‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 118 sur 182 · CHAPITRE VlU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlU

situation des nations iroquoises a l egard dks françars

depliij? i.a glkrke des agniers jusqu'à la fin du gouvernement de m. de COURCELLES.

tMVAMi L*un des fruits que procura la paix avec les Iroquois

Sîiiïtiîïi'îî!!!- formation de quelques bourgades, composées de

uBMtuiuBnMniE. sauvages de diverses nations, qui^ désirant d'embrasser le chrirtianisme ou de le professer plus librement, s'établirent alors auprès des habitations Françaises, conformément aux intentions du Roi. Ce prince désirait d'amener d'abord ces barbares à la vie sédentaire , afin de pouvoir les civiliser ensuite & les rendre chrétiens; & ce fut pour entrer dans ces vues que les prêtres du Séminaire de Villemarie, surtout M. de Féneloa^ M. d'Urfé^ établirent, comme il a été dit, une bourgade sauvage au-dessus de la Chine, dansTîle de Montréal. Une autre, composée d*lroquois & de Hurons , avait déjà pris naissance en face de Villemarie, sur le bord du fleuve Saint-Laurent, à la prairie de la Magdeleine, par le zèle des Pères Jésuites, surtout

(1) Mémoire» de la du Père Frémin, qui en fut le fondateur (i). Dès Tan- JoJ'm Bdîwnt' '^^7' prêtres de Saint-Sulpice, ayant commencé Manusc. de la Biblio- d'alief en Mission chez les sauvages, comme on l a dit, les thcque impériale, à pp Jésuites conçurent le dessein d'en établir une fixe

** sur leurs terres de la Prairie de la Magdeleine, & adres-

sèrent pour cela une requête à M. Talon^ qui leur répondit d'une manière favorable le 4 o<£lobre de la même an-

(2) Journal dci Jt- oée (2). Cette Mission ne commença pourtant qu'en 1669, suitea»4oâ. 1667. parquclques sauvages qui s'y établirent. Deux ans après,

on y comptait dix-huit ou vingt familles ramassées des ^^i^^!fRtiità^nda nations déjà nommées (3j; & enfin. Tété de cette

1679^ p. 16b année 1671, résolus de s'établir en village, ils y allumèrent

SAUVAGHS A LA PRAIKIE. 1669. 3l7

le feu, ce qui, dans les coutumes de ces peuples, était le signe de rétablissement d'une résidence nouvelle (i). Ils (ORciaUoBdejôji, choisirent alors deux chefs, Tun pour la police & la guerre, l'autre pour avoir l'œil à l'exercice de la religion; 8c l'on établit nieme parmi eux la Confrérie de la Sainte-Famille (2). C'eû sans doute de cette Mission que la Mère de (2)Re]ttiimdet67a, rincarnation veut parler^ en citant un exemple assez sin- ^ '7' guUer de la tyrannie que jes songes exerçaient sur Tesprit des sauvages païens. « Ûun d'eux, qui était bien avant « dans le pays des Iroquois, ayant songé, dit-elle, qu'il « fallait qu'il tuât sa femme, qui était pour lors à Mont- « réal dans une bourgade de sauvages où il y avait un V grand nombre d Iroquois, se leva promptement, & vint « en ce village, qui eft à plus de cent lieues de son pays, « pour tuer cette femme, qui eft chrétienne. Les Pères « Missionnaires, ayant appris le dessein de ce furieux, la c font cacher dans une cabane fermée; néanmoins il y « entre, tout hors de lui-même, conduit par des chiens ■ qui suivaient la femme à la pîfte ; car ces animaux soiit « dressés à cela. On la fait monter au grenier, les chiens « Ty suivent; enfin elle saute à terre, elle fuit, & on la « met en la t'nrdedes sauvages. Voyez l'aveuglement de «« ces peuples infidèles, de faire plus de cent lieues de che- « min pour obéir à un songe (3) (*). » (3) LcnradeMmie

«eSGs i670,p.655.

(*) Indépendamment de ce village sauvage, il s'était lormé à la Prairie de la Magdcleine une bourgade Française, composée, en 1672, d'environ soixante habitants^ la plupart pauvres & vivant du travail de leurs mains. L'un d'eux, Pierre Pera, & Denise Lcmaitrc, sa femme, firent, en 167$, une aâion de piété & de charité tout ememble, qui mérite de trouver place dans cette hiftoire dcsrtinéc A rappeler les origines du pays. Désirant de contribuer, dans ces commencementa, à répandre de plus en plus parmi leurs concitoyens la dévotion envers Marie, ils donnèrent, parafe du 23 septembre 1675, J.'* n /

« un logis de pieux en coulisses, couvert de naîlle, situé à la côte . "jP""!."'"' M t *M*u/.é. 1! j t " vwiv tcrresde la Couronne,

« ôaint-Lambert, avec une perche de terre tout autour, pour que le DoMtioo de la cha^ « tout fût employé à perpétuité au service de la Sainte Vierge, & que pdle delà cdia Saint- • ce logis devînt une église dédiée i son nom. > Ce sont les termes Lambert, sa aqn. du contrat de donation (4). lû^S,

3l8 m* PARTIE. LOUIS XIV.

tefit » "AnK "im-ACE ET Outre le village sauvage de la prairie, près de Mont- >*LB«iirAot o« NO- réal, il s'en était forme, vers le même temps, un semblable Tu-iuitB mntmi p,.Q(,|,g çj^Q Québec. Des Hurons, échappés au massacre de leur nation par les Iroquois^ s étaient réfugiés, en i65i, dans lUe d'Orléans, 6( de là étaient allés se mettre en sûreté, le 4 juin t656, ft Québec^ où M. d'AUlebouft» ainsi ()u'on Ta racoitté» avait fait conOruire un Fort pour leur servir de retraite & de lieu de défense. Après la défaite des Agniers^ éc à roccasion de la paix conclue avec les Iroqiinis , CCS mêmes Hurons , sortis de leur Fort au mois d avril 1(368, étaient allés à Beauportj mais, après environ un an de séjour dans ce lieu , ils le quittèrent au printemps de 1669, ^ allèrent s établir à la côte de Saint-Mi- (i) Notes lirces d'un chcl, OÙ ïls demeurcreui piuMeurs années (i). Cette côte ancien manuscrit Hu- fort peuplée de Français: ceux-ci, conjointement avec

ron de U mtsuon de, ^ ^ ' n ' » ^ \ ^ » jé ■>

Lorette—Reiation de l^s sauvagcs, conftruisirent tout auprès de la nouvelle

^^7', p > Relation boufgade Une chapelle (2), qui devait être commune aux

(s)ibdâHoadei6-i. ^ autres, & dout le P. Chaumonot dirigea la

p. 7- ' conllrudion(3). Ce fut vers ce même temps qu'on reçut à '^'^ Québec une flatue de bois représentant la Très-Sainte

rialc, A Pnrh. Suppié- Vicrgc, cnvoyec du fays de Liegc, alui qu elle lut honorée

ment Français laSa, Canada & v cxcitàt Ic zèlc pour procurcr la conversion

in.fol.l.cttrecirculairc , 01,11 1 c ■ •» • • ... n

du Pire Chaumonot, des sauvages; 8f il ell bon de faire connaître ici cette ItaiMiiePèteOabion. tuc, qui donna son nom à la nous elle Mis-^ion (4). Environ Daro/^VoyVcwn- 1611, on avait trouve dans le cœur d'un chêne,

muniquée par M. Fa- dU bourg de Fove, à une lieue de la ville de Dinant, au r^twat» pays de Liège, une ftatue de Marie, qui fiit appelée pour

cela Notre*Dame de Foye, 6c devint bientôt célèbre par la dévotion des peuples. Le resped pour cette Oatue s'étant ^endu aussi à Tarbre dans lequel elle avait été trouvée, on fit avec du bois de cet arbre d'autres flatucs '8c de ce nombre celle qui tut envoyée à Québec par un Jésuite de (5)ReiAtioadfli67i, Nancy, pour servir à rusai;c des sauvages (5). La cha- M.Rcf«iion<leitf7o, p^jj^ {^.jevée par les soins du P. Chaumonot, ayant donc été terminée ^ dédiée au myllère de l'Annonciation, M. de ^^\^^^ét\t!*o ^^^^^ voulut qu'on y plaçât la ftatue de Notre-Dame de ^aâ. ' foye (6), ce qui fit d'abord appeler de ce nom le village

SAUVAGES DE N. D. DE FOYE. 1669. 3lg

dont nous parlons, d'où cfl venu le nom de Sainte-Foyc

ou Sainte-Foix, qu on lui a donné ensuite (i) (*). A peine (OReiatioadetJd^

cette ftatiie fut-elle placée dans la nouvelle chapelle, *«)*«• <•■"■ n«>b-

.... , I 1 • 1- vcllc-l-rancc. t. III.

qu clic devint pour les sauvages un ubjct de singulière i^bK, iswj. Xabic

dévotion, à cause de diverses grâces qu'ils attribuèrent à »ipiMbécîqiie, pw a«.

sa présence au milieu d*eux. Cette année « ils furent pré<

servés de la petite vérole, qui fit de grands ravages panni

ceux de leur nation (a); l'année suivante, une femme («)ftei«iioiidei67o,

sauvage obdnt la guértson de son enfant devant cette

même Hatue ; en sorte qu'en peu de temps la chapelle de

Notre-Dame de Fmx devint pour tous les environs un

lieu de pèlerinage.

Cette colonie Huronne, composée d'environ cent nirii oa sauvages de cinquante personnes, contribua, par sa pictc siikcic, à Tédîfication des Français établis dans les environs, surtout à exciter la dévotion envers Marie. Une Huronne, élevée par les Ursulines & mariée à un Français, pariant un jour à quelques-uns de ses parents de la dévotion du Saint Esclavage, alors autorisée par TÉgUse, leur fit concevoir un tel désir de Tembrasser, qu'ils ne cessèrent d'importuner le Père Chaumonot jusqu'à ce qu1l l'eût introduite parmi eux. n Je lu ils' au mois de juin 1671, écrivait ce « Religieux ; d'autant que ces bonnes gens ont une B grande tendresse pour la Sainte Famille de Jésus, Marie, a Joseph, je les dii.posai à cuti ci dans la confrérie que

(*) W ne faut p4»s {pourtant le confondre avec le nom de Foix, impcMé dé)A, du timps de Lcscarbot, à une rivière située au-deasous d'Hochelaga, qui semble avoir été celle appelée des Prairies (3) , ni (;<) i."Ki,c irN.t, jji avec celui de Sainte- t oix, que M. de Puiseau avait donné à k mai- Uon de 1618. Carto ton qo'il habitait, à une journétau^flesso» de Québec, rar k ixml du du Canada, fleuve Saint-Laurent. Peut-être avait-il emprunte ce nom de celui du village nommé Sainte-FoiXy en Normandie» aujourd'hiy dans le «anton de Loitgucville, aironditsemctit de Dieppe; & cet exemple put engager d'autres colons à imposer aussi^ comme ils le Hrcnt dans la suite, des noms de leur pays natal à des terres en Canada dont ils étaient devenus propriétaires.

Itl* PARTIE. LOUIS XIV.

0 Mgr notre Êvcque en a ctablie à Québec ; pour « joindre ces deux dévotions ensemble, je les y fis ad- « mettre en qualité d'esclaves de k Sainte Vierge, afin que « tout ce qulb feraient de bien fût m dorénavant entre

1 ses mains pour qu^elle en disposât, comme véritable « maîtresse, en faveur des âmes du purgatoire ou de qui « bon lui semblerait. On ne saurait croire la bénédidîon

0 que Dieu a donnée à cette dévotion; il y a déjà plus de I' trois mois qu'ils continuent dans cette ferveur; & quand <i ils vont au travail ou qu'ils en reviennent , ils ne man- « quent point d'entrer dans la chapelle pour offrir leurs

(Oluifttioa<i« 1671, 0 services à leur bonne maîtresse i^*} {ij. » De son côté, '•7»-8' Dollier de Casson rend ce beau témoignage à leur

vertu : « Presque tous les sauvages du Canada sont adon- « nés aux boissons, surtout ceux qui sont- proches des

1 Français, à Texception de quelques-uns, entre lesquels « sont quelques Hurons, que Dieu conserve quasi mira>

(a)HUioircduMoni- „ culeuscment (2). » Le Père Frémin, le 14 août 1672, ré«i, de iCjo a 1671. ^ggp|^| aussi les sauvages de la Prairie dont nous avons

(*) Ces sauvages, outre leur assidoité A la priéfe, laisaient paraître une grande charité les uns pour les autres^ surtout pour les malades. Us avaient aussi beaucoup de dévotion pour sainte Anne, & plusieurs d'entre eus allaient ménae en pèlerinage ft son église de

la côte de Beaupré, sous Québec, pour l'y invoquer. Une veuve du village de Sainte-Foix, qui avait vu mourir saintement sa iîUe &. son mari, ayant résolu d*y aller en dévotion pour remercier sainte Anne, & offrir un présent de deux mille grains de porci i r , qui étaient comme les pierreries de ces barl^i'-es, clic pria k Missionnaire de trouver bon que ce présent ne pai ai pas sous son nom, mais qu'il fût oflêit au nom de la nation Huronne. Elle ajouta que, comme nous tenions de sainte Anne la Sainte Vierge, sa rtlle^ elle serait bien aise aussi de taire cette petite offrande, en reconnaissance de cette faveur qu'elle eftimait par-dessus tous les trésors du monde. Les principaux de la bourgade, pour rendre cette a£lion plus solennelle, voulurent être de la partie. Ils s'embarquèrent dans des canots d'écorcc, accompagnés .de leur Missionnaire, chantant durant le voyage des hymnes en leur langue à l'honneur de la bienheureuse Vierge de sainte Anne qu'ils allaient honorer; &, arrivés au lieu du pèlerinage, ils (S) Relation de 1671, tirent tous leurs dévotions avec beaucoup d'édification pour les p* 9i >«• habitants du lieu (3).

CRAINTE d'une N0LV1:LLE GUKRRE. 1669. 321

parlé : « Depuis que je suis ici; écrivait-il, je n'ai point eu « connaissance qif il soit entre dans aucune de leurs ca- « bancs une seule goutte de boisson, quoique partout aux « environs les sauvages s'enivrent tous les jours, avec des u excès qui font voir parmi eux une vraie image de Ten-

• fer, par la fureur qui les transporte. Ils ont eu ici, Tcs- « pace de plus de trois semaines, un cabaret tout proche « de leurs cabanes ; pas un n'a eu la pensée d'y mettre

• le pied, quoiqu'il y en ait bien cinquante ou soixante

a parmi eux qui étaient de grands ivrognes (t). » Mais il r> i^ciaUon^iSTs, parait que parmi les sauvages de la Prairie il y eut quel- ^' ques variations là-dessus^ malgré le zèle & la vigilance de leur Missionnaire.

Quant aux cinq nations Iroquoiscs dont nous avons la mix surtout à parler ici, voici quelle tut leur situation a i égard des Français sous le gouvernement de M. de Courcelles. D'abord, en 1669, la paix conclue avec elles, cette paix si importante & si nécessaire, dont chacun goûtait les fruits avec tant de satisfaâion depuis trois ans, faillit être rompue à Toccasion du massacre du capitaine Sonnontouan, dont on a parlé, & d'un autre attentat plus horrible encore. Depuis la conclusion de la paix, les Iroquois allaient en assurance hi\ erner , pour leurs chasses , auprès des habitations Françaises. L'hiver de 1668 à i66c), six personnes de la nation d Onneiout (*;, savoir : trois hommes, une femme & deux enfants avaient dresse leur cabane sur le bord de ta rivière Mascouche, qui se décharge dans celle qu^on appelait de Jésus. Trois Français ayant pris

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Dt- MASSACKR M KX OfUtEMXTT*.

(*) Mère Marie de l'Iiiciiriiation a été mal informcc en disant que ces sauvages étaient de la nation des Loups. Les pièces du procès de leur maaucre, qu'on voit encore en original au grefle' de Villemarie. montrent qu'ils étaient tous de la nation d'Onnciout '2;. De (9)RelatMinde 1670, son côté, l'auteur de la Relation de 1Ô70, après avoir dit que tous ces p j. sauvages étalent Iroquois, ajoute qu'ils appartenaient à la nation (3) /WJ., p. 45. d'On nciout (3). Seulement il porte leur nombre à sept (4}, au lieu de U) ^» 7<^> six qu ils turent réellement. *

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