CHAPITRE XI
Bdonr ooosdtutionnel en Espagne (1820). — Négociations^
arniiiiiice. — EntreTue de SanU-Anna.
Là. disposition des esprits, le sort des armes ,
la sanction d'une loi fondamentale , tout proclamait le triomphe de la révolution, lorsqu'un érénement inattendu vint en consacrer le principe. L'Espagne» se replaçait pour quelques jours sous Fempire des lois constitutionnelles.
Six années d'humiliations et de supplices n'avaient pu étouffer dans la Péninsule le souvenir des institutions nationales. Six années d'efforts impuissans dans les colonies n'éclairaient point encore le gouvernement de Fer* dinand VII, dont la politique invariable restait assise sur deux idées. Il voulut en même temps exiler de la métropole les vertus civiques, et frapper d'un coup décisif l'indépendance américaine : il ordonna l'armement de ses flottes. Vingt-deux mille hommes se réunissaient à
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Cadiz, mais cette fois plus eoflammés de l'amour de la libeité que de ce courage aveugle qui avait conservé TEspague à toutes ses superstitions. La plupart comptaient de nombreuses campagnes contre les troupes de Napoléon, et, par un glorieux privilège, il semblerait que la Franc^ £ût à ses eAnemis mêmes une instruction patriotique.
Bolivar apprend ces dispositions en décembre 1 8 19. Aussitôt il adresse une allocution aux soldats espagnols pour les exhorter à délivrer leur patrie d'un joug dégradant, plutôt que de se laisser conduire au massacre de leurs frères. Ces incitations, la promesse d'une alliance, . l'ambition d'une renommée nouvelle, déterminèrent Parmée ; elle s'insurgea , et rendit au pays la constitution décrétée par les Cortès en i8isk.
Les citoyens, lents à recevoir ce bienfait, sortirent enfin de leur abrutissement, et le prince qui la veille envoyait à la mort quiconque invoquait le pacte social, ne pouvant d'un seul coup punir toute la nation, parut s'honorer du titre de roi constitutionnel; il osa engager sa parole, réitérer ses sermens devant les hommes et devant Dieu. La malheureuse Espagne était déjà en proie aox menées sourdes, aux fiictioiis, à la guerre civile ; une armée dite
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de la Foi combattait pour le moiiarquç absolu : quelques hommes généreux, les Biego, les Qniroga, dignes des hommages d'un grand peuple y se dévouaient pour une multitude ser- ▼ile, fanatique.
Cependant la Constitution avait été remise en vigueur; les Cortès étaient convoquées, et le trfrne, à qui de nouveaux ministres prêtaient des vues honorables, avouait hautement ses &utes, protestait de son amour pour le hien, pour le juste. On rappelait les exilés; on rendait à la liberté tous les détenus pour opinions ou déUts politiques : d'illustres victimes sortaient des galères. Enfin le mois de mars i8ao annonçait au'monde la régénération espagnole.
Sur la première nouvelle de ces événemens.
Morille proclama la Constitution à Caracas : elle y fut reçue avec enthouriasme, et comme une . sorte de délivrance pour les pays soumis à la métropole. Mais les provinces libres, également appelées à jouir de ce nouvel cnrdre de choses, seraient-elles disposées à recevoir aujourd'hui ce qu'on leur avait refusé en 1811? Si la loi des Gortèa rendait enfin égaux les £spagnols des deux hémisphères , c'était par une concession tardive même en 1812, et le peuple à qui Ton venait Tofinr avait conquis
uue indépendance natipnaie. L'ordre et la»
instructions pour traiter avec les insurgens ne parvinrent à Morillo que dans les premiers jours de juin; le 17 il en informa le gouvernement d*Ângostura, ainsi que les principaux chefs de l'armée républicaine. U leur disait :
« Assis sur le trâne constttiationnel des Es* pagnes, le roi, au milieu des nombreux et importans travaux qu^entraine le changement d'une loi fondamentale, a toomé ses regards, dès les premiers instans, vers cette partie de SCS États que dévaste une guerre née de la &taiité des circonstances, ou d'une erreur de calcul; il a vu combien la:réaction des partis et le funeste esprit de vengeance avaient entraîné de cruautés et fomenté de haines; il a compris que s'il ne mettait un terme ii cette guerre, suscitée par des principes erronés, elle ne finirait que fiar la ruine 4y Venezneki.
« Pénétré de douleur à Faspect des mkux qui déchirent cette province de sc»s vastes royaumes, le roi, pour satisfiiiare son coeur paternel , a voulu ouvrir tous les trésors de sa bienfaisance, et mettre en couvre tous les moyens de rétablir
la paix Dans le but de remplir entièrement
les intentions de ^t de satisfûre mes
▼os|iii personnels» je m'adresse aujourd'hui an
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autorités qui administrent différentes parties de cette pnmnce, et je leur envoie des commissaires avec les pouvoirs suffîsans pour terminer, de la manière la plus désirable et la moins équivoque , les discordes qui se sont élevées entre des frères.
ce Mais comme il n'est pas possible de s'entendre au milieu du fracas de la guerre^ une suspension d'armes devientindispensable pout calmer ûn instant les passions, et permettre à la raison de se faire écouter. £n conséquence, je donne ordre aujourd'hui aux commandans des différentes divisions de mon armée et des ferces navales d'interrompre toute hostilité, et de se renfermer dans le territoire qu'ils occu» peut. Cette suspension devra durer ua.mois^ à dater du jour où votre seigneurie recevra la présente dépêche. ».
Le Congrès, alors représenté par uii comité, ne laissa pas les envoyés espagnols arriver jusqu'à Angostura; il leur fit savoir que, « désirant établir la paix, il écouterait avec plaisir les propositions <iu gouvernement espagnol, pourvu qu'elles fiissent basées sur la reooanaissanee de l'indépendance et de la souveraineté de la CiOlombie; sinon qu'elles ne seraient poMiyt ât^misies.'» • « .
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Urdaneta et Mendez, délégués par Bolivar, ranitent une note plus àéYdappéCj mais tout aussi positive :
ff Les commissaires nommés par S. £. le libérateur, président de la Colombie , pour traiter avec ceux de S. £. le général Moriilo , oot eu l'honneur de recevoir la note officielle signée de vos seigneuries, et contenant pour proposition et pour promesses : a lo Que la Colombie «adopte la Constitution espagnole, lui prête «serment, et envoie en conséquence des dé- « putés aux Cortès; ù9 que dans ce cas les didb a actuels de la Colombie conserveront le com- « mandement du pays libre, sous la dépendance «immédiate du général en chef deTarmée espa- « gnole, ou même directement du gouverne- « ment espagnol. »
a Les sacrifices faits par la Colombie à sa liberté et à son indépendance pendant dix années de combat; la gloire dont ses armes se sont couvertes ; la résolutign de ses fils, exprimée depuis long-temps avec clarté et solennité, nous donnaient le droit d'espérer que vos seigneuries nous éviteraient la peine d'entendre des propositions de dépendance de TEspagne, quels que soient leur titre et leur forme. Il parait que vos seigneuries avaient oublié Tobjet
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de cette lutte, quand elles ont rédigé la note dont voici la réponse :
tt Les défenseurs de la justice et de la liberté, loin d*étre flattés par les offires d'un comman- ' dément illimité, reçoivent un véritable outrage en se voyant confondus avec ces âmes viles qui préfèrent l'oppression de leurs concitoyens et leur pouvoir particulier à la gloire sublime d'être les libérateurs de leur patrie. Il n'existe pas dans la Colombie un homme impartial qui pmsse découvrir le moindre avantage dans cette servitude. La Constitution espagnole ne n.ous en accorde aucun , et en supposant même q^u'elle soit le code du bonheur, la Colombie a éprouvé ses forces, et ne veut devoir qu'à ellemême le bien qu'elle s'est déjà procuré, et q^u'elle <peut seule augmenter encore en pro- ^ portion de ses besoins et de ses intérêts^ £a exprimant à vos seigneuries les sentimens dit peuple dont nous représentons le gouvernement, nous croycms devoir les prévenir que nous sommes autorisés non à causer la ruine de la Colombie en la soumettant à l'Espagne , mais à soutenir ses droits en la constituant libre, indépendante et souveraine. Si la mission de vos seigneuries vient à entrer dans ces vues, nous accueillerons avec plaisir leurs commu-
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nicatioiis; mais nous leur* jurons, d'une ma*
nière ferme et irrévocable, de ne répondre à aucune proposition qui s'écarterait de ces principes, ou qui tendrait à nous déshonorer, en faisant descendre la Colombie du rang où Tout élevée ses glorieux efforts. » (ao Août)
Les généraux Paez, Bermudez, Saraza, Monagas, Gedeno, Montilla et plusieurs autres, répondirent dans le même sens. Les diétances n'avaient permis aucun concert entre eux ; ils se montraient partout les iilterprètes de la yo^ lonté publique. Ainsi la négociation ne pouvait s'entamer avec Moriilo, dont les instructions n'offraient que Toubli du passé, et b réiiiiion constitutîoîinelle à la métropole.
Les hostilités, non interrompues par ces on* vertures, avaient donné de grands avantages aux indépendans. On s'était emparé de Rio de la Hacha , et cette importante possession aurait conduit à cfelle de Sainte-Marthe, si l'honneur de la répubUque n'eut £siit alors un devcnr de renvoyer huit cents Irlandais, soldats courageux, mais qui souillaient leurs services par la mutinerie et la cupidité : ib avaient pillé et brûlé en partie Rio de la Hacha pour se payer de leur solde. L'amiral Bnon et b général Montilla remontèrent la cote, et, bientôt maîtres
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des boaches de la Magdalena et de plusieurs polrts SUT ce fleuve , ils commencèreut le blocus de la ville de Carthagène , vigoureusement dé-» fendue par l'espagnol Torres. Ce gouverneur osa proposer un pardon eh réponse à la première sommation des patriotes. Instruit par le siège de iBiS, il avait renvoyé toubs lés £bi-* milles qui ne possédaient pas pour six mois de vivres* Sa garnison, forte de quatre mille hommes, poussait des sorties aoUvent désastreuses pour les assiégeans.
' Urdaneta, après avoir chassé lè^ Espagnols de Monpox et de ïénérife, se trouvait en posi- • • tion de pénétrer dans le Maracaïbo, ou de se joindre à Montilla devant Gàrthagène. L'inté* rieur et le sud de la Nouvelle-Grenade offraient une attitude redoutable : Yalde^, qui débutait dans le commandement en chef, avait fait essuyer de nombreuses défaites à CaLtada; il menaçait la province de Popayân.
Le Venezuela retentissait des conquêtes de Topinion : Tarmée et les provinces espagnoles, élevées par l'acte constitutionnel, apercevaient un autre but, et voulaient l'atteindre. On eut alors les premiers exemples de défection parmi les troupes royales : le bataillon de la Reyna, posté sur les bords du Tuy, passa tout entiét
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aux indépeudauSy et fut bientôt suivi d'un autre coips cantonné dans les villes voisines. Un dief indien, descendant des caciques, commandait une division à Carora; il refusa de se soumettre à une loi fondamentale qui ne consacrait point r^galité de toutes les castes. Latorre ne put arrêter les désertions qu'en réunissant ses forces à celles de Morillo. La ville de Tucupio, les cantons de Guaca, de Ganagua, de Guanape»
la vallée de Pascua, se déclarèrent libres. Partout enfin Tenthousiasme de la Constitution avait conduit à jalons» l'indépendance nationale. On ne suivait pas seulement la marche nécessaire de Tesprit humain lorsqu'il est tout . à coup frappé, guidé par une vive lumière; les peuples ont un sentiment de pudeur qui les éWigne d'un pouvoir humilié, et les révcdutions ne se complètent jamais qu'en opérant une rupture étemelle entre le despotisme et les sujets; toute réconciliation entre eux cache une pensée de vengeance. Le gouvernement et le peuple de la métropole s'offraient aux Américains comme une sanglante leçon.
£n cet état de choses, si prospère pour la république, Bolivar se montra guerrier loyal, mais homme detat imprudent; il renoua les négociati<ms. Sa lettre à Morillo, du ai sep-
taoobrei est d'autant plus étonnante qu'elle démontre les* dangers de l'arniistice auquel il veut bien concourir.
«A l'ouverture de cette campagne, je crois devoir donner à votre excellence une dernière preuve de la franchise du gouvernement de Colombie, et de la pureté de ses intentions*
«Votre excellence nous a proposé un armistice dont le but paraissait être la paix de l'Amérique; mais un semblable armistice, sans la moindre reconnaissance de notre gouvernement, serait souverainement préjudiciable aux intérêts de la république, au moment où elle se flatte d'un triomphe déçisif et complet, selon toute probabilité. La continuation des hostilités doit nous valoir l'occupation du reste du Venezuela et de Quito , et nous débarrasser en même temps des frais énormes que nous coûte une armée beaucoup trop nombreuse pour la Colombie. Suspendre la guerre dans la saison la plus favorable, et dans des circonstances critiques pour nos ennemis, ce serait entraîner la perte de tous les avantages qui pourraient résulter pour nous de tant de sacrifices si pénibles. Cependant le gouvernement de Colombie veut prouver à votre excellence, et à toute la nation espagijiole, qu'il pré£m la paix à la
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guerre > quoi qu'il puisse lui en coûter ; il vous propose donc d'entrer en communication a^ec votre excellence pour transiger sur les dilB* cultés relatives à Tarmislice qu'elle a. proposé» pourvu toutefois qu'il soit accordé à la Colombie» en indemnité» les sûretés et les ga* ranties qu'elle est en droit d'exiger. »
Morille devait accepter avec empressement une offre aussi généreuse. De part et d'autre on nomma des commissaires, et la discussion la plus franche» la correspondance la plus amicale «Rétablit entre les chefr des deux armées, qui luttaient d'urbanité comme ils avaient lutté de courage. On retrouvait encore le» Espagnols, passant du fanatisme dés combats anx affections chevaleresques. Moriilo renvoya trois dragons à Bolivar» qui choisit à son tour trois prisonniers des plus braves, comme les plus dignes d'être agréables à son nouvel ami. Du reste la dignité des gonvernemens était réciproquement gardée» et chaque parti opposait aux prétentions de l'antre la confiance de ses propres forces. Bolivar, écrivant aux commissaires eapagnob» portait un vœa prophétiquec « Je jnre à vos seigneuries et à toute la nation espagnole que les vues, du gouvernement de Colombie sont àimi modérées que légitimes;
mais si I'od veut encore le forcer à ia guerre, fi le sort des armes continue à nous être &to» rable, nos projets embrasseront l'Amérique entière. J'en &is ici le serment. »
L'armistice fut signé le a5 novembre, à TruxiiiOy entre les généraux Sucre, Bhceno Mendez et Ferez pour la république ; Ck>rrea, Toro et Linares au nom de TËspagne. Bolivar et MoriUo le ratifièrent le lendemain.
L'Espagne et la Colombie traitaient de puissance à puissance, annonçant l'unique but de mettre nn terme aux discordes qui affligeaient les deux peuples. L'armistice était de six mois, et la rupture devait en être annoncée quarante jours avant la reprise des hostilités. Les troupes des deux armées conservaient leurs positions au moment de la signature de Faicte. La ville et le port de Maracaibo restaient libres; ia place de Garthagène, ouverte au commercé intérieur, pouvait s'approvisionner pendant l'armistice. Dans un article demandé par Bolivar, a les deux gouvernemens, pour attester au monde leors principes libéraux et philantiu-opiques, s'engageaient à conclure un traité qui régulariserait la guerre d'après le droit des gens et les coutumes des nations civilisées. »
« Il est affligeant sans doute d'entendse ré-
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daBoer d*ime manière aussi solenneUe des devoirs que rhumanité impose; mais les peuple»
civilisés méditeront à leur tour plusieurs principes de cette convention mémorable, qui fut eu effet adoptée sur la rédaction des commissaires de la république, et proclamée aussitôt après Parmistice, le a6 novembre. Le massacre des vaincus était couvert d'opprobre ; on consacrait réchange des prisonniers; enfin Ton ajoutait ces dispositions, qui pourraient servir de bases à un code de la guerre civile :
« Attendu que cette guerre provient de la différence d'opinions; que les individus qui <mt combattu avec acharnement pour les deux causes sont unis entre eux par les liens de famille |les plus étroits, et qu'il £iut éviter par tous les moyens possibles l'efiîision do sang, la peine de mort ne sera appliquée ni aux conspirateurs, ni aux dissidens , ni aux miUtaires ou employés qui, après avoir servi l'un des deux gouvernemens, seraient pris sous les drapeaux de l'autre.
« Les habitans des lieux alternativement occupés par les armées des deux gouvememens seront hautement respectés, et jouiront de la liberté et de la sûreté les plus absolues, quels que sment ou aient pu être leurs opinions-,
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emplois , services et conduite relativement aux parties belligérantes.
« Les militaires ou individus qui seront pris blessés ou malades, soit dans les hôpitaux, soit dans tout autre lieu, ne seront point prisonniers de guerre, et auront la liberté de retourner sous leurs drapeaux quand ils swont rétablis.
« Les restes de ceux qui auront trouvé une mort glorieuse sur le champ de bataille recevront les honneurs de la sépulture, ou seront brûlés quand leur nombre ou le manque de temps ne permettra pas de les leur accorder.
Les vainqueurs sont tenus de remplir ce devoir sacré, dont ils ne pourront s'exempter que dans des circônstances graves et extraordinaires; alors ils devront inviter sur-le><;hamp les autorités locales à s'en acquitter à leur place. Les cadavres qui seront réclamés par Tun ou l'autre gouvernement, ou par des particuliers, ne pourront être rehisés,,et l'on accordera le passage nécessaire pour leur transport »
Morillo voulut sceller ces négociations par une entrevue avec Bolivar, qui s'empressa d'y accéder, et elle fut imUqnée pour le lendemain 127, au village de Santa Auoa, situé à une iigale dbtance des deux quartiers généraux :
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celui des royalistes était à Carache ; les indépendans avaient le leur à Truxillo. Le premier au reudez-vous^ le chef castillan hâta encore la réunion en se portant à la rencontre du pré»
sident de la république.
Si prompts naguère à se joindre dans les combats^ aujourd'hui pleins d'ardeur dans Teffusion de leur âme, les deux héros se sont à peine Bferça^^ et déj^ un mouyement simultané les a précipités dans les bras Pun de Fan* tre: dignes de s'entendre, dignes de s'apprécier ^ c'est par leurs embraasemens qu'ils édiangent un sincère hommage d'estime et d'admiration.
Aides de camp» soldats, citoyens, tous sont émus, entraînés; ehaen a retr ou vé un frère, et le presse sur son sein ; leurs larmes se con-» fondent. Il n'y a plus qu'une fiunille. On gémit des malheurs communs ; on ne les comprend plus, et personne n'en est accusé.
Dans lerécit des combats, qui vient animer le banquet, une égale franchise exalte les hauts fiaûtsdermietderaiitreparti: lesvatnqueursaont partout; on ignore, on ne veut pas savoir qu'il y eutausai des.vaincos. La haine dudespotiane enflannietousle8CO0an;oiiboitàlalib6rfcé. — ^Mon amiyS'écrieLatorteenserrântlamainde^oUyai:^ je descendrais atvec ttn juscpi'aux enfers pofW
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atUgndre la tyrannie. — Mais de vives acclamatiens ont salué une proposition de Morillo : il se lève ; on se presse sur ses pas , et les deux chefs s'arrêtent à l'endroit où ils se sont donné le$ pre* miers embrassemens : une pyramide y sera élevée. Ils posent ensemble la pierre qui doit recevoir ce monument de la réconciliation , jurée à Finstant même , proclamée par les cris du bonheur et de la joie. La nuity (jui calmait la fureur desbàtailles, nepeut mettre un termeàcesgénéreux épanchemens : Bolivar et Morillo, à T^xempie des chenraUers leurs aïeux* la passent cou* chés dans une même chambre. Ils se séparent enfin , et , sur Tinyiolable amitié dont ils se fooi^ le serment, ils annoncent, ils promettent, am peuples le concours de tous leurs efforts pouir eopjurer le retour de la guerfe, pour obtenir et cimenter la paix.
« f arrive de Santa Anna ( écrivait MoriUa à don Pino, membre* de la junte de Caracai)»
J'ai passé hier le plus beau jour de ma vie avec le général Bolivar et ses offîaîers, que nous avons tous embrassés cordialement. Tout le monde rayonnait de bonheur et 4^ plsMâiiv Mi vous ni personne ne pourrez vous imaginer combien cette entrevue a été intéiifiSStaQtey ai qael degré 4f épanchemeot înlifne y a régné.
L'enthousiasme ne pouvait aller plus loin; ' nous étions tous dans une sorte d'extase j ne ' *• pouvant croire à tant d'union , à tant de fira- ' i temiié. Nous nous sommes embrassés mille ' * fois. Nous avons résolu d'ériger un monument pour éterniser ce beau jour. »
Et Bolivar, écrivant à Morillo trois jours après l'entrevue : « Il paraît, mon estimable ami, qu'un changement total s'est opéré dans nos sensations. Pour ma part, il n'est pas d'instant où je ne me rappelle (juelcjues idées, quelques souvenirs agréables dus à notre entrevue. Je me félicite d'avoir connu des hommes si dignes de mon estime. Tous ceux de nous qui ont eu le bonheur de connaître et vous et vos compagnons d'armes ont éprouvé les mêmes sentimens. J'ai lu avec plaisir le manifeste que vous aviez publié , parce qu'il fait l'éloge d'un homme qui a bien mérité de sa patrie. Il ne m'a point offensé, vu que le langage de la guerre est d'étiquette, et reçu comme un langage de convention pour nuire au parti contraire : les mauvaises actions seules doivent tourmenter les hommes sensés. »
Cependant le peuple et l'armée ne partageaient que £ûblement l'ivresse du. libérateur. On éprouvait un sentiment pénible en songeant
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que ces doux abandons de Tâme étaient condamnés par la sévérité des devoirs. L'entbou-*N siasmc, espèce d'aliénation de Fesprit, est sur- ; tout fatal aux représentans des peuples , à qui l'on permet rarement d'être hommes. Entraîné ' par ses souvenirs, plein d'estime pour les liantes qualités de son adversaire, jaloux peut-être de traiter d'égal à égal avçc un délégué de la métropole, Bolivar avait accordé à ses anciens compatriotes un armistice évidemment contraire aux intérêts de sa nouvelle république. Bientôt Santa Anna retentit de ses vœux pour la réconciliation , pour la paix. Mais à quel prix Tobtiendrait-on?
Toute la diplomatie de Tindépendance avait été proclamée dans cette réponse unanime à la première ouverture de Morillo : « aucune négociation ne sera admise quelle n'ait pour base la reconnaissance de la république ; » et quoiqu'il eût à peine pris son rang parmi les nations , le peuple colombien sentait déjà qu'il est en politique un point d'honneur, un préjugé peut-éti^, tout aussi puissant que celui qui porte au cœur d'un ami Je bras d'un ami offensé : il eût été indigne de la métropole de reconnaître l'indépendance d'après un tel ultimatum , et plus indigne encore , dé jà part
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des républicains, de la solliciter en d'autres tenMs. On ne stipule pas t'indépendance ; elle
se conquiert. • . ♦ • •
Ainsi, lorsque la guerre reliait inévitable, cm invoquait une paix qui ne pouvait être que la réunipu des deux peuples sous la cbafrte des ConÂs : 6'étfiût l'unique pensée de Morille et de tous les « Espagnols , qui célé-^ braient un triomphe commun dans le réveil de la liberté ooastitutibnnéRe, tandis que les républicains gflV<iàiex^t au fond de lame le serment d^e'sépMitieVi ^éléMeUe. On n'épuisait poini! la question ; mais, après avoir sauvé les royalistes d'un désastre inévitable par la suspenriod des^ hostilités , on leurlaissfiit encore, dans 'les relations intimes, Favantage d'exprimer des întisntions plus droites.
Sans doute il n'y eut point d'incertitudes, fHmit d'hésitations dans ia volonté d'une in^ d^endance nationale, souveraine; mais l'etp trevue de Santa Anna, si touchante , si honorâbky et néanmoins imprudente tout autaifl que l'armistice, donna aux démarches po^té-r rienres- toute la faiblesse des rapprochemens domestiques. On parut étonné de voir le président de la république écrire ainsi au généml Morille : « Je isne flam .que irons eod-
Liiyui^ûd by
tribuerez beaucoup à éclaii^cr les affaires de rAmérique , et que les renseignemens donnés par vous produiront quelque résultat avantageux pour la malheureuse province de Venezuela. Vous avez été notre ennemi ; il vous importe aujourd'hui d'être notre plus fidèle ami, car autrement nous nous jouerions de nos promesses de Santa Atina, et nous renverserions jusque dans ses bases les plus pro* fondes le monument de notre amitié. Nos en-^ voyés ont tous les pouvoirs nécessaires , et si gouvernement de Sa Majesté veut la paix, elle peut être conclue d'une manière satisfaisante pour tous, même avant le mois de juin. J'ai pris la liberté d'adresser au roi une lettre de félicitation pour son avènement au trône de l'amour et de la loi , pour l'heureux jour où il s'est montré la gloire des monarques du monde en présentant aux Espagnols le sceptre de la justice, aux Américains l'arc-en-ciel de la paix. Je le prie d'écouter avec indulgence la voix de Colombie, qui demande une existence politique. »
L'enthousiasme céda enfin à la raison politique. Ainsi qu'il arrive toujours en des circonstances semblables, de nombreuses difficultés s'élevèrent dans l'exécution de l'armistice , et le
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peuple liii-méme fit parler ses- intérêts au dessus des affections particulières. On ne perdit qu'une campagne.
Éclairé sur la situation respecdYe des deux partis y et prévoyant sans doute qu il se verrait contraint de tirer de nouTcau l'épée contre le héros dcTenu son ami , Morillo avait sollicilé son rappel; il. quitta TAmérique le 17 décembre iSao, afA^ avoir, pendantcinq ans, honoré son titre de sujet par les qualités et le dévouement d'un homme libre. Latorre, qui Tavait dignement secondé, restait seul diargé de dK riger les nouveaux efforts de la métropole, de constater ses dernières et irréparables défintes.