‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 156 sur 182 · COLONS · texte numérisé non relu

COLONS

vrai que dans ces occasions il appelait M. Remy pour le consulter, & suivait ordinaironent ses avis. Mais par une étrange bizarrerie de caradère, qui du refte n'a rien d'étonnant dans un homme tel qu'était M. Perrot, les services qu'il recevait alors qui rhumiliaient, lui inspiraient contre M. Reiiiy Uuil de mauvaise volonté d'opposition, qu'il minaire''de viUcfmi* ^^^^^^ hautement daus le pays que cet Ewi^lcsiailiquc n était rie. Queflion propo- CR Canada que pour le contredire dans Texercice de sa Kfcpar .M.Reaiy.m charge (l).

iet réponses. ^ '

A K. Cependant quelques-uns des plus anciens & des plus > honorables citoyens de Villemarie, MM. Hcotté de Be-

leftre, Vincent de Hautmesnil, Charles Le Moyne de Longueuil, Jacques Le Rer & M. Migeon de Branssac, vivement attligés de la conduite du nouveau Gouverneur, qui tendait au renversement de Tordre & à la ruine du commerce, résolurent eniin de lui faire de respeéhieuses remontrances. Pour ce dessein^ ils s'assemblèrent le 7 janvier 1 672, & convinrent entre eux d'aller lui représenter avec douceur les désordres que quelques volontaires commettaient journellement, surtout deux d*entre eux, quôique le Gouverneur général les eût déjà condamnés Tun & Tautre à être exilés du Canada; & comme M. Migeon remplissait alors Toffice du juge, M. d'Ailleboult étant absent de Villemarie, ils le prièrent de porter lui-même la parole, au nom de tous, ce qu'il accepta. Arrivés chez M. Perrot, ils trouvèrent M. Dollier qui les y avait précédés, peut-être pour préparer l'esprit du Gouverneur à cette visite. Mais lorsque M. Perrot eut entendu parler M. Migeon, il se mit dans une violente colère, se répandit contre ces messieurs en paroles blessantes & grossières, comme eût pu le faire l'homme de la lie du peuple le plus brutal, & ajouta en terminant sa diatribe : Je ne suis pas comme M. de Maisonneui'e, Je saurai bien vous contenir dans le devoir. La nuit qui survint, au lieu de lui apporter conseil de calmer son courroux, sembla n'avoir servi au contraire qu'à l irriter davantage, surtout contre M. Migeon; car le len-

demain 8 janvier, il le fit saisir, de son autorité privée, & le mit en prison pour le punir des observations qu'il avait bien osé lui faire la veille.

xin.

Informe d'un tel acte de violence, sans exemple jus- iN»oLE>cEa ob ». m». qu alors à Villemarie, M. Dollicr, comme représentant des îîîiîl****^"* *"* seigneurs, se transporte au château où étaient alors les prisons, & se fait accompagner par MM. Rcroy & Ranuyer, & par le greffier, afin dlnterroger M. Migeon & de dresser procès^verbal de cette at&ire. Un soldat qu'ils y trouvent en faéfion, armé du fusil & de Tépée, les voyant arriver, leur défend de passer outre, & appelle en même temps le sergent de garde. Celui-ci, nommé La Rose, se présente aussitôt; il leur déclare que, d'après Tordre du Gouverneur, M. Dollier seul aura la liberté de parler à M. Migeon; & un inOant après survient le valet de chambre de M. Perrot qui, de la part de son maître, réitère au sergent le même ordre. C était pour empêcher M. Dollier, par défaut de témoins & d'officier public, de prendre ade des réponses du détenu. M. Dollier demande alors au geôlier son regiftre pour y voir dans quels termes était . conçu Técrou de M. Migeon; à sa grande surprise^ il n'y trouve rien qui ait rapport à son affaire.

Là-dessus ces messieurs se rendent chez le Gouverneur, éi, après ra\oir salué, .M. Dollier lui dit qu'il vient pour savoir s'il cit \ rai qu'il ait fait emprisonner M. Migeon & pour prendre acte de ses réponses. M. Perrot déclare qu'il l'a fait mettre en prison pour le punir des paroles ollensantes qu il lui a dites, & ajoute qu il ne donnera point les raisons qu'on vient lui demander de sa conduite, attendu qu'il eft supérieur dans le pays à • M. Dollier. Celui-ci, sans incidenter sur cette réponse, lui demande alors pourquoi, en fabant emprisonner M. Migeon, il n^a donc point écrit son écrou sur le re^ftre de la geôle, comme le prescrivent au.\ juges les ordonnances de nos rois. C'eft. répond M. Perrot, que les procédures de guerre sont bien différentes de celles de la juffice, &l

qu'au refte il représente dans le pays la personne du Roi^ comme étant son Gouverneur, & n eft obligé de rendre compte de sesaclions à personne. M. DoUierinsiOe & lui

représente qu'il n'eft pas dans Tordre de faire ainsi empris(^nncr les oificiers de la jullicc, spécialement M. Migeon qui tient actuellement la place du jui^e; qu'en cette qualité il a fait des procédures ^: des ades judiciaires la veille & le jour mcinc contre un prisonnier accusé de vol & de meurtre, dont il ell nécessaire dlnftruire & de juger la cause ; qu'enfin il peut survenir d'autres attires semblables, qui demandent le mîniftère de la jufKce, & qu'il n'y aura plus moyen de les poursuivre, ni de donner suite à celles qui sont commencées, tant que le juge sera ainsi détenu en prison. La réponse de M. Perrot montre la légèreté & tout à la fois les prétentions extravagantes de son esprit, infatué de Tautorité indépendante & souveraine qu'il s'attribuait, en vertu de sa commission royale : H Si le ciel ifenait à tomber, répondit-il, il y aurait bien « des aloueltes prises; jai droit d'emprisonner toutes « sortes de personnes, & même M. d'Aillebouft, juge de « ce lieu, s'il vient à s'oublier, comme l'a fait M. Migeon. » M. Doilier, reprenant alors la parole, se contenta de lui dire que si M. Migeon lui eût manqué de respeA, 11 aurait eu, pour obtenir satisfa^ion , des voies plus douces à prendre : le Gouverneur général 8< l'Intendant du Canada étant les juges naturels devant lesquels M. Mifîcon avait à répondre de ses aLk's; 8c il finit par demander la liberté de ce dernier, pour qu'il pût continuer les fonctions de juge. M. Perrot la refusa en disant qu'il l'accorderait volontiers si c'était une prière qu'on vint lui faire, mais non sur une remontrance dont on prétendait prendre ade dans les formes; & là-dessus M. Dollier se retira. Une violation si manifefle & si criante des droits les plus légitimes ne pouvait être continuée longtemps. Aussi M. Migeon fut-il élargi peu après.

KOD^btATION SKU MHp

GNiviks; AUTRE» Mais si M. Perrot n'eut point à rendre compte d'une

if. PERROT GOUyERMEUR OB MONTRÉAL. 455

conduite si irrégulière, il dut sans doute à la protection de n^om» «wtw ». M. Talon, alors présent dans le pays, & à la modération des seigneurs, rassoupissemcnt de cette affaire, à laquelle nous ne voyons pas qu'on ait donné aucune suite. Les

pénibles détails que nous venons d'exposer ne furent que le prélude des transgressions, des violences & des \ exations qui signalèrent toute la suite du gouvernement de M. Perrot à Villemaric; ^ il paraît qu'avant d'aller en Canada, il avait déjà donné de semblables sujets de plaintes contre lui. « S'il vous plaît^ vous informer de son « humeur & de sa conduite, écrivait M. de Frontenac à « Colbert, en 1674, vous apprendrez facilement ses em*

0 portements & la manière dont il s'eft comporté partout « où il a été, 8c même à l'égard de son oncle, à Lisbonne,

1 dont M. de Saint-Romain fut témoin. M. deOiurcelles « vous pourra dire aussi les plaintes qu'il a eues contre lui « quand il était en ce pays, & ce qu'il a été obligé d en i< soull'rir. Pour moi, je n'ai pas voulu vous nmnder mille « algarades qu'il m'a faites, 8»: qu'un autre, dans la place « où je suis, n aurait point soullertes si patiemment. L altt liance dans laquelle nous sommes à cause de ma femme, « la considération de son oncle & Tespérance qu'il profi- « terait des remontrances que je lui faisais, & changerait « de façon de faire à Tégard des coureurs de bois, m'ena gagèrent à mettre tout sous les pieds & à faire toutes les « avances pour le porter à entrer en lui-même par le

" moyen de ses amis r Mais ce qui n'efl pas moins à (1) AkUvm d* la regretter, M. de Frontenac, qui se plaignait avec tant de J^"""*' pf;,^,,** raison de M. Perrot, n'était pas lui-même exempt de coibert, 14 novembre tout soupçon de commerce intéressé, comme la suite le ''"'^ montrera.

m* PARTIE. LOUIS XIV.

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