‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 174 sur 182 · SIGNATURES POUR M. PERROT. 1674. 50I · texte numérisé non relu

SIGNATURES POUR M. PERROT. 1674. 50I

nelon manquait d'une autre qualité non moins essentielle à un Missionnaire : la prudence, qm dirige Texercice du zèle & lui fait prendre les sages tempéraments que les circonfiances peuvent exiger.

vu.

Les Prêtres du Séminaire, présumant que M. La tntaimtntiMmAnM

Salle , pour mériter de plus en plus les bonnes grâces de ^^ITT! "

'1 r r c5 OIT Di skRMoN rr

M. de Frontenac, lui raconterait à sa façon ce qui venait touvENr a m. ôe

d'avoir lieu. 8c que ce même sermon ferait ainsi le voyage

de Québec, craignirent que, par delaut de mémoire, il n'eût

recours à ses amis pour le reproduire, ou qu'ayant lui-

même beaucoup d'esprit, il ne suppléât indiscrètement

à ce quil aurait pu oublier & n'attribuât au prédicateur

jdes expressions dont il ne se serait pas servi. Ils jugèrent

donc à propos d'en signer Toriginal, que M. de Fénelon

leur présenta volontiers (i), & écrivirent immédiatement (>) Archives de la

à M. de Frontenac pour désavouer le sermon, comme Dr'aration'^de^M!

celui-ci nous 1 apprend lui-même. « Messieurs du Sémi- Rcmy.

« naire, mandait-il à Colbert, se crurent obligés de m'en (*) Archives de la

t • • r ■ j marine. Letlite de

« écrire en corps, pour m en faire des excuses, avant que jj^ Frontentc, 14 « j'en eusse eu aucun avis (2). » nw. 1674.

vin.

Mais, indépendamment de ce sermon, M. de Fénelon " '^'Z'''

' * . , ' , &B Avx COLONS unnt

se porta à une démarche non moms contraire à la pni- shmatow m fa. dence, & qui acheva d'irriter contre lui M. de Frontenac. Madame Perrot, jugeant bien que Tafiaire de son mari

serait portée à la Cour, desirait de lui procurer des moyens de iuflification, en tirant des habitants de l'île des certificats qui lui fussent favorables. M. de La Motte, Commandant à \'illemarie à l'arrivée de M. Perrot, en avait déjà usé de la sorte pour lui-même, avant de retourner en France» êc s'était servi pour cela du syndic de Villemarie, qui était allé demander lui-même leur signature aux habitants (3). Si Madame Perrot s'adressa à son tour au syn- '■'^'^ Archives jc i .

J. • • w • I- J V »•! marine. Déposition de

dic, qui était alors Louis Chevalier, on doit penser qu il LmitCheviiicr.tyii' s'y refusa, par la crainte d'encourir Tindignation de M. de <ik, 4 ^êa 1674. Frontenac. Du moins eft-il certain que cette dame ayant

502 ni' PARTIE. LOUIS XIV.

eu recours à M. d^AUlebouft, juge de Villemarief celui-ci

(i) Archive» de la lui Tcfusa son miniftèfe (i) pour ce modf. Elle 8*adressa de*FSiitolir4*CdI ^ ^- ^« Fénelon, qui voulut bien lui rendre ce serber^i4iKnr.i<î79. vice. Il alla dans la plupart des maisons de Tile de Montréal, accompagné de M. Pierre de Répentigny de Francheville, diacre, étudiant au Séminaire de Québec, de M. Alexandre de Saint-Jean, 8^ de Denis Sabou ri n, serviteur de M. Pcrrot, Gouverneur, proposa aux chefs des familles, de la part de madame Perrot, de signer un certificat portant simplement qu'ils n^avaient aucun sujet de plainte à faire contre son mari. Touchés de la désolation de cette dame^ la plupart signèrent volontiers ce certificat, pour apporter quelque soulagement à sa douleur: & d«5 Louis cbevaikr, dans la semame de Quasimodo, lorsque Louis Chevalier 4 mai 1674. le signa, ce certificat était déjà revêtu de soixante-quinze

rinc^^stT^^'î^nr "^^1 soixantc-scizc signatures 2). Il semble mcme qu'il fut daraiions de MM. de souscrit par les plus honorables du pays, puisque, parmi Htutmemii, ^»>«"te souscripteurs, se trouvaient entre autres M. Zaciiaric

Du Puis.7 mai.DccIa- ^ r '

rations de M. de Be- Du Puis, sieur de Verdun, major de Pîle de Montréal,

Philippe de HautmesnU, M. Pierre Picotté de Be-

nier, c d e- ^^^^ IX,

ii.MF«ojrrEiiACBcicE Comme on s*y était attendu, M. La Salle ne man- Ï^tTs "m ^t^wi P®s d'informer M. de Frontenac & du sermon & des NAuré DU s^NiRAur. déclarations demandées aux habitants; 8c ce Gouverneur, se laissant nl'cr n nn désir étrange de vengeance contre M. de Fenclon, prit, pour le poursuivre, des mesures si violentes, & même si contraires à sa propre réputation, que la publicité & l'éclat qu'il donna à cette aiiaire urcnt juger qu'il était réellement coupable des vexations qu'il accusait M. de Fénelon de lui avoir imputées'dans son discours. D'abord, le 23 avril, il écrivit à la Communauté du Séminaire de le renvoyer de la maison, comme étant un sujet faâieux, & demanda de plus que chacun de ses confrères répondît à une suite de queflions, proposées dans un mémoire qu'il leur envoya par son secrétaire. Cet ordre, de la part d'un magilkat séculier, de renvoyer du Séminaire

M. DC FÊlfELOM OBLIGÉ DE QUITTER LE SÊMIMAIItE. 5o3

M. de Fénelon sans aucune forme de juftice, avant qu'il eût été convaincu & jugé coupable de rébellion^ étût nonseulement injufle, mais encore direâement contraire aux

dispositions formelles des lois de PÉglise & même de rÉtat, ainsi que nous le dirons bientôt. Cependant, comme

les Prêtres de vSaint-Sulpice ne sont point un Ordre religieux, & n'ont d'ailleurs aucun lien de conscience qui les tienne attachés à leur corps, chacun pouvant le quitter licitement quand bon lui semble, M. de Fénelon crut que, pour ne pas compromettre ses conlreres, il devait, dans ce cas, user de son droit en se séparant d eux, sans reconnaître pour cela aucune juridiâion dans M. de Frontenac sur les personnes ecdésiafiiques. Ses confrères furent tous aussi du même avis. U sortit donc de la maison & se retira à la Chine pour adminiflrer les sacrements aux habitants de ce quartier, ce qui lui fit prendre alors le titre de curé

du haut de I i!c de Montréal, le lait compter avec raison <') Archive» de la . • Chiiuî. Ménoira de

parmi les premiers curés de la Chine (i). m, ^^07.

Quant aux aveux que M. del-Yontenac voulait tirer de " séminaire «r rechacun dc^ membres du Séminaire, pour .sa\ oir s il pour- lv^aim*^ »ro« raît le condamner par leurs propres témoignages, tous se nmiom. refusèrent à les donner, tant M. Dollier, leur Supérieur, que les autres, & avec raison. La demande qu'il leur faisait de répondre aux queflions de son mémoire contre M. de Fénelon, blessait ep effet la délicatesse & Thonnêteté naturelles, qui ne permettent pas à un juge de contraindre des frères à déposer contre leur frôrc, ni un père contre son fils. Elle était d'ailleurs une violation ouverte des lois alors suivies dans le royaume : M. de Frontenac accusait M. de Fénelon du crime de rébellion & de provocation à la sédition, & les lois défendaient aux magistrats & aux juges laïques de citer devant eux un prêtre en matière criminelle, avant que son Évéque Peût jugé cou* pable, comme aussi de citer d^autres membres du cleiigé pour inflruire la cause du prévenu. Aussi, lorsque te Roi eut été informé de toute cette affaire, il ne put s'empêcher.

pour ces deux motifs, dimprouver la conduite de M. de

(.) Archives de la Froiitenac (i). On sait en effet que, dès les premiers temps d^hcsTilxli^iâ?^ du chriitianisme, les Évéques avaient été les juges naturels Soi CI. de leur clergé, & que cet usage, confirmé d'abord par les

empereurs chrétiens, était entré ensuite dans le droit public de toutes les nations catholiques en Angleterre , en (a) Di»dpiine de Allemagne, en Espagne, en Italie (2) & ailleurs. Les rois sin^'t*'i!i[r]!!rt"*!r France, en particulier, avaient fait une multitude d'orliv. m, chapitre (,2, donnanccs & même inséré les canons de l'Église à leurs p. 410, etc. propres lois, comme on le voit par leurs capitulaires, afin

d'empêcher plus efficacement les juges laïques d'informer ' contre les clercs, avant qu'ils eussent été jugés & renvoyés (3) Mémoire* du ^ras sécuHer par leurs Évéques (3). Louis XIV avait Clergé, t. . luJ.m^e récemment pressé l'observation de toutes ces défenses,$pécialenient par Tartide 12 de sa Déclaration de 1657, conçue en ces termes : « Nous défendons à nos « Cours de parlement 8c à tous autres juges de prendre « connaissance des accusations intentées contre les Ecclé- « siartiques, tant séculiers que réguliers, conllitués dans « les Ordres de préirc, diacre, sous-diacre, ou qui sont « pourvus de bénéfices, ou qui auront fût vœu de re- (4> iMd., yi, , ligion (4) (•). »

p. ai6.

(*) Au reflc.cc privilège des Ecclésiaftîques d'ctre ju^cs par leurs Pairs, n'était pas particulier au clergé. La noblesse avait aussi une semblable prérogative; & paicillcmcnt les Présidents &. les Conseillers aux Parlements ne pouvaient être jugés, en causes capitales, que par les Parlements mêmes, les Chambres assemblées. Ceft que, pour rendre plus nuguftcs ces compagnies, qui décidaient des intérêts temporels & de la vie des hommes, on avait pens^ qu'il était convenable qu'un juge inférieur en puissance ne connût pas de Tbonneur & de lu vie de son supérieur, à qui il devait lui-même rendre compte (i) Mémoires du de ses actions (5); & il n''ctait pas moins important d'observer aussi

Clecué, t. VII, p. 46-.-.. ^.gt ordre, pour rendre plus vénérable le corps du clergé, chargé des intérêts éternels des hommes. Aussi, lorsque le juge ecdésiaftique envoyait un clerc nu bras séculier, pour être puni corporellement, il le taisait d abord dégrader, pour donner par ià aux juges la'iqucs toute {6} IM., i. VU, liberté de toucher à sa personne, après Pavoir ainsi en quelque sorte

p. 463, 4C4. rendu profone (6).

BU kl A H. BB FftONTBITM:!

(i) ArchiTM (te la

M. DE FÊNELON CITÉ AU CONSEIL. 1674. 5o5

Se fondant donc sur la législation civile d^alors & sur celle de TÉglise, les prêtres du Séminaire de Villemarie

exposèrent, dans leur réponse à M. de Frontenac, le 27 avril, les juftes motifs de leur refus; 8c dans une lettre *qifils y joignirent, ils ajoutaient : « Nous espérons que « Sa Mafcllc, quand elle aura été informée de tous nos «c procédés, qui ont toujours eu pour fin le respcvfl & « l'obéissance que nous devons à sa personne 8c à la vôtre, * prononcera en notre faveur. Nous n espérons pas aussi, I Monsieur, un jugement moins favorable de votre jus* « tice, quand nous vous aurons représenté par cet écrit, « les raisons qui nous mettent dans Timpuissancé de vous « donner les réponses que vous demandez. Nous doutons « même si vous & la Cour, qui doit être informée de tout, « approuveriez que nous fussions les premiers à con- « damner un prêtre qui depuis tant d'années a été notre TMrinc."'T>'icîarâtion « confrère, jusqu'à ce jour où vous nous avez ordonné ^cs Ea:i«îsiaaiqucsdc « de nous défaire de lui (i). » ,$74.

xn.

M. de Frontenac, qui d'abord s'était déclaré juge dans «• »* «oursirae m cette affaire criminelle, quoiqu'il en fût lui-même partie, conseil v^lt se voyant ainsi récusé par le Séminaire, s'adressa alors «p'o" un invouls au Conseil souverain, dont il était néanmoins président; *''"^* 6c, nonobftant les défenses faites par les lois civiles en pareil cas (2), cita, devant cette compagnie séculière, M. de (î) capituiaires des Fénelon, quoique prêtre, en se portant lui-même cette fois J^'V.l^!^ M^iou-e^^^^ pour accusateur. I ,c Conseil entra dans ses vues 8: nomma, Ciagé, t. vi, p. tga* pour faire les informations à Villemarie, les deux commissaires déjà charî^és de procéder contre M. Perrot, les sieurs de Tilly & Dupont, qui se rcndii cni. dans cette ville. Le 2 mai, ils citèrent plusieurs laïques, pour répondre tant sur la matière du sermon du jour de Pâques, que sur les signatures demandées aux habitants en faveur de M. Perrot, & continuèrent leur interrogatoire les jours suivants (3). Pendant qu'on faisait ces informations, M. de (3) Archives lic la Frontenac craignit sans doute que La Salle, ainsi que le "■f*"*» », 4.7* brigadier de ses gardes & quelques autres flatteurs, éga-

m» PARTIE. LOUIS 3UY.

lemem désireux de lui plaire^ n^attribuassent à M. de Fénélon des choses quHl n'avait point dites en chaire, & ne fussent accusés ensuite d'avoir porté faux témoignage

contre lui. Il voulut donc recourir à un moyen de con-

visflion plus assuré : ce fut d'exiger qu'on lui envoyât lé" sermon original de M. de Fcnelon, qu'il savait avoir été déjà si^né & certifié par plusieurs de ses confrères, ou au moins une copie de son niaauscrit conforme à Toriginal, ce que pourtant il ne put obtenir (*).

(*) Le 4 mai il écrivit à la communauté du Séminaire^ pour lui (i) Archives de ta faire cett« demande (i). Toutefois, jugeant bien que les motifs du 1^1^***"*" refus déjà feit par le Séminaire, de répondre à ses que(tions sur le Mont * même discours, l'empêcheraient de livrer le discours lui-même, il en

167V * ** "** '•^ *"»™l8<*«>nan<le par M. de Bemîêre, qui, étant grand-vicaire, tenait la place de l'Évéquc absent, & était, par les canons & ks lois civiles, le juge naturel du Clergé du Canada. M. de ikmière, sans accéder aux désirs de M. de Frontenac, qui n'avait pas droit de lui donner des ordtea en eettt matière, ni sans vouloir non plus le clioquer, • écrivit nux messieurs du Séminaire, le lendemain 5 de mai; mais en se contentant d'exprimer dans sa lettre la demande que leur luisait M. de Fionteoac d'avoir une copie du sermon. Ces messieurs n'en avaient en leur possession aucun exemplaire; ils s'assemblèrent le 12 & écrivirent à M. de Fénclon, pour lui demander son manuscrit, afin, disaient-ils, de satisfaire M. de Bemtère. M. de Fénelon, infoi^ nié des intentions de M. de Bcrnière ^ de celles de ses confrères, reiusa de le livrer & répondit par écrit qu'il n'était pas obligé de communiquer le manuscrit d'un sermon prêché en présence de toute la paroisse, & qu'on pouvait interroger ses auditeurs; ajoutant que s'il était innocent, on n'avait rien à lui demander , & que s'il était coupable, ce qu'il niait fortement, on n'avait pas droit de l'obliger de Réponsede travailler lui-même à sa propre condamnation (2). Il parait qu en M. de Fdnelon, la agissant ainsi de concert avec M. de Fénelon, M. de Bcrnière & le '''7-^- Séminaire de Villemarie voulurent colorer le refus, qu'en conscience,

ils étaient obligés de iiiira à M. de Frontenac. Ils n'auraient pu, sans enfreindre les canons, fournir à ce magiftrat laïque des pièces contre un Ecclésiaftique, accusé en matière criminelle, telle que la rébellion, avant que son supérieur l'eût {ugé lui-même; êt. M. de Fénelon de son côté ne pouvait non plus livrer son sermon, pour inflruirc une telle cause. Cette réponse du Séminaire & celle de M . de Fcnelon, (3) Ibid. Lettre de <luo'<l"e fondées sur des rootift si légitimes, offensèrent cependant M. d« Pnnfttm A M. de Frontenac; il se |daignitque M. l>ollier& sa communauté Colbert, i4aor. 1674. eussent fait deounder ce aermon geulement jtar grimace (3).

VAtCNT UCOMNAITilX

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