TOME III
i; Greffe de viMc- leuf quaitîer de chasse dans le voisinage (i), visitèrent D *d?rad!i'' du 'riemr CCS sauvagcs & remarquèrent que, vcrs le printemps, ils La Salle. avaient dans leur cabane une cinquantaine de peaux d'ori-
(2) Greffe de Ville- gnaux & qucIqucs caltofs (2;. Kpris par un tel appAt, ces c"?âmîa^n' Hialheurcux forment le noir ^ déteflable complot de les M. d'AiiJeboud. assassiner, pour s'approprier ensuite ces objets èsi Ici» partager entre eux; & dans cet exécrable dessein, se rendent un soir à la cabane de ces sauvages, comme pour leur faire feltin. Us leur donnent de la sagamité, surtout leur font boire assez d*eau-de-vie pour jeter les trots hommes & la femme dans une complète ivresse, afin de pouvoir ensuite les massacrer sans péril pour eux. Comme ils se l'étaient promis, les sauvages, assoupis bientôt par reflfet de cette liqueur, s'endormirent tous d'un profond sommeil. Cependant l'un d'eux s'étant éveillé au milieu de la nuit, * entendit crier un chat-huant, & alors, soit que la générosité apparente de ses hôtes eût fait naître en lui quelque soupçon de défiance, soit que dans son ivresse il fût dominé par les idées superftitieuses de ceux de sa nation, il se mit à dire tout haut que cet oiseau lui pronofiiquait la mort, & qu'assurément il ne verrait pas le soleil le lende> main. A quoi Tun des Français, qui l'entendait parler de la sorte, répondit que c'était une bagatelle, & qu'il ne devait pas s'y arrêter. Enfin, lorsque tons ces sauvages étaient plongés dans le sommeil & incapables de se défendre, les trois assassins se lèvent & les massacrent cruellement, .sans épargner dans leur frénésie ni la femme, ni incme les deux enfants, dont l'un était âgé de sept ou huit ans, & l'autre n'avait qu^un an & demi. Après cet aflfreux carnage, effrayés sans doute de la présence de tous ces cadavres, qui semblaient leur reprocher une si horrible barbarie, et voulant les souftraire à tous les regards, ils les mettent dans un canot, âu'dessus duquel ils fixent des traverses de bois pour les y retenir & ayant conduit ce canot à une demilieue en deçà du premier rapide, le coulent à fond sous un arbre couché sur Peau. Enlin, revenant à la cabane, ils enlèvent les pelleteries & les bardes des sauvages, les
CRAINTE d'une NOUVELLE GUERRE. 1669. 323
transportent auprès de la leur, & les enfouissent dans une cache qu'ils creusent i ce dessein, de peur sans doute qu'elles ne fussent reconnues & ne devinssent contre eux des pièces de conviélion. Mais ces malheureux j par un
effet de leur avarice, dévoilèrent eux-mêmes leur crime. L'un d'eux, frudré par ses complices de la part des pelleteries volées, qu'ils étaient convenus de partager entre eux, les menaça d'abord de les dénoncer, s'ils ne lui donnaient satisfadion. Il déclara même le crime à M. La Salle, ë»: enfin remit à trois de ses camarades un écrit où il en exposait toutes les circonftances , en les priant de dire à Tun de ses complices, qui demeurait alors à Villemarie dans le lieu appelé la Commune, que sll refusait de lui. rendre la part des pelleteries qu'il réclamait, il déclarerait à la juftice même le vol & l'assassinat
Au printemps de cette même année i66g eut lieu aussi, près de Villemarie, le meurtre du capitaine Son- desomnojctouanmet
■ TOUTK LA COUnUK
nontouan, commis par trois soldats de la garnison. Etant bhH»iu allés en traite dans les bois, ils rencontrèrent ce capitaine, l'un des plus considérables de sa nation, & remarquèrent qu'il avait quantité de pelleteries. Comme ils ne pouvaient les acquérir par des échanges proportionnés à leur va* leur, & qu'ils voulaient s'en rendre les maîtres, ils formèrent entre eux Thorrible dessein d'assassiner ce sauvage. Pour venir à bout de lui plus sûrement, ils l'enivrèrent avec de Teau-de-vie, le massacrèrent dans son ivresse, 8c, après avoir caché son corps, volèrent toutes SCS pelleteries. Ce dernier attentat, qui fut découvert le premier, pensa, comme il a été dit, rallumer le feu de la guerre, dès que les Iroquois en eurent connaissance. Dans ces circonllances alarmantes, M. de Courcelles, pour apaiser les ^prits des Iroquois & prévenir 1^ malheurs dont tout le Canada était menacé, se transporta en personne à Villemarie, où était le rendez-vous de toutes les nations sauvages pour la traite; & cette airaire parut même si importante, que M. de Laval fit faire à Québec des prières
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publiques et TOraison desQuarante-Heures dans chacune des églises successivement.
M. î.K <;orRCE[ LFs KAiT Tous ces peupIcs étant donc à Vîllemarie plutôt pour fA&sM PAR Lïs ARMES j^y^p jj-^j^g q^j. j^^s^eiu prémédité de parler de
EN PRÉSENCE DM NA- paix, M. dc Courcellcs les assembla. 8: moyennant les Tio«« MjvAQss. présents & les harangues ordinaires pour ressusciter les morts, pour essuyer les larmes , pour aplanir les chem'ns les difficultés du commerce, tout fut apaisé 8c les traiics de paix renouvelés. Mais, pour les convaincre tout a fait que ni lui, ni les aptres Français n'avaient eu aucune part au meurtre du capitaine Sonnontouan, il voulut faire .passer par les armes les trois soldats assassins & en pré- (I) LctircsdL Marie sencc de toutes CCS nations assemblées (i). Ce qu'il y eut nncrn.uon, page remarquable dans cette exécution, c'eft d^bord que les. criminels trouvèrent, dans la soumission avec laquelle ils acceptèrent leur arrêt de mort & dans le repentir qu'ils témoignèrent, un moyen de réparer devant les hommes le scandale d une si déteilable ailion, 8^ de satisfaire à Dieu, en endurant leur supplice, le 6 de juillet 1669 (';, avec une résignation admirable, qui toucha tous les assiftants. Ce lugubre speAade produisit aussi de très-heureux effets sur Tesprit des sauvages, spécialement sur plusieurs Iroquois de Sonnontouan, jusqu'alors fort irrités contre les Français. Chez toutes ces nations, quand quelqu'un en tuait un autre, au lieu de faire mourir Thomicide, on ressuscitait le mort, en donnant, au choix des intéressés, son nom à quelque autre, qui prenait dans sa famille le rant; de parenté que tenait le défunt. Voyant donc que M. de Cour- Celles faisait mettre à mort les trois I-'rancais assassins, ils furent apaises par un tel aclc de juliice, tout à fait inconnu chez eux, ne pouvant même regarder les trois patients
(•) On lit dans VHistoire du Montréal^ par M. DoUier : 6 juin. C'eft une aberration da copiAe, comme le montre. le voyage de M. de Galinée*