VOYAGE DE M. DE COU «CELLES. 167I
la H avait tenu son dessein secret, de peur que, si des Iroquois en avaient vent, ils n'allassent 1 attendre dans les passages dilliciles, pour tomber sur lui, & ensuite sur les portes Français. Mais étant à Villemarie, h avant l'arrivée des Outaouas, il déclara publiquement la résolution où il était de monter jusqu'au lac Ontario, non pas en canot d'écorce, mais en barque, afin de montrer aux Iroquois que, qjiand il le voudrait, il pourrait mettre tout à feu & à sang dans leur pays. Dès qu'Us en eurent connaissance, les sauvages, aussi bien que les Français, regardèrent un tel voyagecommeimpossible.M.dcCourcelies, néanmoins, fit conftruire alors même un bateau plat de deux ou trois tonneaux, dont il donna le commandement au nommé Champagne, sergent de la Compagnie de M. Pérot, ^ lui associa huit soldats pour le conduire. Plusieurs braves militaires, àVillemaric, voulurent partager les périb de cette hardie tentative & se joindre au Gouverneur. De ce nombre, M. Pérot, Gouverneur particulier de File de Montréal; le Gouverneur des Trois-Rivières, qui était alors M. de Varennes; M, Charles Le Moyne de Longueuil; M. de Laubia, capitaine d une Compagnie; M. de La Vallière; M. de Normanville. Knfin, quantité de jeunes gentilshommes du pavs \ oulurent accompagner aussiM.de C>()urcclles, par honiitui . M. Dollier, qu'il avait invité à les suivre en qualité de Missionnaire, se joignit volontiers à eux pour faire les fondions d'aumônier, & c*eft lui qui nous a donné la Relation détaillée de ce voyage.
Le 2 juin 1671, on partit donc de Villemarie, au voTMaiccviBii. m nombre de cinquante-six personnes, ayant en tète deux ^J^^^J^J^
trompettes, & on alla par terre jusqu'au lieu de la Chine, tkmw bn m«* au-dessus du Saut Saint-Louis. Là, avant de commencer une navigation si dangereuse, chacun se fit un de^ oir de suivre l'exemple édifiant du Gouverneur général, en mettant ordre à sa conscience; & rembarquement eut heu le lendemain sur treize canots d'écorce & le bateau dont on a parlé. Chacun dans cette troupe était rempli d'une joie
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qu^on aurait peine à imaginer, dit M. DoUier; 8c malgré les dangers que plusieurs coururent, entre autres M. Pérot, qui pensa périr à l un des rapides, on arriva heureusement au lieu appelé la Pêche-des-Anguilles. Là, on aperçut un assez bon nombre d'iroquois . pour les empêcher de prendre la fuite à la vue des i Yançais & leur donner confiance, M. de Courcelles détacha un canot & leur envoya M. Charles Le Moyne de Longueuil. Celui-ci leur fit enten* dreque le Gouverneur général ne venait point pour rompre la paix avec eux; mais qu'ayant appris qu'ils se préparaient à faire la guerre aux sauvages, nos alliés , 8c même aux Français, si ceux-ci leur prêtaient secours, le Gouverneur , était venu pour montrer aux ïrnquois que, puisqu'il pou-
vait aller dans leur pays en bateau pour se promener, il pourrait bien, s'ils s écartaient de leur devoir, y aller aussi pour les détruire. Aprc.s les avoir régales, M. de Courcelles passa outre & poursuivit son chemin. Le 12, on arriva à Tembouchure du lac Ontario, qui se présente en ces lieux comme une pleine mer. Les Iroquois dont on vient de parler avaient suivi jusqu'alors M. de Courcelles. Il les congédia dans cet endroit, 8c leur remit, pour les Mission* naires résidant dans leurs villages, des lettres fwir lesquelles il leur ordonnait de publier dans tous les pnvs ce qu'il avait dit ceux qu'il venait de rencontrer à la Péchedes-Anguilles, & les Iroquois de ces lieux promirent tous (i)HiiioircduMont d'obéir (i). La .Mère de Tlncar nation assure que M. de rcal par M. Doilicr. CouTCclles alla à Kcnté. OÙ se trouvaient alors les iMission-
RccH du voyage de , i .^./^ - • n «j*
M. de Courcelles, par naircs du Sémmairc de Saint'Sulpice, circonllance qui elt itinimfc tout à fait probable; mais dont M. DoUier ne parle point
dans sa narration. Les Iroquois furent tellement effrayés en voyant M. de Courcelles parvenu ainsi chez eux en bateau, qu*après avoir longtemps tenu la main sur la bouche pour marque de leur étonnement, ils s'écrièrent que les Français étaient des démons; qu'ils venaient à bout de tout ce qu'ils désiraient: qu'enfin le (louverncur général était un homme incomparable. Proîitant des dispositions de crainte où ils étaient, M. de Courcelles les
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menaça de perdre tous ceux qui se révoltonient ; & ajouta , que, quand il le voudrait, U prendrait & détruirait leurs J;îi^'^j«i: bourgades (i). '
Le 14 juin, on commença à descendre les rapides, pour retourner à Villcmarie. Au milieu de ces chutes d eau impétueuses & de ces bouillons effrayants, Champagne, qui cenimandmt le bateau, courut risque plusieurs fois de la vie; & néanmoins toute cette troupe arriva heureusement, sans que, dans une si dangereuse navigation, il fût arrivé aucun accident à personne. A Villemarie, chacun demeura étrangement surpris de voir que, dans Tespace de quinze jours, on eut conduit ce bateau à travers tant de précipices, & tous rendirent publiquement des actions de grâces à Dieu, du succès d un voyage si périlleux. Peu de jours après, les Outaouas arrivèrent pour la traite; ^ eux iiienics ne revenaient pas de leur élonnement, en apprenant ce que le Gouverneur général venait de faire, pour les maintenir en paix avec les nations Iruquoises. Leur satisfaction était certainement bien fondée; car la Mère Marie de Tlncamation rapporte que les Sonnontouans qui remuaient pour leur faire la guerre, furent tellement intimidés par le Gouverneur, aussi bien que les autres nations Iroquoises, que, d'ennemis qu'ils étaient, ils devinrent amis avec les Outaouas. De leur côté, les Missionnaires résidant chez les Iroquois rapportèrent que ce voyage du (iouvenieur général les avait tellement épouvantés, que ceux qui demeuraient dans de petits villages, avaient voulu les abandonner ; que ceux des villages plus considérables en étaient venus jusqu'à retenir la jeunesse, qui était prête à partir pour aller en -guerre contre les sauvages de la Nouvelle -Suède; & même à rappeler une troupe de jeunes gens déjà partis. Ils rapportèrent aussi que les Iroquois, ayant appris le retour de M. de Courcelles, avaient tenu plusieurs conseils, ^ résolu d'envoyer, au printemps suivant, une ambassade, pour apprendre de lui les raisons de son voyage dans leur pays; & ce