‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 146 sur 182 · MORT DE MARIE DE L INCARNATION · texte numérisé non relu

MORT DE MARIE DE L INCARNATION

difficultés inséparables de Texécution d'un tel dessein, sans exemple jusqu'alors. On remarquait en elle une douceur inaltérable envers tout le monde, & une admi> rable égalité d'humeur, fruit de son union intime avec Dieu, 8c la marque assurée d'une vertu tout extraordinaire. Quoiqu'elle eût été dix-huit ans Supérieure, à trois reprises dilférentes, avec une entière sutislaîiion de tout le monde, tant de la Communauté que du dehors, elle était la plus soumise, la plus obéissante de la maison, la plus exaâe à toutes les observances, & découvrait son intérieur à sa Supérieure avec la sincérité de la plus fervente novice. Nous avons parlé de sa fiscilité pour apprendre les langues Algonquine & Huronnc ; & on peut dire qu'elle mourut dans ceî exercice de zèle, puisque sa der« nière maladie se déclara lorsqu'elle avait pour écolières en ces langues trois Ileligicuscs de PVance, nouvellement arrivées. Cette maladie commença le i6 de janvier, où elle prit le lit qu elle ne quitta plus. Vers la fin de sa vie elle paraissait être comme dans une douce extase, la joie sur le front, & la vue modeftement baissée, ou fixée sur son Crucifix qu'elle tenait en main. Étant à Textrémité, elle 'demanda plusieurs fois qu'on lui amenât toutes les petites pensionnaires, tant Françaises que sauvages, leur donna sa bénédidtion, en assurant toutes ses Sœurs qu'elle offrait continuellement à Dieu ses douleurs, sa vie & sa mort, pour la conversion le salut des sauvages, afin que Dieu fût connu de tous ces peuples, nimé, servi 8c gloriiié; et dans ces sentiments, chargée d années Se de mérites, elle quitta la terre, pour aller jouir de Dieu dans le ciel(i). (ORdaiiondeiôpa, « La mort de ces deux illulh es jKrsonnes, disait le P. Da- ^T^?'»?»* « blon, a été une affliâion publique ; comme elles obli- « gaient tout le monde, tout le pays y a pris part, & les « a regrettées. Oh les honorait beaucoup partout, pour « leur vertu & leur sainteté; mais elles étaient chéries & « considérées particulièrement, comme celles qui a\ aient « donpé commencement à rinftrudion des jeunes filles « Françaises & sauvages, & qui, par ce moyen, avaient

(ORciationdc 167a, * bcaucoup contribué au bon établissement & au progrès p.7o,7>*7«. ' a de la colonie (1). a

tomMLAiiiuiu- Mais la Mère de rincarnation a rendu au Canada un autre genre de ser^'ice, par les cents prccieux qu elle

a laissés. Ses lettres spirituelles sont un riche 6»: inépuisable trésor, où les personnes intérieures peuvent puiser en assurance des maximes de conduite de salutaires avis, dans quelque état qu elles se trouvent. M. Emery, auteur de l'Esprit de sainte Thérèse, écrivait, au sujet de Marie de rincarnation : a Dans la dernière retraite que j'ai faite, « sa vie, ses lettres & ses méditations ont seules fourni la « matière de mes oraisons & de mes leéhires. Ceft une « Sainte, que je révère bien sincèrement, & que je mets (2) Arch. de i"ar- « daus mou eflîme à côté de .sainte Thérèse (2). » Enfin, chevcchc de Québec. Icttrcs hifloriques de cette Religieuse forment le recueil

Lettre autagntilie de , . . , . ..

M. fîmery, 5 |«nv. plus précicu.x, le plus lidèlc, le plus mllruciil 8c le plus

édiliant, sur l'hiitoire générale du Canada, depuis Tannée

i63q jusqu'en 1672, ainsi qu'on a pu en juger par les

divers extraits que nous en avons cités dans celte hllloire. .

«OIIT U MAMtlOjaiUiK

L'année suivante, 1673, on eut à regretter la ][>erte d'une autre âme d'élite, qui n'avait pas moins efficacement contribué à rétablissements à la conservation de la colo-* nie, quoique par d'autres moyens : nous parlons de inade^

moiselle Jeanne Mance.Venue avec une poignée d'hommes, trente & un ans auparaA'nnt, pour fonder "Villemarie, après avoir partagé leurs privations ^ leurs périls, jusqu'à s'être trou\ ée à la veille d'être obligL-e de repasser en l-'rancc avec eux : elle eut la consolation, avant de mourir, de voir la bénédiction de ses travaux, & cette même colonie composée d'environ quatorze à quinze cents personnes (*).

(*) L'année qui prc^cJa s.i mort, elle dcsira, pour la sùrctc de sa conscience, de terminer ce qui lui reliait encore a taire touchant les vingt-deux mille livres qu'en i65i elle avait Changées pour la moitié du domaine des seigneurs. Depuis ce temps, le Séminaire & THô-

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eft à regretter qu'on ne nous ait conservé aucun détail sur les dernières années de inadcnK)isLllc Mance, ni sur

les circonflanccs de sa sainte mort. Tout ce que nous en savons, c'eÛ que Dieu acheva de la sancliiier par de loncues 8: continuelles maladies: que cette iilie f.'-'n.irr.bie . ^

édiîia toute la colonie par ses grandes vertus (i),6i qu'en- demisàCruxio.iGC^f lin elle mourut en odeur de sainteté (2), le 18 juin 167'-^, à "»-4M^37fi' dix heures du soir (3), agee de soixante-six à soixante-sept tei Dieu de Qudbsc, ans. Ses précieux reftes furent aussitôt Tobjet de la véné- p- itération des pieux cotons, de ceux surtout qui avaient eu roSc'^S viii^nmii plus d'occasions d'adnairer ses rares vertus. Cette grande : 9 juin i^sts. servante de Dieu, n'ayant vécu que pour procurer l'établissement de la colonie de Villemarie & celui de l'Hôtel- Dieu Saint- Joseph , avait demandé que son corps fût inhumé dans I cglisc de cette maison, & son cclut placé dans celle de la paroisse : voulant ainsi que ce cœur, après mort, ne fut point séparé de ceux pour qui il n'avait cessé de battre, après Dieu, durant sa vie : ou plutôt clic ordonna qu'il fût placé, sous la lampe, devant le Très- Saint Sacrement, comme pour témoigner qu'elle ne cesse* rait d'intercéder en faveur de ses chères Montréaliltcs, lorsqu'elle serait devant le trône de Dieu. Ce fut la recommandation qu'elle fit verbalement à M. Souart, son exécuteur teftamentairc. Le corps fut en efTet inhumé dans Téi^Hsc de THôtel-Dieu, & son cœur, qu'on renferma dans un double vase d'étain, fut mis en dépôt, sous la lampe de la même chapelle, en attendant que l'église paroissiale, dont on n avait posé encore que les fondements, fût élc-

pital avaient foui en conamun & par indivis de ce domaine, qu'on

n'avait pu diviser liurant les troubles occasionnés parla guerre; & d'ailleurs, plus' occupés des colons que d'eux-noêmesj les seigneurs avaient lairâé tomber la grange en ruine, iaute d*y fiiire des i^parations. Comme donc la moitié <ic ces bâtiments appartenait A l'Hôpital, aussi bien que la- moitié des terres, mademoiselle Mance voulut qu'on fît Peftimation de la somme nécessaire pour les relever; cette (4; UrciTc vnicsomme fut évaluée à cinq mille six cent cinquante livres, dont elle marie, i" & s |uin proffliif de fournir la moitié (4). i<>7'«

4*6 nr PARTIE. LOUIS XIV.

(0 crefTe de Ville- ycc (i). Lcs prctres du Séminaire, qui désiraient beaucouD

marie, lo juin. Acte • u* i^/ r j « • • . ~. "

d« enrichir 1 église de la paroisse d une si précieuse retique,

se firent délivrer, par le greffier, un aâe, pour conftater

qu'elle n'était qu'en simple dépôt dans celle de l'Hôpital. Mais la conlîrudion de l'église paroissiale ayant traîne en longueur, & le transport du cœur de mademoiselle Mance ayant d'ailleurs été dilléré, il arriva que ce dénôt. si cher

(a) Annales de l'HÔ- • i •je*,* j jijai r ...

tei-Dieu. Addition »ur ^ Pjete des lidèles, fut consumé dans 1 incendie ijui imdemoitdie tUm». réduisit en cendres 1^ bâtiments de cette maison (*) (2). m

"*ÎÎS!TT"".îc^E L'année 1672, où M. de Courcellcs & M. Talon quit- ÉwscopAL DE avf:. tèrent le Canada, M. de Laval passa aussi en France, & îSi.'^*^' y séjour de trois ans pour attendre la conclusion de

Téreétion définitive du Siège épiscopal de Québec, différée jusqu'alors. Depuis l'année 1657 cette affaire était toujours pendante, malgré les efforts réitérés du Roi pour la faire terminer i & nous allons exposer ici la suite de ces né^-

(') L'inventaire de ses effets mobiliers, que nous trouvons encore

nu grerfede Villemarie, met comme h Recouvert les dévotions privées de mademoiselle Mance. Guérie miraculeusement par Tattouchenient du cœur de M. Olier, ainsi qu'ÎI a été dit, «c accoutumée à Pînvoquer comme un puissant protc.-lcur. elle aimait à avoir sous les yeux un portrait de ce saint prêtre peint sur toiie, ainsi qu'un autre de M. de Renty, ancien direéleur de la Compagnie de Montréal. En outre, elle avait à son pieux usage trois petits volumes en parchemin ^ contenant la vie de ce dernier; un portrait de saint Charles Borromée, &un cachet d'argent rcprcsentant saint Joseph tenant l Enfant Jésus par la main. Elle se servait apparemment de ce cachet pour sceller ses lettres, du moins en uvait-elle apposé l'empreinte sur son teftament. Mais ce qui e(l particulièrement regrettable, ce sont des papiers précieux pour Thinoiredu pays, qui fuKnt consumés dans le premier incendîc de Ff lnpital. L'inventaire dont nous parlons Ua mention entre autres de six paquets de lettres adressées À mademoiselle Mance elle-même, de vingt-quatre lettres de M. de La (3 Greffe de Ville ^^auversiére, de M. de Maisonneuve, de M. d'Olbeau, chanoine de la marie, 19 juin 1673. JJ'J^^ cbapeUc, de six lettres de mademoiselle Mance à M. Talon (3) j laventaire des mtu- « lon ne peut pas douter que plusieurs de ces pièces n'eussent une bic» & titre» de mad«- grande importance pour rbiAoire du Canada, surtout pour celle de moiselle Mance. Villemarie.

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