‹ Histoire de la ColombieChapitre 5 sur 30 · M HISTOIRE · texte numérisé non relu

M HISTOIRE

des dernières côtes visitées par Goion ainsi que de la situation maritime tant vantée par Bastidas. Il partagea ces pays en deux gouvernemens : riin, sons le nom de Nawvelle-'Anda' lousie^ comprenait depuis le cap de la Vela jusqu'au Darien; à partir de ce fleuve, l'autre s'étendait à Fouest, et recevait pour limite le cap Gracias à Dios : c'était la Ca$tille^' Or. Le premier fut confié à Ojeda, cet ancien compagnon de Colon et d'Amerigo. Un officier de la cour demanda et obtint le second , en jurant sur son épée de soumettre et de faire fleurir les terres soumises à son commandement : Nicuessa était gentilhomme. Ces deux expéditions , assez nombreuses , quittèrent l'Espagne en i5og.

La généreuse Isabelle n'était pins; aussi les insti*uctions du cabinet de Madrid avaient-elles cessé d'être empreintes de cette donoe et prévoyante politique si instamment recommandée même à Colon. Il était enjoint aux gouverneurs de déployer la force pour obtenir l'obéissance. Encore étrangers à nos raisonuemens conventionneby les Indiens comprirent toutefois assez bien qu'on leur imposait des dieux et des maîtres; ils répondirent en s'armant de leurs flèches, la plupart empoisoniiées. Un grand

nbmlm périt d'abord sous les feux européens; uuûs les délégués royaux ne pouvaient se re* cruter dans les montagnes , ni chercher une retraite au sein des forêts. Toujours poursuivis, toujours combattans, ils parcouraient les li^mites qu'on leur avait tracées sur une carie géographique , donnant çà et là le nom de ville à quelques huttes qu'incendiaient bientôt les sauvages, s'épuisant d'hommes et de vivres, forcés d'abandonner leurs vaisseaux à la tempête, et n'invoquant plus que la providence.

Lies tentatives. aventureuses, l'héroïsme constant des Espagnols de ^ette époque pourraient donner quelque crédit aux récits des temps merveilleux. Ojeda mourut avec la réputation d'avoir été le plustbrave et le moins heureux des explorateurs. Quant à Nicuessa , victime de ses -prétentions ridicules , il périt abandonné de ses propres compatriotes.

Un homme d'un mérite supérieur, mais sans emploi, se trouvait parmi les compagnons •d'Ojeda : c'est liunez deBalboa, qui, jeune encore, avait partagé les périls et lesobservations deBastidas sur les cotes de Carthagène.Il sauva les débris de ces expéditions, et réunit les deux prétendus gouvememens en une seule république. On lui dut la fondation de Sainte-Marie

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V Ancienne f dans le Darien : c'est la pnemiére

ville qui ait été bâtie sur le continent américain (i5io); mais elle n*a subsisté que jusqu'à la fondation de Panama* Les richesses que Balboa fit passer en Espagne lui obtinrent des secours et du renfort

Ses entreprises hardies l'avaientrendu mai tre de toutes les cotes nord de l'isthme ; mais il ne touchait pas de ce côté à la découverte qui l'a rendu célèbre. Un jour quelques différens s'étaient élevés dans le partage d'une contribution que venait payer le fils d'un cacique. Surpris qu'on attachât tant d'importance à une quantité d'or plus ou moins grande, le jeune indien renversa les balances ; mais il ajouta : a Puisque vous vous querellez pour si peu dechose, et que la possession de ce métal vous a fait abandonner votre patrie, courir tant de dangers, troubler la paix de tant de peuples, je veux vous indi- , quer un pays qui comblera votre ambition...»

Aussitôt, transporté de joie, et plus confiant que ne l'avait été Colon dans de semblables récits, Balboa prend avec lui deux cents hommes, et part pour ces bords inconnus. Il n'en était guère qu'à une trentaine de lieues; mais, indépendamment de l'incertitude et des difficultés de la marche , à chaque pas il se voyait

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obligé de soumettre des caciques ou de s'allier ayec eux pour assurer son retour. Il reconnut enfin, après un mois d'efforts , cette partie du grand Océan dite la mer du Sud, dans laquelle il entra jusqu'à la ceinture, et son épée nue à la main , pour en prendre possession au nom du roi d'Espagne. C'était le 29 septembre i5i3y un jour de saint Michel : il donna ce nom à la baie où il s'était arrêté, sur la côte orientale du golfe de Panama.

La nouvelle de cette importante découverte parvint assez t6t en Espagne pour la gloire de Balboa, trop tard pour la justice qui lui était due : on l'avait absous de ses premiers succès, lion de l'honneur du commandement qu'il tenait de ses égaux. La Kouvelle-Andalousie et la Gastille-d'Or , maintenues en un seul gouvemement sous le nom de Terre-Ferme, étaient confiées à don Pedro Arias d'Avila, et ce noble personnage , chargé d'instruire contre le héros républicain , venait de partir à la téte d'une expédition considérable : sa flotte était de quinze vaisseaux ; elle portait d'abondantes provisions, deux mille hommes de troupes, des gentilshommes 9 des prêtres , et un grand nombre d'ëmigrés.Ëiie aborda à Sainte-Marie du Ûarien en juillet i5i49etBalboa,aussitôt jeté en prison,

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eut la téte tranchée vers la fin de l'année suivante, alors que son rapport et projets, parvenus à Madrid , lui disaient recouvrer la confiance du monarque.

Baiboa avait créé par les seuls efforts du travail et du génie. Don Pedro laissa sans fruit d'iuimeuses ressources ; il suspendit la découverte, et, Tun des premiers, fit hair le nom espagnol. Il donna l'ordre de bâtir la ville de Panama en i5iô; mais ce n'est qu'en l'ànnée i524 qu'il permit à Pizarre de s^élanœr de ce port à la conquête du Pérou. On put enfin constater Texistenoe et l'étendue des cotes CiMitinentales dans la mer du Sud.

A la même époque des établissemens se for* maient an nord, mais difficilement, et sans autre éclat que le ravage. La mer des Antilles «*avait que deux ports, Cumana et Sainte- Marthe. L'intérieur n'était visité sur aucun point. C'est seulement après la soumission des incas que les armes espagnoles obtinrent des succès constans dans les terres delà Colombie; mais alors, du nord au sud, la conquête s'y affermit presque simultanément.

Ën i536, une expédition de sept cents hommes partit de Sainte-Mardie sous le commandement de Quesada, officier valeureux et ex-

péiiineiité. U entreprit de remonter la Magda* lena , fleuve rapide , hérissé de rochers , infesté d'animaux féroces ou venimeux. Cette navigation, qui aujourd'hui encore o&re de grands dangers , eut pour Quesada et sa troupe des périls extraordinaires, mais beaucoup de gloire. A cent cinquante lieues de Sainte-Marthe, ils découvrirent de riantes plaines heureusement abritées entre deux branches de la Cordiilière : c'étaient celles du Cundinamarca , royaume ainsi nommé par les naturels, et que distinguait une sorte de civilisation. Ses habitans combattirent avec autant d'acharnement que les autres Indiens, mais avec plus d'ordre et de constance; néanmoins ils furent battus, dispersés par Tartillerie, et Quesada entra vainqueur dans Bogota, capitale de cet empire.

Heureux soldat , il pouvait honorer sa victoire ; il la souiHa par le carnage et la destruction. Une jon^îtion fort inattendue le sauva du désespoir des indigènes, fienalcazar, général espagnol d'origine moresque , heureux et habile compagnon de Pizarre au Pérou, marchait dans le même temps à d'autres découvertes.

Après avoir quitté l'empire des incas par une latitude opposée à celle de Sainte -Marthe, il avait traversé et soumis le Guenca, le Quito,

le Pasto , le Popayan ; ses succès l'amenèrent dans le Cundiiiamarck , et c'est là que se réunirent fortuitement les deux armées espagnoles. La conquête des provinces méditerranées de la Gordillière fut dès lors décidée. Benaicazar les nomma Nouvelle - Grenade ^ du nom de sa patrie. Sania^Fé de Bogota a été fondée par Quesada , en 1 538 , sur les ruines de Tancienne capitale du Cundinamarca.

Le résultat de ces différentes expéditions donnait au nord, depuis le Paria jusqu'au delà du Véragua, plus de six cents lienes de côtes, comptées seulement en ligne droite ; les bords de la mer du Sud , de Panama au golfe de Guayaquil, livraient treize degrés à la navigation de Fouest; enfin , les contrées de la Ck>rdiiiière o£6raient une profondeur de cent à deux cent cinquante lieues. Mais on s'était peu avancé dans Tin térieur proprement dit, dans ces llanos que les débordemens laissent encore inaccessibles sur plusieurs points , et que partout alors les indigènes défendaient comme leurs derniers retranchemens. Il en est resté une multitude de tribus qui n'ont jamais été visitées^ et celles qu'on a soumises ne l'ont pas été par les armes : ce sont des missionnaires qui ont en quelque sorte achevé la découverte.

Dès Tannée iSia, alarmés de la dépopulation des Indiens , ces religieux avaient obtenu de n'être plus accompagnés de soldats. Ils marchaient en petit nombre, la croix à la main^ précédés de Teffroi qu'inspirait la vue d'un Européen, bradant la certitude des périls; rien ne réfroidissait leur zèle, ni les outrages qui accueillaient leurs signes d'affection, ni la mùTt même, qui d'abord en moissonna* beaucoup. Ainsi quelques hommes dévoués , souvent séparés de tout établissement espagnol partine distance de cent lieues, donnaient à la morale évangélique des sauvages que le fer n'aurait pu vaincre. Le coeur le plus tiède aux mystères de la foi doit son admiration à ces couquérans pacifiques; leurs travaux et leur gloire sont de toutes les croyances. Telle est la spurce des missions ^ petits villages qui formeront dans la suite une république de moines, sans conserver ni l'intérêt ni l'estime que semblait devoir leur garantir une origine aussi touchante, aussi héroïque^

Le courage des premiers missionnaires et les bornes de laCk>lombie iious ramènent en même temps au point de départ des navigateurs. Le Paria, le Cumana, les Caraques^ la Ck>riane, tous pays compris alors sous le nom de Vene-*

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zueky étaient restés le théâtre des crimes les plus odieux que nous ait transmis l'histoire de la conquête. Curieux et dociles à Tapproche des Colon y des Ojeda, des Bastidas; confians avec les négocians qui étaient venus traiter de l'or et des perles pour quelques futilités , les indigènes se montraient farouches et cruels à Tégard d'une foule d'aventuriers qui ne leur ap-; portaient plus que le pillage et la mort. Santo-» Domingo, imprudemment peuplé avec des galériens d'Europe, avait jeté sur ces bords des * hordes plus barbares que les sauvages qu'elles attaquaient

Quelques ministres de la religion, profitant d'un intervalle de carnage , parvinrent à s'établir au milieu de ces Indiens : ils les instruisaient; ils en étaient respectés- Des soldats espagnols paraissent, et signalent leur présence par des excès. Alors les naturek, ressaisissant leur féroce indépendance, accusent de séduction leurs préjdicateurs , et les massacrent Un manque de foi avait causé la mort de ces religieux; on la vengea par d'autres meurtres : une expédition partie de Santo-Domingo vint ravager, couvrir de sang toutes ces contrées.

£lles commençaient à se dépeupler lorsque Jean de Ampuez fut envoyé pour y asseoir une

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colonie paisible. Il débarqua sur la v

nezuela , fît une alliance sincère avec qw dueb de tribus , et, en iS^g, fonda la yïÎU, Coro , qui n'eut d'importance que jusqu'à l'éta blissement de Caracas,

Cette colonie prenait quelque consistance ; une calamité lui arriva d'£urope. Charles-Quint avait contracté de fortes obligations avec les Velzers, riches marchands d'Augsbourg; il leur céda rentière exploitation du Venezuela^ à la charge d*en achever la conquête , d'y fonder et entretenir de nouvelles colonies, laissant à leur nomination tous les emplois administratiâ. Les Velzers trafiquèrent de leurs droits au profit d'aventuriers allemands qui désolèrent tout le pays ; leur insatiable cupidité coàta la vie à des millions d'Indiens ^ et fit gémir les colons espagnok sous uqe insupportable tyrannie. Ces malheureuses côtes, déjà tant de fois ravagées, n'auraient bientôt offert qu'une imiçaense solitude , lorsqu'enfin Charles annula son marché honteux avec les Velzers, en i55o. Le premier pays reconnu dans le continent fut le dernier soumis à l'autorité de la couronne.

Christophe Colon, Ojeda et Amerigo, Rodrigue de Bastidas , Balboa , Benalcazar et Quesada, nous ont conduits aux différentes

cootrées de la Colombie; la découverte et la conquête en ont été marciaées par le génie , rhéroîsme et la cruauté. Maintenant on verra s'éteindre la grandeur et lafprce d'ame,etlea premiers moyens d'établissement n'avoir plus pour mobile qu une iâcbe et ignorante cupidité , tandis que la situation des vaincus devait remplir la plus vaste ambition, inspirer des sentimens généreux, et commander Tintérét de la science.

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