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CHAPITRE IX

ÉRECTION DE FIEFS ET FORMATION DE PAROISSES DANS LE VOISINAGE DE VILLEMARIE, POUR PROTÉGER LE RESTE DE LA COLONIE CONTRE LES ,IROQUOIS.

Dans; les dispositions d'hoftilité où étaient les îro- xKotswTé w ruoTéceii quois, on devait s'attendre à les voir reprendre les armes, colo»» de lUk des qu ils ne seraient plus retenus par la crainte, N: qu ils PLustLowsuÉsiwiA croiraient avoir une occasion favorable, pour tomber vju.e. impunuucat sur les Français. L île de Monlréal, à cause de sa position avancée, se trouvant plus exposée qu'aucun autre Heu à leurs insultes, il était de la prudence de protéger la vie des colons établis loin de la ville, sur les terres qu'ils avaient défrichées. Autrefois, lorsqu'on ne pouvait cultiver encore que celles qui avoisinaient le Fort, M. de Maisonneuve avait fait conflruire çà & là des redoutes , & même éritj;é un fief noble en faveur du major ('losse qui s'y bâtit une maison fortifiée, ainsi qu'il a clé dit. Pareillement, pour protéger les travailleurs, M. de Queylusétablil les deux iiiaisons-fories de Saint-Gabriel et de Sainte- Marie; & à Tarrivée des troupes qui devaient donner lieu au défrichement de terres plus avancées, M* Souart, en i665, avait créé un secolid fief entre le fleuve Saint-Laurent & la ri^âère des Prairies, pour M. de Hautmesnil (i). (o Greffe de viiic- Enfîn, nous avons vu qu'après son retour, M. de Queyius JUju donna pour la même fin, au sieur La Salle, un fief plus avancé encore , afin que le village qui s'y établirait fût comme un avant-polie pour Villemarie , un lieu de refutre pour les habitants des alentours. iMais, le détrichemeiit des terres ayant attiré des colons plus loin encore, il était nécessaire de les protéger aussi, & d'établir dans

TOHI lir« 23

33d Itl* PARTIE. LOUIS XlV.

leurs voisinages des maisons-fortes, qui, dans le besoin, pussent leur servir de lieux de retraite. Pour ce motif les ' seigneurs de Montréal résolurent, en 1671, d'ériger d'autres fiefs nobles, dans les endroits de leur île les plus

importants 8c les plus exposés, 8c de donner ces fiefs à des militaires, avec obligation pour eux d'y conllruirc des maisons de défense & d'y résider. Un grand nombre de colons sY'tant déj:\ établis jusqu à la Pointe-aiix-TrembIcs, & mcmc bien au delà de ce lieu, M. dcQucylus, le 28 juillet, avait acoirdé au brave Pierre Picoté de Béleflrc les terres situées au bas de Hle de Montréal, à partir d'une concession déjà faite à Jean Baudoin, 8t de là, en suivant le bord du fleuve Saint-Laurent, jusqu'à la rivière des Prai- , V ^ - . *'ie*> sàii8 autre charge que de payer aux seigneurs vingt

(i) Greffe do Ville- ' , . a y»v V ^ o o

nnrk^as juui. 1671. SOUS de rente chaque année (*) (i).

ÉaccTioN DisFUFsoE Jusqu'alof?; aucun des celions n'avait osé s'établir sur

VfMwmBLKr 1^ j-j^.^ i ji^ Montréal qui borde la rivière des Prairies, par où les Iroquois venaient quelquefois attaquer les colons. Voulant leur fermer ce passage, fortifier en même temps le bout de 111e, & bloquer tout à la fois rentrée de la rivière de TAssomption, M. DoUier érigea, le 7 du mois de décembre de la même année 1671, deux fiefs sur la partie de l'île de Montréal qui fait face à cette rivière : le premier en faveur de M. Philij^pc de ('nrion du Frcsnoy, lieutenant de la Compagnie de La Motte, au régiment de («) Greffe de vilk- l'Eitradc 2) ; 8: le second, pour M. Paul de Morei, enseigne marie, 8 juillet 1674. j^, (A)mpa^nie. Ces fiefs, continus l un à l'autre.

Contrat Je managf ' ' ' /

de Louise Soumiiiart. composes chacun dc ucux cents urpcnts de terres, huit

(*) M. de Queyius se proposait alors de Inirc un voyage en France pour vendre ses biens &. en consacrer k prix a rctablisscnient '3) Archives de 1.1 colonic (3); & commc îl était nécessaire que, pendant son

' marine, le«re de M. absence, quelqu'un du Séminaire tut autorisé à faire des concessions Talon à Colbcrt, 10 de terre, M. de Bretonvilliers, au mois de mai de cette année 1671, nov. 1Ô70. Mcmoirc douud pour cet citct les pouvoirs les plus étendus à M. Dollîer dc de M. Talon à Col- CaMon, notamment Ic dioit d'ériger & de donner dcs ficfs Hobles quî b4rt, du g nov. 1671. pouvaient être si avantageux à ia sûreté de k colonie.

FIEFS POUR FORTIFIBR MONTRÉAL. 33g

sur les bords de la rivière 8v vin^t-cinq en profondeur,

leur lurent donnes pour en jouir, eux ^. leurs successeurs,

en toute propriété, à titre de fiefs nobles, sans juftice, avec

droit de chasse dans ces terres & de pèche dans la rivière,

sur toute leur largeur, à la charge de la foi k hommage,

qui devait être portée & rendue aux seigneurs, dans leur

maison de ViUemarie, comme aussi de ne pouvoir vendre

sans leur consentement, à des gens de main-morte, aucune

portion de ces mâmcs fiefs Mais pour que les sîeurs (i)GrcÉfe de vuie-

de (larion 8»: de Morel pussent, en cas d'attaque dans ces c.nccMk.n iiûfiefdc*

lieux écartes, repousser les Iroquois, plusieurs hommes de cunon, 8 ti«c. 1671.

cœur désirèrent de s'établi r aussi sur le bord de la rivière des ^

l'rairies;&dès le commencement de Tannée 1672, M. Dol-

lier fit des concessions de soixante arpents dé terre à cha«

cun de ces braves. Parmi les premiers nous devons nom«

mer : François Boulard, dit Cambrai, François Dormet,

dit la Lande, Paul d Azé, Jacques Hubert, Pierre Magn6,

Pierre Chantreux, dit Tourangeau, François Foïtin, dit

Pierre Mesle (') (2). Après l'établissement de ces fiefs, (i)/6/rf.G.,Kessi<,n

d'autres particuliers allèrent aussi s'établira la rivière des '<^72- janvier,

• • o 1 1 < • j '5 fcvrier, 20 tt ».

Praincs, k au bas de 1 île, sur les concessions de terres ,w<f., «5 «vrii,

que le Séminaire leur fît à chacun (**). Enfin le 26 décembre 1671, le Séminaire créa un autre fief noble, dont .

(•) Ce dâf nier épousa peu après une vertueuse fille de Troyes, Louise Soumillart, conduite en Canada avec deux de ses sa-urs, Marguerite & Catherine, pnr la Sœur Bourgeoys, leur tante maternelle. Louise, dont l'a^k Je niaiiagc fut passe dans la maison neuve de la Congrégation y était fille d'Orsoii Soumillart, huissier royal à la cour souveraine de Troyes, & de Marie Bourgeoys [3). çy^ j^ij,^ g )ui\]ct

(**) Comme dans les différends qui survenaient entre eux, ces 1674. Contrat Oe ma. colons étaient obligés de faire venir des serfients de judice du château riâge. de ViUemarie, éloigné de quntrc, de cinq & six lieues, les seigneurs (4)nrenc tk Villcde Montréal, au commencement de l'année 1673, nommèrent sergent «cg""™ d*ofRce un habitant de la côte Saint-Martin, appelé Pierre Ca- »4 basié (4), qui fut reçu & inftitué en titre par M. d*Aillebouft, juge de • •

nie (5}. Çell ce même Cabasié qui, l'année suivante, fut établi no- ^jy*"'-. J^"^'" taire public & se trouve avoir cette qualité dans la lifte des notaires 'r^j Lift ofaotarie» de lUe de Montréal (6). p. '

BOISHRIANT, r AILLE- BOUST, DE BELLEVUB,

iT BK tum-

il inveftit M. 2bcharie du Puy, major de l*île, pour qu'il en jouît, lui & les siens^ aux mêmes conditions. Ce nouveau tief appelé de Verdun, situé au delà de la rivière Saint- Pierre, en tirant vers le Saut Saint-Louis, se composait de trois cent vingt arp.Mt-^ de terres, dont M. du Puy avait (i)Gre(ie de Ville- déjà été Hiis cu posscssion par k Séminaire, quoique sans Zi:^^ contrat (.).

incnoM MtrartM Par l'éred^ion de ces quatre fieh, y compris celui de la Chine, le centre & le bas de Tile de Montréal étaient mis en état de défense; mais il était surtout important d*en fortifier la tête en établissant des colons sur le bord des lacs de Saint-Louis & des Deux-Montagnes, par où les sauvages avaient coutume de descendre pour faire leurs hostilités. M. DoUicr y érigea quatre autres fiefs nobles, en faveur de gentilshommes qui avaient fait preuve de zèle & décourage pour la défense du pavs. Le 19 janvier 1672, il accorda le premier à un capitaine d infanterie déjà nommé, M. Sidrac du Gué, sieur de Boisbriant (*). Ce fief, situé au bord du lac des Deux-Montagnes, se composait de deux cents arpents de terres & lut appelé de Boisbriant; & comme M. du Gué témoignait beaucoup de zèle pour rétablissement du pays, & que même il avait déjà fait cons-

{•) La plupart des officiers que nous nommerons dans ce chapitre sont qualitiés capitaiats, lieutenants ou enseignes au régiment de Carignan, quoique dans plusieurs aAes on suppose quils avaient appartenu à d'autres régiments que ce dernier. Ainsi, M. du Gué eft dit tantôt capitaine au régiment de Carignan, tantôt au régiment de Montaigu, & enfin au régiment de Chambell, ce qui cd peut-être une altération du nom de M. de Chambly, alon commandant des troupes en Canada. On peut supposer de là que ces officiers avaient successivement appartenu ù plusieurs régiments, & qu'après avoir quitté le service, ils se qualifiaient du nom de quelqu'un des régi« mcntsoù itsavaient eu l'emploi. Ainsi, dans les lettres de noblesse pour M. de Contrecœur, on lit qu'il avait d'abord été capitaine du régiment de Monticon, qu'ensuite il avait servi dans les chevau-légers de M. de Créquy, & enfin dans le régiment de Carignan dont il avait mcroc eu le commandement dans une campagne.

FiePS POUR FORTIFIER MOimtÊAL. 841

truire une maison au haut de Hle, M. DoUier, pour le récompenser, ajouta i ce fief toutes les îles & battures situées au-devant & d'autres encore (*) (i). Le fief de Bois- (0 Greffe de viiiebriant fut ensuite vendu par M. du Gué & par son épouse ^XcklT' Marie Moyen, à M. Charles Le Moyne de Longueuil & à Jacques T,e Ber, écuyer, son beau-frère (a)^ d'où il passa (2) orcffe de vuieà M. Le Ber de Saineville, fils de ce dernier, qui donna son '""^e." '679nom au Fort 8c à la maison seigneuriale, conûruits dans ces lieux, & même au fief, qui cessa ainsi d'être appelé Boisbriant, Le 12 avril de la même année 1672, M. Dollier donna à M: Charles-Joseph d'AillebouIl des Musseaux, juge de Montréal, un autre fief noble sur les bords du lac où divers particuliers s'étaient établis déjà, entre autres Robert Perroy, Mathurin RouUîer, Toussaint Hunault, dit Deschamps (3). Le 3o juillet de la même année, 0) ibU., ta avril il accorda deux autres fiefs nobles, dans le même lieu, aux

(*) Ces îles, données par le Séminaire à M. du Gué, n'ayant pas été spécifiées en détail dans ses lettres de concession, il s'éleva, en 1705, une asses vive oonteftatton entre M. de Saineville, alors propriétaire du fief du Gué^ & M. Jean-Baptift^ de Celloron^ sieur de Bkinville, au sujet d'une île appelée Saint-Gilles, que chacun d'eux prétendait lui appartenir. M. de Blainville fondait ses droits sur ceux de M. de Brucy, à qui i! venait de succéder, & soutenait que 111e de Saint-Gilles avait été donnée à ce dernier par M. Pérot, gouverneur de Montréal, le i" janvier 1Ô76, ainsi que IMle appelée aux Pins, disant qu'dtes étaient des dépendances d'une concession de dix arpents sur trente faite alors à M. de Brucy dans î'île Pérot. M. de Saineville représentait, de son côté, que llle Suint-Gilles était trèsproché de son Fort, que Tautomne on y passait à gué, n'y ayant pas de Peau à mi-jambe; & que même deux années on y était passé i pied sec. Cette dernière raison leur fit conclure, de concert, qu'elle était contenue dans les îies & battures a4faeente» données par le Séminaire à M. du Gué. Quoique le titre de concesaioa de M. Talon à M. Pérot eût attribué ù celui-ci avec l'île aux Pins Vile Saint- Gilles en particulier (4), on conclut apparemment que, ce titre étant Pièces & docudu 29 novembre 1672, & celui que le Séminaire avait donné à M. du mcots sur ta tsaiH» Gué du 19 janvier précédent, M. Talon n'y avait mentionné l'île se||nflarialB^ p. sSi). Saint-Gilles que parce qu'il pensait qu'elle était alors sans maître : son intention n'ayant pu être d'en dépouiller M. du Gué qui en était déjà pourvu.

342 Iir PARTIE. LOUIS XIV.

frères de Bertet, ou plutôt un seul fief, consiftanten quatre

cents arpents, q\ii furent possédés en commun par Louis de Bertet de Chailly & Gabric! de Bcrtet de la Joubar-

(f) md.,io juillet dière, son frère (i). Ce fief, contigu à celui de M. d'Aille- *^*' bouf^, fut appelé par M. de la Joubardière du nom de

(a) md., 4 «oûi BcUc-Vuc y2^. Lnlin, à côté du fief précédent, M. Dollier en forma un autre, de la contenance de deux cents arpents, en faveur de M. Qaude Robutel de Saint-André, qui promit d*y faire bâtir une maison seigneuriale & de Thabiter,

0) Greffe de Ville au Ueu de Tîle Saint-Paul où il avait fait jusqu'alors sa "-TvriA 5î! rtsidence (3).

LOUIS XIV ORDONNE DE Eu érigeant aîusi les fiefs que nous venons d'énumérer DwriuBucRAuxoFii- ^ [ç^ dounaut en toute propriété à des militaires, les Dit TRorpEs LKs seigneurs de Montréal faisaient ce qui était en leur pouvoir P^'*-"" protéger les colons 8c mettre l'île en état de se défen- Lsvi Al. ^^^^ ^ i-^.pQpjai^^i^j y l attentc du Roi qui se re-

posait presque entièrement sur eux pour lavancement de (4) Archîvei de la Cette cotoDie particulière (4). Mais il était de la politique orf^^du Rof r leï '^^^^^^ Louîs XlVdc faire dans toute la partie avancée Compagnies ' Ses In- du pays qui avoisînait rile de Montréal ce que le Séminaire dc«, fol. 14O; leiirc venait de faire dans cette île même, &tçl avait été le desdu iSmai 1669. seîndeccMonarque en envoyant en Canada divers corps de troupes, 8c en faisant aux officiers 8c aux soldats des larî^esscs pour les déterminer à s'y établir. Il avait, en efiet, résolu d y créer de grands fiefs en faveur des olîiciers, & d'ériger ces liefs en autant de seigneuries qui, par le moyen des soldats qui s y établiraient^ deviendraient l'occasion de la formation d Want de bourgades très-propres à fortifier & à défendre par là la tête de la colonie. Déjà M. Talon, dans de graves considérations politiques qu*il fit publier, avait exposé l'importance & la sagesse de ce dessein : a Cette manière de donner un pays nouvellement con- « quis, dit-il, répond à lusage autrefois reçu chez les « Romains, de diftribuer aux gens de guerre les champs <i Lies provinces subjuguées, qu'on appelait picViUa mili- « taria, & la pratique de ces peuples politiques ëi gucr-

« riers peut, & mon sentiment, être judicieusement introu duite dans un pays éloigné de miJIe lieiies de son

« Monarque, qui, à cause de cet éloipnement, peut sou-

u vent être réduit à la nécessité de se soutenir par ses

H propres forces. Kllc me paraît d'autant plus à ellimer

« qu'un jour elle procurera au Roi un corps de vieilles

tt troupes, capables de conserver cet Élat'jiui?>sunt du Ca-

c nada contre les incursions des sauvages. C'eft pourquoi

i les premiers de nos Rois, plus grands politiques qu*on

« ne se Teft persuadé, introduisaient dans les pays nou-

9 veilement conquis des gens de guerre, nés leurs sujets,

« dont la fidélité leur était bien connue, afin d'y contenir

« au dedans les habitants dans le devoir, & au dehors

« d'éloigner leurs ennemis communs. Pour les y entre-

« tenir & les taire subsilter, nos anciens Rois leur concé-

« daient, dans ces pays mêmes, des terres qu'ils culti-

« vaienl 8c qui leur fournissaient, par leurs produttlions,

« tout ce qui était nécessaire à la vie; pratique également

K économe Bl politique, puisque d'un côté elle épargnait

a les finances du trésor public, & que de Pautre elle inté-

i ressait Toffider & le soldat à la conservation du pays,

« comme à celle de leur propre héritage (i). » Pour con- (,) Arrêt* &r«igie.

server le Canada à la France, il n y avait pas, en effet, inrendams

d autre movcn à prendre que de faire dans ce pays, k .ier 1667. Québec surtout sur les rives du fleuve Saint-Laurent, depuis la «855,p. 33. rivière de Richelieu jusqu'au-dessus de Villemarie, ce qu'on avait fait a\ant l'arrivée des troupes pour conserver ce dernier polie en particulier, c ell-à-dire d'y établir des colons qui fussent tout à la fois soldats, cultivateurs & propriétaires.

Mais avant de diOribuer les terres de ces quartiers umu xirrAmtom aux officiers de ses troupes, Louis XIV, informé qu'une * «x»»»*"*': lks grande partie de ces mêmes terres, ayant déjà été con- ^iuthekois, et non cédée en trop vafle étendue par la grande Compagnie, ekco«b oiFiucain, était reliée inculte, ce qui avait empêché l'établissement ITrTs''"^!^*** du pays & dégoûté les colons^ ordonna à M. Talon ciciude troipu.

m' PARTIE. LOUIS XIV

de retrancher la moitié de toutes celles qui avaient été

accordées avant dix ans & de les adjuger à ceux qui se présenteraient, à condition que ces nouvelles concessions seraient nulles, si elles n étaient pas défrichées dans TesnwL*^Ex'tM?t*i^s*!r ^^^^ quatre ans (i). M. Talon rendit donc, le 27 sepgutre» Ju conseil teiiibre suivant, une ordonnance par laquelle il obligea d*Êm, 4 jidn 167»* , loyg ceux qyj^ avant dix ans, avaient obtenu plus de

• quatre cents arpents de terres, de lui en faire leur décla-

(2) Greffe de Ville- . ^^^j^jj (2) ; » & ce fut probablement dans cette occasion A oaobn i«7a. qu'tl réumt au domaine du Roi cette immense sdgneurie

de la Citière, dont nous avons vu que M. de Lauson père

avait voulu faire une sorte de royaume pour l'un de ses

fils. Du moins eft-il certain que, cette année, M. Talon en diflribua les terres à des oîîîciersdes troupes qui mè'me v avaient déjà commencé des défrichements, sous le bon plaisir du Roi, ou qui étaient résolus d'en entreprendre, & qu'il donna à chacun d eux pour ces mêmes terres des titres de propriété*

Ces titres, datés des mois d*o£tobre ou de novembre 1672, & la plupart du troisième jour de ce dernier mois, furent donnés & signés par M. Talon seul, comme personnellement autorisé, le 4 juin de cette année, pour agir souverainement dans cette matière & en dernier ressort, I.ouis XIV lui ayant attribué toute cour , jurididion & connaissance pour concéder à d autres habitants les terres

(3) Édiis, ordon- ainsi retranchées (3). Nous devons remarquer ici les bcc"»34fp"7o,^ir "^o^'^s exposés dans le préambule de toutes ces concessions,

comme un témoignage éclatant de la religion du Monarque 6s, une confirmation authentique de la fin qu'il s^était proposée dans la formation de la colonie Française en Canada : « Sa jMajefté a de tout temps recherché avec » soin, & avec le zèle qui convient à son titre de fils aîné « de rÉglise, les moyens de porter dans les pays les plus « inconnus la gloire de Dieu, par la propagation de la Foi

• la publication de I l-^angile, avec le nom chrétien. « Telle efi la fin première & principale de rétablissement

* de la colonie Française en Canada, & sa fin accessoire « eft de faire connahre aux parties de la terre les plus « éloignées du commerce des hommes sociables la gran- « deur du nom du Roi de France & la force de ses a armes. Sa Majefté a donc cftimé qu'il n'y avait pas de « plus sûr moyen d'arriver à ces deux fins que de coma poser la colonie de gens capables de la bien conduire « par les qualités de leur personne, de l'augmenter par 1 leurs travaux & leur application à la culture des terres, c & de la soutenir par une vigoureuse défense contre les « insultes & les attaques auxquelles elle pourrait être « exposée dans la suite des temps. Pour ce dessein, elle a « fait passer dans ce pays bon nombre de ses fidèles su- « jets, officiers de ses troupes dans le régiment de Cari- « gnan & autres, dont la plupart, se conformant au grand « êc pieux dessein de Sa Majeltc, veulent bien se lier au « pays, en v formant des seigneuries d une étendue pro- (') *

. " , , , . * ments sur la tenure

« poruonneea leurs tore es (i). » ie«neuri.ie,p.6,ei«.

vn.

Comme on le voit ici. Tune des fins que le Roi se rom on nm, proposait par ces concessions était de fortifier le pays ^i"»»^^»'^'^'' '

.«.1 TBOea CONTRE LES

contre les Iroquois ; aussi eft-il à remarquer que les fiefs iroquom la rtn m nobles qu'il donna à ses officiers furent presque tous situés dans le voisinage de 1 île de Montréal , & sur le

bord des rivières par où les barbares avaient coutume de descendre, c'eft-à-dire, sur la rivière appelée de Richelieu, ^ sur le lîeuve Saint-Laurent, à partir du lac Saint- Pierre. Si Ton en excepte un seul capitaine, le sieur del.a Durantayc (2;, deux lieutenants, les sieurs de Sueur 8: de (2) Picces & docu- Villieu (3), le sieur de Lanoguère, enseigne (4), ainsi que

^ . ^ ' o ^ . seigneuriale, p.

la veuve du sieur de Lacombe-Poccatière, anaen capi* i^.

taine réformé & maréchal des logis au régiment de Cari* ^(J) n.»77*

gnan (5)^ tous les autres officiers des troupes qui partiel- (4) nu., p. 1 1,17?.

pèrent à cette difiribution générale reçurent en fief diverses ('î P- 4'.

concessions de terres à partir du lac Saint-Pierre & en

remontant de là jusqu'à la tète de l'Ile de Montréal; & en

s'y établissant avec un certain nombre de leurs soldats

devenus agriculteurs, ils donnèrent lieu à la formation de divers bourgs qui, avec Villemarie, furent la sûreté & comme le boulevard du refte de la colonie Française (*). Quelque monotone que soit le dénombrement de ces fiefs, on nous permettra d'en faire rénumcration détaillée dans cette hiiloire, delhnéc à faire connaître les origines du pays.

viBPt Kim PROTfon D^abord, pour mettre la rive gauche du fleuve SaintrLEuvT, DEPo'i» Laurent à Tabri des' incursions des Iroquois, M. Talon LAC sAÎNT PieRRK dounB BU sïtUT de Laubia, capitaine au régiment de Bro- "u'ra'mwTwiAt!! P'*^' arrivé de France depuis peu avec sa compagnie (i), ,1) Archives de la dcux licucs de terre de front & autant de profondeur sur

marine ; Rcgiftre des j^.j, j^^^j.^^ j^, Saint-Pierre OÙ cc Capitaine s'était déjà ordres du Roi pour les ' '.

Compagnies des In- établi (2), & au sicur de Labadic, serpent de la compagnie

des, fol. ioji^Rgrftre Laubia, une terre d'un quart de lieue sur une dcmif""^' ''^* lieue, située au-dessous de la précédente ^3). 11 donna (a) Pièces & docu- pareillement au sieur de Moras, enseigne d'une compa- «ïn"uîL! V'^ôl S""'^' ^ * rembouchure de la rivière Nicolet, au

17, «74. ' ' bord du fleuve Saint-Laurent, appelée depuis le Jlef ou ^ (5) m, f, ita, ffi^ Morast du nom de ce militatre (4); & pour recon- * U) docu- i^^^^r^ services que M. Louîs-Godefroy de Normanviile ments sur la tcnure & M. Bouchcr avaleut rendus au pays» il donna a|i pre-

seigneuriale, p. i53,

(*) Le Roi avait déjà fait une co-icc^'^ion de niilîe arpents de terres, située entre les Trois-Uivicrcs & Montréal, en faveur d'un gentilhotnnie Nonnaiid du pays de Caux» l« tieur de la Bouteillerîe, qui, dans le dessein de s'y ctaMir de la mettre en valeur, s'embarqua à Dieppe^ à lu hn du mois de juin 1671, sur le navire le Sudnt-Jetm-Baptiste^ eonduitant pour cela avec loi deux charpen- (3) Antiquités & ticTs, doux maçons & quatre niaïKL'uvrcs (5). Mais il paraît qu'arrivé chroniques d* |a ville en Canaila, il cruignît de s'établir sur des terres si exposéesaux incurde Dieppe, pat Asse- sions des barbares, & renonça à sa concession pour se fixer sur une line, ms. de la biblio- autre où il n'eût pas les mêmes dangers à courir. Du moins, le 29 otXoihèquc do Dieppe, l'annt^L' s-nvit-ne v\'j2, il obtint de M. Talon deux lieues de

' ' terres de iront au Durd du ilcuvc Saint-Laurent, savoir une lieue

(6j Piicet ftdocu- iiu-deuu8& une lieue au-dessous de la rivière OOelle, cette rivière mcnts sur i i icnurc > comprime, sur Une lieuc & demie de profondeur (6), Al cefutlA

seigneuriale, p. 261 . <lU*il s'établît.

mier une demi-lieue sur une lieue de terres au-desaus de

la Pointe du lac Satnt-Pierre (i), & au second une lieue & demie sur deux lieues (2) ; enfin au lils de M. Boucher seigneurial^ p. uS, trois quarts de lieue sur une lieue . Toujours en remon- "9» tant le neuve ^: sur la même rive, M. Herthier, capitaine (3j p. 3i. d'une compagnie d'infanterie, eut pour son fief deux lieues de terres sur deux lieues de protondeur (4); le sieur de ^^^^ **' Comporté une demi-lieue sur une lieue (5), & le sieur (5j itid., p. gg. Raudin, enseigne de la compagnie de Sorel, une demilieue de iront sur une lieue, avec TUe nommée déjà Raudin, où il parait qu^il avait commencé des déftichements (6), (A) ièu^ ^ tss. Au sieur de la Valterie, lieutenant d'une compagnie, M. Talon donna une lieue êc demie de front sur une profondeur égale (7) ; à M. Jean-Baptifte Le Gardeur de (7) p- aOi. Kepentigny, les deux îles appelées Rourdon i'8; ; au fils i») iod, du capitaine de Saint-Ours, une lieue de front sur une liuuc éi demie de profondeur ^q^\ enfin au sieur Berthelot, (9) p- n^- ■ l'île Jésus (•), avec les iles aux Vaches & autres (10); & '*w..p. 3i'o. par toutes ces grandes concessions, il voulut pourvoir à la sûreté de la rive gauche du fleuve Saint-Laurant, depuis le lac Saint-Pierre jusqu'à la tête de Hle de Montréal» en remontant la Rivière des Prairies.

Mais c'était à partir de la rivière de Richelieu, 8.: de «■» >«» wcrto» là en remontant le âeuve, qu'il était surtout important de ÎJtiîlî* *"

(*) Ltle Jénit, comme on !*• dit, été concédée auR

RR. PP. Jésuites par la grande Compa^^nic, !c i5 janvier i636. Ce» Religieux n'y ayant fait aucuns défrichements, M. Talon la réunit apparemment «11 domaine^ en vertu d«t ordrat qu'il avait reçut du

Roi, & la donna purement & simplement à M. Berthelot, sans fairo

mention des premiers propriétaires (11). D'après les titres imprimé*

pour latcnure seigneuriale, M. Talon aurait donné l'île Jésus t (tt) Mé.,^3t9.

M. Berthelot, le 3 novembre 1 672 ; cependant, on lit ailleurs le 1 3, 'j^)^cg\{\Tcdc<, m-

,. j , ■ fi . i 1 -n ! sinuations au Conseil

au lieu du 3, ce qui cft peut-être une aberration du copifle qui aura . ^ „ , ^-^ a pris le mot tromùme pour trei\teme. Quoi qu'il en soit^ le P. Dablon, 1-05.B n»i foi. 155. Supérieur des Jésuites de Québec, pour donner, «ans doute, toute & documents

sécurité â M. Berthelot, lui fît cession de l'île lésiis, !c 7 novembre sur la tcnurc acignetti(>73, par a^k passé devant Becquct, notaire A Québec [la). riale, p. 447.

348 m* PARTIE. LOUIS XIV.

fortifier le pays contre les Iroquois, en leur fermant ces deux voies par où ils avaient coutume de descendre pour attaquer Montréal, les Trois-Rivières & Québec; & dans

ce dessein, M. Talon y fit des concessions en grand nombre. A M. de Sorel, capitaine au rc:;iment de Carignan, qui commandait au Fort Richelieu, il donna ce Fort & deux lieues ^îy: demie de terres de front sur deux lieues de profondeur; & pour le melLre plus en état de leimer le passage du fleuve Saint'^Laurent aux Iroquois, il ajouta encore à cette concession Tile Saint-Ignace, l'iie Ronde & (t) wtott tt àoev- nie de Grâce (1). Dans ce même dessein, il donna au ments sur la icnurc ^jg^^ p^^ j^:^ appelée de ce nom avec d^autres

îles adjacentes, ainsi qu^un quart de lieue de terres aU' dessus, & une autre au dessous de la rivière du Chicot, (a) »id^f,96. Sur une lieue & demie de profondeur (2). Par ces concessions, comme aussi par celle qu il fit à M. de Berthier, située en face du Fort Richelieu, il voulut fermer aux Iroquois tous les passages. Enfin, pour les arrêter sur la rivière même de Richelieu, avant qu'ils pussent arriver au Fort Saint>Loub, il donna ce Fort à un autre capitaine qui commandait alors les troupes en Canada, M. de Chambly, & avec le Fort les terres adjacentes, dans Vé' tendue de six lieues sur une lieue de profondeur, le long de cette même rivière qu'on appelait aussi alors de Saint-

(3) ibid,,^ 8C7. Louis, du nom de ce Fort (3). En outre, il donna au che-

valier Roch de Saint-Ours, enseigne de la compagnie de Chambly. quatre lieues de terres de front sur une lieue

(4) ibid., p. zGn, de profondeur, à prendre sur la même rivière (4), *v au

sieur de Saint-Ours, capitaine au régiment de Carignan, toutes les terres bornées par. le fléuve & par la rivière Ouamaska, depuis la concession faite à M. de Sorel jus-

(5) tM., p, s. qu*à celle de M. Antoine Piccody de Contrecœur (5). Ce

dernier, né au pays de Dauphiné, servait le Roi depuis trente-cinq ans, & s'était ditlingué dans beaucoup d'occasions, tant en France qu'à l'étranger. Il avait été blessé dans sept combats, notLinMiicnt à celui du faubourg Saint- Antoine, en se battant pour le Roi contre les Frondeurs,

SOUS les ordres du vicomte de Turenne, où il reçut au bras un coup de feu dont il demeura eftropié. Pour toutes ces belles & généreuses actions, il avait été anobli, en 1661, lui 8c toute sa pollcrité (i); & enfin étant passé en Canada (') Regirtrc dcsin. pour s y établir, avec une partie du regnnent de Cangnan jouverain n, n« 2 où il était capitaine, il reçut en fief deux lieues de terres foi. w. Leiircs de node front sur autant de profondeur. Au bord du fleuve ^^^e o,ni;;^<l^; Saint-Laurent, le sieur de Vitré (2) eut pour sa part une («} Pièces & âoai. demi-lieue de front sur une lieue de profondeur (3), & le '"f"** "j'f »«""rc sieur de Yerchères, enseigne de la compagnie de Contre- ^^y*^*^* cœur, une lieue de front sur une lieue de profondeur (4); (3) /*/</., p. 33. le sieur de Grandmaison reçut pour son fief trente arpents ^"'^ ^' ^' ^* de front au bord du fleuve, sur une lieue (5), & les sieurs (l) ifrii., p. 194. Michel Mcssier & Jacques l>e Moyne, qui avaient si bien mérité de la colonie, obtinrent une lieue de terres de front sur une lieue demie de profondeur, qu'ils partagèrent entre eux le T'août 1676. La partie échue à Jacques Le Moyne porta le nom de seigneurie du Cap de la Trinité^ & Tautre celui de Saîm-Michel (6) (*), M. de Varenne, (6) Greffe de viiieancien lieutenant d'une compagnie des troupes du Roi, ?o7& hommic''ïr & ensuite Gouverneiir des Trois-Rivièrcs, eut pour son lc Moyne, sicu'r de fief vingt-huit arpents de terres de front au bord du ^»«rtmy ws de jkfleuve Saint-Laurent, sur une lieue & demie de protondeur, & d'autres encore, avec diverses îles, à l'exception de deux que le sieur du Gué prétendait lui appartenir (7}. Sidrac du Gué de Boisbriaiit, dont on a parlé, capitaine ii' Piic« & docu au régiment de Carignan ou de Chambly ^8), reçut en fief diverses îles, notamment celle où il avait commencé, 278 depuis quelques années, des- défrichements, appelée déjà de Sainte-Thérèse, située en face êc à Textrémité de l'île S^Sptéme, de Montréal (9), & M. Boucher cent quatorze arpents de ^"^^^ '^78-

(9) Pikct & doctt?

menM mit la tenuie

~ ~ scigneoriale* p. 90,

(*) Cette concession a été oubliée dans le Recueil des pièces €■ documents relatifs à la tenure seigneuriale, imprimé en i852 par ordre de rAss(.n-!b1éc législative, & ce n'ell pas la seule omission de ce genre «^u'on découvre dans ce Recueil.

incnts sur la tenure Kigneuriale^ p. 127,

m" PARTIE. LOUIS XIV.

(I) piices et docu- froiit suf deux lieues de profondeur, avec quelques

mentttur la toiuK

hifMoncéwbACHA»- Enfin, M. Talon donna à M. Charles I,c Moyne toutes us tM wnn. terres non conccdées sur le bord du tl«uve Saint-Laurent, depuis le sieur de Varenne jusqu'à la seigneurie de (s) Fiket & docu* la Prairie (1). Par là, il voulut reconnaître les services que menu sur la tcnurc ^ dévoué coloû avaît rcttdus dcDUis tant d'an-

nées au Canada, surtout à Ttle de Montréal, services qui étaient reftés sans récompense avant Varrivéedes troupes : car la grande Compagnie, si généreuse pour tant d'autres, n'avait fait à Charles Le Moyne aucune faveur (•}.

En 1668, le Roi, pour le récompenser, l'avait anobli, en le qualifiant, dans ses lettres de noblesse, sieur de Langueuil,d\i nom que Charles Le Moyne avait donné à l'une de ses terres. Comme elles formaient trois iiefs diîlinds, l intcndant du Canada en 1676, M. Duchcincau, voulant lui témoigner de plus en plus la satisfadion du Roi, les réunit en un seul, sous le nom de fief de Longueuil (3), {%) iM^ p. 99. qui refta depuis à Tatné de la famille Le Mo3me. Charles . avait pris ce nom d*un village de Normandie, aujourd'hui chef-lieu de canton, dans rarrondissement de Dieppe, sa patrie. Aussi e(t-il ù remarquer que, dans Tade de marinî^c du sieur Saint-Aubin, passé à Villemarie en 1679^ le notaire, pour éloigner toute confusion, a eu soin de

(•) M. de Lauson de la Citicre lui avait concédé, il cft vrai, en KîSy, un fiefdc cinquante arpents de front sur cent de profondeur, mais avec des charges jusqu'alors inouïes; & un ir)<'>.|, M. de Lauson pire avait ajouté à ce fief l'ile Sainie-Hclcne i'islct Rond, avec des charges plus onéreuses encore, ainsi qu'il a été dit. M. Talon, dans la diliribution qu'il fit des terres de la Citidrc, donna à Charles Le Moyne toutes celles qui se trouvaient entre le Hcf de Varenne & les cinquante arpentt dont nous parlons; &, de plus, tes antres qui, de lâ, s'étendaient jusviu'A la Piairic de la Magdelcinc. I.es cinquante arpents nommés d'abord la Petite Citière furent appelés ensuite par Charles Le Moyne du nom de Longueuil.

dire que les parents de ce colon demeuraient à Longueuil

de Dieppe (i). Charles Le Moyne emprunta aussi du pays (g Greffe de Viiic-

de Normandie quelques autres noms qu il donna a piu- *' **** '^^ç-

. . «r i • », Contrat de maringc

Sieurs de ses enfants^ tels que eehii de Marigay, pris d un de saim-Aubm avec

village, aujourd'hui cheMieu de Cflntoiij dans le départe- MaifiMrittBeior. ment de ta Manche ; celui dlberviUe, emprunté du fief de ce nom» Sous la-Haie, dans la Châtellenie d*Hotot*sur-

Dieppe (2). Enfin, M. Talon, pour interdire aux Iroquois :^-) Rcchcn-hcs hii-

les îles qui étaient au-dessus de Villemarie, donna en fief "^'''Sé

à M. Zacharie du Puy, major de Pile de Montréal, une d'Eftouieviiie, in-4».

petite île située au bas des rapides du Saut Saint-Louis, caen, ibôi,p.5i,53.

appelée Tîle aux Hérons, qui formait comme deux îles, h

y joignit quelques îlcts A'oisins (3). L'île Saint-Paul, en (3) Pièces & docu-

facc de Villemarie, avait déjà été concédée, en 1664, par ""f"

M. de Lauson père à Claude Robutel de Saint^André, à ^ #

Jacques Le Ber & Jean de Lavigne (4) . M. Talon concéda (4) m*,^ p. 137.

une île plus considérable que les précédentes^ située vers

la téte de Tîlc de Montréal, à M. Pérot, Gouverneur de

Villemarie, appelée depuis du nom de cet officier VîU * Pérot, & lui attribua aussi l'île i\ la Paix 8: les îles aux Pins, Sainte-Gene\ iève Saint-Gilles (3). Enlin, Tannée (5> ikU., jij, suivante, Charles Le Moync de Longueuil obtint encore sur la rive droite du fleuve, deux lieues de terres de front, en face de rUe de Montréal, sur trois lieues de profondeur, ainsi que 111e Saint-Bernard (6), (k il appela cette m ma, i>. seigneurie du nom de ChatMugai qu'elle porte encore.

Comme on le voit, par tout ce dénombrement, les c-^-f' ' m-ynss^sr terres des deux rives du fleuve Saint-Laurent, depuis le iÎJîJi"'\ouRCAM»i lac Saint-Pierre, surtout à partir de la rivière de Riche- composées d', lieu jusqu'à la tête de l'île de Montréal, furent érigées en °^ «oldai». liefs ^ données à des militaires, avec obligation pour eux de s'y établir, de les faire cultiver & d'y attirer des colons, principalement les soldats licenciés qu'ils avaient eus sous leurs ordres. Les soldats refiés dans le pays s^établirent, en effet, dans les seigneuries dont nous parlons, & de préférence dans celles des officiers sous lesquels ib avaient

servi à la guerre; d où il arriva que ces agglomérations d'habitants, devenant bientôt autant de villages & de paroisses, furent appelées du nom de ces officiers, qu elles portent encore aujourd'hui. Telle a été Torigine des paroisses de Sorel, de Chambly, de Berthier, de Saint-Ours, de Contrecœur, de Verchère, de la Vatteric, de Varenne, auxquelles nous devons ajouter celles de lîoucherville, ainsi appelée du nom de M. Roucher, 8c celle de Longueuil (*). Si tous les officiers des troupes, à qui M. 1 alon concéda des iiefs, ne donnèrent pas lieu à l'établissement d'autant de paroisses, c ci\ qu il eût fallu taire de grandes avances dont ils n'étaient pas capables la plupart. Plusieurs des bourgades que nous venons de nommer lan* guîrent même longtemps : les militaires qui les avaient établies n'ayant apporté en Canada que leur épée & leur bravoure, & ne trouvant de ressources que dans leur amour pour le travail, joint à leur bonne conduite & dans les libéralités du Roi.

birncuLii d'étabuk Pour a\oir une idée des difficultés que présentait Mtt waoaaMm, otf J^^miqissement d'une paroisse, alors uue le ('anada ne coNsTKucTioKET foumissait rien de son ionds, il iaut se rappeler qu avant lil"*^"" chaque seigneur se voyait obligé de procurer à ses

censitaires deux objets de première nécessité : un moulin & une chapelle desservie par un prêtre. L'étabUssement d'un moulin était si indispensable à la subsiftance des colons, qu'ils avaient droit de Texiger du seigneur qui leur

(•) Quoique toutes ces paroisses aient eu pour premiers colons des militaires toujours prêts à taire tace aux barbares, ce n'ell pas à dire qu'elle* n'aient été compocées d'abord que de soldats : les seigneurs pcrbonncllcmont intéresses à les augmenter y ayant attiré des familles Françaises pour les y établir. Ainsi, rannée 1671^ un honorable bourgeois domicilié i Bouchervîlle, Chriftophe Février, sieur de Lacroix, du pays de Mantes-sur-Seinc, épousa une nièce de M. Charles d'Aillcboull, juge de Villemaric, Marie Martin, fille (j) Grcnc de Ville- d'Abraham Martin & de Suzanne d'Aiileboull, du pays de Ravièrcs, marie, a 1 od. 1671. «n Champagne (1 }.

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