CHAPITRE VU
Son>nii|j^ de la Biarguerite et des oôtes dn Vj|^esiiel«. — Siège de Cartbagènei — Reprise de la Nonvelle-GMiade par les EspagQola* — li^neiiieat d» la jeune Salar^MeUi.
1^ ^néral Marillo psm% dam la mer des Antilles Natt^ommenceiiieiit d'avril i8i5* La
Margarit^ o£&ait uae conquête facile à VexpédHîpnqiû dev^t soumettre toute^'Amérique.
Située en fsùse de Cumana, File Marguerite n'a qu'une iglifiiortaaçe de poi^ion : tous Içs vais- •eapx d^Europe qui se rendcÉt à la prorâice de Caracas, dont elle est une dépendance, jpas^ult e^e^s^orem^iit le 4étroi|; de, hlit lieiies 'la s é p are du oontineat So#ëteiidue Mt de VAUgI; lieuç% s^^ sept ; le sol en est généraleine&t piàrrenx et stérile; eMe a, sd^ mfh habitans, la plupart métis, tous braves, et chérissant jusqu'aux rigueurs de leur patrie. Arismendi, créole né dans cette île, avait mérité que les richesses et le rang ne fussent plus pour lui. qu'un second titre à la considérajtion ;
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il exerçait sur ses compatriotes toute rinfluenoe que donnent le courage et les vertus. A la vue des forces ennemies , reconnaissant le danger et l'inutilité d'tme défense, Arismeudi négocia une capitulation honorable, g|rantie par les pompes de la religion et par les sermens de Morillo. Dés le ii avril la Màrgarita était rentrée sous les lois de la métropole.
La ;&ouinission des c^tes du Venezuela ne coûta pas plus d'efforts. Des Espagnob occupaient les postes militaires, et Caracas, épuisée, devait accepter comme une protdition le réHih blissement des anciennes lois : les défenseurs dp l'indépendance avaient abandonné les villes, et d'ailleurs Morillo ne feosait pas encore haïr l'exercice de son pouvoir. U resta près de trois mois dans cette province , retenu d'abord par une épidémie qui ravageait son armée ; contraint eaisuite de réparer la perte d'un de ses gros vaisseaux , qui était sauté fortuitement avec^des provisions , des armes , et un grand nombre d'hommes.
Ces événemens étaient de nature à frapper une imagination espagnole ; on leur doit sans doute quelque changement dans les premières dispositions du général en chef : au lieu de courir à la conquête de la Nouvelle-Grenade,
DE LA COLOMBIE. i43
il youlnt se rassurer par de sages préparatifs. Une levée de soldats, tant créoles qu'hommes de coûleur; les débris du corps de Boyes, ralliés et commandés par un dm «es plus dignes successeur&9 Morales ; un régin^pt de Porto- Rico; tous cesrenforts, ainsi que de nombreux approvisionnemens , replacèrent l'expédition royale dans ime attitude imposante. Dès lors Morillo et Morales , ^premier aTèHteMes ses forces navales, et le second en réunissant à ses tro]l{ies ce|^ qu'il trouverait à Santa Maria, pourraient wsiéger Carthagene et par mfr et par terre; Galzada, à la téte de cinq mille £s* * pagncds:, se f^nckait de Caracas à#anta Fé par r intérieur, en même temps que le gouverneur deuQuit^ayant gardé, i'^ntage sur l'armée du Go^ès, acfaè^éndt TenlHiissemeiit de la Nouvelle-Grenade par les provinces du midi. .
, Çàijpiitt «idofité, Morillo sfembarcfla, hiA^. sifet^patfenûlle hommes de^^Élbupes d9bropedans les vill^ maritimes du Venezuela. U iDonfiaUà des.Uev^nàns k tiche.dé8oç||iaiA4^ polsible de pacifier l'intérieur. A cette époque ^^. ^^ juillet.](&i5t Saraza occupaitles plaines de Bar-i^ Q^oÉlil CiâefU> «àisMcÉiag^
!TO)rds de l'Orénoque en menaçant la Guayane; dfiyH T'****'**^ rtiâinfi ■ ^*^'^ m*ti Rairatuia if m^ ja
i44 HISTOIRE battaient dans le Gumana; enfin le général Uiv daneta , parti de la Nouvelle-Grenade, s'avançait dans le Vannas.
L^escadi*» espagnole se montirai derant Garthagène le 17 août. Un siège mémorable allait du moins mettre quelque prix aux succès de Morillo. Les Américains regardent cette cité comme imprenable ; on pourrait la classer au seconchrang' des places £oirtes d^ FEurope. Elle a plusieurs fois résisté aux armes de l'Angleterre; mais, en 1697, elle s'est rendue aux Français. Du reste sa position est admirable, Carthagèiie donne son nom au pays qui s'étend de Tembouchure de la Magdalena au golfe du Darien ; située à l'angle que la Terre- Ferme décrit en cet endroit, elle domine ainsi le bassin de la mer des Antilles qui baigne l'isthme de Panama. Trois lieues de côtes vers le sudservent de remparts à l'un des plus beaux ,p0its que la nature ait créés. Cette yast^ baie a plusieurs passes, flanquées de nombreuses batteries ; celle qui donn? entrée aux vaisseaux est protégée par 4a forteresse de Boca-Ghîca. Du côté de lui terre Garthagèue est garantie par la Popa, montagne su)r laquelle s'élèvent une citadelle et d'autres constructions de guerre. La ville et son faubourg, nommé Xexemani,
tous deux bâtis sur des presqu'îles étr*.
séparées, défendent le pont qui les joK sont entourés de solides fortifications en pier». de taille. Une multitude d'ouvrages et de basfonds s'opposent aux approches sur tous les points.
La garnison n'était pas de trois mille hommes : le double aurait été aisément répandu dans un aussi grand nombre de positions militaires. Mais les habitans, comme les troupes, étaient unanimes dans la résolution de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Carthagène renfermait à cette époque une population d'environ vingt-cinq mille âmes. Des ingénieurs français et des officiers vénézuéliens composaient en partie Tétat-major. Le commandement en chef était confié à Bermudez, qui l'un des premiers avait armé les guérillas du Cumana ; il était dignement secondé par Mariano Montilla et Cortes y Campomanes.
Un homme d'honneur , don Juan de Dios Amador, remplaçait Castillo comme gouverneur de la ville : mais le renvoi tardif de ce dernier n'avait pas détruit tout l'effet de ses dispositions secrètes; les magasins contenaient à peine pour deux mois de vivres.
Carthagène fut investie par terre et par mer.
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Des sommations , des promesses d'anniistie n'eurent aucune influence ni sur les citoyens ni sur les soldats. Morillo avait reconnu l'impossibilité d'emporler la place de "vive force; il résolut de l'affamer par un blocus. De leur coté les habitans conservaient l'espérance de lasser l'ennemi, ou de le voir céder à l'insalubrité du climat. Six semaines s'écoulèrent. Morillo fit bombarder la ville , et parvint à introduire une flottille dans le port, où il dressa quelques batteries pour empêcher les communications intérieures. L'attaque ne fut point continuée. Plusieurs sorties vigoureuses n'avaient eu pour résultat que de perdre des hommes.
Cependant le général espagnol persistait dans son entreprise , et les assiégés commençaient à souffrir de la disette. En cet état de choses, le 1 3 octobre, don Amador réunit solennellement les autorités civiles et militaires , et les principaux citoyens; il expose devant cette assemblée la situation de la ville, et finit en proposant une grande mesure qui lui paraît devoir la sauver. « On ne peut traiter avec les Espagnols; ils parjurent les plus saints sermens. Habitans et soldats, tous préfèrent mourir plutôt que de plier sous le joug. Mais quel a été l'objet de
DE LA COLOMBIE. 147 notre révolution ? La liberté du commerce et de l'industrie. Hé bien , offrons notre province à une nation sage et puissante, qui sache apprécier nos droits et les respecter. Plaçons-nous sous la protection de l'Angleterre ; arborons le pavillon britannique! » L'avis du gouverneur fut reçu aux acclamations d'une cité toute commerçante : Carthagène n'aurait pas été le berceau d'une république. Aussitôt une barque est armée; elle échappe aux lignes ennemies, et conduit à la Jamaïque les députés chargés de cette mission. Si les lenteurs nécessaires d'une telle négociation se combinaient mal avec la durée d'un siège, le respect des nouvelles alliances européennes ne permettait pas non plus que Carthagène devînt officiellement un comptoir de la Grande-Bretagne.
Moriilo voulait aussi parler aux intérêts. Une proclamation , qu'il était parvenu à répandre dans la ville, garantissait la sûreté des personnes et des propriétés; le commerce et l'industrie auraient été protégés ; enfin le général promettait une amnistie entière, des récompenses et des distinctions aux soldats qui viendraient se ranger sous ses drapeaux ; mais il fallait se hâter; de justes rigueurs seraient le prix d'une plus longue résistance. Des tenta-
lis HISTOIRE
tîves wopèles n'etirent pas plus de succès que
celteprociamatiQn. A^hoiuieur de Carthagène, ) on ne put tromrer dsms son sein ni un lâche, ni un traître. Le 1 1 novembre Morilïo ordonna une attaque sur la Popa ; elle fut repoussé avec avantage , eU'ennrâii se borna à resserrer le blocus.
Depuis trdis semaines les vivres étaient'en-
tièrement épuisés : les cbevaux avaient été compris dans lepartage des rations. Après avoir dévoré les animaux domestiques et immondes, on mangea jusqu'au cuir des meubles. Les dé-> scdations dNme épidémie ajoutaient à tant de maux : des cadavres encombraient les maisons et les rues ; quinze cents hommes de la garni-» son étaient morts ; les sentitieUes tombaient à leur poste. Un beau dévouement s'est attaché an souvenir de cette douleur publique; quatre cents français , négocians ou artistes , avaient donné l'exemple de l'héroïsme; alors ils con^ solaient le malheur, relevaient les ciMirages , commandaient quand tous étaient abattus.'
Le 5 décembre les hàbUans.dédarèipeot au, gouverneur qu'ils ne pouvaient plus résister.. Les Français , la garnison et ses chefs connaissaient leur devoir : ils «nclouent te cam^ àsié forts, ils arment à la hâte treize cli^loupes, ils
s^embarquent , déterminés à forcer le passage que défendaient cinq batteries et vingt-^deux bâtimens. Un calme plat les retient douze heures en vue de Tennemi. Le 6 ils engagent le combat, dispersent la flottille espagnole, gagnent le large , et voguent loin des bords où le vainqueur ne rencontrera plus que les effrayans témoignages d'une résistance nationale. Quatre mois de siège avaient coûté à l'héroïque Carthagène les deux tiers de ses citoyens, et c'est ainsi que Morillo en prit possession.
Dans le même temps les généraux espagnols Calzada et Latorre, l'un parti du Venezuela, l'autre de Sainte-Marthe, soumettaient les pays méditerranés,que le gouverneur du Quito envahissait ait midi. Partout les patriotes déployèrent un grand courage ; mais la chute de Carthagène doubla les forces et l'activité des royalistes. Santa Fé tomba au pouvoir de Latorre le 6 mai 1816, et dans le mois suivant Morillo y fit son entrée.
Le pavillon de la métropole flottait dans toutes les villes comme un signal de désespoir et de mort. L'ancienne existence était promise aux peuples , et cette humiliante tutelle leur aurait alors paru un bienfait; mais auparavant il fallait subir les supplices mérités pau*
f6o HISTOIRE
cinq anoéesde i<bellian> C'est la politique im»
mobile des monarchies restaurées qui partout canente les lévolutious.
Stntaiider, citoyen de Santa Fé qnt^eom* mandait un corps de pai^ans , avait effectué sa letndte dans les plaines de Gasanare, au nord-est du Cundinamarca; il vit bientôt ac»
courir auprès de lui ceux de ses compatriotes qoe léroUaient tant de rigueurs; et là école* ment se conservait l'indépendance de la Nou- Yelle-Gffenade , jurée par quelques centaines de patriotes.
Des habitans de Santa Fé servaient aussi la liberté an sein même de l'oppression. L'on d'eax, contraint Ae s'attaeber à réta&4najor royaliste, fut long-temps secondé^par la prudence et le aèle d'une jenne fille , qui bravait k fiitigue des routes les plus difficiles pour transmettre aux indépendans le mouvement de Far* mée et l'état de l'opinion. L'histoire de Findé» pendauce doit à ce couple un épisode touchant.
Le jenne officier, surpris a'vec une lettre destinée pour Santander, allait être jugé. Sa maîtresse accourt aux pieds du vice-roi, lui déclare qu'elle est seule coupàble, et que le prévenu, entraîné par ses prières, ignorait totalement de quels papiers il était porteur. Juter-
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rogé à son tour, l'amant accuse le délire de son amante; il se défend de lui avoir jamais confié ses relations avec fes indépendans; il convient de toutes les charges qui pèsent contre lui. On n'obtient de leur confrontation qu'une lutte plus éclatante pour mériter la palme du martyre; mais la conviction du juge ne cherchait plus alors qu'à découvrir leurs complices : s'ils les font connaître, on leur laissera la vie. Tous deux veulent mourir. Le jeune homme est fusillé sous les yeux de sa maîtresse. On la reconduit en prison , où sa douleur est encore outragée par l'offre d'un pardon complet si elle nomme des coupables. Digne des deux grandes passions qui remplissaient son âme, aurait-elle flétri son malheur par la délation , alors même qu'elle eût encore pu trouver quelque prix à l'existence ?
Arrivée au lieu du supplice, elle demande un verre d'eau : — Je ne veux rien d'un ennemi de ma patrie, dit-elle en voyant s'approcher un soldat espagnol. On l'invite à désigner une autre personne : — Je vous remercie ; je craindrais de compromettre celui qui me rendrait ce dernier service. — Elle exhortait encore le peuple à la haine de la tvrannie, à l'amour de la liberté; mais enfin le bourreau s'approche ; elle s'écrie
d'une vois ooimigeitte: — Ma mort im vengée;
▼iVe la république ! — et Théine meurt. Pol j- / cari>a Salavarieta n'avait pas vinKt am*
La junte de purificaticm étDaffit^tMft'lM^ dé- . Youemens. Morillo avait relevé la vicenroyauté; le commeroe était rendu à la rnmptpihrdiii Philippines; les traTaux publics, si long-temps suspendnSf prennent de Tactivité; l'ancienae légidatîon des Indes recevait même quelque»
améliorations : dans un temps ordinaire on rait pu croire k des bien&its; mais um lation opprimée, décimée, était- elle tenue d'avoir de la gratitude? . w . ^.^^^i
Ixfrique k IFwvelb-Ckmade, paeiftée par la terreur, semblait ne plus réclamer l'appui de rautorité militaire» l'indépendance «riblMpaMii grands succès dans le Venezuela. Morillo, qui s'y était fait devancer par le général Latorre, entreprit de k soumettre une'MiMMdÉ 4Ml^ il quitta Santa Fé en novembre 181 6- Sujet dé- Toné, juge sévère, il n'avait comprk ni Finsarrection ni la clémence.
Digitizeu Ly v^jQOgk
DE LA COLOMBIB.
4|les indépmimiUi — Affaires de la Margariu, d'OcoaUM,
La éondiiite foUement crueUe des délégués de Moriilo avait £ait une armée redoutable des guenUaft du YenèEuela. L'admiuistralioD réta* blie par ce général, sa Tolonlé, ses sermens^ la £oi promise devant Dieu, tout avait été détniUf .mlét efiaàé par le sang.
On fuyait les villes. Dès le a août i8i5, quelques jours après le départ de Moriilo, le gawwwimmr da la Jiargarita a^ait publié un ordre dans lequel on lisait : (c Les déserteurs et iaurs; ooippUees seront fusillés , ainsi que ehaqufi eûkpiîèine personne de leur parenté, jusqu'à la cinquième génération. On fusillera également une * personne de chaque district où la désertion aura eu lieu. Le district de
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rhabitant oomplioe paiera une amende de
nulle dollars, et la province en paiera dix mille.»
Arismendi, prentièFe victime de la capitiihtion conclue avec Morillo, s'était soustrait à la iBort..Sa £emiiie aeule connaissait .sa xetiaile; c'éuût une caverne : les persécutions et les ouirages ont rendu sublime le dévouement de cette épouse. Instruit par elle de la situation de rile^ Arismendi préparait la délivrance de sa patrie. Les eiçcès de la tyrannie en donnèrent le signal. Alors il fait appeler quelques amis comme lui dévoués; une nuit suffit au soulèvement de la eapilile, jet bimt6t après tonte l'iie est en armes.
▲ la premièM nonvdle de ce moavwnent, le i5 novembre i8i5, le capitaine-général de Caracas, don Mozo, écrivait à UreztÎGta, gouverneur de la Marguerite : « Je vous enjoins de
mettrede côté tout sentiment d'humanité »
Uretiieta expliquait cet ordre m ifMXMmnaiip dant àses subordonnés de ne faire de quartier à peiisoimey et de.brûkr les villages révoltés. Il ajoutait un mot effrayant : « Vous reviendrez quand tout sera tranquille, j» De tels moyens» de tels adversaires ne purent intimidiv les patriotes de la Margarita^ede toutes parts atta-
DE LA COLOMBIE. i55
qués, battus, poursuivis, les Espagnols ne gardèrent en leur pouvoir que la forteresse de Pampatar. Arismendi releva aussitôt la junte républicaine. (Décembre i8i5.)
Cette insurrection donnait un nouveau point de ralliement aux défenseurs de l'indépendance. Depuis huit mois trompé dans sa constante sollicitude, Bolivar, en quittant la Jamaïque, était allé demander des secours à la république des nègres. Les émigrés du Venezuela et ceux de Carthagène s'étaient également réfugiés sur le territoire d'Haïti. Dans le nombre de» derniers se trouvait le négociant Brion, hollandais, né à Curaçao, mais adopté par Carthagène comme un de ses citoyens, en considération des services qu'il lui avait rendus. Une réunion de tant de braves paraissait déjà un succès; la victoire d' Arismendi vint exalter les courages.
Mais il fallait pourvoir aux frais immenses d'une expédition. C'est alors que Brion s'illustra : il imitait Bolivar, il précédait lord Byron dans le plus rare des dévouemens, car on expose sa vie plus aisément que ses richesses.
Celles de Brion étaient considérables; il les consacra au triomphe de la liberté. Bolivar put armer deux vaisseaux de gucne et treize bâti-
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mens de transport, montés par trois mille cinq cents hommes, dont quinze cents noirs, que lui avait accordés le président Pétion. L'honorable Brion fut revêtu des fonctions d'amiral.
L'expédition partit des Cayes le 3o mars 1 8 1 6, précédée d'une proclamation de Bolivar.
«Vénézuéliens, l'île Marguerite, commandée par l'intrépide Arismendi, a relevé l'indépendance. Le reste de nos frères et de nos amis, dispersés après la chute de Carthagène, s'est réuni dans Haïti. Avec eux et notre magnanime amiral Brion ^ nous formons une expédition assez puissante pour renverser à jamais la domination des tyrans. Vénézuéliens, le Congrès sera rétabli aussitôt que vous en émettrez le vœu. Le peuple indépendant m'ayant honoré du pouvoir suprême, je vous autorise à nommer vos députés sans autre convocation que la présente. Je ne viens point vous dicter des lois; mais, je vous en conjure, écoutez mes conseils. Je vous recommande V unité de gouvernement , et la plus entière liberté. Que cette fois il ne soit commis ni une absurdité ni un crime, car vous ne pouvez pas être en même temps libres et esclaves. Si vous ne formez qu'une masse de peuple, si vous établissez un gouvernement central, et si vous vous unissez à nous, comptez
DE LA COLOMBIE. iS;
sur la victoire. Espagnols qui occupez le Venezuela^ dites un mot, et la guerre cesse; sinon vous serez exterminés. Vénézuéliens, ne craignez pas l'épée de vos libérateurs ; vous serez toujours innocens aux yeux de vos frères. »
L'escadre républicaine ne parut devant les côtes du Venezuela que dans les premiers jours de mai. Le 9, après une victoire remportée sur plusieurs vaisseaux espagnols qui bloquaient la Marguerite , les compagnons de Bolivar se réunirent dans cette île aux compagnons d*Arismendi. On prit alors des dispositions pour s'emparer de Carupano, petit port du Cumana, mais poste fortifié, et d'une assez grande importance par sa situation sur le détroit qui sépare la Marguerite de la terre ferme. Le I" juin on fait une sommation au gouverneur de Carupano; il veut tenter le sort d'un assaut , et la citadelle est emportée quelques jours après par les indépendans. Ils furent moins heureux dans une tentative sur Cumana.
Bolivar quitta Carupano, se dirigeant sur Ocumare avec quinze voiles, sept cents hommes, et une grande quantité d'armes. Ocumare, autre port situé entre La Guayra et Puerto Cabello, à sept lieues de ce dernier, lui ouvrirait
i58 HISTOIRE
le territoire de Caracas, d'où il irait se joindre aux partisans qui occupaient les plaines de Bar-
celona. Il était secondé dans le commandement par l'écossais Mac Gregor, d'une famille noble, mais citoyen du monde, soldat de toutes les causes qui servent la liberté , bomme instruit et brave, aventureux comme un ancien chevalier.
Débarqué dans Ocumare le 5 juillet, Bolivar fait un appel au patriotisme, et annonce comme prochaine la liberté de toutes les classes. Cette proclamation épouvanta les riches créoles : les environs d'Ocumare étant couverts de plantations cultivées par de nombreux esclaves, la promesse de leur affranchissement semblait appeler la ruine de leurs maîtres. Il est vrai que le salaire qu'on accorderait à des ouvriers serait largement compensé par la décharge des taxes de la métropole, par la faculté de se livrer à toutes les cultures, à toutes les branches de commerce. Des esclaves qui se font propriétaires par la violence peuvent rester enclins à la paresse, et redevenir pauvres; les affranchis , au contraire , après avoir travaillé par nécessité, travaillent encore par orgueil. Mais ces observations n'avaient point frappé les habitans d'Ocumare, et l'égoïsme l'emporta sur la liberté.
DE LA COLOMBIE. iSg
Aussitôt après le débarquement, Bolivar ayait dirigé ses forces sur le territoire de Caracas. Mac Gregor, qui commandait Tavant-garde, s'était déjà emparé de Maracay et de la Cabrera, lorsqu'on aperçut un gros d'Espagnols rassemblé par Moralès entre Valence et La Guayra. Privés d'une coopération sur laquelle ils avaient cru pouvoir cçmipter, les deux chefs républicains se trouvèrent bientôt coupés par l'ennemi : Mac Gregor l'évita en se portant vers • Barcelone; Bolivar attendit Moralès. Le choc fut violent, l'avantage long-temps incertain: les patriotes opposaient au nombre le courage du désespoir; ils ne songeaient point à la retraite. La plupart restèrent sur le champ de bataille; les autres ont été massacrés par leurs propres concitoyens. La lâcheté politique n'embrasse jamais que la fureur des partis.
Unautre crime menaçait l'indépendancedans la personne de Bolivar. Il était parvenu à se rembarquer; mais un meurtrier le suivit jusque dai^ la Jamaïque , et il n'échappa à la mort que par suite d'un faux renseignement : le généreux citoyen qui lui donnait im asile fut assassiné dans son lit.
Cependant l'avant-garde des patriotes réparait seule la défaite et la trahison d'Ocumare.
i6o HISTOIRE
Poursuivie, harcelée par les Espagnols, elle se protégeait contre eux des obstacles du territoire, insurmontables pour des troupes européennes, et seulement périlleux pour les hommes qui la composaient : on les voyait tour à tour gravir les Andes ou se disperser dans les plaines, trompant toujours l'ennemi, partout infatigables, aguerri^ contre toutes les privations. Mac Gregor, en\ôurnant ainsi^^T^acas , battit deux fois les Espagnols, à Alacran et à Juncal. Leur retraite lui laissait libre la route de Barcelone; il attaque brusquement cette ville,, s'en rend maître après un combat opiniâtre, et de là se met en communication avec les guérillas du Cumana.
Cette marche eut les résultats d'une heureuse campagne. Arismendi venait d'arracher aux Espagnols la dernière forteresse qui leur restât dans l'île Marguerite; il accourut au secours de Mac Gregor avec une partie de ses braves. Bientôt après Bolivar se retrouva à leur tète, apportant de nouvelles ressources, et^urtout ajoutant à la confiance générale. Le projet formé à Carupano était rempli; une ville maritime du Venezuela, Barcelone, à quarante-cinq lieues de Caracas, à quinze de Cumana, devenait le siège d'un gouvernement provisoire.
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DE LA COLOMBIE. i6i
Telle était Tattitiule des indépenclans lorsque Morillo reparut dans le Venezuela, au commencement de 1817. Il se dirigea aussitôt sur Barcelone avec toutes ses forces navales, et quatre mille hommes de toutes armes. Bolivar se précipita Îl sa rencontre, et les deux armées, à peu près égales en nombre, se heurtèrent le 1 5 février. On combattit pendant quatre jours. Le succès ne se mesura que d'après rétendue des pertes; les patriotes cédèrent a Fépuisement ; mais la flotte espagnole fut en partie bridée, et Morillo, forcé dans son camp, recula devant le carnage.
L'ennemi, qu il avait été impossible de poursuivre, se ralliait dans les plaines de Banco- Largo , lorsque Paez, déjà vainqueur de Latorre, fondit sur Morillo avec sa cavalerie. Paez aurait complété la victoire, si les fureurs d'une guerre à mort eussent permis de poser les armes tant qu'un ennemi respirait ; mais les roya- . listes attaquèrent de nouveau Barcelone, que les indépendans ne pouvaient plus défendre; ils l'abandonnèrent le 7 avril.
Deux sentimens opposés, et pourtant assez semblables dans leur manifestation, l'obéissance à un maître et le dévouement à la patrie, avaient atteint le plus haut point d'exaspéra-
. HISTOIRE tion : il faudrait les avoir éprouvés tour à tour au même degré pour en comprendre les excès ou le délire. Ou ne connaissait plus de peuple, ni de sexe , ni d'âge; on ne voyait que des ennemis ou des frères. Les villes abandonnées ou détruites, les campagnes indhltes, k famine pour tous les partis, mais pour tQUS un égal besoin de vengeances et de meurtres, une constance égale dans les défaites, le meiii^;0]i^eil lorsqu'iU triomphaient sur des rùinès, voilà cetteguerre-Leroyaiste a juré de mourir fidèle, le républicain veut rester libre/ét poilT f^a^ l^ terre est propic^tant qu'elle offre un <^Ma%^ bataille.
Les Espagnols, maîtres de la plupart dès côtes^ étaient entreienus dans cette lutte d'extermination par les seecurs d» Qi«^# du Pérou, de Cuba, de PÔrto-Rico, et ttéiBë^è»!» métrop<rte; mais les ind^endans, répandus dans les^aines, dlwentse wir privés deMMB»
ressources: un plan sage et hardi releva leur
, -fortuné.' . • • '-^^^
Bolivar opposa Paez èt s^-'ià*Pinptalil> cavalerie aux généraux Morilloi et Latorre , et, confiant dms^les gueriUtoviïlli^ des plaines, il entreprit de déplacer le IpiUr de la gai^*'<^4''>uuiécft, de
DE LA COLOMBIË. i63
$iip|dices avaient dimintié la popidatioQ) et
pourtant l'armée républicaine se grossissait duique jour : quicon<{ue n'était pas dans ses rangs^ avait été traître on victime. Cette foule belliqueuse fut poussée sur la Guayane^ riche e( vaste province* docile encore au joug espa**gnol, et faiblement atteinte de renthoosiagme
réyolutionqaire»
JBaig^éeaiinotd-estpar TAtUntique» au nw et à l'ouest par POrénoquè, la Guayane espag^le est bornée au sud et à Test par les GM^ya- 1191 bi^ilienne é| aiiglaise; elle £(M^ llO^le d'environ mille lieues de circonférence, mofifi 4e haute» mont^j^es qui lui procurent divmsèa températures; mais l'air y est souvent corrompu.par les exhalaisons des marais; aussi
1(^1^ jfS3m WS^^^^ les borda du
fleuve : rintétienr est encore bcabité par des l^i)^)!^ #^y^Ç^ Çruayane nourrit de nombNfi^ trbùpeaux; ses princip^let prodiictions
sont le tabac, l'indigo, le coton. San Tomé de
gapitaW»,» un port sur l'Orém^ que , qui la sépare. eii«cet eu4P i ^ * 4 f»^<wpi» de Barcelone et du Cumana. ^
flffee'le gros ée Pateée. Tandi$^^|îi^^|^^
iU HISTOIRE
la Marguerite, remontait le cours du fleuve avec son escadre. Toujours chassés et poursuivis sur terre, les Espagnols sont bientôt con* train ts de se renfermer dans la capitale, et là Brion leur interdit toute communication maritime. Un rigoureux blocus les y retint près de trois mois, après lesquels la garnison et les habitans royalistes voulurent s'arracher aux horreurs de la famine; ils se jetèrent sur quelques flécheras , bateaux longs et légers , armés d*une ou deux pièces de canon, et portant cinquante à soixante hommes. Une partie seulement parvint à se faire jour à travers la flottille républicaine. I/évacuation de San Tomé s'effectua le 17 juillet. Peu de jours achevèrent la conquête de la Guayane, qui donnait d'immenses ressources en vivres, en armes et en munitions.
On avait obtenu sur d'autres points des succès moins importans, mais qui , en rapprochant les forces, permettaient d'en combiner l'emploi.
Au I" août 1817 , Bolivar et Piar conservaient six mille hommes dans la Guayane ; le général Marifio en commandait deux mille dans le Cumana; un autre corps, sous les ordres de BazaSf occupait aussi dans cette province la ville de Maturin; Monagas et Saraza parcou-
D£ LA COLOMBIE. i65
raient toutes les plaines avec deux à trois mih, indkDS et. zambos ; les cayali^i^ de Paez, au nombre de trois mille, contenaient le Yariaas , prêts à soutenir les patriotes que Peié^'^yi^t jrétti^ dans les plaines vpisiqes de Gasanare.
Xi'absei;içç 4e Moirillo favorisait cette situa-* ti<m. Swif3int battue par Paez^^ harcelés.par les guérillas, mais toujours possesseurs des forte-^ ^ rfs^ et villes maritin^^, les.Espagn^pl^ n*ivai6iit dn Teste abandonné que des (diamps dévastés, et quoique toutes leurs forces réunies ne s'élevassent pas. à doiue mille bommes ils podVaient garder une unposante défensive contre des gros de patriotes qui se précipitaient de plusieurs^centaines de lieues pour les attaquer dans leurs positions. Nos guerres d'£uro{)Hd ne donnent qu'une faible idée de ces * ttàiéfèiim»^h^ de courses dans
un désert. ' : Ll^ Marguerite, arsenal des républicains «ièr dé leurs épuisait les efforts> bravait l'orgueil de Morillo. Dans fe vollita dé il s'y était porté aiœc vîfifgt woSÉAifi Ifièis itiilié 'éifiq ceiitif bommes • lé dè- ^ bar<)ueinent lui en coûta une partie. Maître des premiers postes, il voulut négocier; on.
i6d HISTOIRE fcpotissa «68 propoûtioiis. Don Gome» était gouverneur de Tile, et les Margaritains avaient joié de ne Jaiaaer à l'ennemi qu'une terre ensanglantée; ils reparaissaient chaque j'onr fttiià courageux , plus violens. Leurs phalanges ^datfcies a^lendaimt une bataille décisive , lorsque des transports de joie signalèrent tout à coup la flottille espagnole au large ; MoriUo, effinyé sans doute d'une vésislanoé a»ssâ désespérée, abandonnait cette antre Sparte après un mens d'héroisme et de çarn^, (Le
7 4. '^ùihi ■
DË LA COLOMBIE. ' 167
GHAPITRË IX.
Rébellion du mulâtre Piar. — Campa^M de 1818. > * , Situation poUtiqiie... , . . ,
jjfs iadépendans n'avaient pas profité de leiiiié ittbôéSé Peû dé jdnrs Aptès la piisè'&tàt-^ gostura, des rivalités personnelles s'élevèrent au desius defhintéréts publics : Vorgueil du savoir et les pi^t^ntkMigs de h re^phi^ çâient le préjugé des couleurs, aboli par la ré^ vohifi(m.'Iie$ ittid^^ ^^Iei»inétia et les noirs; plus nombreux que les créoles, meilleurs soldatSy plus utiles .peut-^txe lorsqu'il ne fallait qiie c o<iui) è t<i ^ , suppèrb^ iinpatieiiMëùt l'autorité de leurs anciens maîtres, tandis que ll| UancSy iBt^te par hnifs Jtei^^ ne voyaient qu'avec jiÊêUlKk le mééîitè ou l'ambition ^^s hommes qui peu* datifcisfong-ii l^l^^ esehE«lii Illégalité des castes ne pouvait être sanctionnée que par le temps et l'instruction.
i68 HISTOIRE
Ua des plus habiles généraux, le mulâtre Piar, à qui Ton devait en partie la conquête de la Guayane, portait ses vues jusqu'à l'autorité suprême. Trompé dana Teap^érance de s'attacher les hommes de couleur qui étaiént sous son commandement, il quitte rartuée, et se rend dans le Gumana pour y téctalùat des par^ tisans. Il se confie au héros de cette province, à Mariûo, et cet officier, le premier vainqueur de Monteverde, et redoutable «eore aw troupes de Morillo, se laisse aisément persuader que^iifss nombreux services ne spjnf {f^ apprédést p^uroQ qu'ils bless6ntfainour*propre de Bolivar. Mariîio, quoique créole | embj^|i&se les projets de ^l'au^aoieux, mulâtre. , N
Moins jeune, la république e&t peut4lreélé lUgr^te envers le libérateur ; mai/^ U in$^a|j^ trop de isspeçl et dadcoiraitiqp p9^,^^ telle entreprise obtint Tappui de l'armée :
rohéû^uce à Bolivar .était un culte. Déjà ccmg^ diwident avait êchoiué ^ Gaiiaco , dans le Cumana ^ ^^^^^i*^ ^ W^^f^SSii^
. Les généraux séditiel|K^ vasudiéa^ i^k^ngos* tura, y parurent aiuenés par leurs propres soldais. Une rhiii^ma rfriale .a vftii: ÂtÂ. n^nnia JMMfliJi
D£ LÀ GOLgMBlÈ. 169
de révolte 5 et fusillé le 16 octobre 181 7. Quant MarinOy pl utôt égaré que rebelle , on le rendit à la défenM du pays, et il reooimut publique* ment l'autorité du chef suprême que la nation s'était donné. La justice et la politique approuvaient également ce double exemple desévérité et de tiémence.
Boliyar comprit dès lors qu'il fiatllait prévenir les inquiétudes de la liberté , et satisfaire en même temps des ambitions moins nobles que celle de la gloire^ Un gouvernemént civil , présidé par Antonio Zea , fut établi dans la capitale de la Guayane , et bientôt après un décret solennel ordonna que les projpriétés nationales seraient partagées entre tous les défenseurs de la patrie.
Biais pendatat que Bolivar s'abandonnait à tant de sollicitudes , Morîllo se reformait une armée. La saison des pluies touchait à sa fin» et l'inaction des patriotes allait avoir des ré* sultats funestes, si le mois de décembre ne les ramenait anx combats. Déjà le général jLatorré avait fait éprouver un échec au partisan Saraza, dans les plaines de Barcelone , près dUbguaza : après cette affaire on vit un spectacle horrible ; un incendie, allumé au milieu 4'épaisses broussailles, dévorait les blessés des
deux partis. £ii peu de jours les hostilités s'engagnent sur tous les points.
La possession de San Fernando de l'Apure, seconde ville du Yarinas, aurait ouvert une communication importante entre la Guayane et là Nouvelle-Grenade , où venaient d'éclater quelques insurrections : des patriotes s'étaient soulevés dans la province de Pamplona; Ferez se renforçait dans les plaines de Casanare, et les mécontens de Santa Fé avaient à leur téte la famille puissante des Altnéida. On résolut de se porter sur San Fernando.
Paez en commençait le siège, que Bolivar devait soutenir, lorsqu'on apprit queMorillo, après avoir partagé son armée en cinq divisions, s'avançait lui-même sur Calabozo pour y établir son grand quartier général : cette ville lui offrait en effet une position centrale ; elle est située dans les plaines, entre Caracas et San Fernando, à soixante lieues sud de la première , à quarante nord de la seconde. Le mouyementdeParmée espagnole appelait nécessairement les hostilités sur ce point.
Bolivar se mit en marche d'Angostura le 3i décembre, à la téte de deux mille hommes d'infanterie et de deux mille cinq cents chevaux ; une partie remonta TOrénoque sur de
légers esquifs; Tautre suivit la rive gauchie de ce fleuve jusques aux bouches du Pao , et là, se joiguant à la division de Monagas , elle se transporta sur la rive droite. Paez avec huit cents fantassins et deux mille chevaux , Cedeno avec un autre corps de cavalerie, vinrent successivement grossir l'armée , qui traversa l'Apure le 6 février 181 8, vis-à-vis San Fernando. Le 1 1, après quarante-trois jours d'une marche entravée par toutes les difficultés du territoire , Bolivar disposait ses troupes dans la plaine de Calabozo. Il somma la ville le lendemain, soutenu de cinq mille hommes.
Morillo l'attendait avec des forces égales : le choc fut prompt , violent , héroïque des deux côtés. Le général espagnol avait une infanterie excellente , et des cavaliers d'élite , mais en petit nombre. L'infanterie des indépendans ne se composait, au contraire, que d'hommes indisciplinés, à peine vêtus, mal ou point armés : Bolivar commençait la campagne avec douze cents fusils pour tous ses fantassins.
Mais une indomptable cavalerie formait le gros de son armée. Elle décida la victoire.
Les Espagnols, poussés par les chevaux jusqu'aux portes de la ville , laissèrent huit cents des leurs sur le champ de bataille : Morillo ue
le quitta que Tua des derniers ; deux officier^ venaient de tomber à ses^pieds, et boq sabre
était brisé.
Bolivar s'apprêtait à l'assiéger dans Calabczov mais les Espagnob n'étaient plus en état de défendre cette ville, d'ailleurs mal fortifiée. Ils révacnèrent furtivement le i4 » se dirigeant vers le Sombrero , village à dix-buit lieues au nord, par un chemin difficile, et dans une atmosphère embrasée : plusieurs d*eutre eux y moururent de soif et de fatigue. Poursuivis par les indépen* dans, ils se ralUèrentle i j entre deux routes fort étroites, ayant devant eux une rivière guéable, mais dont les bords paraissaient inaccessibles. Cette position» attaquée et défendue avec une intrépidité extraordinaire , fut emportée par la garde de Bolivar, et les deux corps principaux se retrouvèrent en présence avec une égale fu« reur. La nuit mit fin au carnage. Le succès serait resté douteux si le lendemain Morillo n'eût continué sa retraite.
Ce brillant début éblouit les chefs de l'armée républicaine. L'affaire du Sombrero les plaçait à une égale distance de San Fernando et de la capitale du Venezuela; ils partagèrent leurs troupes : Paez et Cedeno reprirent le siège de la première de ces villes , et Bolivar s'exposa
dans les plaines de Caracas, foyer des forces espagnoles. Bientôt contraint de tenir téte aux corps de Calzada, de Morales et de Latorre, vainqueur en plusieurs rencontres , mais vivement attaqué, poursuivi par Morillo, qui profitait de la faute de son ennemi, il soutint enfin, le 16 mars, la célèbre bataille de la Puerta, si long-temps indécise, et dont le prix est encore revendiqué par les deux armées. Ce qui est le moins contestable , c'est la gloire de Morillo et le bonheur de Bolivar : le premier, dangereusement blessé , ne put inquiéter la retraite de son rival.
Bolivar revint à Calabozo, où l'attendaient de nombreuses ressources en approvisionnemens et en hommes : Paez et Cedeno avaient accompli le premier plan de campagne en s'emparant de San Fernando, et quatre régimens d'auxiliaires anglais, envoyés de la Marguerite etd'Angostura, venaient d'arriver sous les drapeaux de Tindépendance. La garnison de San Fernando s'était rendue prisonnière après une longue et brillante résistance ; mais son chef, le jeune et brave Quero, n avait pu trouver grâce devant les défenseurs de la patrie; il était né colombien.
L'ar^fiée républicaine ne tarda pas à reprendre
«74 HtSTOiaË
ia route de Caracas ; eUe y trouva de nouveaux péribt et fut même sur le point de perdre le libérateur. On n'était qu'à une faible distance de l'ennemi. Un prisonnier espagnol f ^^e le chapelain de Bolivar s'était attaché comme domestique, s'échappe dans une nuit; il court indiquer au colonel royaliste don Lopezl(^Jii«!U09)ile général repose^ accompagné seulement de trois personnes. Aussitôt l'ordre est donné à quel* ques soldats de s'emparer du chef i^elneUe^ Ils allaient pénétrer dans sa tente ; Bolivar s'éveille au bruit de leurs pas ; il s'élance sans véjteqçi^p^ du côté opposé) suivi des deux aidesfd^«€aiap et du chapelain, qui tombent tour à tour sous le £^u de Tennemi; mais 3oUvar ^e^ ^m^lM deux camps sont aussitôt sur pied; le ccMlAiat s'engage sans aucune disposition ; on sejn^e*
00 s'égorge^etla victoire reste w .Hi^^iHioH^* eUe leur coûta le colonel Lopez.
Inaccessibles aujdécouragiementtl^ gj^lti^ptes se rallient, et mardient encore sur :1a capMe* Ils se soutenaient avec avantage contre les lieutenim^ de Mprilloi^ tout à cpup UiJÊV^jftài^è^ peine guéri de ses blessuws, el la journ^w^ mai, désastreu^evPPiW^ l!we et l'autre arif^^, md Calabozo au|c EipagQolSr: ^iii(|t||ji^^^ quelques jours ^près poHr.le,4is|^)it^^^ofre«
Après quatre mois d'une lutte opiniâtre, les deux corps principaux se retrouvaient à peu près dans leurs premières positions. Bolivar revint à An gostura (juillet); mais en son absence les patriotes reprirent l'offensive, et la campagne se termina par l'occupation complète du Varinas , que le général Calzada abandonnait enfin à Paez (août). Obligé de contenir les insurgens du Coro, Morillo quittait également les positions inférieures de la province de Caracas. Sur tous les autres points du Venezuela, les succès et les revers avaient été balancés.
La victoire n'était restée constante qu'à la flotte de l'amiral Brion. Maîtresse de l'Orénoque, et toujours en communication avec l'île Marguerite et la ville d'Angostura, elle approvisionnait les patriotes de l'intérieur, et croisait en même temps sur les côtes septentrionales, tenant dans une sorte de blocus les petits ports situés entre Gumana et Porto Cabello. Elle couronna ses expéditions, le 26 août, en s'emparant de Guiria, place assez importante par sa position sur le golfe de Paria.
La saison des pluies avait suspendu les opérations militaires dans le Venezuela, et les deux partis, également épuisés, exagéraient leurs triomphes. L'orgueil entretient souvent le cou-
rage, mais il déguise toujours la vérité. Le
résultat le plus positif de cette campagne se bornait à la prise de San fernando par les indépendans. Quant à MoriUo, il avait pu reconnaître que le talent, Théroïsme, le nombre même ne suffisent pas pour vaincre un peuple : les guerres d*extermination ne sont fetdes qu aux armées, surtout lorsque le territoire, le climat, les moeurs, peuvent déjouer les plus savantes combinaisons militaires. Le dévouement patriotique est indomptable. •
Cependant, il fiant l'avouer, long -temps encore les Colombiens auraient lutté contre l'oppression, si des étrangers n'étaient venus grossir les rangs, diriger les coups, braver les jalousies, subir même l'ingratitude d'une foule ignorante et vaine qui n'opposait k la tactique espagnole qu'une témérité aveugle, le désespoir ou la fuite. Les auxiliaires anglais, attirés les uns par la cupidité, d'autres par l'amour de la gloire, tous avides de reconnaissance^ se sont d'abord trouvés déçus. Mais la sagesse et la loyauté de Bolivar ont fait l'éducation de ses concitoyens : blâmé lui-même de quelques fsiutes^ il s'empressait de proclamer la supériorité européenne , et d'appeler aux premiers grades les étrangers qui se distin-
guaient A son tour le peuple justifia ces paroles que le président Zea avait adressées , le 6 mars 9 à des auxiliaires irlandais et anglais : a Soyez les bienvenus, illustres défenseurs de la liberté ! Nos marins ont été à votre rencontre , ^ leur chef Brion, étranger comme TOUS, peut dire si nous savons apprécier les braves de tous les pays associés à la cause de l'indépendance. » Bolivar cherchait aussi k fadre perdre aux hostilités leur caractère atroce , en défendant à ses soldats, sous des peines sévères, de mettre à mort aucun ennemi après le combat. Les Espagnols ne l'ont point imité. Il leur renvoya plusieurs fois des prisonniers, sans jamais pouvoir obtenir un cartel
d'échange.
C'est ainsi que cette campagne de 181 8, qualifiée de brillante par les che& des deux armées, eut des résultats moraux beaucoup plus importans que la prise ou l'abandon de quelques villes : elle éveilla Fattention du monde civilisé; elle donna aux Colombiens une opinion publique, un orgueil national. Les successeurs de Philippe II et du duc d'Albe, le fer et la ûamme à la main , retrouvaient des Provinces -Unies qui défendaient, proclamaient leur liberté sur des ruines : de toutes parts on
ijS aiSTOUlE
assistait à ce drame, et tbat peuple deyient
grand quand Tunivers le regarde.
Le président Zea disait dans une prodama* tien : « Je ne conçois pas par qnelle &talité l'Europe laisse subsister un gouvernement qui a la stupide insolence de Tinsulter, m rétablis* sant inquisition êt d'autres institutions inhumaines, à la face de la Société royale de Londres^ de llnstitnt de Paris, de cent académies uni^versités... » Cette phrase , qui malheureusement paraîtra trop ingénue sur le vieux condwhit, prome du mmns quelle émulation, ijttélle confiance les regards de l'Europe inspiraient aux Américains.
Ils cMimençaient enfin à obtenir on rang parmi les nations. En juillet de la même année, ib reç^ik^nt à Angostnra un envoyé o£&ciel des Élats^^nis, M. Irving, et bientôt après deux Commissaires vénézuéliens , qui n'étaient encore que tolérés à New-ToriL, furent Énsoolinus par les fils aînés de l'indépendance. Déjà Mendez, long-temps agent secret à Londres , prenatt le titre ostensiUe de chargé d'affinres vdu Venezuela et de la Nouvelle -Grènade.
Les lenrèlemens , les marchés d*attties et d'équipemeUls , hi^ de "part et dVitttre pour le compte de la république , ont co^titué
une grande portion de sa dette, mais ils l'ont sauTée.
Depuis le Moni* de Bôlivat à AngoMoift,
une activité prodigieuse régnait dans toutes les branches de Tadministratioti , et les plus heureuses réussites marquaient les opérations du dehors. L'amiral , qui venait de débarquer huit mille fusils^ d^ munitions, des soldats, n'attendait qu'un signal pour faire sortir de nie M^guerite une flottille bien armée. Bo>lÎTar crut pouvoir tenter une seconde campagne dans la même année. Son projet était de continuer le siège de Gumana, commencé par Bermudes, et de le pousser yigoureusement, aidé de Marino , pendant que les plaines étaient encore inondées : Tennemi serait appelé sur les côtes par l*amiral Brioii, et Finfatigable Paez, maître de l'Apure, favoriserait la marche des patriotes sur la Nolivelle«Grenade, dont la délivrance devenait facile par le nombre de ses mécontenS) par Tintrépidité de ses guérillas. Une correspondance interceptée déjoua ces dispositions : le gouverneur espagnol de Cumana prévint la marche des indépendans, les^ attaqua à Fimproviste, et leur fit même éprouver un échec. Dès lors le siège de cette ville aurait entraîné des longueurs, déplacé le théâtre de
iSo HISTOIRE la guerre, compromis les ressources de la campagne prochaine : Bolivar, parti d'Angostura le a6 octobre, y rentra le ao novembre.
De leur côté les Espagnols se renfermèrent dan$ leurs places fortes, privés de» feoours de la métropole, et luttant, après les combats, contre les maladies et le découragement. Le seul Morillo était debout quand les àébm de ses légions d'Europe remplissaient les hôpitaux. On le voyait tour à tour au quartier . g^mésid ou dans la capitale, dansles bourgs, au imttcu.«k» plaines; ii rappelait ses soldats à leurs sermens, et, soit persuasion, soit contrainte ,^ il oblMiiût. les contributions des villes , et rangeaît aoa» a«é drapeaux dçs naturels du pays. Il se mettait ainsi en état de reprendre les hostiUtés mille hommes, non compris les garnisons, dont reffeçtif s'élevait à peu près au mône janphyi et, pour payer ses troupes, il finsaît- frappeifà Caracas une monnaie qui n'avait cours que dans la province. Cuba, Porto-Bico, le vice-roi de la Nouvelle-Grenade lui fournissaient dei vivres et des équipemens. Morillo servait le deipotisme comme, on se dévoue pourlalibertét
GUAPITRË X.
Compte d'An^ostora ^ vues ctmstitutioiuulles de Bolifiir. — Diélivranoe de la NoaTdie-Greiùidé ; sa c^onieik an Venesuda. — LoifoiidaiBatttala. ^ Evénemens militaires de 1819-1820.
ÏM hostilités recommeDcèrent Sur totiS'Ies
points avec le mois de décembre , et cette fois les indépendaos suivireut un système de gàerre désastreux pour Feimemi : ils le proirolquaient sans cesse, ne donnant ou recevant le combat qu'après l'avoir épuisé par des marches et contréoiiiarchès accablantes, et senlemcint alors qu'ils étaient maîtres des positions; le succès deveniàit-il douteux, une inépqisable ca'Ttttèrie ètn|^î4ftk leurs fentassins eir ci^o'iâqp^^ Paez, Cedeûo et Monagas, Saraza, Bermudes et liarifio^?toî(ijours èà ''commué ou dispersés sans être en retraite , manœuvraient ainsi depuis les plaines du Vannas jusques aux boudM^é^ftoMNô^^ ' aux montagnes de Caracas , forniant une ligne d^environ deux cents lieu^^' ' >/<= f^i ^r>
t63 HISTOIRE
Les corps de partisans s'étaient augmentés de plusieurs milliers d'indiens, disciplinés et commandés par des officiers anglais. Il est à remarquer que les naturels ont montré plus de docilité et d'aptitude avec ces étrangers qu'avec les chefs d'origine espagnole : la vue d'un ancien colon leur rappelait encore de pénibles souvenirs, tandis qu'une première^ affection les attachait aux Anglais; c'est avec eux seuls qu'ils avaient entretenu, malgré les plus sévères défenses, un constant commerce d'échange pendant le régime colonial.
Dans la ISouvelle-Grenade, les délégués espagnols semblaient hâter eux-mêmes une insurrection générale. Les habitans qu'ils nommaient raisonnables j c'est à dire fidèles à la métropole, étaient traités, soupçonnés comme des rebelles; de sorte qu'une foule de créoles, qui jusqu'alors avaient grossi l'armée royalisme, exclus des grades et des emplois, se répandaient partout en guérillas : sur les bords de la Magdalena , ils interrompaient les communications entre Carthagène et Santa Fé; d'autres agitaient les provinces de Socorro, de Tunja, * dePamplona, de Popayan. Le rassemblement commencé par Santander dans les plaines de Casanare avait acquis une telle consistance,
DE LA COLOMBIE. i83
que Donato Ferez et le prétre-colonel Marino, à la tète de deux mille hommes bien armés, venaient de s'emparer de Pore, capitale de la province, et d'y établir un gouvernement provisoire. De toutes parts Tincendie menaçait la vice-royauté. L'attitude et les nouvelles ressources du Venezuela devaient rendre décisive la campagne de 1819.
Bolivar dirigeait tous ces mouvemens de la ville d'Angostura, où le retenaient les préparatifs d'une grande solennité. Après avoir organisé tous les services, et porté sa sollicitude sur l'agriculture , la navigation , le commerce , qui seuls pouvaient réparer les maux de la guerre , il avait voulu fonder la liberté publique. Un congrès général était convoqué, et le héros méditait le tribut du législateur.
Instruit par l'expérience des événemens et des hommes, Bolivar s'était fortifié dans l'opinion que le système fédératif ne convenait point aux Colombiens. Si l'on opposait le tableau des Etats-Unis, il répondait en comparant ce peuple, déjà vieux dans la civilisation, héritier des vertus civiles de l'Angleterre sans en avoir adopté la licence politique, avec ces citoyens d'hier, divisés par le sang, par les intérêts, lo|3g-tçmps flétris par l'ignorance et Tescla-
i84 HISTOIRE
▼âge f ne sachant euccm honorer ni les lois
ni les magistrats, offrant une conquête facile au premier ambitieux. L'unité de gouvernement, de législation, pouvait seiile consolider la république naissante.
Mais le congrès du Venezuela a £ait une constitution; elld était ftdérative. En renversant ce premier objet du respect populaire, ne doit-on pas craindre d'afibibiir le respect de la loi nouvelle? Il &ut avoir le courage de déplaire au peuple pour avoir le droit de lui être utile.
La turbulente démocratie d'Athènes, l'aus- ' tère législation de Lycurgue, Rome et son orgueilleuse aristocratie se présentaient tour à tour à Tesprit de Bolivar ; il n'osait s'y arrêter. Il choisit un exemple parmi les modernes, et la Grande-Bretagne lui parut offrir le mode le plus par&it de gouvernement, sauf . à substituer à sa monarchie héréditaire la présidence élective des États-lJnis.
Ainsi, liberté d'agir et d'écrire, égalité de tous, division des pouvoirs, responsabilité des ministres, liberté civile et religieuse, indépendance des juges et jugement par jurés, tels • étaient les principes du projet de Bohvar.
Mais sa vertu Fégarait sur d'autres points.
Oubliant que les décorations et les titres, ins-
DE LA COLOMBIE. i85
titués pour le mérite, trop souvent obtenus par la médiocrité , entretiennent plutôt Tintrigue que l'émulation, il établissait un ordre des Libérateurs, Bolivar reconnaissait la nécessité de fréquentes réélections dans la chambre des représentans; mais il croyait l'hérédité indispensable dans la chambre haute, ou sénat. Ce corps, inébranlable dans les commotions politiques, garderait comme un dépôt sacré les lois nécessaires à sa propre existence, à son honneur. Ses membres seraient riches, afin de rester inaccessibles à la corruption, et leurs fils recevraient une éducation qui les rendrait dignes à leur tour d'être les arbitres de l'État... Il est vrai que Bolivar prévenait beaucoup de chances en élevant, à côté de son sénat héréditaire, un tribunal môral, juge de la conduite des magistrats et du peuple.
Le i5 février 1819, neuvième année de l'indépendance , le Congrès ouvrit ses séances à Angostura, au nombre seulement de vingt-six députés, parmi lesquels on distinguait Roscio, Zea, Hurtado, Urbaneja, Marino, Montilla, Urdaneta,Penalver, Palacio,Torres. Trois coups de canon annoncèrent l'arrivée du libérateur; il parut, entouré d'un nombreux état-major, ainsi que des représenta ns du peuple, quiavatentcru
i86 HISTOIRE
devoir aUer à sa raicontre. La recogoaiasaoce
nationale se manifestait peut-être avec abandpa, mais saos danger à Tégard d'un hoaune lelqneBoUyar, plus jakMix du titre de citDj^ que de l'autorité suprême.
Dans un IsLogàgi^ noble çt ipodeste^ ijl expo^
Un
mières du Congrès $on plan de constitution, et lui proposa quelques projets de décrets ea fa* yepr des défenseurs de la patrie. « Vous n'oobliei^ pas UOD plu%, citoyens, ces généraux étrangers qui açu^ ont aidés df . leur Ibirt^oe et de leur bras. Ils ont sauvé la r^ublique ; nous l^ur devons une éternelle reconnaissance, ainsi qu'une religieuse obse9rvatio^ des conventions faites avec eux, La dette nationale repose sur la^ ^owe foi, sur rkonneur du Yene;KueLa. Plutôt périr que de manquer à nos eugagemensl... Ci^yens, vos devoirs commencent ; j'ai fini les miens : ie Congrès est installé. Mon épée et cçlle de mes braves compagnons seront tour jour^ prêtes à maintenir son autorité. »
AIoraBolivsM^ prie l'assemblée de le £aire reopiplaçer dans la présidence. Zea vient occuper le Êmteuil, et le libérateur, se repliant au milieu de son état-major : « Généraux , o£Buâers, vous tous, 1^;» cçujip^nons d'armes, nous ne som-
mes plus que de simples citoyens, jusqu'à ce qu'il plaise au^Côngrès de nous employer :
comptant sur votre soumission, je vais en votre nom et au mien remettre aux représentans du peuple l'autorité militaire.... Je rends à la république les pouvoirs qu elle m'avait confiés; la servir est toujours honorable, à quelque place que ce soit. » L'assemblée, d'une voix unanime, rétablit et confirme aussitôt dans la personne de Bolivar tous les emplois et titres militaires qu'il avait précédemment conférés.
On vote également pour qu'il conserve l'autorité suprême : « Non , non ! s'écrie-t-il avec chaleur, non, jamais je ne reprendrai une autorité à laquelle je renonce pour toujours, par devoir et par sentiment. A quels dangers n'est pas exposée la liberté quand un seul homme conserve si long-temps le pouvoir suprême!
Le peuple s'habitue à l'obéissance, et l'homme à commander. Gardez-vous de l'ambition, gardez-vous de moi-même. Qui vous répond que je penserai touj^ours comme aujourd'hui?
Les hommes sont faibles. Oui, je renonce pour toujours à l'autorité suprême. »
Le libérateur demande la permission de se retirer. Dix membres l'accompagnent. A leur retour l'assemblée délibère : les circonstances
188 HISTOÏKË
rendaient impossible le remplacement du président de l'État. Une députation est chargée d'obtenir de Bolivar qu'il exerce Tautorité pen* dant quarante-huit heures. Il accepte. L'assemblée lève sa séaaçe, et cette journée mémorable est consacrée par les pompes de la reUgionl La joie, TentliouBiasme transportaient tous les citoyens.
Le lendemain de nouvelles instances, que
motivaient le salut de la patrie, déterminèrent Bolivar à conserver la présidence de la république jusqu'à l'achèvement de la constitution. Il était secondé par Zea, revêtu de la dijgnité de vice*président, et par trois ministres : pour t l'intérieur, Urbaneja ; pour la guerre, Briceno Mendez; pour les affaires étrangères, Palacio. L'administration de la justice fut copôée à Gadiz, Martinez, Yanos. Le temps ayant prouvé I combieu tous ces choix étaient sages, il est I juste de laisser dans la mémcMre le nom des fondateurs de la république.
Le Congrès, que de qouvelles députations avaient en partie complété , présentait également une réunion d'hommes fort remarquable chez un peuple qui était passé tout à coup de l'insouciance qu'inspire le despotisme aux agitations de la liberté. La plupart de ses membres
possédaient une instruction profonde ou variée; tous étaieut éloquens. Il est vrai que leurs discours, embarrassés de métaphores, surchargés d'exemples tirés de l'antiquité, accusaient encore la jeunesse de l'imagination ; mais les pensées en étaient justes, et les écarts d'une érudition facile indiquaient du moins quels modèles l'orateur savait apprécier. Le président de cette assemblée, Roscio, avocat distingué, citoyen renommé par la pureté de ses mœurs , et l'un des premiers auteurs de la révolution , avait payé son dévouement par quatre années de captivité dans les cachots de Ceuta, où il s'était encore occupé d'éclairer le peuple sur l'alHance prétendue de la métropole et du ciel ; rendu à la liberté en 1816, il £t aussitôt imprimer à Phi-
ladelphie , et répandre dans le Venezuela , « Le triomphe de la liberté dans la confession d'un pécheur repentant de ses erreurs politiques, ouvrage consacre à justifier la religion offensée par la tyrannie. »
Entre autres délibérations, le Congrès adopta le projet de Bolivar qui établissait un ordre des Libérateurs ; il développa le décret de 1817 sur le partage des propriétés nationales entre tous les défenseurs de la patrie : les dispositions de cette loi furent étendues aux étrangers auxi-
190 HTSTOÎRE
liaires. On porta des peines contre tout officier ou soldat qui userait de mauvais traiteinens à l'égard d'un ennemi vaincu ou prisonnier. Un appel fait aux soldats royalistes , américains ou espagnols , leur promettait la conservation dé leurs rangs, de leurs grades, s'ils se rangeaient sous les drapeaux de l'indépendance. On enjoignit expressément aux chefs de corps de faire respecter les villes, les monumens, les archives, les églises. Enfin, le plan de constitution présenté par Bolivar était soumis à la discussion, et la sagesse du Congrès en rejetait le sénat héréditaire.
De son côté le vice-président de la république, don Antonio Zea, déjà connu dans le monde savant, s'attachait à répandre l'instruction, à favoriser le commerce et l'agriculture, à révéler à ses concitoyens les secrets de l'industrie. De nouvelles communications s'ouvraient dans l'intérieur; un bateau à vapeur naviguait sur FOrénoque peu de jours après l'ouverture du Congrès, et des presses lithographiques transmettaient sur tous les points les actes de l'autorité.
Des sociétés anglaises ne tardèrent pas à s'offrir pour exploiter cet état naissant. Les secours militaires de la Grande-Bretagne ne sont pour
ainsi dire que des avancée faites par son commerce. Une de ces compagnies demandait , en échange de sommes considérables, le privilège exclusif de l'exploitation des tabacs si renommés du Varinas. Le gouvernement refusa , en déclarant que tout monopole était incompatible avec les droits d'un peuple libre ; mais il accorda de nombreuses concessions de terres, à la seule condition de les défricher.
Le zèle et les travaux des membres du Congrès semblaient donner à Bolivar une activité nouvelle. Parti d'Angostura le 26 février, il s'était bieiftôt remontré vainqueur dans plusieurs affaires soutenues contre Morillo. Mais jusque là des marches prodigieuses, des actions téméraires, inouïes, avaient laissé les arni^es sur un même théâtre : désormais plus nombreux que l'ennemi, aussi bien armés, plus heureux, les républicains devaient ambitionner de grands résultats , et donner aux Espagnols, leurs égaux en bravoure, leurs maîtres dans la guerre, l'exemple d'un peuple libre à qui l'on apprend à vaincre.
Le il\ mai Bolivar quitte Montecal, dans le Varinas, à la tétede quinze cents hommes, et le i3 juin, après plus de cent lieues à travers les plaines de Casîipare, toutes inondées, naviga-^
bles en beaucoup d'endroits, il se joint à Santander, et continue sa marche sur la Nouvelle- Grenade ayec de nouTelles légions. Les pluies ne oessaient point; il fallait encore traverser de nombreuses rivières. Les Cordillères de Tunja présenlept enfin leurs flancs escarpés; on les franchit, mais en abandonnant des équipages . et du canon; la plupart des chevaux y périrent. Arrivé sur les bords du Pjsya, le 37 juin, € Le plus fort est fait, s'écrie Bolivar; nous avons vaincu la nature.... » *
Cette-confiance ne fat point déinentie. Trois mille hommes environ , qui venaient de braver les plus grandes fsitigues, qui luttaient encore contre toutes les privations, ont soutenu plusieurs combats, livré deux batailles, triomphé d*un ennemi supérieur en nombre , mattre des positions, et pourvu de tous les moyens de giaerre. La résistance dura plus d'un mois. Dans la dernière a£Eûre , au pont de Boyaca , la discipline espagnole avait long-temps balancé la témérité des indép^Mlans : les royalistes étaient commandés par un général habile , don Barreyro. Mais Santander et Anzoategui , se précipitant au milieudesrangs ennemb, donnèrent le signal d'une dharge générale, et la plus brillante, victoire couronna une campagne de soixante*
qukkze jours, entreprise et exécutée pendant les inondations.
A la vue des soldats de Barreyro , qui cherchaient à se rallier dans la capitale , le peuple s'insurgea; le vice-roi, les membres de l'audience , toutes les autorités prirent la fiiite, et le général Calzada, envoyé par Morillo, n'osa attaquer les indépendans ; il se dirigea verdies provinces du sud. Bolivar et ses braves entrèrent à Santa Fé le 10 août 1819 : la foule se pressait sur leurs pas; on les embrassait; des mères retrouvaient leurs fils, depuis trois ans combattant dans les plaines, et Torgueil patriotique effaçait de longues souffrances. Santander fut appelé par acclamation à la présidence du gouvernement provisoire.
Le cri de l'indépendance avait retenti du Tunja.daos plusieurs provinces voisines : le Socorro, Pamplona, Antioquia, envoyèrent au libérateur leur contingent de troupes, et l'on > vit bientôt accourir ceux de Ifeyba et de Mariquita. XJn corps d'armée, commandé par Ansoar tegui, St3. mit à la poursuite du vice-roi, qui ' fiiyait vers Garthagène; un autre, sous les ordres de Soubiettc, français d'origine, marcha contre Latorre, qui s'avançait dans les vallées de.Qicnta, au sud du Maraoaibo; le colonel
Plaza, à la téte d'uue troisième ilivision, se dirigeait sur le Popayan pour y contenir Calzada.
lia promptitude et la vigueur de ces dispositions ont assuré la possession définitive des provinces du centre. Celles du nord venaient d'être le théâtre d'un événement qui aurait pu les donner aussi à rindépendance, si une in»
curie méprisable u'y eut été jointe à une rare audace. Eloigné du continent à la suite de quelques mésintelligences avec les chefii de Parmée, Mac pi:égQr, toujours bizarre , mais heureux dans ses entrqprisjss, piratait aur les côtes dn Mexique. Les pays de l'isthme , jusqu'alors esempts de toute atteinte révolutionnaire, lui parurent une pltis digne conquête* Accompagné seulement de trois à quatre cents hommes, presque tous Anglais, il surprend le gouwrneur de Porto-Bello, homme pusiUaninie, qui lui abandonne sans coup férir une des plus fortes et des plus.riobes cités de l'Amérique. Le concours des habitans pouvait seul garantir une semblable victoire; mais la troupe aventurière, se coBiBant à la temur des Espagnols, ^aban-* donne à tous les plaisirs , négligeant même de garder leii portos de la ville. Un môîs^&'écoule aînsL Legcnmmeur deSanama, détcrimiléà
DE LA COLOMBIE. igS
venger la honte de son compatriote, se présente à son tour devant la place , et il y entre , le 1" mai, sans avoir rencontré l'ennemi. La plupart des Anglais furent pris à table ou dans leur lit. L'Écossais Mac Grégor sauta nu par une fenêtre, et parvint à regagner son vaisseau. Il avait fait une échauffonrée où un héros se serait couvert de gloire.
Mais de plus hautes combinaisons préparaient l'alliance des provinces de l'isthme. I/es autorités nationales se relevaient dans les pays rendus à la liberté, et nommaient des représentans chargés de discuter au Congrès la réunion de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela en une seule république. C'était le vœu général; l'expérience de la guerre civile avait éteint les prétentions des provinces. Un ordre fut institué pour consacrer le souvenir de la délivrance , et récompenser en même temps les citoyens qui l'avaient conquise par leur dévouement : on lui donna le nom de Bojaca. Les trésors de la vice-royauté servirent à acheter des armes pour les nombreux volontaires qui accouraient sous les drapeaux. Les peuples n'ont guère de terme entre l'apathie et l'enthousiasme.
La tâche du libérateur était remplie. Bolivar quitta Santa Fé dans le mois de septembre pour
revenir à Angottura. La sftuation militaire de la
république n'appelait sa présence sur aucun autre point Moriilo, trompé par la marche des • indépendans, n'avait envoyé que tardivement au secours de la J^ouveiie-Grenade; il était luimême harcelé, retenu par Paez fturie8^]Mi^k de FÂpure et de FArauca, tandis que ses gouverneurs maritimes surveillaient ramiralBcioi»» qui se disposait à^sortir de la MarguerilM^ une corvette, trois bricks, neuf schooners, huit bàtimensde transport etq^e^^e&,cwQnn^ffl|Mw; Urdaneta et English commandaient troiat^ÉriHi hommes, dont les deux tiers de tro|ipe»^ja«ir. glaises.
Cette expédition mit à la voile le 14 juillet;
le 18 elle avait emporté d*assaut les fortifications de BarœlfMie. La ville ne tarda pas à se rendre , et l'anglais Urslar y fut laissé comme gouverneur. Les troupes de débarquement se joignirent ensuite aux corps de Bermudes etde Marino.
Ce succès fit reprendre le siège de Gumana, place que des remparts naturds protègent aussi efficacement que les ouvrages de Tart : une colline domine toute la ville; le fort de San Antonio s'élève an sommet; une épaisse ibrét rend iiiaccessibles les deux extrémités. Xa ten-
Uttve sur Gumana ne fat pas heureuse; mais elle opéra une diyersion dans les forces de Ten- Demi.
Morille vint présider à la réunion de toute sa marine , qui se composait de onze vaisseaux et de treize chaloupes, bien montés. Son projet était de s'emparer enfin de cette île si héroïque en 1 8 1 7» et depuis restée le siège de l'amirauté républicaine. La flotte espagnole paraît le 5 septembre devant San Juan, port méridional de la Marguerite ; mais, par une combinaison singulière, après quelques jours de blocus, elle rentre à La Guayra^ alors que les Margari tains, tooqours disposés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, ne possédaient pas les ressources qu'exigent une longue résistance. La conduite de l'amiral espagnol serait étonnante si l'on ne savait que la chance des revers commence celle des fautes.
L^escadre de la métropole semblait même respecter l'escadre républicaine , toujours dispersée sur la mer des Antilles et sur les c6te8 de l'Atlantique , poursuivant sans relâche le commerce et les convois de la Péninsule, transportant sur la terre ferme le produit de ses prises , les secours et les recrues de l'Europe. Dans le mois de septembre on vit dé-
i^fll HISTOIRE
barquer cioq mille Irlandais; mais de mauvaises dispositions du gouvemenieiit, autant que le choix de ces auxiliaires , la plupart étrangers à Tétat des armes, ne leur réservèrent qu'un sort déplorable. Getta expédition avait £ait voile de Liverpoolvint^t-quatre heures avant la proclamation du bili qui défend en Angleterre les enrôkmens pour Tétranger.
La campagne était terminée , glorieuse pour les armes de la république, importante surtout par ses résultats. Ausû le retour de Bolivar à Angostura avait-il été marqué par les transports de joie, par les bénédictions de tout un peuple reconnaissant, qui se pressait sur sa marche en le saluant du titre si mérité de li-^ bérateur, et du titre plus doux de père de la patrie : c'était le plus beau triomphe qu'on eût vu depuis Washington* Le Congrès, par une délibération solennelle du i7^4léoenibre 1819, proclama en même temps les conquêtes de rh^oisme, la volonté des peuples , les basea de h. société nouffeile.
« Le souverain Congrès de Venezuela, à Tautorité duquel se sont volontairement soimia les villes et le peuple de la Nouvelle-Grenade, récemment délivrés par les armes de la république, considérant :
tt |o Que les provinces de Venezuela et de la Nouvelle-Grenade , unies en une seule république , posséderont les &cultés et les moyens d'atteindre au plus haut degré de puissance et de prospérité;
« "1° Que , constituées en républiques sépa-* réesy quelque forts que soient les liens qui pourraient les unir, ces provinces , loin d'étreen état d'augmenter les avantages naturels qu'elles renferment, ne pourraient que difficilement se consolider et faire respecter leur indépendance ;
« 3^ Que ces vérités, profondément imprimées dansTAme d'hommes d'un talent supérieur et d'un patriotisme éclairé, ont porté le gouvernement de chaque république à con^ venir d'une réunion que les vicissitudes de la guerre avaient jusqu'à présent retardée ; |
«Enconséquence,màpareesconsidérations | .
de nécessité et d'intérêt réciproques, et d'après ; i * le rapport du comité spécial des députés de la | Nouvelle-Grenade et du Venezuela, au nom et ] sous les auspices de l'Etre suprême, le Congrès a décrété et décrète ia loi fondamentale suivante :
«Art. Les républiques du Venezuela et de la Nouvelle -Grenade sont, à partir de ce
aoo HISTOIRE
jour, réunies en un senl état, sons le nom glorieux de République de Colombie*
« a. Son territoire embrassera dans lenr totalité Tancienne capitainerie générale du Venezuela et la vice-royauté dela^ouveUe-Greaade, comprenant^e étendue de cent quinze mille lieues carrées. Ses limites seront exactement déterminées.
c 3. Les dettes que les deux républiques peuvent avoir contractées sont, par la présente loi, reconnues in soUdum comme dette nationale de la Colombie ; toutes les propriétés nationales en sont rbypothèque, et les branches les plus productives du revenu public sont destinées à leur paiement.
«c 4* Le pouvoir exécutif de la république sera exercé par un président, et en son absence par le vice-président. Tous deux seront nommés provisoirement par le présent Congrès.
« S. La république de Colombie sera divisée en trois grands département : Venezuela , Quito et Cundinamarca; ce dernier comprendra les provinces de la Nouvelle-Grenade , dont le nom sera à 1 avenir supprimé.^ Les capitales de ces trois départemens seront Caracas, Quito et Bogota : l'addition de Santa Fé demeure supprimée.
]>E LA COLOMBIE. aoi
« 6. Chaque département aura une administration supérieure et un chef, provisoirement nonimé par le présent Congrès , avec le. titre de vice-président.
a "j. Une nouvelle ville, portant le nom du libérateur, Bolivar, ^ra la capitale de la république de Colombie; le plan et la situation en seront déterminés par le premier Congrès généraly d'après les besoins et les intérêts des trois départemens, et la hante destinée que doit atteindre cette riche contrée.
« 8. Le Congrès général de Colombie s'assemblera le i« janvier iSai, dans la ville de Eosario de Cucuta , qui , sous tous les rapports , est le lieu de réunion le plus convenable aux intérêts des villes de la République. Le janvier i8ao, le président de la République fera connsdtre sa convocation, ainsi que le mode des élections, qui sera réglé par un comité spécial, et approuvé par le Congrès actuel.
« 9. La constitution de la république de Colombie sera décrétée par le Congrès général , auquel le Congrès actuel en présentera le projet. Cette constitution , ainsi que les lois promulg^ées par le Congi^ès actuel, seront inunédiatemeùt miseç en exécution , par manière dessaL ^
m HISTOIRE
« lo. Les armes et le pavillon de la Colombie seront déterminés par le Congrès général. Jusque là les armes et le pavillon du Yenezuda seront employés comme les plus connus.
« 1 1. Le présent Congrès suspendra sa session le 1 5 janvier i8ao, et dès lors commence* ront les élections pour le Congrès général de Gokimbie.
« 12. Un comité de six membres, avec un président, siégera en Fabsence du Congrès.
Ses attributions seront déterminées par un
décret.
« i3. La r^mbUque de Colombie sera solennellement proclamée dans les villes et aux armées par des fêtes et des réjouissances publiques. Cette eérémonie aura lieu dans cette capitale le a 5 du présent mois, pour célébrer la naissance du Sauveur du monde, sous la protection dnqud a lieu Fnnion si désirée qui régénère TÉtat.
< i4* L*anBhrersaire de cette régénération politique sera désonnais célébrée comme une féte nationale, où, comme aux jeux d'Olympie, la TsrtQ et rinstmction,serontrécompensées. w
Cependant les généraux espagnols, restés maîtres des riches pays du Quito , maîtres de Carthagène et de toutes les placeumaritimes de
DE LA COLOMBIE. ae3
Pouest , commaudaient aux deux extrémités du pays dont on célébrait la réunion. lis avaient combiné leurs marches, leurs efforts, contre ces provinces du centre qu'animait l'enthousiasme d'une liberté de quelques jours, mais qui n'étaient encore que peu instruites dans la guerre, peu éprouvées par ses vicissitudes : cinq corps d'armée menaçaient le Cundinamarca au commencement de janvier 1820 , et deux généraux habiles, La torre et Calzada, dirigeaient l'envahissement.
Un homme supérieur, Santander, donnait a la foule effrayée l'exemple de l'activité , de la constance , du véritable héroïsme. Tl avait établi des manufactures de poudre, acheté ou réparé des armes, discipliné les troupes, organisé les milices nationales , créé tous les moyens de résistance. Mais l'attaque fut générale , et les indépendans ne purent la soutenir sur tous les points avec un égal avantage. La ville de Bogota s'abandonnait déjà à ces terreurs funestes qui ont fait sacrifier tant d'empires aux vanités de leurs capitales. Santander rendit alors un décret qui sauva la chose publique : la liberté était offerte aux esclaves qui resteraient soldats pendant trois ans. L'État eut dix mille défenseurs, et l'ennemi leur fournit des armes.
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A la fin de mars les Espagnols étaient repoiissés
au delà de leurs premières positions.
La guerre de partisans se poursuiTait avec vigueur dans le Venezuela , mais sans résultats importans. Une victoire de Bolivar, qui força Morales à opérer sa retraite depuis Galabozo jusqu'à Valence, avait seule donné de Téclat à la campagne. Du reste les différens corps se trouvaient dans une situation encore plus favorable qu'à la reprise des hostilités, et Ton préparàit une entreprise combinée sur Gai^cas, tandis que Tamiral Brion armait une flotte destinée au blocus des ports septentrionaux de la Nouvelle-Grenade.
Mais rindépendance obtenait un succès toujours plus désirable, plus solide q[ue celui des armes; elle était approuvée de l'opinion publique , au sein même de la domination espagnole. Un vaste projet d*afifranchissement, dirigé par l'alcade Guevara , soutenu des familles les plus riches et les plus considérées , se forma dans la province de Valence. Les fimmes y coopéraient de toute l'influence qu'elles exercent sur le courage; entre autres protectrices déclarées, on nommait la dofia Sandoval et sea filles, chez qui se tenaient les réunions, et la senoraZavaleta, qui transmettaitles fimds pour
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le paiement des subalternes. Un naturel du pays, Rosales, à la téte de cent hommes dé^ voués , interceptait les dépêches de la métro-» pôle, entretenait les cqmmunicationsaTecrétatmajor républicain.
Vers la ûn de février on découvrit l'existence de ce projet, mais non tous les conjurés : l'honneur du secret fut courageusement gardé par les prévenus. Morillo, qui ne pouvait dédaigner ces nouveaux ennemis de la cause royale, essaya de concilier les devoirs de la justice et les vœux de l'opinion. U fit instruire la cause avec une prudente lenteur, et sans passion. Le défiiut de . preuves légales rendit à la hberté beaucoup de personnes, en laissa d'autres sous la, surveillance des autorités. Sur vingt-six accusés reconnus coupables , quatorze avaient été con« damnés à mort,^et le Ttêtt aux galères ou à la déportation; mais Morille commua la plupart des sentences^; iL n'y eut que six victimes. .
LU<^dé'âàMÉra, prAf à mardier àn supplice, écoutait avec calme les magistrats qui le pressaieBft4i^iMfélir ^pl^ ourdie ''tuMSÊÉêfltAiÊêiÉilllê- royale , iémuIÉMémAI' l'autorité divine ; sa grâce et celle de ses com-
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sermens. Il paraissait plongé dans une méditatioa profonde ; on en espérait quelques lumîèret* Guevara reçoit les secours spirituels , et
dit : Conduisez-moi à la mort»