‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 168 sur 182 · COMMERCE DES LIQUEURS CHEZ LES SAUVAGES · texte numérisé non relu

COMMERCE DES LIQUEURS CHEZ LES SAUVAGES

une autre mesure bien plus criante encore, à laquelle il obligeait les Missionnaires avec la plus infloible rigueur.

C'était d'exiger qu'ils prissent de lui des passe-ports toutes.

les fois qu'ils avaient à sortir du lieu particulier de leur

résidence pour aller dans un autre village voisin, afin d'y

exercer quelque fonif^ion que ce fût de leur ministère.

« En sorte, écrivait M. d'Urfé, que de Kenté, où cil notre »

« résidence, nous n'oserions pas aller au village le plus

« proche de nous, non pas même pour y secourir un

a Français, ou pour y assifter un pauvre sauvage agoni-

« sant, y baptiser un enfant qui se meurt, sans en avoir

« reçu auparavant la permission de Québec, c'eft-à-dire,

« sans avoir fait trois cents lieues au milieu de beaucoup (o mc moire <ic M#

a de périls & avec de grands frais, que nous ne sommes JJ^'^J^,^"^ !i*

« nullement en état de soutenir (i). » Tnnson.

Rien n'affligeait plus vivement ce Missionnaire que <;o«wiw cett« p^de voir son zèle ainsi enchaîne parle caprice d un homme infatué de la prétendue souvcraïuctc qu il s'attribuait dans le pays; & l'on comprendra quelle vive douleur il devait éprouver de cette défense, à Ton considère la pureté des motife qui Tavaient attiré auprès des Iroquois, & les rudes privations auxquelles il se condamnait pour procurer le salut de ces infidèles. « Je tâchai , dit-il, en partant de tt France, il y a six ans, pour suivre le mouvement de Dieu, a qui m'appelait aux Missions sauvages, de n'avoir point a d'autre vue que celle de la gloire de Dieu ëc du service « du Roi. Je me suis exposé à des fatigues incroyables, à « une privation si grande de toutes choses, que j'ai passé « quatre années entières dans nos Missions sans y avoir I mangé que du pain, ni bu d'autre boisson que de Teau; « en un mot, je n'ai point épargné mes travaux, mes « sueurs, & même ma vie, que je puis dire avoir exposée • cent fois dans iKis Missions. J'ai donc bien droit de me » plaindre, & en toute juflice, de la rigueur avec laquelle « M . de Frontenac exige que nous prenions des passe- « ports pour aller adminiûrer les sacrements hors de

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« noire propre résidence. Les malades meurent ainsi « abandonnés, & les peuples perdent toute confiance, < s^imaginaAt qu'on n^a pas de charité pour eux. Quel t moyeu, dans cet état de choses, d'ehcourager tes Prani çais, de convenir les sauvages ët d'affedionner les Mis* K sionnaires, Â qui on ne laisse plus la liberté de s*appli- (i) Mémoire de « quer à Icurs emploîs (i) ? » On ne comprend donc pas

^ i linL^màc ^^"^'^ '^^'^'^ P"^ inspirer h M. de Frontenac une dé- M.TroMon. fense si étrange, si dure k même si impie, à moins de

l'attribuer à quelque désir secret de retenir ainsi les Missionnaires dans leurs résidences, afin de leur 6ter par v.e moyen la connaissance du trafic i^ue ses protégés allaient faire dans les autres villages des sauvages, au mépris des ordonnances du Roi.

DURETÉ DE M. DB nioK- Qc fut apparemment pour ce même motif que, par ^M^ûrrmftn *luabus dc pouvoir non moins révoltant, il refusa, &de ■iMONiiMM» «u- vive voix & par écrit, à M. d'Urfé la permission de convvrm. duirô ^ sa Mission de Kenté un dnmcflique qu'il avait

amené de France, dont les services lui étaient nécessaires; ^ comme sans doute il représentait à M. de PYontenac la dureté d'un tel relus, ce dernier en vint jusqu'à le mena Cer plusieurs fois de le faire mettre en prison. Cette menace peut donner une idée des emportements & des violences étranges auxquels les Missionnaires étaient exposés k des variations du caraftère de M. de frontenac, qui d'abord avait témoigné pour M. d Urfé beaucoup de considération & même une amitié spéciale. Mais, ce qu'on a de la hnnte à écrire, cé Gouverneur, par une politique aussi injulle que basse ^ délovalc, s'nrroijcait le droit, au mépris de la liberté publique, d'arrêter ^ d'nuvrif toutes les lettres que les Missionnaires écrivaient en France. 8c (aj Mémoire de CcUcs qu OU Icur adressait à eux-mêmes (2), dans la crainte M.ditafiàcoibert. doute d'y voîr sa conduite blâmée ou signalée à la Cour.

SERMOH DE M. DE FÉNELOM. 1674.

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