‹ Histoire de la ColombieChapitre 12 sur 30 · H2 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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. Tandis qu il s'était avancé victorieux par les territoires de Touest, Marino avait achevé la délivrance des provinces orientales. Mais plu-' sieurs points importans restaient aux royalistes; entr'autres Puerto Cabello, qui leur ou* vrait les communications mantime|^ et la province de Yarinas, d*où ils interrompaient dans l'intérieur toutes relations avec la Nouvelle- Grenade. 11 fallait continuer la guerre. La bataille. d'Âgua Galiente, meurtrière -pour les deux armées , glorieuse pour les républicains, devint fatale à Monteverde : dangereusement blessé, il fut contraint de céder le commandement de ses troupes à Salomon , qui les lit encore rent^^ dans Puerto Cabello.

Cette place ne le cède , pour la sûreté et la force, qu'à la seule Carthagène. Bolivar se rendit «maître de la ville, mab ne crut pas devoir tenter Tassant trop incertain de la citadelle ; de sorte que les EspagapU, pourvus de munitions et de vivres pour plusieurs mois , avaieut encore la ressource des sorties. Elles furent d'abord asisez firéquen-» tes. C'est à la suite de l'un de ces engagemens que Bolivar renouvela dans le nouveau monde un exemple célèbre dans Tandei^ Uu corps de son armée s'était lâchement cpiji*

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porté; il le punit eu le désarmant. De vrais braves se révoltent pas contre la discipline ; la honte seule les outrage. Ges mêmes troupes, spontanément accourues à la première affaire, se précipitent sur l'ennemi avec des bâtons et des piques; elles le renversent, lui arrachent ses armes , et reviennent en s'écriant : Nous les avons retrouvées!

Lorsque de pareils faits signalaient Taudace républicaine, l'esprit de sujétion jalousait d'au* très trophées. Monteverde avait repodssé tout échange des prisonniers y quoique la conduite des Espagnols leur en laissât beaucoup moins qu'aux patriotes : ses successeurs montrèrent une opiniâtreté plus cruelle. L'un d'eux, Isueta, pressé par Bolivar de consentir on cartel, répondit en exposant les prisonniers vénézuéliens au feu de leurs compatriotes, et ceux , que le plomb épargnait allaient périr sbfibqués dans les pontons. Une lutte d'horreurs s'engagea : les aràiégeans placèrent des prisonniers à la téte de lelirs lignes; mais, toujours les maîtres en représailles, les généraux espagnols commandèrent une fusillade directe sur les prisonniers colombiens, exposés de manière que leurs compatriotes eussent pour supplice le spectacle de leur mort.

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D'un autre cote le général Puy ordonnait un carnage plus froidement hideux. Tranquille sur les débris réfugiés dans Puerto Gabelk) « Bolivar venait d'envoyer des troupes pour délivrer le Varinas. La marche des indépendans est transmise au général Puy , digne instrument du gouverneur Tiscar ; il ordonne aussitôt qu'on fusille tous les prisonniers sans distinction. Cinq cents habitans, retenus seulement comme suspects, étaient déjà tombés ; un aidede-camp accourt; il annonce l'avant -garde républicaine, a Avons-nous , demande Puy , le tempf d'exécuter les soixante-quatorze misérables qui restent dans les prisons? — Non. — Laissous-les ; nous reviendrons... » Cet espoir affireux s'est malheureusement trop accompli.

Un dernier effort des royalistes appela Bolivar sur les côtes ; c'étaieqjt de nouvelles troupes espagnoles qui débarquaient à Goro. Il marche à leur rencontre, et la victoire d'Araure devient enfin décisive. £ile eut heu le 5 décembre i8i3. La ville de Caracas décerna à Bolivar le titre de Libertador de Venezuela,

Cette récompense nationale lai imposait des devoirs dont il comprenait seid toute Fétendiie : la gloire la plus pure éveille toujours > dans une jeune république ^ les inquiétudes de la li-

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berté ; c'est Tépreuve des héros. Depuis le mois d'août Bolivar exerçait une dictature militaire : elle était sage sous ses yeux ; mais ses lieutenans la faisaient parfois trop sentir. On se ressouvint de la constitution, qu'on n'avait pas su défendre. Deux motifs, également honorables, empêchaient Bolivar de la remettre en vigueur: d'abord son éloignement éclairé pour le système fédéral dans un pays où les villages prétendent au rang de districts, et les districts à celui de province ; ensuite il ne s'abusait point sur l'apparente sécurité de sa conquête.

L'indépendance lui paraissait menacée tant que la métropole foulerait le sol de la république ou par ses troupes , ou par ses adhérens. En effet , tandis qu'elle occupait encore les postes militaires de Coro et de Puerto Cabello, de nombij^ux partisans lui restaient aux deux extrémités du Venezuela , à Guayana et dans le Maracaibo. Les attaques, le danger pouvaient à chaque instant renaître, et il suffirait d'un magistrat pusillanime ou corrompu , d'un soldat ambitieux ou lâche, pour rendre au despotisme une victoire achetée par tant de sacrifices. Les ressorts d'un gouvernement régulier se brisent dans les secousses. C'est l'unité, la promptitude de la puissance qui doit sauver

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la tépublique. Alors seulement, triomphanle de tous ses ennemis , elle abjurera la tntelle dictatoriale. D'illustres exemples appuyaient le sentiment

et les vues de Bolivar. Cependant de vives clameurs l'accusaient déjà de marcher à la tyrannie, et ses services n*en étaient plus que les premiers degrés, audacieusement combinés.

Ënfin la république était agitée, désunie. Le a janvier f8i4 ? Boliyar convoque les principaux citoyens de Caracas, et les réunit aux fonctionnaires civils et ecclésiastiques. 11 expose devant cette assemblée un compte détaillé de sa conduite et de ses opérations; il rappelle que l'indépendance était sans soutiens, que les patriotes n'avaient plus de ralliement, plus de chtfs lorsqu'il prit un commandement dès lors exercé dans Fintérét commun , et depuis justifié par la reconnaissance nationale. Il termine en déposant le pouvoir, heureux d'avoir été utile à la patrie , formant des vœux pour l'union de ses citoyens et pour sa prospérité.

Quelques esprits chagrins n'ont sans doute vu dans ce discours qu une pélition pour obtenir l'autorité suprême; mais alors c'eût été une ambition sublime. Bolivar possédait d'immenses richesses; il les sacrifie à un peuple

pauvre , encore sans éclat et sans nom; il commet sa gloire aux chances de la guerre et de l'injustice publique , ddiis la seule vue de guider la faiblesse et Viuexpérieace de ses compatriotes. La postérité le verra peut-être plus grand dans cette circonstance que lorsqu'il eut plus t^rd à défendre l'illustration de son nom 9 devenue universelle.

Bolivar était indispensable à la république; les citoyens et les magistrats de Caracas en jugèrent heureusement ainsi. Après l'avoir remercié de ce qu'il avait entrepris et exécuté, ik lui redirent cette autorité dictatoriale qui devait garanjùr l'indépendaince colombienne.

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