‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 120 sur 182 · CRAINTE D*UNE NOUVELLE GUERRE · texte numérisé non relu

CRAINTE D*UNE NOUVELLE GUERRE

sans pleurer de compassion & de douleur. Ce qui les affligeait surtout, c'était de voir qu'on faisait mourir trois Français, quoique ceux-ci n'eussent tu6 qu'un sauvage, 8i ils avaient de la peine à comprendre i cquilc d une juitice si sévère. Ils firent même de grands présents, afin qu'on en laissât vivre au moins deiix. Pour toute réponse on leur dit que c^était la coutume des Français d*en user de la sorte; que, dans ces occasions, on en faisait mourir deux pour satisfaire à la jufticc, 8c un pour venger la mort de celui qui av^t été tué. M. de Courcelles enfin fit rendre à la veuve du capitaine toutes les pelleteries que les assassins avaient enlevées; 8c les esprits étant ainsi apaisés, chacun se sépara & retourna dans son (i)i-curesdcM.rie

^5 de rtncarnation,letm

W S ^ I 83% oa, i669,p. 64S.

vn.

On doit attribuer à une disposition particulière de la eamma n. «tAn * divine Providence, d*avoir ainsi contenu ces barbares, qui ' ' ' ' ' ' auraient pu se porter aux dernières violences contre les KvnçAtsBitT la Français (2). Cette modération efi d'autant plus remar-

, , » ^ j !• j ^ • • (a) Rclationde 1670,

quable, qu au moment du supplice des trois assassins, il p),, n'y avait que fort peu d'Iroquois à Villemarie; & qu'il s'aiîîssait de la faire partager par les cinq nations, qui n avaient pas été témoins de ce spe<5tac1e. Ce qui aurait même dû les déterminer à rompre la paix, c'ell que, pendant qu on inlkuisait à Villemarie le procès des trois assassins, on découvrit le meurtre plus horrible encore des six sauvages d'Onneiout. M. de Courcelles, afin de prévenir tout mouvement de leur part, & de les adoucir, autant qu'il lui était possible, eut soin d'envoyer par un Iroquois, un collier à ceux d'Onneiout, & un autre à ceux de Sonnontouan. Ces derniers reçurent assez froidement le collier, quoique Texécution des trois assassins leur fît approuver la conduite de M. de Courcelles, 8: louer sa jultice; mais ne se voyant pas en état d'en rendre une semblable, dans une pareille occasion, ils eussent mieux aimé, diton, dix colliers de porcelaine, que la mort de ces trois assassins (3). (3) ibu., p. 76, 77.

320 m* Partie, louis xiv.

PEUT FAIRE JUS- Cc qu'ïl y ciit cncoFc de très>fâchcux, c'eft qu^on ne ^^««^Li!!Cr'Ln r"^ ^^^^^ jufticc d aucun des trois scélérats, qui a^•aient MtAMim AYANT PMs assassiiic les SIX Onneiouts, quelques moyens qu'on eût LsuAai. ppj^ pQ^jr |gg atteindre, Se quoiqu'on eût promis trois

(OGrcife de Ville- ccnts livrcs de récompense à ceux qui les amèneraient (i). n^ie» la A S2 juillet jj paraît que ce dernier crime, commis dès le printemps précédent, était relié, plusieurs mois, entièrement inconnu. On en eut enfin quelque soupçon, & M. La Salle, en ayant entendu parler, interrogea adroitement Tun des trois assassins,qui avoua le fait, & lui en donna même unerelation par écrit. M. I.a Salle était alors sur le point de partir avec M. Dollier; la veille même du départ, il alla faire sa • déclaration au Procureur fiscal, craignant, dit-il, d'enga- ^cv sa conscience, s'il ne révélait le crime, avant d'entrcl^endre un voyage , où il courait danger de perdre la (a) Greffe de Ville- vie (2). Mais les assassins avaient déjà pris le large ; 8c nurie, & juin. t^. tout CC que put faire la jufticc des seigneurs de Montréal, fut de mettre en st^ireté les bardes des six Onneiouts, ainsi que leurs pelleteries, que M. deQueylus fit porter au Fort de Villemarie. En outre, le juge, M. d*AiUebouft, se transporta à la maison de celui des assasâns qui demeurait à la Commune, & fit rinventaire de ses meubles, qui furent vendus à l'enchère, le 2S du même mois, à l'issue de Vêpres, pour sauvegarder, par leur produit, les droits de ses créanciers. Mais le P. Ralleix, qui était alors a la Prairie de la Magdeleine, avant appris cette vente, alla trouver M. deQueylus, & lui déclara que le fugitif avait reçu chez lui, en dépôt, plusieurs objets d'un Iroquois Onneiout, qu^on présumait avoir été assassiné, 9t que ces objets devaient appartenir au fils du défunt, nommé Aaritak, encore enfant. « La. juftice, répondit M. de Queylus, « ne peut, en effet, s'emparer du bien d*autrui, & on rente dra à cet enfant tout cc que les sauvages reconnaîtront (t avoir appartenu à son père. « Les objets vendus furent donc rapportés par les acquéreurs; 8c des Iroquois, venus de la Prairie, reconnurent divers objets, mis en dépôt chez l'assassin, qui leur furent remis pour 1 enfant.

CRAINTE d'une NOUVELLE GUERRE. 167O. 827

Enfin, les informations étant terminées, fk le mas- jugement des assas sacre des six Onneiouts juridiquement conOaté, le Pro- cootumacb cureur fiscal, après avoir rappelé, que ces malheureux avaient sacrifié à leur déteflablc avarice, tout le pays, en l'exposant à sa totale deltruction, par une violation si lâche 8c si noire du traité de paix avec les nations sauvages, traité, qui aurait dû être inviolable & cher à tous les colons, pour la douceur qu*ils en ressentaient : il con* dut que les trois assassins devaient .être mis à mort; & ce fut la peine que 7 nrta contre eux M. d'Aillebouft. Il déclara que ces individus étaient convaincus d'avoir, de guet-apens 8c de propos délibéré, assassiné, massacré & volé six personnes sau^ ages, de la nation d Onneiout, & les condamna, si on pouvait les saisir, à être mis sur un échafaud, dressé dans la Place Commune de Villemaric, à y avoir les bras, les cuisses, les jambes & les reins rompus vifs, jusqu'à ce que la mort s'ensuivit, & ensuite à être mis sur une roue^ pour y demeurer l'espace de vingt* quatre heures; ajoutant que, si Ton ne pouvait les saistrj ils subiraient ce supplice en effîgic, dans la même place, & que leurs biens seraient confisqués au fisc (t). t«>nbic 1669.

L'année suivante, 1670, les entreprises des Iroquois les «oquo» et les contre les Algonquins pensèrent rompre de nouveau la paix. Une troupe de vingt Iroquois, étant à la chasse, rencontrèrent deux honiuich de leur propre nation, qui, ayant été faits prisonniers de guerre par les Algonquins, & s*étant heureusement échappés, leur apprirent que le bourg d'où ils étaient partis n'était alors défendu par personne; que les gens de guerre, qui y demeuraient, étaient tous allés à la chasse; qu'il n'y reliait plus que des femmes, des enfants & quelques vieillards, & qu'il leur serait très-aisé de le piller. Aussitôt la résolution fut prise de laire une tentative de ce c6té-là ; ce qui leur réussit avec tant de facilité, qu'ils entrèrent sans résiûancc dans le bourg, 8c qu après en avoir tué quelques-uns, ils iirent captifs les femmes & les enfants, au nombre d'une ccn-

'i; OrcfTc de Viltemaric Archives judidaîrei, is & 14 tefm

MRNCENT LA SNTKB EUX.

Itl' PARTIE. LOUIS XIV.

taine. Les guerriers absents, ayant été promptement avertis de ce qui se passait, coururent en diligence, sans pouvoir cependant joindre les Iroquois. Mais les nations du voisinage de ces Algonquins, résolues de venger l'injure faite à leurs alliés, firent aussitôt un parti considérable, allèrent attaquer des Iroquois occupésalors à leurs chasses, qui tous furent défaits; & cette irruption qui alarma toutes les nations Iroquoises, leur inspira des sentiments de guerre et de vengeance contre tous les Algonquins.

cAïuKONTiéafonmin Garakontié. ce capitaine célèbre d'Onnontai;ué, déjà LEsi«oQuoi8AF»E?i- nomm6 plusieurs lois, voyant que la paix a^ ec les F>an- Foom juoK DE "^ûis pouvait cire troublée par les acles J'hollililé entre uuMDiKiiiiAVBc jgs Ifoquois & les Algonquins, & que les Français qui LitALoomviiiis. montaient & descendaient le fleuve avec ces derniers pouvaient être enveloppés avec eux, envoya à toutes les nations Iroquoises des colliers de porcelaine, pour arrêter les partis de guerre, qu^on commençait à former. Il leur remontra qu il était plus à propos de se rendre à Villemaric, où les Algonquins supérieurs devaient descendre, pour y faire leur traite; & que c'était là le lieu où ils devaient exposer leurs plaintes réciproques, ^ terminer leur différend, en présence de M. de Courcellcs, qu ils avaient choisi autrefois pour arbitre dans leurs démêles. Ayant ainsi donné les ordres partout, & persuade aux Iroquois de prendre cette résolution, il se met le premier en chemin, & arrive heureusement à Montréal, en même temps que la dernière bande des Algonquins supérieurs, qui étaient au nombre de quatre-vingts ou quatre-vingt-dix canots, portant plus de quatre cents personnes. Ils espéraient y trouver M. de Courcelles; mais celui-ci, à qui on en donna aussitôt avis, ne jugea pas à propos de quitter Québec , 8c manda aux chefs des nations d aller l'y trouver: ce qu ils tirent au niMiibre de vingt de chaque nation. On assembla donc le Conseil.

^Dcs «LGOM- Algonquins, qui } parlèrent les premiers, dirent

CRAINTE d'une NOUVELLE GUERRE. 167O. 329

qu'ils avaient respedé les ordres du Gouverneur, tou- quins-, hépoimb sb chant la paix; mais que les Iroquois de Sonnoniouan ne ^ajukortié. les imitaient pas en cela, ayant défait presque cent de leurs alliés, dont la plupart avaient été laits esclaves; qu ils priaient le Gouverneur de se ressouvenir, qu'en pleine assemblée de toutes les nations, il avait protefté qu'il punirait ceux qui contreviendraient aux articles de la paix; & qu^ainsij ils Texhortaient à tenir sa parole. M. de Courcelles leur répondit : que, puisqu'il avait fait mourir quelques Français, pour les punir des meurtres dont ils s'étaient rendus coupables sur les Iroquois, on ne devait point douter qu il ne fît juftice de tous ceux qui oseraient troubler la paix; 8»: que, quant aux Iroquois de Sonnontouan, il commençait à les punir sur l'heure même, en retenant captifs ceux de celte nation, qu'on lui avait amenés des Outaouas pour qu'il les leur rendit. Garakontié parla à son tour, au nom de tous les Iroquois, & protella que ceux de Sonnontouan n'avùent fait aucun dommi^e aux Outaouas, mais seulement à une nation, qui n*était point entrée dans TalUance des Français; & qu'ainsi ils ne devaient pas être accusés d'avoir rompu la paix en cela. Quant à la foi chrétienne, que le Gouverneur désire voir répandue partout, ajouta-t-il, je la professe publiquement, parmi ceux de ma nation ; je n'adhère plus à aucune supcrftition; je renonce à la poly£;amie, à la vanité des songes : c'eft moi proprement, qui obéis au Gouverneur, ëc non pas ces Outaouas, qui, après tant d'années d'instruflion, ne sont pas encore Chrétiens.

xiu.

]1 parla même dans le Conseil, avec tant de feu & de cAMnwnc nçmtB zèle, de son amour pour la foi chrétienne, & du désir qu'il •^ném.

avait d'être baptisé, que M. de Laval jugea qu'on ne devait pas lui dilférer plus longtemps le baptême. 11 le lui conféra en etlet , dans l'église cathédrale de Québec, en présence d'un grand concours de sauvages de presque toutes les nations; M. de Courcelles voulut bien être lui-même son parrain, & mademoiselle de Bouteroue sa marraine.

III'' PARTIR. LOUiS XIV.

A toutes les interrogations, qu'on a coutume de faire aux catécliumènes qu'on baptise, Garakontié répondit avec beaucoup d'assurance & de bon sens; ^ lorsqu'on lui demanda s'il vnnlait être baptisé, il répondit : qu'il y avait déjà trois mois eiiacrs qu il désirait celte grâce. Après qu il eut reçu le Baptême & la Confirmation, on le conduisit au Château de Saint>Louis, pour qu^il remerciât M. de Courcelles de Thonneur qu'il lui avait fait en lui donnant son nom; & à son entrée il fut salué, par une décharge de tous les canons du Fort 8c de toute la mousqueterie des soldats, disposés en haie pour le recevoir, l.a fête se termina enfin par un feflin, que M. de Courcellcs avait fait préparer, 1^3,6!'^'*"''""*''°' P**"'' toutes les nations assemblées alors à Québec (i).

miPocmoKs des al* coiNiiuim cr ciu.r.s

DFS :ilO<iliOIS. M. DK COURCEU^ LKUR OR-

«UTUBUIIBIfTUSin»

De tout ce qui fut dit dans le Conseil entre les Iroquois & les Algonquins, on jugea que ces derniers avaient eu tort d*avoir recommencé la guerre par des afies d^hos> tilité; & que de leur côté les Iroquois étaient blâmables de n'avoir pas attendu que le Gouverneur fît juftice sur leurs plaintes & de s'être eux-mêmes vengés; qu'au reflc les Algonquins paraissaient vouloir la paix avec plus de sincérité que les Iroquois; qu'ils avaient mis en liberté deux prisonniers, Tannée précédente, i'c cette année en renvoyaient quatre autres, en assurant qu ils étaient prêts de rendre tous ceux qu'ils retenaient encore, si le (jouverncur le leur ordonnait; tandis que les Iroquois, au contrdre, n^avaîent renvoyé aucun captif, & qu'enfin ceux de Sonnontouan, qui avaient le plus dlntérêt en cette querelle, ne s'étaient pas même trouvés à ce Conseil, pour la (»}Rdiiion4iei(>7o, terminer (3). M. de Courcelles voyant ainsi que, malgré ^' ^' la pabc, les Iroquois ne laissaient pas de faire la guerre aux

Outaouas, les attaquant lorsqu'ils venaient en traite chez nous, les pillant 8c les emmenant en captivité, il jugea qu'il était nécessaire, pour le bien de la colonie, d'obliger les Iroquois à faire la paix avec eux; pour la mieux établir, (9) VojFas« àû M. n ordonna aux uns 8c au.x autres de se rendre muîuclle-

dc Cf^urcclles, pir M. . . . . • ^

Doiiicr. ment les prisonniers qui seraient encore en vie (3); sur-

Page 1