‹ Histoire de la ColombieChapitre 13 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

EnaAIemeDi des «scUres et reprÎM du Veaeioela par les Espagnob. — Dénuement du jeune Ricante. — Bolivar dans k Noardle-Gienade.

Les petites inquiétudes coastitutioonelles des citoyens de Caracas, en détournant i'at- ^ tentiou publique de la défense du sol, ont peutêtre £3ivorisé rhorrible complot qui vint mettre l'indépendance en danger peu de jours après Tun de ses plus beaux triomphes.

Un des premiers actes de la révolution avait aboli l'esclavage, sans toutefois provoquer Pexplosion de cette tourbe qui ne connaît que le poignard quand des chaînes ne la retiennent plus. La traite des hommes était interdite , les enfans naissaient libres; mais l'affranchissement total ne devait s'opérer que dans une sage progression. Déjà quelques citoyens riches, suivant l'exemple de Bolivar, voyaient des cliens dans leurs esclaves, et les honoraient

du droit de défendre la patrie. Cependant le

Venezuela comptait environ soixante mille de ces individus que l'ancienne politique avait flétris ; il renfermait en outre un assez grand nombre de vagabonds, qui venaient de tous les parages chercher l'impunité à l'ombre des calamités publiques. Il est une fange pour tous les orages. Des agens espagnols se répandirent secrètement dans les provinces, offrant aux uns une liberté entière, aux autres asile et protection ; à tous ils montraient des armes : la condition était le carnage îles patriotes.

Trois espagnols et un africain, principaux em^baucheurs de ces bandes , méritaient également de les diriger. Le nègre Palomo , convaincu de plusieurs- meurtres^ était sous le poids de jugemens qui le condamnaient à mort. Rosette et Puy* que la main de la justice poursuivait dans la Péninsule, étaient venus se cacher parmi les recrues coloniales : on sait déjà la conduite du second dans la province de Yarinas. Quant ati farouche Roves, d'abord soldat, puis déserteur, long-temps contrebandier, admis enfin au sery vice -des patriotes,* il les avait quittés lors de leurs premières défaites pour se vendre aux royalistes : très brave, encore plus ciliel, et possédant une grande connaissance du pays ,

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cet indigne adversaire de Bolivar en sera aussi pendant quelques jours le plus redoutable.

Puy et Palomo exploiter^ les {wovinces occidentales; Boves et Rosette celles de Test. liÇS moyens et la marche de ces brigands ne trouvent de ciomparaiaon que dans la p rom èr e conquête du nouveau monde par les £spa-^. gnob : la seule diCEéreoce , c'est (pi'ici Ton n'a^ vait pas pour excuse de courir SOS à dM wAropopbages. Après avoir enrôlé de chaque côté, environ quatre mille mercenaires^ ik>ves etPuj firent leur jonctiQn entre Ocumare et la Yittoria : le premier avait suivi les bords de rOrénoque; Fatttrè sortait du Yarinas. Leor pn9|ct était de délivrer Puerto Cabello, de favoriser uu np.uveau débarquement des Ëspagnob, et de, remonter ensemble ew la ciqpitalè du Yene* zuela. Leurs forces seraient au moins de neuf nulle hmnmes. Le ma^cMi«^ l'inodadî^^m^, vraient déjà trois cents }ieues ée pays. >»h>n •.

U avs^t été impossible de pac^r à une irrupr tbn aussilirqsqoef auMai^4éfl^|reai|^^ dit sur le Yenczuela en férrier i B 1 4- Les troupes de la république , qu'il fyut pourtant appe^sr mie armées ne a'éleviEdeDt pas èisîafwtte^affi^ battans; elles ét^feiit nécessairement diÉ|P|t^ séesy puisqu'il £edlait en même temps se dé-r

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fendre sw tous les points; et si Ton retirait les garnisons des places, on s'exposait à hâter kl iPéyolte des prisonniers..

Cependant les nouvelles sinistres se succès daient.ayeç rapidité. On apprend à la fois le massacre des habitans d'Ocumare, et le saulèvement de ces malheureux dont l'échange avait été refusé par Monteyerde et p^ ses sucoesseivs» C'^st alors qu'entraîné par la promptitude des périls, et jetant un regard de solliàÊ9J^ sur le petit uombre de braves qui l'eniQluraienft^ BdOivar donna l'ordre de fusiller huit cents prisonniers. De ce moment les pâ^polsy croyiM^t leiur conduite lustifiiée, se surpassèrent eux-mêmes en cruautés.

Bientôt l'embiraseipaent devient général; le& g^iMiflaina opposent au nombre une valeur * extraordinaire. Boves est plusieurs fois I^attu {Igur BolivAC» que secondent é^ergiquement Maligo. el.Mootilla. La juîte de :Rosette signale la courageuse activité de Ribas, et Cagigal, qui d^hjjljwptir imc àfi^i, t^^oupes^ fraîches^ promre nodW ià BoUvar iHieiéolaiMAe vielbire; €a* g^gal remplaçait j|i|pa te verde comme capitaine ^igfîipipit. &^ officier Bicaalr^ par un

>i élwiem ^t mëmowÀle , adiève^de porter i'é*- ^Ijl V^Pl^ ^ i»çiu

Il lui avait été enjoint de se fortifier dans

uue maison de San Mateo, et là d'inquiéter rennemi par un feu continuel. La position des troupes donnait à ce poste une grande importance; Ricante le conserva cinq jours avec autant de zèle que de bonheur* Il avait cinquante hommes , et Boves Tassiégeait avec douze cents. Mais les moyens de défense s'épuisèrent avant le courage ; déjà la £atm faisait miumurer les soldats : il faudra céder. Alors Ricante déclare à ses camarades qu'il ne rendra pas la place , et que lai seul sufSfira désormais pour la défendre; il leur ordonne d'aller rejoindre l'armée. La résistance a cessé; Boves envoie les siens s'emparer du poste. Tout à coup une explosion éclate ; la maison a disparu; les soldats de Boves tombent au loin dispersés par k feu<dre, et Ricante, caché dans une salle basse avec un baril de poudre, meurt enseveli sous les ruines de sa petite forteresse. Il avait à peine vingt-deux ans. Ce héros ne connaissait pas sans doute l'histoire de la république française; mais partout la liberté a les mêmes inspirations^ Les patriotes semblaient devoir marcher de succès en succès. Mais jusqu'à présent leur défense avait eu une position centrale; l'ennemi se divisait pour frapper aux extrémités, et,

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toujours affaibli, ii ne forçait pas la masse. Bolivar parut (lcdai«> iier des hordes en déroute ; il entreprit de ressaisir les places occupées par' les Espagnols. L'armée se sépare en trois corps ; Urdaneta marchera vers Coro, Marifio sur San Fernando, et Bolivar s'opposera à Boves, qui seul reparaît menaçant. Ce plan était UD malheur ; chaque corps isolé fut battu. Mais ce qui surtout ajoutait au découragement des patriotes , à l'audace de l'ennemi , c'est que Bolivar lui-même , après plusieurs combats désespérés, était dé£adt par Boves dans les plaines de Cura. Il tenta de nouveau la fortune à Araquita, et elle le trahit encore : un béros vaincu ne trouve plus que de l'insubordination.

Le peuple remit en doute les bienfaits de la liberté. Hostiles ou«oumises, les garnisons forent toutes massacrées. Celle de Yalencia avait offert de capituler à la condition qu'une messe, célébrée en présence des deux partis, deviendrait pour eux un serment inviolable :

les assiégeans acceptèrent, et la ville se rendit aussitôt après l'office divin ; mais les représentans du roi catholique firent passer la garnison au fil de Tépée.

Boves était entré à Caracas dans le mois de juillet. Pendant six mois encore une poignée

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de patriotes vengea l'honneur et la liberté ou^. tragés; Ribas et Bermudes étaiént parvenus à les rallier dans les plaines du Ckmiana. lis oé* dèrent enfin au nombre après le sanglant combat d*Urica, engagé la5 décembre i8i4«L'année précédente, à pareil jour, Bolivar était proclamé le Libertador de Venezuela. Cette dernière af- Élire coûta à Tennemî son féroce Boves. Un chef des indépendans, Ribas, vaincu pour la première fois, et fait prisonnier» était envoyé au nouveau capitaine général; le chef de l'escorte lui fit couper la téte, et la montra sur son passage pour quelques pièces de monnaie. On ne sait souvent de quer peuple ni de quellç^ époque on parle dans cette histoire. f

Ainsi une même année vit le triomphe et le deuil de Findépendance du Venezuela; elle n'est plus que dans le coeur de fiolivar, pour qui de grandes dé&ites ne sont que l'obligation de plus grands sacrifices. Il était revenu à Carihagèue implorer dç nouveaux secouxn , miaMr de nouveaux bras contre le despotÎMâiM* >

Déjà n avait aidé cette ville à repousser l'ennemi commun ; il lui était réservé de paiffîér It Nouvelle-Grenade , jusque là plus agitée par les dissensions civiles que par la guerre de la liberté. Nari$o n'avait pa^ profilé dé* sa

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victoire (dëeembre iSii) : la coalSédératîoil de Tmija et la province de Santa Fé gardaient leur indépendance isolée. On ne songeait point à se réunir pour tenter line expédition snr l'isthme ; on abandonnait les contrées méridionales à l'oppression des délégués ro jaUx; on leur laissa enfin Fhomiecir de l'initiative. L'agression de Montes, gouverneur du Quito, vers la ûnde i^f ^ opéra; seide une alliance défensive entre les provinces du centre , dont les forces communes ^CQnEées à Nariuo , s'élevèrent à huit mille honme».

Ils ojbtiorent d'abord de brillans avantages : le Sopajraa, délimré» re^çut une autorité natio- Mne Von ittM»eha^ sur Pasto; le Quito même était menacé. Tout à coup , par un stratagème du i^oéral espagnol Ajriaerich, le bruk se répand que Narifio est prisonnier: la terreur s'erapai^e^des Ipldats ; ils sont vaincus, et lïarino , qûk4KÉitmÊiStÊe ly^re , se Voit réellement enveloppé, chargé de fers, et envoyé en Europe pour yMbip|^ji^p(^n9eotsoleimel«.U^ siagaVM pÈ^llégeÊ^ ht viedé^ ee palinote : il tonh bait pour la quatrième fois entre les mains de

l'eB^lilItt t»*^!fé^€^ de ife|o le mmrmk daks les cachoté' w^GÉâhk * ' a

peu. de jouxs les rojsdi^te^ eurent repris

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leurs positions, et Teffet de ce désastre fut de rallumer la guerre civile. Le Cougrès se cjut maître de Santa Fé du moment qu^elie n'avait plus Narifio; mais celui-ci, avant d'entrer en campagne, avait remis Tautorité entrje i^spains de son oncle Alvarez, qui inspirait à Santa Fé la même opiniâtreté dans ses prétentions , sans toutefois lui offrir les ipémes garantie^ militaires. Sur ces entre£iites on reçut J*£nrope des nouvelles menaçantes : le retour du roi Fer^ dinand était signalé par Toçdre expre8;\de Ae rendre à discrétion, et des forces considérables devaient soutenir cette volonté du prince« J^e Congrès de Tunja provoqua ausût^t unç .409^6 en masse. Santa Fé refusa son contingent, non à la patrie, mais au Congrès ; le résulUl(étSMit même. On résolut de la soumettre par fai êoree.

Bolivar venait d'arriver à Tunja , vers la 6m de 1814. On était incertaiii sit^M çt^^^^^ opposerait à l'oncle de Narino. Le héros yene^ zuelien fut choisi par ^cc\dmaiiiQu,^^^f^jg^^f^ il répondit à ÏMcnpt géiaéFfiiMmt^^ leur que par sa sagesse. La capitulation qu'il accorda à Alvarez portait qi^ ies province^ dis^ sidentes se joindraient ^la» fflmWé«ita#Mj^DBais qu'à l'avenir le Congrès siégerait à Santa Fé. C'était là m% le oHlltf/hi*

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capitale croyait triompher en devenant le centre (lu gouvernement, et les confédérés s'applau- <lissaient de la conquête de leurs armes. Dix provinces de la Nouvelle-Grenade, qui s'entredéchiraientdepuis trois ans, étaient rendues aux seuls combatsde la liberté par la médiation deBolivar .

Le Congrès obtint dès lors la force de Topiuion, le dévouement des citoyens; le clergé même voulait aider à repousser l'esclavage. Une somme considérable fut offerte par les moines de Saint -Dominique pour l'équipement des soldats; c'était le fruit de plusieurs années d'une sainte perception. La vierge de Chiquinquira, très mauvaise peinture, mais relique très vénérée , avait tenté autrefois les séculiers de Santa Fé; ils voulurent affermer quarante mille piastres ce perpétuel objet de riches offrandes et de nombreux pèlerinages. Les dominicains refusèrent, et leur don patriotique devint peutêtre le résultat le plus efficace des intercessions de la vierge de Chiquinquira.

Ce concours général inspira de grandes mesures. On prévint l'inlrigue et les séductions en expulsant de la république les espagnols qui s'y étaient établis depuis une époque récente : ils disposaient de leurs biens. Des troupes furent envoyées pour contenir le gouverneur

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de Quito. Un autre corps , sôus les ordres d'Urdaneta , protégeait la province de Pamplona contre les bandes que Puy avait organisées dans le Maracaïbo. Enfin on résolut une vigoureuse entreprise sur Sainte-Marthe, dont la possession était d'une grande importance pour s'opposer au débarquement des Espagnols. Bolivar fut chargé de cette expédition^ et quoique sa seule présence tînt lieu alors de toute sa patrie , il reçut en même temps le titre de capitaine général de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela. C'est la première fois que les deux républiques sont réunies sous un seul chef militaire. Du reste le pouvoir exécutif avait été cqpfié à trois hommes dont le mérite et le patriotisme étaient également éprouvés ; don Toricès , Garcia Rubria , et Pey.

La Nouvelle-Grenade répondait ainsi à la cédule impérative du monarque espagnol , lorsque des jalousies et la trahison privèrent la république du héros à qui l'on devait une aussi grande impulsion. Les officiers de la confédération avaient souffert dans leur amour-propre en voyant des officiers étrangers obtenir de l'emploi et des succès. Un vénézuélien devenait encore le chef suprême de l'armée. L'empire des circonstances aurait sans doute affaibli ces

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clameurs; maïs un homme, revêtu d^uu haut

commandemeut, cachait de funestes manœuvres sous Finimitié ouverte qu^il portait à Bolivar. Ce dernier parait bientôt devant Carthagène pour réclamer , au nom du Congrès , le contingent de cette ville contre Sainte-Marthe. On le lui refuse. Il insiste, et f autorité nationale reste méconnue. Bolivar, qui en a été proclamé l'organe , menace de la force pour exiger Tobéissance. C'était le vœu secret du gouverneur militaire don Manuel Castillo, d'intelligence avec les Espagnols ; il donne le signal des hostilités.

La garnison de Carthagène avait fait éprouver plusieurs échecs aux troupes du Congrès.

On voulut négocier. Castillo déclara qu'il ne traiterait point avec Bolivar. De tous côtés alors la crise devenait imminente. Les royahstes de Sainte-Marthe , qu'on avait menacés, se répandaient vainqueurs au delà de leurs frontières , interceptant les communications avec le centre de la Nouvelle-Grenade. Mais ce qui commandait surtout une grande détermination, c'est que Texpédition formidable de la métropole couvrait déjà les côtes du Venezuela , et devait nécessairement attaquer bientôt Carthagène. Bolivar céda; il grossit de

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ses troupes la garnisoa de cette place , et cou* rut sur d'autres bords préparer des ressources à rfndépendance. Les équivoques de la diplomatie anglaise laissaient toujours quelques chances à la liberté; il s'embarqua pour la Jamaïque. ( Fin d'avril 1 8 1 5. )

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