‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 157 sur 182 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

éTABLIR VN POSTB DE

eommcK a kata*

M. DB FRONTENAC ÉTABLIT LE FORT DE SON NOM A KATARAKOUI ET LE FAIT DONNER A M. LA SALLE.

M. DE FRONTrvAcvEirr Dès son aTTivée en Canada, M. de Frontenac résolut

de former un grand établissement de commerce sur le lac Ontario, au lieu même que M. de Coiircelles était allé visiter l'année précédente, d'y conliruire un Fort & d'y tenir des hommes avec des marchandises, pour les donner aux sauvages en échange de leurs pelleteries. Dans ce projet, il put avoir pour motif le bien de la colonie en général, & croire qu il le procurerait par là, comme le pensait M. de Courcelles, qui avait eu déjà le dessein de cet établissement. Les Iroquois, dit*on, offraient alors de fournir aux Outaouas toutes les marchandises dont ils avaient besoin, & de les échanger pour leurs pelleteries, sur les bords du lac Ontario; & M. de Frontenac, par cet établissement, voulait traverser & ruiner ce commerce, (0 Mémoire prd- dont le succés aurait cté nuisible à celui de la colonie f i). scnté au Roi par le Cette Considération put bien influer sur la détermination

parents de La Salle, .. . . .

in-folio, 7 pagwd'im- ^^-i " P^'t alors; mais on a de lorles rai:^)ns de croire

> ^ qu'elle n*en lut pas le motif principal. Quoiqu^un écrivain

moderne ait dit de ce Gouverneur qu'on ne Taccusa jamais (0 Hiftoire de la d'avoiT été intéressé (2), Thiftoire de son gouvernement Nouvelle-France, par offrira Cependant plus d'une preuve du contraire; & l'éta- 1. 11, p. 1Î7. blissement dont nou> a\ ons a parler ici peut juftifier ces fâcheux soupçons. Le duc de Saint-Simon rapporte dans ses Mémoires que M. de Frontenac était parfaitement ruiné, lorsqu'il partit pour le (Canada; il ajoute même qu'on lui procura ce gouvernement pour lui donner de quoi vivre; & que, de son côté, il se résolut d aller résider

ÉTABLISSEMENT DU FORT KATARAKOUI. l6j3.

à Québec^ plutôt que de mourir de faim à Paris (i ). Mais (o Mémoire? comcomme la charge de Gouverneur général ne devait lui rap- iSS^ îîri!*1a»9 porter que trois mille livres d'appointements, il était à Tome n, p. s^g^j craindre qu'il ne vît dans cette place 8^; dans Tautorité qui ^iPlui était confiée, qu un moyen de rétablir sa fortune; non pas îoiitefois en se livrant lui-même au trafic, mais en favorisant ceux des induffriels qui consentiraient à lui donner part dans leurs bénéfices. En arrivant en Canada, il trouva que M. Perrot, gouverneur de Montréal, avait déjà formé dans l*lle de son nom un établissement de commerce, qui, par sa position avancée, le mettait à même de recevoir de première main, par M. de Brucy son commis, toutes les fourrures des sauvages qui descendaient dans # la colonie par le fleuve Saint-Laurent 8: par la rivière des Outaouas; 8c on soupçonna M. de l'Yontenac d'avoir voulu, par la conflrucHon de son Fort au lac Ontario, se former à lui-même un établissement plus avancé dans les terres & plus considérable encore, & le faire valoir par ic moyen de M. La Salle, qui entra d'abord dans ses intérêts.

Il eft vrai que, pour le disculper de ce blâme, on a » " supposé que par la conftruéUon de ce Fort il avait voulu uH^'^l'w se préparer à la guerre contre les Iroquois, qu'il Tardait f keot ««bâta. alors comme inévitable (2), ou du moins les tenir en res- ^ pe<ft pour les disposer à une paix sincère 8c 'qui fût de senté au Roi. /It^. durée: 3 1. Mais, en alléguant ces motifs, on oublie que (3) Nouveau voyage depuis le licenciement d'une partie des troupes en Canada ^^^^^ Lohoutan, 8c le retour de l'autre en France, M. de Frontenac n'aurait eu aucun moyen pour garder ce pofte avancé; 8t que dans ces circonftances la conllru^lion d'un Fort, si éloigné des habitations françaises, n'aurait pu lui donner aucun avantage dans une déclaration de guerre avec les Iroquois, puisqu'il était dâns Timpossibilité absolue d'y tenir garnison. M. de Frontenac l'avait bien compris lui-même; & se voyant sans soldats, à son arrivée dans le pays, il écrivit à Colbert, le 2 novembre 1672, pour demander qu'on envoyât quelques troupes, si Ton voulait contenir

les troquds. Mais la répooM fut négative fit ne Ittl laissa même aucune espérance pour Tavenir { i Vous ne devefe « pas vous attendre, lui répondit ce miniftre» que Sâ Ma-

« jefté puisse vous envoyer des troupes d'ici, vu qu'elle a n'a pas jugô que cela fût nécessaire, & qu'elle désire «I que vous cxCcutiez ponduellement ce cjui eft contenu <' dans votre inftnidion , pour aguerrir les habitants en (i) Archives de la „ formant cn conipat^nies & leur faisant faire Texcr-

marinc. Rccillrc des • i i . '-i n j

dép&he» & autre» ex- * P'"** fiouvcnt qu u sc pourra, afin de vous cn

péditioni, in. t servir dans toutes les occasions où vous pourrez en

folio. Lettre Ju i3 . „..^î u^.-!-, ^

Juin 1673, (oi.aô. * avoir besoin (r). »

Au refte^ le vrai motif de la conftruâion de ce Fort,

LE noTiF DE l'éta- avoUé paf M. dc Frontenac lui-même dans sa dépêche à «AKout. Colbert, était surtout le commerce des fourrures & l espé-

rance d'augmenter par la ^ de fortifier la Mission formée par le Séminaire de Viilemarie à Kenté, qu'il savait être très-agréable à ce minillre, & où d'abord il semblait avoir dessein de l'établir. « iM. de Courcelles vous parlera, écri-

0 vail-il, d un polie qu il avait projeté sur le lac Ontario,

1 qu'il croit être de la dernière nécessité, pour empêcher « les Iroquois de porter aux Hollandais les pelleteries « qu'ils vont chercher chez les Outaouas, êi les obliger de « nous les apporter, comme il ell jufte : puisqulls viennent « faire leurs chasses sur nos terres. Cet établissement « appuierait même la Mission que Messieurs de Mon- « tréal ont déjà à Kent6; 8»: je vous supplie d'être persuadé « que je n'épargnerai ni mes soins, ni mes peines, ni nia « vie même, s'il ell nécessaire, pour essayer de faire

{2j ArchivcE de la " quelquc chose qui puisse vous plaire (2). « Le motif marine. Lettre de M. de la conllfuction de ce Fort fut donc i eiablissemeni d un b^rt'^'2 nô'v"T6^.^* comptoir de commerce avec les sauvages; & quoique ce comptoir pût tourner au bien de la colonie française considérée en général, il devait être nuisible à presque tous les colons, privés par là des pelleteries qui seraient portées à ce Fort, & n'être réellement avantageux qu*à Ceu3t qui en seraient les propriétaires, c'eft>à-dire au sieur La

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Salle, à qui M. de Frontenac le lit donner, comme nous le raconterons bientôt.

L*empressement qu'il fit paraître pour conlhiiîfe ce »- »■ motntukc ^û- Fort, avant même d'avoir consulté le mimlfare, peut donner JJ][[J^ ^ tTSw à penser qu'il ne mit tant de diligence que parce qu'il ait pu m : uu

craignait que le Gouvernement ne fût pas favorable à son ^"«w*»*»^»^'*'»-

d('>sein : sachant bien qu'on n'était pn'^ en état de tenir

garnison dans ce lieu éloigné, ni d'y envoyer des Français

pour y former une colonie. Il faut remarquer, en eflet, que

par le départ des derniers vaisseaux de cette année , au

mois de novembre 1672, il annonça à Colbert qu'il irait

former cet établissement dès le printemps, c'eiUâ-dire

avant le retour des vaisseaux de France, & par conséquent

avant que la réponse du miniftre eût pu lui parvenir. « Je

i tikherâi, lui disaît^it, d'aller le printemps prochain sur

« les lieux, pour en mieux connaître l'assiette & l'impor-

0 tance, ^ '«.•nirsi, nonoblhuitla faiHe'^'-e où nous sommes,

« on n'y pourrait point commencer quelque établisse-

« ment i . > S'il eût écrit à la (]our pour la consulter sur ce (1) Archives de u

nroict avant de l entreprendre, on ne peut pas douter que marine. Lettre de M.

Colbert 6i le Koi lui-memc n en eussent empêche I exccu- bcrt, du » novembre

tion, comme devant être nuisible à la colonie (2). En elTet,

après la conftrudllon d»ce Fort, le miniftre hii répondît en (») AKhhret de le

ces termes, de la part du Roi, le 17 mai 1674 : • L^nten- ^ï'iie^T^nun^:

<t tion de Sa Majefté n'eft pas que vous fassiez de grands ^ «na 167»»». 16.

« voyages en remontant le fleuve Saint-Laurent, ni même

« qu'à l'avenir les habitants s'étendent autant qu'ils ont

0 fait par le passé. Au contraire, elle veut que vous tra-

« vailliez incessamment, & pendant tout le temps que

« vous demeurerez en ce pays-là, à les resserrer, à les

« assembler, pour composer 8< pour former des villes &

« des villages, & leur donner plus de facilité pour se bien

« défendre. En sorte que, quand même l'état des affîures

<t de l'Europe serait changé par une bonne 0c avantageuse

« pabc à la gloire êc à la satisfa^ion de Sa Majefté, elle

« eftime beaucoup plus utile à son service de vous,appli"

DOKME AUX COLONS MtCORViSSNUUSTU

D'AaORD

460 m' PARTIE. LOUIS XIV.

a quer à bien faire défricher & bien habiter les endroits « les plus fertiles, les plus proches de la mer &de la com-

« munication avec la France; & non pns de pousser au (0 Archives de la « loin des dccouvertcs au dedans des terres, dans des marine. RcgiUrc dw « pays si éloignés , qu'ils ne peuvent pas être habités ni

x67tf3.'a6.'^ " • possédés par des Français (i)« »

M. SB vwnrrnuc cm- M. de Frontenac ayant donc résolu de conftruire ce Fort avant le retour des vaisseaux, Bt dès que la fonte des glaces aurait rendu navigable le fleuve Saint-Laurent^ s occupa sans délai des moyens qu il aurait à prendre pour exécuter son dessein. Il se voyait sans troupes, sans argent, sans munitions, sans canots, dans un pays dont il ne connaissait presque pas encore la situation, ni le caractère de ceux qui l'habitaient. Pour se procurer les hommes & les bras nécessaires , il dissimula d'abord son dessein aux Canadiens, leur donna seulement à entendre qu'au printemps il irait parcourir toute l'étendue de son gou\ ernement, pour connaître le pays, se faire voir aux sauvages, & les assurer de la proteâion du Roi, pourvu qu'ils gardassent la paix avec nous. M. de Courcelles, pour ne pas s'exposer aux insultes des Iroquois, n'avait entrepris le même voyage qu'avec une escorte de cinquante-six personnes : M. de Frontenac allégua çet exemple & ordonna aux habitants de Québec, des Trois-Rivières, de Villemarie & d'autres lieux, de lui fournir, à leurs propres frais , un certain nombre d'hommes qui l'accompagnassent & des canots, tant pour conduire son escorte que pour transporter tous les objets qui lui étaient nécessaires, & invita aussi à raccompagner dans ce voyage les officiers établis dans le pays. Pour légitimer ces corvées extraordinaires, qui auraient pu exciter de juftes murmures, il fit entendre qu'il voulait aller avec cette suite nombreuse, afin de faire paraître aux yeux des sauvages quelques marques de la puissance du Gouverneur, & de les contenir plus aisément par la crainte; 8c sous ce même prétexte, sachant que M. de Courcelles était allé dans leur pays en bateau plat,

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malgré les rapides 9t les courants > il fit conftruire deux bateaux semblables, qui pouvaient porter chacun seize hommes & beaucoup de vivres, & les arma même de quelques pièces de canon, après les avoir fait peindre Vun & Tautre, ce qui était encore nouveau dans le pays.

m rtONTINAC SN-

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