TOME nu
$5ô PARTIE. LOUIS XIV.
« naddj sans les obliger de prendre aucun passe-port ; & en « même temps leur donner une entière liberté pour leurs (0 Archives do la « lettres; les laissant dans leur séjour ordinaire sans les « obliger d^aller à QuCbcc, que roiir des raisons indisfol. la, i3. « pensables^ qui doivent être fort rares (i). »
coLSKRT ooNHB Lti- Quoiquc pûF ccttc Icttrc le Roi eOt marqué assez claî- **" * rement à M. de Frontenac la ligne de conduite qu'il aurait à tenir, il voulut cependant que son miniflre msillât plus fortement encore; & le i3 mai suivant, Golbert lui écrivît la lettre suivante : t Sa Majefté m^ordonne de vous dire, « en particulier, qu''il ell absolument nécessaire pour le
• bien de son service d'adoucir votre conduite, h de ne
• pas relever par trop de sévérité toutes les fautes qui « pourraient être commises, soit contre son service, soit « contre le resped qui vous eft dû. Les raison» qui obligent « Sa Majeflé à vous donner cet ordre sont si fortes & si « clairement expliquées par sa dépêche, que je ne doute « pas que vous ne vous y conformiez entièrement. Mais « après avoir parlé au nom de Sa MajeHé, je vous prie de « trouver bon que j'ajoute quelque chose de moi. Par le t mariage qu'il a plu au Roi de faire de mon fils avec
• l*héritiére de la maison d'Allègre, M. l'abbé d'Urfé cft « devenu mon allié fort proche, étant cousin germain de « ma belle fille; ce qui m'oblige de vous prier de lui f donner quelque marque d'une considération particu- « Hère, quoique dans les exercices de sa profession il ait
(i) Rcfiiare licsdd- «. peu d'occasious d avolr recours à vous( i;. <^ Ce furent fou^is.' ""^ reproches de Colbert à M. de Frontenac sur ses
procédés durs êc injures envers M. d'Urfé. Et cette correction si délicate & si modérée décèle dans ce miniflre une adresse éc un taét exquis pour manier les esprits les plus difficiles & les plus intraitables, & tout à la fois une rare sagesse pour les amener à ses fms avec force douceur, sans les irriter, ni même sans les aigrir.
xtx.
m. M FtuBLON tLAMâ Quant à M. de Fénelon, il était diâlcilc que ses con-
ISSUE DE L^AFFAIRE DE H. DE FÊNELON. 1675. 53l
frères de Paris, à Texemple de ceux de Montréal, ne le taxassent pas dHmprudence pour son sermon du jour de PftqueSy quelques bonnes qu^eussent été ses intentions êc quelque zèle qu'il eût voulu témoigner en cela en faveur de la colonie. On le blâma aussi de s éire déclaré pour M. Perrot dans le démêlé de celui ci avec M. de Frontenac, & d'être allé solliciter des habitants leurs signatures. M. de Brctonvillicrs en écrivit ainsi, le 7 du mois de mai de cette année 1675, aux Ecclésiaftiques de \ ilicmarie : « Je vous exhorte tous à protitcr de rexempic t de M. de Fénelon. Pour s*étre trop intrigué dans le- « monde & mêlé de ce qui ne le regardait pas, il a gâté « ses affaires» Bi à fait tort à celles de ses amis, en voulant « les servir. Dans ces sortes de matières, qui ne regardent t que des démêlés particuliers, la neutralité sera toujours « approuvée. Mais, de quelque nature qu'elles soient, « quand on continuera à ne point manquer au respeél & « à la soumission qui sont dus aux puissances, les ( plaintes seront toujours ici assurément écoutées, fk elles « n'auront jamais qu'une bonne issue (i). » La conclusion fut que M. de Fénelon ne retournerait plus en Canada, où son zèle trop ardent pouvait compromettre le Séminaire; & M. de Bretonvilliers fit part de cette résolution au Roij qui rapprouva, comme convenable & très-propre à fÎEiciliter le rétablissement de la paix.
Ce prince ne donna cependant aucune suite au procès criminel intenté contre cet Ecclésiallique, quoique M. de Frontenac lui en eût envoyé toutes les pièces; ces documents étant inutiles & de nul effet à cause de Tirrégularité de la procédure (*). Pour maintenir cependant Tauiorité
AU
SAINT-Stn.PICE , NB DOIT POINT RKTOUR-
(1) Arehi««c doSé-
min.iirc de Sainl-Sulfkc A Paris. Lettre de M. de BrttdavittiflM, 7 mai iC'-j^. I" volume des lettres tic M.Troiiion.
l.E BOJ KE DOMKK AU'
FMME i« u.vmrà-
NELaW, KT BKOOM»
Wandk a si. dk khon- TE.NAC LE s£m1NAUIE
{*) Toutes ccspiècetlbnnent un énorme dossier, qu'on voitenoon aujourd'hui A Paris, aux archives du miniflcre de I;i marine. On en a^ait conservé des copies authentiques au Séminaire de Viliemarie, fitsquià ces dernière temps, lorsque M. Quiblicr, Supérieur de cette iiitiaofi, les cominunii|ua, «vec pltisicun tuttce documeiu» Iftipor»
532 ur PARTIE. LOUIS XIV.
de ce Gouverneur & rengager en même temps à adoucir sa conduite, en lui donnant à lui-même quelque satisfaction, il lui disait dans sa lettre : « J'ai blâmé ladion de « M. de Fénelon & lui ai ordonne de ne plus retourner en « Canada. Mais je dois vous dire qu'il était difficile « d inllruire une procédure criminelle contre cet Ecclé- « siailique. aussi d'obliger les Prêtres du Séminaire de « Montréal a déposer contre lui, à moins de le remettre « entre les mains de rÉvêque ou du grand vicaire. Au « refte, le différend entre vous & les prêtres du Séminaire « de Montréal eft entièrement apaisé, & ne peut pas tirer « à conséquence. Comme d'ailleurs le Supérieur du Sé- « minaire de Saint-Sulpice m'a assuré que tous les Prêtres « de sa communauté, qui sont à Montréal, vivent dans le « respcél 8c l'obéissance qu'ils me doivent 8c qui sont dus t( à votre caractère, je désire que vous oubliiez tout ce w qui a eu lieu. Travaillez donc avec soin à réunir à vous « tous les esprits que ces dillércnds peuvent avoir divisés; « èi faites en sorte que chacun travaille avec paix, amitié (■)Afthi*ct de la « & concorde au bien qu'il doit produire (i). » Enfin, rpichc*? 'IT'avHÎ ^o'^rt de son côté lui écrivait ce mot, qui ne pouvait être ibL. II, 11. que très-efficace sur Tesprit de ce Gouverneur : « Il eft du « bien & du service du Roi & de la colonie, que vous con- » sidériez particulièrement la communauté du Séminaire tt de Saint-Sulpicc, établie à Montréal, dont M. de Brc- « tonvilliers, qui en eft le Supérieur, eft fort de mes
' (a) Archive» de la « amis(l) (*). »'
mariât, I S «ai 167!»,
fol. tg»
tants, à M. Paquin, curé de Saint-Eullache, dans l'île de Montréal, qui se proposait d'écrire une hiftoire du pays. Durant les troubles politiques de iSBy, tous ces papiers furent transportés de là à Saint- Benoît, et remis A M. Girouard qui. vovant que les troupes incendiaient les maison:», & craignant pour k sienne, les transporta dans une autre, où il jugeait qu'ils seraient plus en aaiuranoe. Mais, contre SCS prévisions, cette dernière maison fut livrée auz flammCS, & tOUS ces papiers périrent dans l'incendie.
(') En disant que M. de BrctonvîUiers était fort de ses amis, quoique celui-ci et toute sa Compagnie professassent, à l'égard du Saint-âtége, des principes bien différents de ceux de ce Minifire, Gol-
ISSUE DE l'affaire DE M. FERROT. 1^5* 533
Le Roi n'en usa pas de même à Tégard de M. Pterrot : u aoirMT «miini il le fit enfermer durant trois semaines à la Baftille, ce ; t
qui n*empécha pas pourtant ce prince de blâmer aussi nommAe. M. de Frontenac de la conduite qu'il avait tenue à son égard : « J'ai vu & examiné avec soin, lui écrivait-il, tout « ce que vous m'avez envoyé concernant le sieur Perrot; « & après avoir même vu tous les mémoires qu'il a donnés « pour sa défense, j'ai condamné l'adion qu'il a faite, 0 d'avoir emprisonné l'officier de vos gardes que vous a aviez envoyé à Montréal. Pour l'en punir, je l'ai fait « mettre quelque temps à la Baftille, en sorte que cette « punition ne le rendra pas seulement lui-même plus ctr- « conspeâ sur ce qui concerne son devoir, elle servira « encore d'exemple pour contenir les autres. Mais après
bcrt a'aiiéguait pas un motif gratuitement imaginé, pour porter M. de Frontenac à prendre en considération le Séminaire de Villemarie, ni
qui lui eût ét^ récemment inspiré à cause du mariage du marquia de Seigne!ay, son fils. Leur amitié était plus ancienne, &. il parait que, de la part de Colbert, elle était fondée en grande partie sur le désintéressement & la générosité qu'il avait reconnus en lui. (irandet en cite un trait assez remarquable. Il rapporte qu'en 1672, pendant la guerre de Hollande, les finances se trouvant extrêmonent obérées, Colbert alla trouver M. de Bretonviltiers, & lui demanda s'il ne consentirait pas à céder, cette année, au Roi, une rente de quarante mille livres qu'il avait sur l'hôtel de ville de Paris. « J'étais en peine desavoir, lui répondit M. de Bretonvilliers, à quoi ^ « je la deninerais cette année; assurcz-donc le Roi que je la lui donne « de tout mon cœur, je ne puis en faire un meilleur usa^e. » C'était un samedi, & pendant cette conversation, on avait ouvert, selon l'usage» la porte de la cour du Séminaire, oti plus de trois cents femmes pauvn's, portant de petits enfants sur leurs bras, étaient entrées, pour recevoir une aumône de cinq sols que M. de Bretonvilliers leur foi sait à chacune tous tes samedis. Colbert, ayant aperçu cette multi^ tude, la prit pour une troupe de séditieux, qui l'auraient vu entrer au Séminaire & se seraient ameutés, dans le dessein d'attenter à sa vie. Mais, apprenant à Pinflant même, de la bouche de M. de Bretonvilliers, qu'il n'avait rien i\ craindre, & que ce n'était li qu'une , . m j ca réunion de femmes pauvres^ qui venaient recevoir l'aumône tous les samt"suisamedis à heure fixe, Colbert tira aussitôt de sa poche quatre louis pi^c 4 Valris Vie de d*or, & les lui remit avec joie, en le priant d'agréer qu*il contribuât m. de BietniTitlkn, de sa part â une oeuvre si charitable ( 1). ptr Gmndet.
534 lit" PARTIE. LOUIS XIV.
' « avoir donné cette satisfaâioii à naon autorité qui a été « violée en votre personne, je vous liUrai, pour vous in- « ftrutre de mes sentiments, que, sans une nécessité abso* « lue, vous ne devez point faire exécuter d'ordre dans Té- « tendue d un gouvernement particulier, sans en avoir fait « part au Gouverneur; & aussi que la punition de dix « mois de prison que vous lui avez tait souffrir m a paru « assez grande pour la iauie il avait faite. C'ci\ pour- « quoi je ne lui ai fait souffrir la prison de la Baftille que « pour réparer publiquement le violement de mon auto* tt rité. Une autre fois, }*eftime qu'en faute pareille vous « devez vous contenter des satisfactions qui vous seront « offertes, ou de quelques mois de prison, ou me renvoyer ^''ne^Radftra'dès * 1 flaire pour la décider, en faisant repasser en France
àéfêeha, as «vrU « l offîcier qui aura manqué; la prison de dix mois étant
»^75. a un peu trop rigoureuse (i). •
ut aoi axmNsiB m. fttR> Mais, si M. de Frontenac, en retenant si longtemps *0T m CAMM»*. Perrot en prison, s'était promis de lui faire ôter le gouvernement de Montréal, il se trompait étrangement. La dureté même de cette conduite envers lui, aussi bien que la considération de M, Talon, furent les motifs qui obligèrent le Roi de le renvoyer à Villemarie. En conséquence, il écrivait à M. de Frontenac : « Après avoir laissé quelques u jours à la Baflille le sieur Perrot, je le renverrai dans K son gouvernement, & lui ordonnerai auparavant de VOUS • voir & de vous faire ses excuses de tout ce qui s'eft « passé. Après quoi )e désire que vous ne conserviez aua cun ressentiment contre lui, 8c que vous letrùtie/ scion (2) Archive»! de la „ \q pQuvoir quc je lui ai donné ^2). Knfin, vous ne devez manne,22 a\nii07 , ^ pu^ij. Jans Ics habitants que les fautes capitales, évitant « avec soin d'en tirer les punitions en longueur, parce que « les esprits se divisent, s'aiprissent 8c se détournent entiè- « rcment de leur principal traN ail. qui consillc à pourvoir {i) ibid... fol I», « à la sûreté isc à la subsiilance de la lanuile ^3) (*), »
(*) Colbert, de son côté, écrivit à M. de Frontenac^ pour Texhor-
ACTIi.S IRRÊGULIKRS DE M. DE FRONTENAC. lÔyS. 535
Les étranges abus de pouvoir auxquels M. de Fron- „ tcnac s'était porté depuis son arrivée en Canada, & nomiue m éMtoutes les procédures contre M. Perrot & M. de Fénelon, ™" attmto* an
. . . , . , , POUVOIRS Q}J\L « a»
firent sentir a (.olbcrt la nécessité de rcnreindre à des v*ir pas. limites fixes l'autorité du Gouverneur général. Dès son arrivée à Québec, celui-ci, ayant convoqué de son chef, & sans aucun ordre de la Cour, tous les habitants, du pays, les avwt divisés ea trois ordres ou états, pour leur faire prêter serment de fidélité & les tenir ainsi Ués assujettis à son autorité & à celle du monarque. Sur quoi Colbertlui avait répondu : « U eft bon de vous faire savoir que vous « devez toujours suivre, dans le gouvernement du Canada, ^
0 les formes qui se pratiquent en France, où les Rois ont « cflimé du bien de leur service de ne point assembler « depuis longtemps les États généraux. Ainsi vous ne « devez que très-rarement, ou pour mieux dire jamais,
1 donner cette forme au corps des habitants du pays. « Cependant, quoique Sa Majellé eftime que tout ce que « vous avez fait en cela excède votre pouvoir, elle ne veut « pas que vous les révoquiez; mais elle exige qu à Tavenir
N vous vous conformiez pon^ellement à ses ordres (i). s (.) Archives de lâ Outre divers règlements de police que M. de Frontenac marine, 1 3 juin 167I. s'était donné la Ubcrté de faire de son chef, il avait établi des échevins à Québec, 8c, contre les droits de la Compagnie des Indes occidentales qui subsiliait encore, leur avait attribué le pouvoir de juger de la police. « Sa Ma- « jerté m ordonne de vous dire, lui écrivait Colbert, que
teràvivreen bonne harmonie avec M. Perrot: « Comme les dix mois
« de la prison qu'il A soufferte & celle de trois semaines dans la Bas-
tt tille doivent suflire pour expier la faute qu'il a laite, & qued'ail-
« leurs il eft parent & allié de personnes que je eonudére beeucoop,
« je vous prie de recevoir avec agrément les excuses qu'il vous fera;
« &, n'y ayant aucune apparence qu'il retombe jamais en aucune
« fiiute semblable, vous me ferez aussi un singulier plaisir, en lui
« accordant l'honneur de vos bonnes grAccs & de votre amitié, & en
« lui donnant par U les moyens de servir le Roi avec satisfis^on dans , ^^.^
.ce pays (2).. fll;^^'
t VOUS avez en cela passé les bornes du pouvoir qu^eUe • vous a donné. D*ailleurs^ les règlements de police au- « raient dû être faits par le Conseil souverain & non par « vous seul. Le pouvoir que vous avez du Roi vous donne « l'autorité entière sur tout ce qui concerne le commande- « ment des armes ; mais à Pégard de ce qui tient à la jus- « ticCj votre -autorité consifte à présider le Conseil souve- « rain. L intention de Sa Majellc eit donc que vous preniez (i]Arcbim de la «( les avis des conseillers, & que ce soit le Conseil qui
diî^be.r'^ir «-î " prononce sur toutes les matières qui sont de sa dépen-
1674. ' 0 dance (i). *