‹ Histoire de la ColombieChapitre 7 sur 30 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Régime colonial. — Population nouvelle. — Des Indiens.

Cependant Tordre parut, né de la fatigue de détruire et du besoin de conserver. Les richesses ne s'obtenaient plus que par le travail ; les ambitions satisfaites avaient énervé les courages, et répandu le désir d'une jouissance paisible ; enfin , il fallait des lois à la propriété , et des sujets aux possesseurs. C'est seulement ainsi que l'Amérique fut pacifiée.

Mais un siècle s'était à peine écoulé depuis la découverte, et déjà les provinces de la Colombie dormaient dans ce calme profond qui n'a été troublé que par le signal de leur indépendance. L'Espagne en avait sévèrement prohibé les arts qui grandissent les nations, et les lumières qui font aimer la liberté. L'exploitation des mines, le transport et la sûreté de leurs produits, une agriculture bornée par la politique, enfin la soumission des peuples et le

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triomphe de la croix, voilà les mobiles qui ont dirigé riotérét de la métropole.

tes prémiers établissemens maritimes reçurent un accroissement rapide : échelons de la découv^erte, liens de communication entre les nombreuses contrées soumises à la même puissance, ils étaient Tentrepôt» la sauye*garde de toutes ses ricbesses. La jalousie souvent hostile des nations européennes lui fit un devoir de les £ttnâfieK./Santa Martha , Coro , Porto Cabello, la GÛ&yra , Cumana , défendaient les côtes septen- ^ionales ; à Touest s'élevait Carthagène , qui Jbientôt devait être citée comme un des plus sûrs et des plus beaux remparts de mer. Porto Beilo ptHlt^ait le nord de l'isthme, et Panama le sud. Un autre port s'ouvrait dans le ^frand Océan, et promettait à Guayaquii ses fiorisipintes destinées.

ti De grandes cités sortaient aussi de leurs fon- ^mens. D'un côté clétait Caracas, environnée (Ée superbes campagnes, et non loin Maraqaiibo, belle surtout de sa situation sur un lac ;9ont la circonférence dépasse cent vingt lieueé. Au sein de la Nouvelle-Grenade on vovait Santa- ^ll^^jde Bogota préluda à l'opulence d'une ville capitale. Entr'àutres se forinaimt etaùott^ abne J^j^ar la Cordillière, et la populeuse Quito,

et Popayan, oonstniite avec plus de goût, et Zipaquira , d'un aspect plus animé. Daresteelles s'élevaient toutes sur un même plan : c'était une croix y dont le centre recevait l'église ^ toigôats resplendissante d'or et de pierreries ; de sombres demeures se traînaient aux extrémités^ les constructions udles s*arrétai6nt devant ceinte des couvens. 1^ caractère espagnol se retrouvait partout; une piété fiistueuM misères sociales , le témoignage de grandes idées et l'ignorance des moyens d'exécution; «mâii. le triomphe de la nonchalance «âr le senéiaÉiÉI du bien-être. v^d La position des villes médit crratté ft s Ifei ptfe^ vait de certains avantages commerciaux; mais, plus abondantes en mines, elles s'^mrirhiiiai<f| par kur èxploitatk>n; Un b&lel'diéS iftôâiirflëi^ fut établi à Santa-Fé de Bogota , et un autre à Popa7an.Les genres d'iadustri^qBfeliMi' Hisiiiil accordés s'y développaient aussi avec plus de succès.

L'agriculture avaiten général trois branches; elle était européenne,. coloniale, ou indigène: la première avait pour objet nos fruits et nos céréales ; le sucre et le café donnaient à l'autre une grande importance; les principales jntoductions de la troisième étaient le tabac, le

cacao , l'indigo et le coton. Les bétes à cornes et tous les animaux domesticjues de r£urope multipliaient dans ces contrées avec une étonnante fécondité : le service et la nourriture de l'homme devinrent bientôt les moindres avapr tages de leur éducation; la laine et le cuir donnaient au commerce des revenus considérâbles.

Les arts mécaniques auraient ajouté aux prospérités agricoles ; mais il n*était guère permis d'en obtenir que de grossières étoffes : la métropole se montrait inexorable contre toute fabrication qui aurait pu la menacer d'une concurrence avec ses colonies. Bien différente djB ce qu'on l'a vue après Charles -Quint, l'Ës* pagne avait alors des manufactures qui fournissaient à de grandes exportations. Ses richesses d'outre-mer lui procuraient en outre avec l'Europe un commerce d'échange qui la mettait à même de pourvoir ses peuples d'Amérique de tons les objets d'utilité et de luxe ; et , pour les retenir à la fois isolés et dépendans , elle ajoutait à ce monopole le vaste système de prohibition qui était Tune des bases de sa politique. Il était expressément interdit aux colonies de se livrer k telle culture ou exploitation qui aurait élevé quelque rivalité entre elles :

5, HISïOiftE ainsi la vigne , qui pouvait croître à Lima, était proscrite à Quito, et la Nouvelle-Grenade abandonnait se» mine» d'argent pour faToriser ceUes du Mexique. L'inertie et la pauvreté étaient commandées à la terre comme aux habitans:

au milieu de plaine» fiertUe» et couterte» de nombreux troupeaux , un propriétaire voyait se perdre pour lui seul ce qui aurait noum WBte une population, s'il eût été permis a««6miH*ce et à Tindustrie de féconder Unt de richesse». Tout négoce avec Fétranger était puni de mort Mais l'extrême rigueur donne un prix aux , nii actions, et les provoque; aussi cette législation inspira-t-elle l'audace du trafic interlope, «nb protégeait surtout l'immense étendue des côtes : il était très suivi entre le Veneaielaetle» Hollandais de€uraçao. Les Anglais menaçaient fréqueiirtnèiit'les port» de l'ouest, et leurs tentatives , repoussées , laissaient toujon»» •sér ce» liort» de» relation» européennes. Une autre cause, et c'estla plus puissante inefitensuitojki Bwnopolecastillanqu'uneorgueilleuse illusiori; L'Espagne ne pouvait le conserver qu'autant ^'çUe y suffirait par son commeipce ou jiat ses p ^i M M i mieest', mais cette nation était de- Tenue riche , et, de même que son courage, eUe

tctOCyVi tbn industrie s'éteindre. Alors tout*

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FEurope marchande approvisionna ses colonies : ce fut long-temps encore sous pavillon espagnol, par respect pour la loi de prohibition , qui plia enfin sous les volontés la politique; les traités de la fin du dernier siédie livraient tour à tour le commerce de TAroérique à la France , à la Hollande, et surtout à rAngleterre.

La couronne de Castille avait perdu les trésors du nouveau monde ; la perpétuité de cet état d'amoUissementet de détresse devait aussi lui en ravir la souveraineté ; mais c'était Tou-^ vrage du tenqps. Une raison mûiie par l'injustice poilvait seule rompre les liens moraux qui garantissaient à la métropole ime longue et paisible possession. Sa politique sombre, mais prévoyante, avait façonné une population tout^ nouvelle au double despotisme du sacerdoce et des artstocratîes.^Le tribunal de Tinquisition s'y était établi sous les auspices du pieux et cmel Philippe II; une autorité soupçonneuse pesait également depuis Talcade jusqu à Taudience royale , depuis le commandeur jusqu'au vice-rot : la soumission , Tignorance et la crédulité étaient préchées, maintenues par le clergé; les délégués de la couronne s'attachaient à di-. viser et les intérêts et les classes.

On n'avait guère songé à la législation civile J l'arbitraireréglaitsouvent les héritages, comme il prodiguait le» privilège» : de là cette. lenteur qu« le» simples citoyens ont apportée à leur émigration d'Espagne pour le» provinces de la Colombie. Quantaox impôt», a»»i8 sur de large» ba»e«,«t laissant peu de valeur aux propriétés moyenne» , a» ne portaient toutefois de grands trésors qu'à l'église; une administration ruineuse absorbait la part de l'État, qui cherchait des ressources dan» le» taw» toujours nouvelles

de la douane.

A la téte de la population »e plaçaient les chaphones, ou Espagnols arrivé» »ncce»»ivement d'Europe sou» la protection de la métropole.

Les hauts emplois «t les grâce» étaient entre leur» mains; ils prétendaient au respect de»

autres classe», et n'en obtenaient guère que la haine;ilssevengeaientparl'irfjustice.Iie»econd

rang de» ma^ttatures civiles et ecclésiasdques éUit rempli par le» aéoïes, né» en Amérique, mai» de parens espagnols. Tandis que les chapetone» »e montraient fier» du crédit ou des^ distinctions dont leurs femlUe» jouia«aient à Madrid, le» créole» opposaient deux sortes d'aristocratie : le» un», fil» de plu» ancien» cbapotones, nommaient avec orgueil ceux de leurs

aïeux qui avaient exercé de grandes charges

dans la colonie; d'autres s'honoraient de descendre des premiers conquérais.

On auraitpu espérer que lés créoles, joignant rintelligence européenne à 1 avantage du sol natal, seraient devenus la classe éclairée et industrieuse : loin de là; ils coulaient leur vie dans la mollesse des plaisirs et dans les superstitions du culte, n est vrai que la plupart étaient riches. P'un autre côté, les lectures permises ne se composaient que de livres mystiques, et la vue d*un ouvrage obscène causait beaucoup moins d'alarme que celle d'un écrit qui aurait traité de politique ou de philosophie. Le goût des lettres et des science^se conservait pour ainsi dire secrètement au sein de quelques familles, qui en- . voyaient leurs -fils étudier en Europe ; mais, revenus aux colonies avec des lumières prohibées, ces jeunes nobles ne les répandaient que dans le cercle de leurs pairs, à l'exemple des prêtres, qui ne permettaient que le cloître aux productions de la pensée.

La troisième classe était la plus nombreuse : on y comprenait les hommes dits de couleur, soit métis s'ils venaient d'un espagnol et d'une indienne , soit mulâtres s'ils devaient le jour à une négresse et à un espagnol* Heureusement

constitués, actifs, habiles dans les arts mécani-* qnes, ils te liyraient au soin des affaires, du commerce et de la fabrication. C'est par eux quie s'opère la naturalisation de la nm^mo^ péenne : à la première génération ils n'étaient traités que comme indiens ou conmie nègi^; mais , les traces de leur origine s'éffaçant^àâà troisième pour les métis, à la cinquième pour les tntdàtres, ils se confondaient aloirl.aMiilIfl» créoles, dont ils prenaient et leS mœurs et le rang. La couleur blanche est la noblesse de^ colonies; aussi le petî«-fils d'anhoteMdè MG^ leur n'échappait-ii au mépris des blancs pur^

qu'en dérobant atec acm k riepret 'deàii^lNIÎM^^

ssince. ^-.■■.^..-y.rA-^f^^^

Les nègres, en plus, petit nombre dan%iC(3i proTÎnces que dans les autres possessions es* pagnoles, formaient la quatrième classe. Leurs conditions étaient diverses : attachés au service» domestique , au travail de la terre, à l'exploitation des mines, ces malheureux se voyaient encore trop souvent assimilés aux bétes de sommes mais les règlemens et la générosité des colons en rendaient beaucoup à la liberté : un esclave avait le droit de se racheter pour trois cents piastres, eût-il coûté deux fois autant à sou propriétaire; el ces affranchissemens étaient plufi

rares que ceux à titre gratuit, soit par testament, soit comme récompense après une conduite laborieuse. Une sorte de mode choisissait aussi parmi les nègres; quelques uns, caressés, fêtés par leurs maîtres, avaient le sort des singes apprivoisés, et jouissaient même de ces libertés que certains rois laissaient prendre à leur fou. Quelle que fût sa condition, le noir gardait sa place dans l'aristocratie des couleurs ; il méprisait les hommes cuivrés.

Ces premiers possesseurs du sol venaient enfin se placer au dernier rang. Dévoués à la mort ou au plus abject esclavage dans les temps de la conquête, ils avaient reçu quelque adoucissement par l'ordonnance de i54a, émanée de Charles-Quint. Elle les déclarait hommes IIbres, soumis d'ailleurs à la religion de l'État, ainsi qu'à des règlemens qui conciliassent leurs penclians et leur aptitude avec les droits et l'intérêt de la couronne.

Les Indiens se trouvaient répandus ou sur les possessions des colons , ou sur les terres appartenant à l'État. Les uns, divisés par districts sous le nom d'e/zcomzVw/iaf, restèrent employés par leurs maîtres pendant un temps fixé, et moyennant un salaire. Le colon payait un droit proportionné au nombre de ses naturels, et ne

"fuyait en exiger qu'un travail modéré; mais la sagesse des réglemens était souvent bien faible contre la cupidité.

Une sorte de régime municipal fut donné aux Indiens vassaux de la couronne. On leur permettait de choisir entre eux et de nommer eux-mêmes leurs caciques, que Ton faisait surveiller par des magistrats espagnols. Us formèrent ainsi de nombreux villages, qui rappelaient en quelque chose le premier état de ces indigènes, heureux de retrouver, avec la tradition de certains usages , l'autorité immédiate d!un de leurs compatriotes; ils rendaient ce' pouvoir héréditaire, après l'avoir confié de préférence au descendant d'un ancien cacique. Une taxe annuelle, imposée seulement sur les homr més de dix-huit à cinquante ans , les appelait à la contributiou commune, en même temps qu'elle les mettait dans la nécessité de combattre leur répugnance pour le travail. Ils cultivaient la terre, et approvisionnaient les cités.

lies Indiens qui préféraient habiter les villes s'y trouvaient soumis aux mêmes lois que ks Espagnols; ils exerçaient des professions grossières, mais libres. Ou leur défendait toutefois de monter à cheval, et d'avoir des armes en Leur possession. 5*ib se rendaient coupables de

D£ LA COLOMBIE. 5; quelques délits, on les punissait avec plus de sévérité que les blancs; mais, dans toute contcistation civile , ib n'étaient entendus que comme mineurs; de sorte qu'un Espagnol perdait toujours' en plaidant contre un natureL Ils avaient été déclarés non justiciables du tribunal de rinquisition , et Ton ne pouvait les ordonner prêtres. Enfin, s*iU se trouvaient appelés pour quelque déposition , le témoignage de six indiens n'était compté que pour celui d'un seiA blanc.

De telles mesures semblaient proclamer la Êûblesse et l'incapacité d'une race digne de pitié par les iiuillieurs qui Pavaient accablée , mais n'inspirant que peu de confiance quand on la considérait comme une section de la société. Il faut avouer que les Indiens en ont justifié plusieurs réserves offensantes; ils sont restés paresseux, insoucians, vides de pensées, n'ayant de calcul que pour le mensonge. Leur éloignement de la civilisation s'exprime dans un reproche que la plupart adressent encore aux Européens; ik regardent comme une insupportable tyrannie l'obligation d'avoir une demeure fixe et de porter des vétemens.

Ce régime politique a pourtant été plus favo-

rable aux Indiens que le régime des missions, qui se sont surtout multipliées dans la Guayane et dans l'intérieur du Cumana. Une centaine d'habitations construites sur un même modèle, et réunies autour d'une église; des moines qui instruisent et officient; des Indiens qui assistent régulièrement à la messe, puis cultivent la terre pouç les besoins de la communauté; un alcade choisi parmi les naturels pour régler leurs intérêts particuliers, mais sous la surveillance d'un prêtre, qui lui-même relève*du supérieur de son ordre, voilà une mission. On a vu , lors de la découverte, l'admirable origine de ce vaste empire théocratique , dont les sujets sont désignés comme pueblos de doctrina ( gens de la doctrine). L'instruction et le temps n'ont pas rendu ces étabiissemens dignes de leur institution. Les moines ont l'indolence et les mœurs des anciens créoles; l'exactitude dans les devoirs religieux est tout ce qu'ils réclament de leurs troupeaux , abandonnés du reste à euxmêmes. L'intempérance et l'hypocrisie sont les défauts communs aux Indiens de la doctrine :

ils n'ont pour le culte que le froid sentiment de Wiabitudc ; ils s'amusent de ses cérémonies , et leur esprit reste fermé à sa morale. licur population s'est accrue ; mais la sphère de leurs idées

s'est encore rétrécie en perdant Fiogénuité de leur premier état

Toujours observés arec un généreuse intérêt, les Indiens ont trouvé des déletrseurs qui assigliaient une cause à la difficulté diç leurs perceptions, à Tengourdisseinent de leurs facultés inteliectuelles. On prétendait qu'en leur imposant les lumières de l'ancien monde on avait étQj^é }^ germe des lumières qui leur étaient f$S^Ê(^!^ii(ii^ appelés à une ctyilisation trop dilâfiiSrente' de la nôtre pour que nous pussions Tappréciec ; enûn c'étaient de jeunes plantes qui périiBldent sous une culture exotique. Ces assertions pourraient s'appliquer aux Indiens à demi policé au raomeut. d^ la décou-; verte , et dont le genre d'industrie est en eflbt diememré statiopMiri^ ; mais les indigènes noi^ réduits y quels progrès qnt41s«&ils d'après leur propre instinct? ^ .

fics tribus sédmtaii^ on «munies, réfugiées invaincues, vivant eb Société od dws Tisol^çment, se renowtrent aux mêmes Ueu^» ie^ lllies montrant iiii» «égale pa$8iaA poiit la vie

Sauvage, les autres se livrant à la même culture, pu fcon&<sryf^i||i(mçQr^ ^^'OÇi^ i i fe éi temps; Eliife% n'ont aooeptié qu'un- seul

bien^it des Européens; c'est Teptretien des

6o -HISTOIRE

troupeaux qui couvrent leurs plaines. L'une de

ces tribus est devenue historique, celle des Goa^ jiroS f f^ui occupe une cinquantaine de lieues dans le Rio-Hacha , à Test de Sainte-Marthe.

Les Goajiros n ont jamais été vaincus par les armes. Des missionnaires étaient parvenus à les réduire ; mais , en 1 766 , un faible incident les replaça dans leur première indépendance.

L'un d'eux , accusé d'une liaison ttt^^^^liiâ^^, avait été fustigé par l'ordre d'un religieux ; çqfu^ vert de sang , il crie vengeance. La tribu se wiâlève; elle massacre les étrangers, et, sur les ruines fumantes de leurs habitations , jure de ressaisir sa^ierté, et de la défendre. Depuis lors aucun Espagnol n'est entré che^ 1^ Go^* jiros sans payer cette impra^mce de sa Maïs on a continué de commercer avec eux, et leurs rations se sont même étendues aux comptoirs de la Jàmaïqae. Toutefois les Anglais n'ont osé tenter un établissement dans leur port : les transâttioâs.t>ntlieu à bord des bfttitMm^ qui se retirent le plus promptement possible. Tout vaisseau qui fait naufrage sur la câte de céB mdiens devient ausi^t leùl* piàlSèf^i Ils sont environ trente mille , bien armés.

Les naturels rest^^idépeiM^ts breux ^ et des provinces considérables , comme

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Cartbagèue et Maracaïbo , supportent sans înquiéttide le voisinage de tribus aguerries. Que Ton suppose cependant plusieurs de ces communautés barbares unies par l'intérêt, ou provoquées par une nation jalouse , voilà un peuple de pirates auquel la civilisation serait peut-être un jour forcée de rendre une sorte d'hommage , comme TEurope le fait encore à régard de ces hordes qui infestent les côtes d'Afrique.

Ainsi , après trois siècles , ou les Indiens se retrouvent comme au temps de la découverte^ ou se présentent dépouillés de Tintérét qu ils inspiraient pendant la conquête : ils ont cessé d*être malheureux , et ne promettent rien à la civilisation. Si Tabsence de monumens s'oppose à ce qu'on voie en eux les débris d'un grand naufrage , faut-il, avec quelques observateurs, j chercher les premiers élémens de générations notivelles? Les Indiens seraient encore bien jeunes. Au surplus , l'origine des peuples de l'ancien monde n'offre pas plus de lumière : ce sont toujoiu's des étrangers, venus des extrémités du globe, qui poussent les aborigènes, les soumettent , et fondent des empires. La première population colombienne s'éteindra dans le mélange des races , et sans doute qu'un jour

6a . HISTOIRE

on ne verra dans ces contrées que la nation d'origine européènne.

Ce croisement aurait produit deux combinaisons heureuses , les métis et les mulâtres ; mais il€i aossi donné les zambas^ fruit de l'union des nègres et des indiens. La couleiu' du zambo tient le milieu entre le noir et le mulâtre ; il a les membres nerveut et bien formés ; sa constitution est robuste. Sons tous les rapports il se montre supérieur et à Findien et au nègre; mais ses facultés intellectuelles le placent au dessous du métis et du mulâtre, et toutes ses pensées le portent au mal : le nom de sambo est devenu le synonyme de débauché , de voleur, d'assassin , et Ton a remarqué en effet que, sur dix crimes , huit sont commis par des individus de cette espèce , heureusement peu répandue. L'union des nègres et des indiens avait été interdite ; mais une autre cause , plus forte que la sévérité des réglemens , a laissé les zambos en petit nombre : c'est l'antipathie des deux races.

Les zambos ajoutent à ces band^ que Ton désigne comme de nouvelles tribus d'Arabes.

Elles se composent d'honmaes^ de* couléur, de nègres marrons ou affranchis , à qui l'influence et les séductions du climat ont lait abandonner

leurs profeBsioDft pour mener une vie insou-

ciante et nomade. Des Indiens qui fuient les devoirs de la société ou renseignement des miêsions Tiennent partager le plus grand bonheur qu'ils connaissent ; c'est de marcher nus. Tout ees vagabonds sont armés pour la chasse ; des troupeaux les suivent; ils traînent avec eux femmes et enfans , et vont ainsi errans sous la seule protection d'une terre • toujours géné-» reuse; ils s'enivrent au tronc d'un palmier, dont la source , est intarissable » et ne connaissent d'autres ennemis que les bétes fôroces, qu'ils sont habiles à combattre et à vaincre. Il ne £8iut pas confondre ces bandes avec les Ua^ neros , mélange d'hommes sortis des mêmes castes , mais cultivateurs paisibles , qui ne*s*éloignent de leurs champs que pour les défendre.

Ces diffiârentes branches de la population, non compris les tribus errantes, ne s'élevaient guère au dessus de trois millions dmdividus:

* 650,000 blancs, 900,000 mulâtres , 670,000 métis , 160,000 nègres , 6ao,ooo indiens.

Tant d'élémens divers semblaient pourtant former un tout homogène. Si le mépris aristocratique se fortifiait en descendant de classe en classe 9 la croyance religieuse , poussée jusqu'à

FaTeuglement^ rapprochait toutes les conditions : la voix d'un prêtre calmait les haines,

comme elle aurait pu les soulever; mais on ne connaissait guère d'hérétiques dans les colonies espagnoles. L'habitude de la soumission, des mœurs faciles et une grande ignorance y tenaient lieu de bonheur. Cest la longue en&nce de cette population bâtarde qui a fait Timmobilité de la politique métropolitaine;'et ce double tableau n'a présenté aucune variation pendant les siècles du régime colonial.

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