‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 147 sur 182 · L ÉVÉCHÉ DE QUÉBEC ÉTABLI · texte numérisé non relu

L ÉVÉCHÉ DE QUÉBEC ÉTABLI

ciations, reftées inconnues jusqu'à ce jour. Nous avons dit

que, le 14 décembre 1662, !e Roi avait écrit de nouveau

à Rome pour Pexpédition des Bulles (i). Mais, cette airaire (j^Arcbtvetdu mi*

demeurant encore suspendue, il écrivit, le 28 juin 1664, à '1^^^^^^^,^^^

M. de Crcquy, son ambassadeur extraordinaire (2), ainsi r^c,^ l Lxvîui

qu au Pape lui-même, pour faire de nouvelles inftances (3). *'

« Le choix que Votre Sainteté a fait, lui disait-il, de la Quclcc.'^L.IttK du

« personne du sieur de Laval, Évéque de Pétrée, pour ^°''> i''>" " ''^z

K aller en qualité de Vicaire apoflolique faire les fondions tè!^dM ,^ks ém^

« épiscopales en Canada, a été suivi de beaucoup d*avan- gères. voi. les.ftoott,

« tages pour cette Église naissante. Nous avons lieu de

« nous en promettre encore de plus grands succès, s'il

« plaît à Votre Sainteté de lui permettre d y continuer les

« mêmes fondions en qualité d'Évéque du lieu, en éta-

« blissant pour cette fin un Siège épiscopal dans Québec;

M & nous espérons que Votre Samtctc y sera d'autant *

«• mieux disposée que nous avons déjà pourvu à Tentre-

« tien de TEvêque & de ses Chanoines, en consentant à

« Tunion perpétuelle de Tabbaye de Maubec au fiitur

« évêché (4). C'eft pourquoi nous La supplions d'accorder M ^rch. de l ar-

« à rÈvêquc de Pétrée le titre d*Évêque de Québec, à a? aïf^û

« notre nomination & prière, avec pouvoir de faire en 14 déc. i6«»,toi.A,

« cette qualité les fondions épiscopales dans tout le Ca- ^'

ti nada(5^. » Le duc de Créquy, s'étant occupe HL-^ivcment (5; Arch. de» «jBiî-

de cette affaire, répondit au Roi quelques mois après : « Le ^irangères à Pt.

« Pape m a témoigné qu il voulait faire ce que Votre Ma- Lett.dua8jum 1664.

« jelté souhaite au sujet de rétablissement du Siège épis-

« copal dans Québec pour tout le Canada , & m'a chargé

« d*en faire donner les Mémoires à la Congrégation de la

« Propagande (6). » Charmé de ce résultat, le Roi ré- voi. iCi.

pondit à son ambassadeur : « J'ai approuvé & loué tout •cptem-

« ce que vous ave/ dit au Pape touchant la création d'un

« évéché à Québec, & puisqu'il nous a accordé cette grâce,

« il faudra veiller à ce que, dans les expéditions, mon

« droit à la nomination pour ce Siège ne soit pas ou- (7) voL 161,

« blîé h). » Mais rallairc, avant été mise en Congréga- P'*'^*

r , , " . I • 1 , . M. de Créqujr, du 17

tion, rut dinérée encore, malgré le désir ardent qu on avait o^. 1664.

in" PARTIE. LOUIS XIV.

nisi^re Jes affaires ^" Canada & Cil Ffaiice de la voir promptement ter-

étrangère», vol. 191. .Hlinée (l).

Rome, 38j p. 346.

xin.

l'affaire de l'érec- Ce qui montre combien on désirait à Québec son RÉTmsK^ii^im heureuse conclusion, c'efl que, dans des a(îles du Conseil Moin os 1111». souverain, par exemple dans celui du 20 mars

M. de Laval e(K|ualitit' ; nommé par Sa M aje/lê premier ICvéquc de ce yays, lorsqu'il aura plu à notre Saint-Père (») Atrttt & règle- {(, Pape d'y en établir un (2). Il parait même que, lorsqu'il pér! (iucbec""i855] passa Cil Francc, Tannée 1668, M. Talon se proposait de pu 45; 14 f<!v. 16C9. presser de nouveau la poursuite 6c le succès de cette négociation; du moins ell-il certain qu'il s^en occupa adlivement à Paris. Au mois de juin de Tannée précédente. Clément IX étant monté sur le Saint-Siégc, la Cour de France avait repris cette négociation; 8c, en 1668, le Pape fit même dresser un projet de Bulle d'érciftion, afin qu'on convint de toutes les clauses avant l expcdition de la Bulle (3; Arwh. du mtnis- Jcllnitive (3"^ Lc duc de Chaulncs, ambassadeur à Rome,

l&redes nflaircactran- • o • i • . i

gbcs, vol. 19Z. Rome, projet \i Fans pour connaître les mtentions du

t. XXXIX, p. i3a. Roi; & ce prince chargea M. Talon d autres jurisconsultes de lui faire part de leurs observations sur les clauses de ce projet de Bulle. Par leurs réponses^ on voit combien ces légiltes, sous prétexte de prendre à cœur les intérêts du monarque, portaient loin les défiances & les précautions, en ce qu'ils s*imat;inaient pouvoir donner quelque atteinte aux privilégies de la Couronne ou aux usages du pays; & pour faire connaître la délicatesse des susceptibi lités de cette époque, il cil nécessaire d'entrer ici dans quelques détails.

' ' * '^'^ ' ^ " " Lc projet de Bulle dont nous parlons donnait à M. de DtmBLl'^^oN 1-aval les titres d'Évêquc de Pétrée & de Vicaire ApqfioouLBCtt4NOBMKNr. Hque. 11 déclaralt que Tévéché de Québec dc]^cndait immédiatement du Saint-Siéf,^L\ k que le Pape en inlVituait Kvèque M. de Laval, sur la nomination du Roi par dr(nl de patronage, dont ce prince jouissait en vertu d'un pri-

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vilcgc apoUolique. Enfin, d après la forme usitée pour les concessions de grâces, dans ce projet de Bulle on donnait au Roi Tabsolution des censures eccléslafiiques qu il pouvait avoir encourues. Sur cette dernière clause, les légiftes Français firent observer qu'elle n'était employée qu*à Tégard de celui qui obtenait quelque grâce personnelle, pour lever par là rinhabilité qui rempccheraît de la recevoir; & ils furent d'avis qu'on ne rinsértit point dans la Bulle. M. Talon ajouta même que, si I on insilUiit pour Tv laisser, il fallait qu'elle eût pour sujet, non la personne du Roi, qui ne recevait aucune grâce, mais celle de M. de Laval, à qui le Pape accordait le nouvel évêché & tous les pouvoirs nécessaires pour le régir, en qualité de titulaire. On ne fut pas moins alarmé de la qualité de Vicaire Apùft(Aique, qui, dix ans auparavant, avait excité tant de rumeurs: 8: M. Talon demanda que, dans la Bulle, on se contentât de donner à M. de l.aval la qualité d'Évéque de Pétrée : pareillement qu'au lieu de cette clause : sur la nomination du \io\ par droit de patronai^c, en vertu J'un privilcp;e apollolique, on employât celle-ci ; sur la nomination du Koi, d après les concordais. Mais une ditlicultc qui parut plus sérieuse à ces jurisconsultes, c'était de faire dépendre Québec immédiatement du Saint-Siège, d'où il arriverait, disaient-ik, qu*à cause de la longueur & des dépenses du voyage de Rome, presque personne ne pourrait appeler des sentences de l'Évêquc diocésain. Comme les Bulles de Vicaire ApofioliquepourM. de Laval avaient déclaré déjà que TÉglisc paroissiale de Québec était du diocèse de Rouen, ces le^illes demandaient que le nouvel évèché demeurât sulîVaL^ant de celle métropole; & M. Talon, qui était de cet avis, voulait qu au moins on le fit dépendre de quelque autre archevêché de France. 11 ajoutait cependant que, si Ton ne pouvait l'obtenir, on insiftât pour qu'il ne dépendît immédiatement du Saint-Siège que jusqu'à ce qu'on eût érigé d'autres évéchés & formé une ^ j,^.

métropole en Canada (t). Le 26 juillet 1668, le miniftre t:re jcs apures étranenvoya ces observations au duc de Chaulnes, en lui re- f mS^pf/^r*'

430 tll* PARTIE. LOUIS XIV.

(i) Arch. du minis-

tèrcdcs affaires «ftran- cooimandftiit de la part du Roi de tenir à ce que la Bulle fxSaSip^^Hs!''"** y fût conforme en tout point (i).

m KxioE A KOMB dUE Sup l ordpc cxprès du Pape, la Congrégation consiUooiirmw wLteun- s'assembla pour les examiner en détail. Elle demeura ttBMTMiMrB. d'accord qu'on ôterait de la Bulle la clause de Vabsolulînn des censures f ainsi que le titre de Vicaire Âpojiolique ; niais elle voulut qu'il y fôt exprimé que Québec relèverait du Saint-Sicgc immédiatement. De son côté, Colbert écrivait le 3o août 1669 à M. Tabbé de Bourlemont, charge de poursuivre a Rome cette ofiàire : • Sa Majefté désire que « vous représentiez à M. le cardinal Rospigliosi que le Cac nada a toujours été dirigé, quant au spirituel, par TAr- > cheveque de Rouen; que les habitants sont tous naturels c Français, parmi lesquels il n*y a d'habitués qu'environ « deux cents naturels du pays; en sorte que c ell bien « plutôt une colonie l Ynnçnise qu'une nation barbare con- « v'ertie à la 1 oi catholique, (''cil ce qui tait désirer que « rÉvèque soit sullrauant de l archevèché de Rouen, jus- « qu'à ce que, la coluaie devenant plus peuplée, Sa Sainteté « puisse y établir une métropole & divers autres évêchés. « Quant aux limites du nouveau diocèse, le Roi ne peut i les régler à présent, attendu le peu d'espace cultivé & la I grande étendue de pays que les Français occupent le « long du grand fleuve Saint-Laurent. Ceil pourquoi il

• semble nécessaire de laisser, pour le présent, toute

• l'étendue du Canada dans la dépendance de l'évêché « de Québec, 8: de mettre une réserve pour pouvoir le « reflreiiuire h l'avenir dans une étendue raisonnable, eu « égard au nombre des paroisses ^\ des habitants qui s'y

(9) ^h. «le la ma- « établiront (2). •) Le Roi, en envoyant ce:* observations drM du Roi fol. i6o Colbcrt à l'abbé de Bourlemont, lui écrivait : « Je dé- 167* ' ' « sire que vous fassiez inftance à Sa Sainteté & à mon

• cousin le cardinal RospigUosi, inflance pressante en mon (3) /Mi., p. 167. c nom, pour l'expédition des Bulles (3). » Mais la clause

de la dépendance de Rouen, ou de quelque autre métropôle de France, éprouva de grandes dilhcultés & arrêta

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tout à fait tes négociations. Le Roi, qui avait grandement à cœur de les terminer, écrivait cependant cette même année à M. de Laval : « Vous devez être assuré que je

« ferai toujours toutes les diligences nécessaires à Rome « pour rére<5lion de l'évcché de la Nouvelle-France (i). ■n (o Arch. de Uma- I /année suivante lû-jo, M. Talon, étant retourné en Ca- "ne. Regirtrc des ornndo, comme il a de dit, mtorma M. de Laval de ce qui i66î»,foi. 134. avait été fait à ce sujet; & comme les Pères Jésuites disaient à ce prélat qu'ils agissaient à Rome pour lui faire obtenir son titre : « Je lui ai fait connaître, écrivait-il à Arch. de u ma- « Colbert, qu'il le devait attendre du Roi, qui seul aussi rine. Lett. de M.Tf' « pouvait le lui faire accorder (a). «

Enfin M. de Laval, fatigué de ces interminables Ion- «• »«»^vALv«TT«i.8 gueurs, prit le parti de repasser en France, résolu de se n v ilvs retolrnfr démettre du Vicariat Apollolique, Si de ne plus reparaître ^Jj^^^^" ^" en Canada, s'il n'obtenait d'en être fait Kveque titulaire ; et on conçoit qu'après toutes les démarches qu'il n'avait cessé de faire jubqu alors, ces lenteurs étaient bien propres à lui inspirer une pareille résolution. Lorsqu'il avait été nommé à Tabbaye de Maubec & au futur siège du Canada par Louis XL\, il avait écrit en i663 aux Cardinaux de la Propagande pour leur représenter que, au jugement de tous, Téredion de ce Siège était l'egardée comme presque nécessaire (3). Il avait réitéré sa demande en 1664, & (3) Arch. de u p».

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