‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 154 sur 182 · COUREURS DE BOIS · texte numérisé non relu

COUREURS DE BOIS

toire. On peut se rappeler qu'en racontant, que les officiers des troupes étaient retournés en France charges de pelleteries, M.. DoUier faisait remarquer que le Canada avait plus besoin de bourses pleines que de bourses vides; & par une sorte de fatalité, bien désaftreuse pour ce pays, la plupart des Gouverneurs, des Intendants & autres, que le Roi envoya depuis ce temps, pour être à la tête des affoires, furent des hommes sans fortune, ou même a>mplétement ruinés. Étant tous à la charge du Rot, qui ne retirait rien de la colonie, ils avalent des appointements si modiques, qu'à peine auraient-ils pu vivre par le seul revenu de leurs places : le Gouverneur général ne recevait chaque année que trois mille livres pour son entretien, celui de Villemarie dix-huit cents livres, 8c celui des Trois-Rivières douze cents (i;; & comme dans les places (OArch. dcU maqu'ils occupaient, ils croyaient être obligés à une certaine jS^*^/^îî]^«*'*674! représentation qui lit respeder l'autorité du monarque, & foi. Co. Rcgifirc des à avoir du train, ils se persuadèrent que le commerce V'J^''Z''^J!^ dont nous parlons était un moyen de suppléer a la modi- leso, foi. i; isss, cité de leurs appointements; quelques-uns y virent même ^ 7i »6î>»i ^ »• ime ressource pour rétablir avantageusement leurs afi&iires, & d'autres pour faire une grande fortune en peu de temps. Us se mirent sur le pied de donner à quelques aflidés des permissions écrites, appelées confiés, pour aller, sous couleur de chasse, faire la traite avec les sauvages dans les bois; & on a de graves raisons de penser, qu Us ne délivraient ces congés^ que dans l'espérance, ou même sous la condition expresse d en partager le bénéfice. Ces autorisations accordées à la faveur excitaient d^autres individus, non ainsi privilégiés, à prendre d*eux-mêmes cette licence; d*où il résultait que les coureurs de bois diminuaient de beaucoup, non-seulonent le commerce que les colons domiciliés auraient pu faire avec les sauvages, mais aussi celui que les hommes du gouvernement étaient soupçon- . *

nés de faire pour leur propre compte^ par le moyen de leurs favoris. « Ils ont commencé de porter leurs peaux « à Manate 6l à Orange, dès 1 année passée, écrivait

• M. de Frontenac à Colbert, ce qui causerait un notable

c préjudice à la colonie. Mais j'irai, dès le printemps, à « Montréal, pour les observer de plus près; & je vous « assure que j'essayerai d'en faire un exemple si sévère, (0 Arch. de u ma. « que Cela servira pour Tavenir 'i). » Enfin. Ton fit à la me. Lettre de M. de (;our une description si cllrayanic des desordres, commis

Fronttnac, 2 nffveill» , jt^- i**/-r,,p. .

bre 1671. par les coureurs de bois, que 1 année 167J, le 5 du mois

de juin, le Roi rendit un arrêt par lequel il condamnait &

la peine capitale, tous les Français habitants au Canada,

domiciliés ou non domiciliés, qui iraient dans les bois &

y refteraient plus de vingt-quatre heures, sans la permisfa) Arch. de Ville- ^ j r> meiie^ 5 |aiD i<>73. »on expresse du Gouverneur général (2).

». rainyr, Mtm «'km- Ces détails nous amènent à parler ici de M. Perrot, Mcma, •'»T«n- FAIT Gouvemeur de l ile de Montréal, que nous avons différé »« MOHTiitAi.. de faire connaitre plus tôt, quoique nous eussions pu lui donner place, avec trop de raison, dans le tableau des triftes effets que produisit en Canada !*établissement des troupes. Car ce Gouverneur contribua plus que personne, au moins dans Tlle de Montréal, 4 cette révolution fîuneile qui changea entièrement la face morale de cette colonie; & pour mettre les ledeurs plus à même de juger de ce personnage, il eft nécessaire de reprendre les choses de plus haut. Toute la suite de sa conduite en Canada, autorise à penser que si, en 1669, il avait pris la résolution d'aller s'y établir, c était dans Tespérance d'y taire une grande fortune, par le crédit de M. Talon, dont il avait épousé la nièce, Madeleine de Laguide, & qui y retournait alors lui-même comme Intendant pour la deuxième fois. Avant le départ, M. Talon, pour le mettre plus à même de réussir dans ses projets d'établissement, avait demandé pour Im à M. de Bretonvilliers, la place ' de Gouverneur de Montréal, &, s'il Tobtint sans peine, ce dut être sur les bons témoignages qu'il lui rendit de la (3) Assemblée du personne de son neveu. Car, bien que, quelques années

sommaire de Saint- plus tard, uous voyioHs quc M. Perrot se trouvai alort Suipicc, a Peiiii en* '> ' - >

lUe 1679. être bcau-lrèrc du président de Breton villicrs (3), 11 ne

parait pas que le supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice le connût déjà par lui-même, lorsqu'il le nomma au gouvernement de l'ile de Montréal. Il était d'une exaé^itude trop llride en matière de morale, d'une conscience trop timorée, 8c désirait avec trop d nrdcur le bien de Villemnric, pour faire choix d'un homme dont radminillration devait être si tunelte au repos & au progrès de cette colonie : & il Tauraît assurément prévu dès lors, s'il eût coimu ses vrais sentiments. M. Perrot étant donc sur le point de passer en Canada avec les soldats de sa com* pagnie, & résolu d*aUer avec sa femme à ViUemarie pour s'y établir : cette considération, jointe aux bons témoignages que M. Talon dut rendre de lui, ët l'état d'abandon . de cette colonie, reftée depuis plusieurs années sans Gouverneur, avait suffi à M. de Bretonvilliers, pour qu il pût prudemment faire choix de sa personne, & même pour s'applaudir de ce choix. Aussi les colons de ViUemarie avaient-ils fait éclater de grands seiitiiuents de joie au débarquement de leur nouveau Gouverneur, non mdns qu'A Tarrivée de madame Perrot, sa femme, qui vint le joindre ensuite. M. de Maisonneuve était toujours refté dans le célibat : c*était donc pour la première fois qu'on voyait un Gouverneur de Montréal venir y résider avec son épouse; & ce qui excitait encore l'intérêt des habitants pour madame Perrot, c'el> que s'étant déjà embarquée une première lois, en 1669, elle avait fait naufrage avec son mari 8c M, Talon son oncle, & s était sauvée avec eux (1) Ana«Jesdei'Hd> sur un niât rompu de leur navire, en promettant aux ma- tc'-Dl*" SalnKl<»cph,

^ . - , * à ViUemarie, par la

telots une grosse somme d argent (i). s^ur Monn.

viu.

M. Perrot, comme on Ta vu ôi^à, n'avait reçu de nvM.uw M M. de Bretonvilliers qu'une commission révocable, qui le ~ ~ tenait sous la dépendance des seigneurs, toujours en droit POUR l'iLSMMOMT'

de le remercier, s'ils n'étaient pas satisfaits de sa conduite.' A peine fut-il arrivé dans le pays, qu'il chercha le moven de se souftraire en partie à cette dépendance, en taisant solliciter par M. Talon des lettres du Roi pour le même

FAIT DOHtrU URB

eoumma» mitals

gouvernement. « Vous trou\erez bon, s'il vous plaît, « Monseigneur, écrivait M. Talon à (]olbert, que je vous « remette en mémoire, que M. Perret, qui a épousé ma « nièce, se trouve en Canada; et que présentement il y « eft établi avec la comnûssion de M. de Bretonviliiers, » pour remplir le gouvernement de Montréal, vacant par > « la retraite de M. de Maisonneuve en France. Ce dernier > en était pourvu par M. de Bretonvillier$> qui a droit, « par titre de concession, dy pourvoir, comme seigneur. « Mais comme M. Perrot a Phonneur de commander sa « compagnie, il serait, à mon sens, plus honorable & « plus avantageux au service du Roi, qu'il eût la commis- « sion de Sa Majelté, ^ je vous la demande très-humblc- (I) Archives tic Ju « ment (i). I) Colbert ne s'empressa pas de répondre à T^^^'^k C^ w Talon, & se contenta d'abord d écrire, en regard de sa demande, ce mot : à examiner. Comme il avait une affec' tîon particulière pour M. de BretonvilUers, ainsi que nous le verrons dans la suite, il voulut sans doute prendre langue avec lui avant de satisfaire M. Talon ; 8c il paraît que -M. de BretonvilUers ne vit aucun inconvénient à ce que le Gouverneur de xMontréal eût une commission particulière du Roi : attendu que les Gouverneurs généraux, nommés par lo grande Compagnie, avaient tous reçu de semblables provisions, sans préjudice pour les droits des seigneurs qui les avaient nommés. Colbert, dans les lettres de commission royale qu'il fit dresser pour M. Perrot, eut soin, en effet, de mettre à couvert le droit de MM. du Séminaire ; elles étaient conçues en ces termes : « Étant « nécessaire de pourvoir au gouvernement de Tile de a Montréal, vacant par la démission & le désiflement du « sieur de Maisonneuve, ci-devant pourvu de cette charge « par la Compagnie dite de Montréal, au lieu 8c place de « laquelle sont à présent les Prêtres 8c Ecclésiafliques du « Séminaire de Saint-Sulpicc de la ville de Paris... Nous t vous avons commis ^ commettons, par ce.s présentes, « signées de notre main (le sieur Perrot), pour com- « mander, sous notre autorité ^s. celle des seigneurs de

« rilè de Montréal, aux habitants & aux gens de guerre

« dans toute Tétendue de cette fle, même dans les Forts qui

• y pourraient être conftruits, 6c pour faire vivre les habi-

tf tants en union & concorde les uns avec les autres (i). » fi) Greffe de v.i-

Ces lettres étaient datées du 14 mars 1671 . Colbcrt, en les IXa^r^iT-î^*

envoyant à M. Talon, ajoutait encore, au sujet du droit 1Ô71.

des seigneurs : « Vous trou\ erez ci-joint la commission de

« Gouverneur du Montréal pour le sieur Perrot, votre

« neveu, que j ai fait expédier, sur la nomination de

« M. de Bretonvilliers (3). i M. Perrot, ayant reçu ces (*) Aiciam d« i«

lettres, les présenta à M. d^AiUebouft, avec celles de M. de '^^''"^^^

Bretonvilliers données deux ans auparavant, & fit enre- «ànée 1671, m 3».

giflrer au greffe de Villemarie les unes & les autres qui

furent publiées, selon Tusage, c afin que les habitante de

« Montréal & les autres, en ayant une pleine & entière (3) Greffe de viiic-

« connaissance, eussent à le reconnaître pour leur Gou- R<8'ftre àc%

.r,. audlencw* 17 dot.

« verneur (3). » ,5^,.

Mais, dès ce moment, il se considéra comme indé- «• p»«ot fait « pendant des seigneurs & affranchi de tout contrôle dans le trafic des boissons qu'il faisait déjà avec les sauvages, au grand scandale de tous les gens de bien du pays. Pour mieux réussir dans ce commerce ét recevoir plus sûrement les pelleteries des mains des sauvages, il avait établi un magasin au-'dessus de Ttle de Montréal, sur le chemin par où ils avaient coutunie de passer, ce qui devait leur éviter la peine de les porter à Villemarie. Le lieu qu'il avait choisi était une île du fleuve Saint-Laurent, qui, de son nom, fut appelée Vile Perrot ; & afin d'y être entièrement indépendant, il en obtint de M. Talon, comme on l a dit, la propriété & la seigneurie à la fin de Tannée suivante. Dans cette île écartée, où il avait feint de commencer quelques défrichonents, il trafiquait librement avec les sauvages qui descendaient le fleuve, Renvoyait même de là des hommes dans les bois pour courir après les chasseurs. Mais ne pouvant, en sa qualité de Gouverneur de Montréal, s occuper lui-même des détails de ce commerce, ni résider dans llle

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