CHAPITRE III
SiUiation «le la Nouvelle-Grenade. — Cougvèt de Tunja. — Guerre civile. — Bolimlk Cïartiiagtee.
Vers la fin de r 8 1 !2 , lors de VmÏYée de Bolivar à Carthagèae, la Nouvelle -Grenade se trouvait partagée entre le despotUme et l'anarchie : d'une part , et surtout à Quito , de sanglantes réactions; de l'autre la guerre civile , provoquée par dé misérables jalousies : ici un attachement d'habitude à l'autorité de la métropole ; là des sentimens d*égoisme qu'on nommait amour de la liberté. L'Espagne conservait dix provinces, qui lui livraient les extréniitiés' du rbyaumè et les principales communications : le Quixas et le Jaen, le Cuenca et leïvuayaquil, le-Quitoetie Popayan» Sainte^ Marthe et Kio-Hacha, le Panama et le Veragua. Mais l'insmrection lui avait enlevé toutes les provinces du eenire, ainsi que la puissante Carthagèue : leur réunion aurait su£& pour con-
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quérir rinclépenclancè générale; leurs discordes laissaient des jours de vengeance aux agens du pouvoir absolu. Il faut reniontcrà la sourcô de ces malheurs publics.
L'ancienne capitale, Santa Fé, siège éphémère d'un nouveau royaume de Cundinamarca qu'elle avait imprudemment confié aux membres de la vice-royauté déchue, s'était affranchie de ces derniers représerftans du despotisme; ses troupes avaient même triomphé des efforts du gouverneur de Popayan, don Tacon, battu et mis en fuite par le général Baraya. Alors elle invita les autres villes à nommer des députés qui formeraient un congrès dans son sein. C'était seulement, disait-on encore, pour délibérer sur la meilleure forme de gouvernement à adopter pendant la captivité du roi Ferdinand.
Neyba , Tunja , Mariquita , Citara (le Choco), Antioquia , Socorro , Pamplona, Casanare (los Llanos) , et enfin Carthagène, se prononcèrent franchement pour la révolution. La junte de cette dernière ville publiait un manifeste tendant à démontrer les avantages d'une république de provinces confédérées. Mais en réclamant pour chacune d'elles la liberté de se gouverner d'après ses propres lois , elle divisait les moyens de résistance, perpétuait les rivalités,
oUTiait la source des prétentions. £n effet, on
▼it aussitôt des districts se séparer de leur capitale pour s'élever au rang de province; et Carthagène elle-même , abandonnée par Monpox, fut contrainte de faire marcher des troupes contre le petit gonvemement qui s'était formé dans cette ville.
Lie Congrès se réunit à Ibague en janvier 1 8i 1 9 et des députés de districts se présentèrent encore pour y siéger au nom de leurs commettans. Cette irrégularité, ce morcellement du vœu national fit ajourner Fassemblée; chaque pro« vince s'occupa de réduire ses districts , ou par la force ou par la persuasion. La seule proposition du Système fédéral, mal comprise à la térité, avait donné le signal des divisions intestines cet.exemple funeste restera pourtant sans autorité.
La soumission des districts, qu'on obtint généralement sans déployer trop de rigueur, permit bientôt au Congrès de reprendre ses séances , et, le a? mars de la même année, il déclara Findépendance et l'union des provinces : Camilo de Torres fut élu président de la république. Maïs Santa Fé , autant par orgueil que par sagesse politique , avait refusé d'accéder à ce pacte fédéral ; elle voulait,
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comme autrefois , rester le siège àu gouvernement : le 17 avril suivant elle se constitua indépendante des autres provinces , et donna à l'un de ses citoyens, Lozano, la qualité de président du Cundinaniarca. De son côté Garthagène , quoique fidèle au principe général de la confédération, prétendait également se maintenir état souverain , puisque le régime colonial lui avait même accordé une distinction analogue en ne la faisant relever que médiatement de la vice-royauté. Elle proclama son indépendance particulière le 1 2 novembre 181 1, et nomma pour son président don Torices. Les provinces qui cherchaient un appui se prononçaient pour le Congrès , pour Santa Fé ou pour Carthagène.
L'équilibre était rompu. On négocia pour le rétablir; mais Lozano, qui penchait pour le fédéralisme , essaya inutilement de rapprocher Santa Fé du Congrès. Désavoué par ses commettans , il donna sa démission , et fut remplacé par l'éloquent et brave Narino , un des plus constans provocateurs de l'indépendance : quinze années auparavant, après avoir pris part au premier mouvement de Caracas, il était revenu à Bogota pour appeler ses concitoyens à la liberté ; victime de son zèle, il
avail depui»pliiftieurs fois brisé ses fers , renouvelé les mêmes tentatives , et retrouvé les mémes cachots : il n'eo était sorti qu'au inmaent de la révolution.
Nariiio proposa une constitution dont l'unité était la base. Santa Fé l'adopta. Maciquita , Neyba et Socorro se réunirent sous la même loi. La pcovince de ïunja allait les uniter, lorsqu'une op[)osition s'éleva dans, son sein en fa* veurdes confédérés. Narino envoya des troupes pour £ivoriser le parti qui acceptait le nouvel acte coDStitutiOnnd ; mais Baray a , qui les commandait, leur ût abandonner la cause de Santa Fé pour emlmsfter celles du Congrès, qui se réonit aussitôt à Tunja. De part et d'autre on s'apprêtait à soutenir les hostilités, que devaient encore envenimer des baines particulières et des intérêts personnels. On en vint aux mains.
L'armée du Congrès, commandée par fiaraya et Ricante, battit Parmée de Narifio à Palo-^ blanco , dans le Socorro , et c^.succès fit détacher de Santa Fé les p^vinces del^eyl^ et de Blariquita. Poursuivi avec un acharneBient qui semblait avoir pour objet la dictature qu'il exerçait, Narino o^t sa démission, ipie ses concitoyens refusèrent. L'idée de combattre des frères paralysait sou génie martial ; il se vit de
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nouveau trahi par la fortuip^e dans le combat de Venta Quemada. Les confédérés, que pi:otégeaient d'ailleurs de plus glandes ressoureesiy allaient eufiii le forcer dans sa dernière retraite; ils s'étaient réunis » a|i, nombril de cii^q miUe , sur l|i montagne qui domine Santa Fé« Le nombres et la position ne permettaient pas d ea ^ soutenûr. le siège ;.NarînQ ayait à.peim d^ux mille honimes.
11 propose aux vainqueurs de rendre la ville, de quitter le commandement , et mêm^s de s'exi- 1er , à la seule condition que les personnes et les propriétés seront respectées. désir d!bumilié^ l'anoieQne capitale ditroyaum nalmsa point apprécier tant de générosité. Baraya prétendait exiger qu'elle se rendit k disciétion. Outré d'une telle réponse , Na^riôo barangue ses troupe^; il leur inspire rin4ignatioii etle:dér sespoir qui l'animent; il donnef ordre diftiKM»bat, Texemple de l'héroïsme, et la victoire la plus éclatante couronne le héros /sa affligeant le citoyen. (Décembre i8ia.)
La ville de Santa Fé voulut qu'un m o nument , élevé dans le quarliei: de San.Yictorino , pecpé* tpât la mévKMfe de ce triomphe. inespérée. La fin des discordes civiles en aura sans doute fait détruire le douloureux témoignage. Du nsle
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cette affaire n'eut point pour résultat le rapprochement des provinces; elles restèrent ennemies sans combattre , occupées dé leur organisation ou de leurs débats intérieurs.
Carthagène , trop éloignée du théâtre de cette guerre pour y prendre part, était d'ailleurs agitée par ses propres intérêts. Dès les premiers jours de l'insurrection elle avait chassé les Espagnols de son teiritoire ; mais Tenvahissemeut du Venezuela venait de les y ramener, et la population de cette ville , essentiellement marchande, et par conséquent animée de Tégoïsme poUtique, accusait une révolution qui compromettait sés prospérités ; elle se refti^it à acheter une liberté qui lui coûtait le crédit des e£fets puhlics, et frappait de langueur ses expéditions commerciales; Le désordre des provinces jetait le blâme sur leur alliance. £nhn les royalistes de Sainte-Marthe avaient ajouté au découragement général en détachant de Carthagène, par la force des armes, les districts de Tolu et de San Benîto.
Dans le même temps une frégate anglaise,
expédiée de la Jamaïque , apportait la proposition et le conseil de traiter avec un vice^roî que les Cortès envoyaient à la Nouvelle-Grenade : c'était don Pérès ; il se trouvait à Panama.
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La juftte de Cartiiagène saisit avec empressement cette occasion de calmer les esprits.
Deux députés, del Réal et Pinerès, partirent sur la même frégate, chargés de consentir une soumission honorable. Arrivés 4 Panama, ils sont jetés dans les fers. On ne les rendit à la liberté qu'après deux mois, et seulement pour satisfaire aux véhémentes . réclamations des auglais médiateurs.
La haine aveugle des délégués espagnols venait de &ire perdre à la métropole une des circonstances les plus favorables au rétablissement de son autorité. La vice-royauté, si elle eût alors été relevée dans une place maritime du premier rang , et soutenue par l'intérêt, par la honte de toute une population, aurait peutêtre mis en péril l'indépendance de la Nouvelle-Grenade* Mais le parjure qui accueillit les députés de Carthagène décida pour ton- .
jours de la rupture de cette riche province avec r£spagne. Le ressentiment se manifesta de toutes parts avec énergie ; les plus tièdes citoyens se montrèrent ardens patriotes , et cette fins du moins on ne fit la guerre qu'à l'ennemi commun.
Carthagène envoya des lettres de marque aux nombreux corsaires du golfe des Antilles,
et bientôl cetle mer fut couverte de bàliinens
qui portaient le dommage et la ruine dans les convois espagnols. Deux corps de troupes, organisés' par les soins du président Torices, réunissaient de nombreux étrangers aux citoyens du pays : le premier, confié au général vénézuélien Cortes y Campomanes, après avoir repris les districts de Xoiu et de San Benito, repoussa les forces envahissantes qui traversaient la Magdalena : le second , sous la conduite du colonel français Labattut, se porta directement sur Sainte^Marthe , et s'en rendit maître ; mais cette ville, toujours royaliste, releva deux mois après Tautorité de la métropole. Une flottille, commandée par Miguel Carabaiîo « et montée par quelques soldats de débarquement, s'empara de la baie de Zispata, unique point où les Espagnols parussent devoir résister. Us n'occupaient plus, dans la province de Garibagène , que les postes fortifiés qui Si'élèvent sur les bords supérieurs de la Magdideiia;'il».en fiireat débusqués par uo troisième corps, sous les ordres de Bolivar. Des succès aussi prompts , aussi brillans , avaient entièrement délivré le territoire de Carthagène; elle se maintint dés lors dans une imposante défensive.
Bolivar était veoii demander des secours à cette viUe dans un moment oùropinion chancelante ne pouvait y favoriser ses vœux. De plus heureuses circonstances, ainsi que les services qu'il venait de rendre à la provînoei» firent enfin apprécier son zèle patriotique ; on lui bi^ la division qu'il avait amenée victorieuse jusque sur les frontières du Venezuela. En même temps il envoyait le lieutenant Ribas solliciter Tappui du Congrès de Tunja. ( Mars i8i3. )