‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 159 sur 182 · TOME lU. 3o · texte numérisé non relu

TOME lU. 3o

466 îfl® PARTIi:. LOUIS XIV.

voiles pour y faire asseoir les Iroquois. Ces sauvages, au nombre de plus de soixante des plus anciens & des plus considérables de leurs nations, passèrent au travers des deux (lies & parurent fort surpris de cet appareil, surtout de voir les gardes du Gouverneur revêtus de leurs casaques, ce qui était encore nouveau pour eux. Après s'être assis & avoir petuné quelque temps, suivant leur usage, 4'un d*eiix, le célèbre Garacontié, dont nous avons parlé tant de fois, harangua M. de Frontenac, au nom de totrtes les nations, témoignant la joie qu'elles avaient éprouvée en apprenant par M. La Salle le dessein qu'il avait eu de venir les visiter, dans Tespérancc qu'il voudrait toujours maintenir la paix avec eux les protéger contre leurs ennemis, en les traitant comme un père doit traiter ses enfants. 11 l assura qu ils venaient lui protefter, comme ses véritables enfants, de l entière soumission qu'ils auraient toujours pour ses ordres; qu'il parlait au nom ^e cinq nations Iroquoises, qui toutes n'avaient qu*un même esprit & une même pensée; ^ que, pour lui en donner un témoignage inconteflable, les capitaines de chacune allaient lui confirmer de leur propre bouche ce qu*il venait de lui dire en leurs noms En eti'et, chaque capitaine le complimenta en particulier, lui donna les mômes assurances, lui fit présent d'un collier de porcelaine à la An de son compliment.

HAïuNGuii DE M. DK Pour s'accommodcr aux usages de ces barbares, m «WTBwc Jw» iAu- ^ Frontenac fit allumer un feu près du lieu où ils

étaient assis, & leur répondit en ces termes : « Mes eni fants, les Onnontagués, les Agniers, les Onneiouts, les « Goiogouens & les Sonnontouans, j'at fait allumer ce feu « pour vous voir petuner & pour vous parler. Ohl que « c'eft bienfait, mes enfants, d'avoir suivi les commande*

• ments de votre père, en venant ici! Prenez donc cou-

• rage : vous y entendrez '-a parole qui eO toute pleine « de douceur 8: de paix, une ]>arole qui remplira de joie a toutes vos cabanes <k les rendra heureuses. Car ne pen-

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« sez pas que la guerre soit le sujet de mon voyage; mon « esprit eft tout rempli de paix, éielle marche avec moi. « Je sais qu*il y a eu des esprits assez mat faits pour avoir

« voulu vous persuader du contraire. Si que je n'étais venu « en ces cantons que pour manger vos villages. Mais ce sont « des brouillons qui voudraient rompre la paix & l'union « entre nous. Sovcz donc convaincus que je n'ai eu d'autre « dessein que de venir vous voir, puisqu i! était bien )ulte H qu^un père connût ses enfonts & que les enfants con- « nussentleur père. Il ne me refte qu^un déplaisir: c^eft de « ne pouvoir parler votre langue ; mais, afin que vous soyez . Il pleinement inlfariits de mes sentiments, fai choisi te 1 sieur Le Moyne, à qui je vais donner par écrit ce que • je viens de vous dire pour qu'il vous l'explique mot à « mot, & que vous ne perdiez pas une seule de mes pa- « rôles. Écoutez-le donc attentivement. ' M. de Frontenac, avant cessé de parler, remit à M. I.eMoyne de Longueuil l'écrit qu il tenait à la main, & lit faire quelques présents aux sauvages.

xni.

Pendant ce temps, le sieur Raudin était occupé à tra- >• >» raoKTE»Ac r»n cer la place du Fort dans le lieu que M. de Frontenac roiri^^îiwîîï

'avait déjà choisi, conformément au plan qu'ils en avment MCS IBOQt'OIS A KMarrêté Tun & l'autre. Immédiatement après le dîner, on " ordonna à une partie des hommes de crcnser la tranchée dertinée à recevoir les pieux, 8c à tous les autres d abattre des arbres, d'équarrir les bois 8c d'apporter les pieux. L'adivité de tous ces travailleurs & la quantité considérable d'arbres qu'ils abattirent étaient pour les sauvages un grand sujet d*étonnement, non moins que la promptitude avec laquelle ils voyaient s'avancer en même temps tous ces divers ouvrages. Le i6 juillet, sur le soir, M. de Frontenac fit avertir les capitaines des cinq nations qu^il leur donnerait audience le lendemain, vers huit heures du matin. Ce jour-là toutes choses étant préparées, on les reçut de la même manière que la première fois; 8c il leur proposa tout ce qu'il désirait d'eux, en accompagnant son

discours ou ses paroles de présents, suivant la coutumie

des sauvages. La première de ses paroles eut pour fin de les engager à ambrasscr le Chriftianisme, & ici M. de Frontenac s'exprima comme eût pu le faire le missionnaire le plus zclc le plus fervent. « Il ei\ du devoir d'un « borl^pèrc, dit-il, de donner à ses enfants les initrudions ic qui leur sont le plus utiles & le plus nécessaires, & je Il ne saurais vous en donner une plus importante que de i vous exhorter à reconnaître le même Dieu que }*adore « & à être chrétiens. Ce Dieu, c^eft le Seigneur souverain « du Ciel & de la terre, le maître de vos vies & de vos ' « biens, celui qui vous a créés & qui vous conserve, qui « vous donne à boire 8c à mani;cr; qui peut en un moment « vous envoyer ia mort, pui>-qu il ell tout-puissant & qu'il a fait ce qu'il veut. Eafin, c'eft lui qui peut vous rendre « heureux ou malheureux, quand il lui plaira. Ce Dieu • s'appelle Jésus, & les robes noires que vous voyez ici « sont ses miniftres & ses interprètes, qui vous apprcn- « dront à le connaître quand vous le voudrez. Je ne les i laisse pamii vous & dans vos villages que pour vous « inflruîre. Aussi, je prétends que vous empêchiez qu'au* « cun de vos jeunes gens ne soit si téméraire que de les of-* ■ fenser^ puisque je prendrais ces offenses comme si elles « étaient faites à ma propre personne, 8c que je les puni- « rais avec la même sévérité. Écoutez donc bien le con- « icil que je vous donne, & ne roubliez pas, puisqu'il eft « d'une si grande importance pour vous, & qu en vous le « proposant je ne songe qu'à vous rendre heureux. An- « cteas, donnez en cela l'exemple à vos enfants; & si vous t n'êtes pas encore disposés à vous faire chrétiens, h'em* « pêdiez pas du moins qu'ils ne le deviennent & qu'ils « n'apprennent la prière & le commandement de ce grand « Dieu que les robes noires vous enseigneront. 11 ne con- « siffe qu'en deux points : le premier, de Taimcr de tout « notre cœur, de toute notre àiiic ^ de toutes nos forces, ff Ancien^, y a-t-il donc rien de plus aise à faire que d'ai- « mer ce qui eft parfailcnient beau, ce qui ell souveraine-

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t ment aimable & ce qui peut faire tout notre bonheur? a Le second point, c*eil que nous aimions nos frères « comme nous nous aimons nous-mêmes; c'eM-dire que « nous les assiitions dans leurs nécessités, & que nous leur

« donnions de quoi boire, de qu<M man^r & de quoi se « vêtir quand ils en ont besoin, comme nous voudrions

« qu'on nous en donnât à nous-mêmes. Encore une fois, M anciens, car je vous adresse ma parole, croyant que « vous avez l'esprit assez bien fait pour la comprendre, 0 dites-moi franchement, y a-t-il rien de plus julle que ce « commandement, rien de plus raisonnable? Comme je « suis obligé de Tobserver moi-même par la profession « que je fais détre chVétien, vous devez être persuadés « que )e ne viens ici qu*avec im cœur rempli de douceur « & de paix. Mes prédécesseurs Tout faite avec vous, cette , c paix ; je vous la confirme présentement £c avec la même « condition qu'ils vous ont imposée, savoir : que tous les « sauvages, qui sont sous la protce'lion du Roi mon ninître « & ses alliés, jouissent de cette paix, 8c que le premier a qui la rompra soit pendu. » A la suite de ce discours, M. de Frontenac leur fit présenter quin/e arquebuses avec une quantité de poudre, du plomb de toute sorte, ainsi que des pierres à fusil.

Sa seconde parole eut pour objet la conftruâion de "

son Fort. Il dit aux Iroquois que, pour maintenir la paix, il faisait cet établissement à Katarakoui, où ils trouveraient des marchandises que les Français y apporteraient, 8c que par là eux-mêmes ne seraient plus obligés, cT)mme ils Pavaient été auparavant, d'aller les chercher, par des chemins rudes 8c fâcheux, à plus de cent lieues de leurs villages. Sa troisième parole eut pour objet l'union qui devait extfter entre les Iroquois, les Algonquins, les Murons & les autres nations alliées à la France, comme aussi leur union commune avec les Français. Pour cela il les conjura de faire af^i^rendre à leurs enfants la langue Française, par le moyen des missionnaires, & les invita à lui

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