu'avec des étoffes fines et se maintenait sans doute au moyen de ces longues épingles franques qui furent utilisées pendant tout le moyen âge (fig. 85).

Quand le voile était en étoffe épaisse, il ne se distinguait plus guère du manteau qui, lui aussi, était un morceau de drap semi-circulaire.

Pour se garantir du froid on le plaçait sur les épaules à la manière des capas espagnoles et, du pan rejeté sur l'épaule, on se couvrait la tête.

Mais plus ordinairement les femmes l'attachaient au milieu de la tête et s'en enveloppaient ainsi tout le corps.

Beaucoup de manuscrits des ix" et x" siècles ne donnent que des portraits de femmes ainsi enveloppées se livrant à

diverses occupations sans quitter leurs voiles, dont quelques-uns sont semés de perles, brodés de fleurs ou segmentés de grands morceau.x d'étoffes de couleurs tranchantes, en forme de rond ou de losange comme les vêtements byzantins.

Cette mode de porter sans cesse des voiles épais \ient probablement des sévères prescriptions de l'Église, renouvelées .souvent par les conciles, qui ne permettaient pas aux; femmes de communier ou même d'a.ssister au.\ offices sans voile.

Vers le x" siècle, les femmes avaient au.ssi des chaix-s comme

Fig. 84. — Dame du ix« siècle, d'après ua manuscrit.

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manteaux de grandes cérémonies; ces chapes étaient munies d'un chaperon, mais les détails nous manquent pour en déterminer exactement la forme.

Un autre genre de capuchon se voyait déjà au x^ siècle; nous le rencontrons dans un Officium ecclesiasticutn, manuscrit du x^ siècle de la bibliothèque de Bourgogne. Ce capuchon avait quelque chose de monacal. La manière de l'arranger est assez curieuse.

Fig, 85 — Dame apprenant à lire à des enfants, d'après un manuscrit du ix' siècle

C'était un rond d'étoffe au milieu duquel on avait fait un trou oval garni d'une broderie légère ou d'un rang de perles. On formait des plis autour du cou et par devant on le rattachait sous le bord replié du vêtement (fig. 86).

Enfin, en Belgique, le voile des femmes avait déjà la forme de ces failles que portaient encore les Flamandes dans la première moitié de ce siècle, et elles le mettaient dès lors sur leur tête comme leurs descendantes modernes. Cette forme de voile est décrite par Tacite, lorsqu'il parle des Ménapiens. Aujourd'hui la

faille, après un règne long et glorieux de plus de deux mille ans. vient de périr sous les coups du luxe banal du xix^ siècle (fig. 87).

C'est ainsi que cette époque de transition entre l'ancienne civilisation romaine et la nouvelle civilisation chrétienne ne nous a laissé que peu de choses à dire sur le costume de la femme. Tantôt il se rapproche du luxe de Byzance, tantôt il rappelle les vêtements des Francs primitifs.

Une transformation singulière s'opérait cependant dans les mœurs.

Fig. 85 — Femme eu capuchon, tiré d'un manuscrit du x" siècle

Fig 87. — Femme avec voile, d'après un manuscrit du x" siècle.

Pendant que Charlemagne interrompait les négociations les plus graves de sa politique pour aller compter les œufs de sa bassecour, ses filles et sa femme surveillaient la cuisson des repas et ne dédaignaient pas de pétrir la farine de leurs blanches mains ou de filer la laine et le coton qui devaient servir à leurs propres habits.

Les couvents de femmes se fondaient partout. Sainte Begge installait les premières chanoinesses dans les monastères qu'elle bâtissait, sainte Gertrude, sainte \\"audru, sainte Gudule et tant d'autres formaient uni" pléiade de saintes autour de la famille royale. La Belgique, le nord de la France et l'Alkmiagne occidcn-

taie devenaient un foyer de civil'sation, un refuge pour les sciences et les arts, un sanctuaire pour le catholicisme. Malheureusement, cet état florissant devait bien vite s'obscurcir après la mort du grand empereur qui en était lame et le soutien. Déjà avant lui beaucoup d'abus s'étaient élevés dans le clergé. L'éloignement et la

Fig, 88. — Tiré de minintures d'un évangéliaire des comtes de Namur sur lequel . on prêlait serment, art roman-byzantin, bibliothèque de Bmxelles.

difficulté de communications entre les chefs divers de la hiérarchie catholique donnaient trop de liberté aux rangs inférieurs du clergé, (fig. 88).

Les couvents, de leur côté, souvent fondés par de puissants seigneurs et soutenus par eux, gardaient une certaine indépendance vis-à-vis des évêques et, quand ils étaient riches, se laissaient aisément aller à une vie plus mondaine que pieuse. Il est constaté

que les couvents de femmes surtout étaient en proie à ces abus. Beaucoup de femmes, filles, sœurs de rois ou de châtelains puissants y étaient enfermées par force ou réduites à s'y réfugier par suite des révolutions fréquentes qu'amenaient les guerres ou la violence des grands. Ces religieuses sans vocation n'acceptaient pas toutes d'un cœur tranquille une réclusion si contraire à leurs

Fig. 89. — Voile-écharpe, d'après un monument du x" siècle.

goûts; de là des intrigues, des désordres, une licence que cherchaient vainement à réprimer les conciles fréquemment assemblés.

On peut se faire une idée de ce qu'était une de ces élégantes abbesses, plus occupées de leurs personnes que du bien de leur couvent, en lisant le portrait que saint Adelme fait d'une abbesse de son temps (fig. 89).

— « Elle a une jupe (.subucula) de toile fine, dit-il, de couleur violette; par dessus, une tunique écarlate à larges manches et une coiffe de .soie rayée ; chaussée de souliers en peau rouge ; ses cheveu.x, frisés avec le fer, lui tombent sur le front vX sur les

tempes; un voile attaché sur sa tête avec des rubans lui descend sur la poitrine et flotte par derrière jusqu'à terre; ses ongles, qu'elle a taillés en pointes, ressemblent à des griffes de faucon >.

Il est certain qu'une telle mise ne devait guère avoir pour résultat de nourrir chez cette abbesse des idées ascétiques bien pures.

Hélas! ce désordre devait aller en augmentant après la disparition de Charlemagne, jusqu'au moment où le grand Grégoire, en sage réformateur, mettrait une digue au torrent et rendrait à l'Église sa pureté' primitive

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