DIEU BT A LA COX
I Hôtel-Dieu, n'étaient pas plus en sûreté que les autres citovens. Depuis l'établissement des maisons de Saint- ^nittATioN. Gabriel & de Sainte-Marie, & la conftrudion de diverses redoutes qu'on était obligé de garder nuit & jour^ elles n'avaient à l'Hôtel-Dieu, sauf les cas extraordinaires, qu'un
seul homme, incapable d'ailleurs d'en venir aux mains avec Tennemî. Mademoiselle Mance, leur plus proche voisine, dont la maison était contiguë à la leur, était dans rimpuissance de les secourir, n'ayant avec elle que des filles & un seul homme, son cuisinier, qui était un vieillard; en sorte que, si les Iroquois ne se portèrent à aucun excès, à l'égard des Hu.-,pitalières, ce fut par une assistance manilcltc de Dieu, qui veillait à leur conservation.
II eft certain que, de leur part, ils firent diverses tentatives pour s'emparer d'elles. Quelques-uns de ces barbares passèrent plusieurs fois la nuit dans la cour de l'Hôtel- Dieu, cachés dans de grandes herbes appelées moutardes, pour saisir celles qui viendraient à sortir. Ils couchèrent aussi dans la cour 8c près des croisées de mademoî selle Mance, ainsi que dans celle des Soeurs de la Congrégation; 8c quoique les Hospitalières surtout eussent de fréquentes occasions d aller la nuit dans leur cour pour le service des malades, la Providence ne permit jamais qu'elles se trouvassent dans ce besoin quand des sauvages y étaient cadiés. Il eût été d'ailleurs très-facile à ces barbares d'incendier rHôtel-bieu,dont les bâtiments n'étaient alors que de bois. « Mais i, dit la Sœur Morin, leur « ôtait la connaissance du mal qu'ils auraient pu nous
n faire ; très-assurément sa providence nous gardait et sa (OAnnaiesdcim- « puissance nous défendait (i). » J^H^siilMwin-''
Cette année 1662, dans là nuit du 23 au 24 juin, la ^^^^ A^ilasuii la mort tragique & cruelle de l'un des colons dut faire com- mnr su» « inil prendre à tous les autres l'importance et la sagesse des ^^^^^"^^ mesures de précaution prescrites par M. de Maisonneuve. Michel Louvart, dit Desjardins, ayant voulu sortir de sa maison pendant cette nuit, fut assassiné sur le seuil de sa
6 II* PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA C03iP. DE MONTRÉAL.
porte. On conjectura d'abord que des sauvages de la nation des Loups, alors en assez grand nombre à ^'illcmarie, avaient pu être seuls ks auteurs de ce meurtre, quoiqu'ils ^'M^!?lJ!!'[!î^!ff ^ fussent pas ea guerre avec les Français (i); & le jour ^ " même on connut avec certitude qu^il avah été commis par
le Villcmarie,S4juln
(3)Grcfic de Ville, quelques-uns de ces sauvages tombés en ivresse (s). Peu Ml^dViïïïîîî^mt comme les dangers étaient toujours renaissants,
M. Du Puis^ alors commandant à Villemarie. en Tabsence de M. de Maisonncuve, qui était descendu à Québec, crut être oblii^é de rendre un arrêt des plus sévères. Après avoir réitéré l'ordonnance faite précédemment de ne tirer aucune arme à feu sans besoin dès que la nuit serait venue, il deieuJit pareillement d aller sans lumière après que la retraite serait sonnécf, donnant même penms«oa à tous de tirer sur ceux qui contreviendraient à cette ordon> (3) Md. onion. nance (3). Outre ces dangers nodurnes^on avait encore à S'Si^' "g?" repousser l'ennemi pendant le jour, tantôt d un côté, tantôt de Tautre; & quelque courage que déployassent les colons pour se porter mutuellement secours, plusieurs ne laissèrent pas d'être blessés 8: d'autres tués dans ces rencontres. Trois jours seulement après l'assassinat de Desjardins, deux autres colons périrent par les mains des ïroquois, dans une action dont nous ignorons les circonftances : Guillaume Pinçon, natif de Rouen, âgé d'environ 4 Kcg. itiortuair^ quarante ans, 8c Jean Hafté, né à Paris, paroisse Sainte i66^a!l'*"*"*' '^'""^ Nicolas des Champs, âgé de vingt-cinq ans (4).
I » bOi rn Moaix ENTHl: A l/llÔTEL-DlSU OE
Ce fut cette année 1662, et dans ces circonftances alarmantes, que la Sœur Marie Morin quitta Québec, son pays natal, pour entrer dans la communauté des Sœurs de Saint-Joseph à Villemarie, dans l'intention d'y soullrir le martyre, auquel on était plus exposé alors dans ce lieu que partout ailleurs. Comme elle avait une grande facilité pour l'étude & beaucoup de mémoire, et qu'elle n^était dgée que de seize ans, elle apprit en très<^u de temps les langues des sauvages, 8c se mit à catéchiser avec beaucoup de zèle ceux qui venaient à THôtel-Dieu. Elle rendit
4* GUEUSE. HOSTILITÉS. t669. 7
un autre notable serv ice à cette maison en composant ses Amtales; Se comme elle vécut jusqu e^ l'âge de quatrevingt-cinq ans, elle put recueillir un grand nombre de traits précieux pour Thifloire de la Colonie. Elle nous apprend que, depuis rannée 1660 jusqu'en 1666, la guerre des Iroquois contre les dolons étant phis animée que jamais, THdtel-Dieu fut toujours rempli de malades. « Le « phis souvent, dit-elle» ils avaient des plaies considé- « rables, & étaient presque tous blessés à la tête, car « c'était là surtout que les Iroquois s'efforçaient de porter « leurs coups. Le soin de nos malades nous obligeait à
• des veilles continuelles, ce qui, avec les travaux du jour, « les offices du ménage Si les observances de la règle, de-
• venait accablant pour nous, à cause de notre petit « nombre.
Vffl.
« Mais quelque pénible que fût ce service, j*ose dire combat» nioasim.
« qu'il n'était rien ou peu de chose, comparé aux frayeurs ^^^^^**'
« continuelles d'être prises par les Iroquois. Nous avions
« tous les jours sous les yeux l'afTreiix speclaclc des trai-
« tements cruels qu'ils faisaient soufirir à nos \ oisins 8^ à
(I nos amis, qui venaient à tomber entre leurs mains. Tout
tt cela imprimait tant de terreur de ces barbares, qu il
« faut s'être trouvé dans cette extrémité pour s'en former
• une jufte idée. Pour moi, je crois qué la mort aumtt été ■ i^us douce de beaucoup qu'une vie mâangée & tra«
• versée de tant d'alarmes pour nous-mêmes, k. de com- « passion pour nos pau^ res frères, que nous voyions i traiter si cruellement. Toutes les fois que quelques-uns « des nôtres étaient attaqués, on sonnait aussitôt le tocsin « pour inviter les habitants à aller les secourir, pour « avertir ceux qui travaillaient en des lieux dangereux de « se retirer promptement, ce que chacun faisait au pre- « mier signal de la cloche. Ma Sœur de Brésoles & moi « montions au clocher, afin de ne pas employer un « homme, qui allait courir sur Tennemi. De ce lieu élevé « nous voyions quelquefois le combat, qui nous causait
« beaucoup de frayeur, lorsqu'il était fort proche, & nous « faisait redescendre au plus, tôt, toutes tremblantes, « croyant être arrivées à notre dernier moment. Quand « on sonnait le tocsin, ma Sœur Mdllet tombait aussitôt
« en faiblesse, & ma Sœur Massé demeurait sans parole,
« dans un état à faire pitié ; Tune & l'autre allaient se
a rfiettrc alors dans un coin du jubé, devant le Très-Saint
« Sacrement, pour se prcparcr à la mort, ou se retiraient
« dans leurs cellules. Dès que j "ax ais appris que les Iro-
« quois s'étaient rcliréb & qu ils ne paraissaient plus,
« j^allais le leur dire, ce qui les consolait & semblait leur
tt redonner la vie. Ma Sœur de Brésoles était plus forte &
« plus courageuse, & la jufte frayeur dont elle ne pouvait
« se défendre ne Tempêchait pas de ser\ ir ses malades,
« ni de recevoir ceux qu'on apportait, blessés ou morts,
« dans CCS occasions. Quand les ennemis étaient plus
« éloignés & nos gens plus torts, c'était une faraude satis-
« faction pour nous de monter alors au clocher, & de voir
M tous les hommes courir au secours de leurs frères, &
« exposer geacrcuscmciit leur \ic pour les sauver. Les
« Prêtres du séminaire ne manquaient pas de courir un
« ou deux au champ de bataille, pour confesser les mon-
« bonds, et ceux-ci ne conservaient le plus souvent de vie
« qu'autant qu*il leur en fallait pour être en état de rece-
« voir les sacrements, èc expiraient sur la place aussitôt
« après. Ces messieurs exposaient ainsi leur vie, toutes
« les fois que le service du prochain le demandait, sans
i< prendre aucune arme pour se défendre, ce qu'on doit
(i) Annales de J'Hd- „ rei;arder comme un zèle excellent <k une charité trèstcl-Dicu, ptria ScBur ' .Morin. « SUblimC (l). »
Dimott.Tfe mtmn Qn comprend qu'au milieu de ces hoftilités toujours ^Mn^SvÎTni!! renaissantes, les colons de Villemarie n'auraient pu vaquer rxmnK, aux travaux de la campagne sans s'exposer, chaque jour,'
à être pris ou tués par les Iroquois. L'année 1661, la prudence ne leur permettant plus de culti\ er leurs champs conmie à Tordinaire, ils se trouvèrent, vers le milieu de
Tannée suivante, dans une grande disette de blé. On doit même être étonné qu'ils aient pu se suffire à eux-mêmes les années précédentes, si Ton considère les précautions
qu'ils étaient obliges de prendre pour n'être pas surpris au
milieu de leurs champs. L.e trait suivant en eft une preuve
curieuse 8.: touchante. L'un de ces braves Se pieux colons,
Mathurin Jouaneaux, de la paroisse d'Aubigné, en Anjou,
venu eu iUjj a\ec M. de Maisonneuvc (i), reçut, après (OAaedeLafiautie,
ses cinq ans de service envers la Compagnie de Montréal, rm^iô^j'.*
quinze arpents de terre au lieu dit la Contrée Saint"
Josephi que M. de Maisonneuve lui donna, au nom des
seigneurs, le 9 mai 1659, à la charge pour lui de les
défricher, d'y bâtir une maison, & de payer, tous les ans,
trois deniers de cens pour chaque arpent de terre (2). (») Archive» d«»
Jouaneaux en mit a abord cinq en valeur ; <s: comme ce „,.ii ie. Concession du
défrichement Texposait aux surprises des Iroquois, qui se j ma» l'oy.
cachaient partout, il se creusa une retraite sous terre dans
son champ. Ce réduit obscur ne recevait de jour que par
une petite porte; un vieux tronc d'arbre creusé par le laps
du temps, qui se trouvait au-dessus, servait de tuyau  la
fîimée du foyer; & pour mettre sa vie en sûreté, Joua-
neauz demeura seul pendant plusieurs années dans cette ieiDteîS'tat-1o«ph
cachette souterraine (3). poriaSœurMwin.
Mais en 1662, les colons de Villemarie qui n avaient **>';o«j« bu p«upu cultiver leurs champs eurent recours a Québec, ou 1 on «ucinse. avait pu, sans les mêmes dangers, faire les semences ^ la moisson; &, le 2 juin 16G2, on leur envoya la chaloupe du nommé Toupin, chargée de cents minots de blé. Pour f<»iner la somme nécessaire à Tachât de ce secours, les Pères Jésuites donnèrent soixante bvres; M. de Laval fournit le refle; &, de son côté, le gouverneur détacha (4! Journal dc& Jcquatre soldats de sa garnison pour accompagner & proté- ""'^^JlSîiiJ^OTr î ger le convoi, qui fut conduit par le P. Chaumonot (^). p. chiunn.not, p.ir le C'eft ici Tun des premiers secours que Villemarie ait reçus Cabion. liibiioih. du refte de la Colonie, en retour des services qu elle ren- Iran^^'ts, ^aH^'.'^'mâî dait depuis vingt ans en sacrifiant ses hommes pour la '"-''j'-
dvfense du pays, et en particulier pour procurer, comme elle Tavait Tait conftamment, la sûreté de Québec. Peutêtre même ce secours ne fut-il que l acquittement d^une
dette dont ce dernier pofte s'était trouve charité. Du moins M. de I.a Dauversière, a^a^t sa mort, ayant rcnrs à M. Bourdon huit mille Hatcs pour procurer à Villemane des hommes ^ des munitions, trois mille livres de cette somme navaient pas été employées à cet usage; le Gonsêl de Québec avait oMi^ la communauté des habitants de ce lieu à reftituer cette somme aux seigneurs de :o Arch. du scm. Montréal (i). Quoi quHl en soit, le P. Chaumonot accom-
de Villemarie. Paris. i • i i • r • %■•
21 mafs i65i. 4iim1 P^B^^ Je convoi dont nous parlons, ce qui fait dire au p. Dablon, pariant de ce dernier : « Il fut choisi pour « aller secourir les habitants de Montréal, qui étaient « dans une extrême disette de vivres. »
M. DK vAisoNNEinT. II c t a 1 1 c cpc U da H t U û c c sSH i Tc de fou T voîr à la subsî s- ^'iliiir ^^^^^ <^olonie par la culture des terres; ^ celle
ï.*ciii.TOmK iresTKK- même année 1662, M. de Maisonneuve usa de toute son influence pour déterminer ceux des colons dont les terres étaient plus écartées à en défricher de nouvelles sur le domaine des seigneurs. Il fît plus, il engagea ceux qui n'étaient point cultivateurs à prendre aussi & à cultiver des terres, afin que do la sorte tous concourussent, par leur travail, à la conservation de la Colonie, en lui procurant les vivres absolument nccessaires à sa subsilhince. Ce sage 8t habile gou\ crncur sut même intéresser au bien général ceux qui, jusqu alors, avaient été nourris par le travail des autres, savoir : tes soldats de sa garnison & les serviteurs ou engagés. Il eft bon de remarquer ici que la colonie Françabe se composait alors de quatre classes de personnes : des soldats, des habitants, des engagés ou serviteurs, & des travaillants appelés aussi volontaires. On nommait habitants ceux qui avaient promis de demeurer dans le pays v subsiftaient par euxmC-mes , eux seuls avaient le privilège de taire avec les sauvages la traite des pelleteries. Les soldats conipo-
Uiyilizeo by GoOglc
sakat les garnisons proprement dites. Quant aux engagés, c'étaient des serviteurs qui se liaient, pour un temps déterminé, au service de certains habitants; & comme ils devaient s'obliger ou s engager^ par contrat, à les servir le temps convenu sans pouvoir se donner à d'autres maîtres, de là vint la coutume de les appeler engages. Enfin on nommait irapaUlants ou vohntmres les amples jour- . naliers {*). Pour déterminer donc les soldats & les engagés à se livrer <& la culture des terres, M. de Maisonneuve rendit, le 4 novembre de cette année 1662, une ordonnance par laquelle il déclara que tous les soldats et tous les serviteurs domeftiques qui, sans préjudicier à leurs engagements, défrichcraicni des terres sur le domaine des seÏL'ncurs, jouiraient de ces terres jusqu'à ce qu'on leur en cul donné autant ailleurs également défrichées; que, de plus, s'ils promettaient de deiricher sur ie domaine, seulement quatre arpents de terre quand ils le pourraient, ik jouiraient, comme les habitants, du privilège de faire la traite des pelleteries avec les sauvages; mais que ceux qui ne feraient pas cette promesse ne pourrûent trafiquer avec ces derniers, sous peine d'une amende arbitraire & de confiscation des pelleteries traitées, qui seraient données secrètement & très fidèlement aux dénonciateurs de l'un ou de l'autre sexe, quels qu ils fussent (i). Cette sage in\n- (0 Crcflc de Viiktation fut si efficace, qu'avant la fin de la même année ^"^^Sï!"'*****'* soixante-deux particuliers se présentèrent à M. de Maisonneuve & prirent des terres sur le domaine des seigneurs aux conditions indiquées (*"). De ce nombre, quatre engagés du Séminaire, ainsi qu'un autre de THÔ-
(*) 'Voyes la oote sur les travaillants ou volontaires à la iin du tome III.
(**"' Entre autres, Antoine Lafontainc, Pierre N;i*"rechou, Barthélémy Yerreau, Sùnoa Cardineau, Antoine Beaudrv, Pierre Desautelft, René FiliaAreault , Pieire Teuier, Antenne Brunet, Claude Marcoutj Jean Cadieux, Jacques Dufrcsne, Tèdc Cornélius. Ce dernier était Trl;in'J:M> & cfans l'aflc de sa concession il eft qualifié : terviUur domestique de la Sainte Vierge.
UKE CUAPEIXE Sl'R LA MQHTACKK.
(0 Arch. du Sera. tcl-Dteu ( 1 Outre ces concessions de terres sur le
«ionsd'oaobrc&nov. domame, M. de Maisonneuve en donna d autres a la t6«>3, fcv. io63. contrée Saint -Joseph ; chacune de douze arpents seulement, afin que les cultivateurs pussent se secourir plus aisément les uns les autres. Enfin il en donna d autres situées près de la maison fortilice de Saint-Gabriel; & M. de Béleftre prit, de son côté, une concession de trente arpents, proches de Sainte-Marie, avec promesse d'y bâtir une maison pour se mettre à couveit des Iroquois.
DESSEIN DKcosiTRURr A^HTèsavoir pris les précautions que nous avons dites pour assurer la subsillance des colons, en les déterminant à cultiver des terres dans le \ oi.sinapc des lieux de défense, M. de Maisonneuve s occupa de.s moyens de protéger leur vie pendant le travail auquel tous kicvaicnt se livrer. Ce sage gouverneur, en qui la loi égalait ic courage, comprenait trop bien la vérité de cette maxime du Psalmiste : Si le Seigneur ne bâtit lui-même la maison, c'efi en vain qu'on entreprend de la conjlruire, pour ne pas s'appuyer avant tout sur le secours d'en haut, spécialement sur la proteclion de la Reine du Ciel, à qui Tile de Montréal était irrévocablement consacrée. Aussi avait-il conçu le projet de bâtir à Marie, lorsque les circonllances le permettraient, une chapelle sur la montagne; & désirant que ce monument fiit censé être louvrage de tous les colons, il dellina, pour lounm a la dépense, les rentes seigneuriales dues à la Compagnie de Montréal, qu'on n'avait point cru devoir exiger depuis rétablissement de Villemarie. Le 19 novembre t66i, il avait publié pour ce sujet rOrdonnance suivante : « Ayant une entière con- « naissance du zèleSc de Taffeclion du sieur de Saint-André, " pour rétablissement de la foi en ce pays; nous, en « vertu des pouvoirs qui nous ont été donnés par M.M. les « Associés, seigneurs de cette île, lui avons donné commission de recevoir toutes les censivcs qui leur sont « dues, avec pouvt)ir de faire proliter l'argent qui pro\ icii- « dra de cette recette, pour être employé, suivant nos
tm «'kirr AUR bb vu.-
4* GUERRE. HOSTILITÉS. l663. l3
• ordres» à la conilruâion d'une chapeUe sur la mon- « tagne de cette* lté en rhonneur de la Très-Sainte
« Vierge, le tout sous le bon plaisir de' M. rÉvêque de , , , . , „.„
° ' - ' ^ (l}Orctk de Villti-
• Petrce(l). » marie, tgnov. 1661.
XIIÎ.
Mais comme la protedion du Ciel, sur laquelle ils les ibq<ilo» aisoLu* comptaient avec tant de raison, ne devait pas dispenser les colons d'employer leur indullric personnelle pour se garantir, & leur courage pour se défendre contre l'ennemi, M. de Maisonneuve chercha les moyens que pouvait lui fournir la prudence pour protéger la vie des travailleurs. Il s'y crut d'autant plus obligé que^ d*ùn c6té, le secours promis par le Roi n'arrivait point, & que, de Tautre, les iFoquois étaient plus résolus que jamais de ruiner de fond en comble Villemarie. Déjà Tété de cette année 1662, quelques-uns de ces barbares qui s'étaient arrêtés dans ce polie, 8>; se trouvaient dans un état de gaieté qui les fît sortir de leur dissimulation ordinaire, avaient déclaré aux colons que quatre cents sauvages de leur nation devaKnt, sçus prétote de ramener les captifs qiû leur reflaienty faire main basse sur toute la colonie Française. D'autres Iroquois, il eUt vrai, entendant ce discours, & voyant leur dessein découvert, s'étaient efforcés de faire passer les premiers pour des menteurs ; ce qui n'avait pas empêché le gouverneur î^énéral, informé de cet avis, de grossir sa garnison, ainsi que celle des Trois-Rivicres, & de se tenir sur ses gardes ('2}. Indépendamment de cet Marie de riocaraveu, M. de Maisonneuve apprit peu après que les Iro- "'^ *° quois étaient résolus de tomber sur "Villemarie en particulier, de s'en emparer, & de s'établir dans ce polie, comme étant le plus important de la Colonie (3). Il réso- (3) creffis de vuielut, avec le peu de monde qu'il avait, de leur faire tête en marie, aeicdm? i*»-
' * * vicr loO.*.
cas d'attaque; & de telle sorte qae, sans contraindre les colons, ni- être à charge à aucun d'eux, il eût toujours
sous la moin un corps de valeureux soldats, une sorte de camp vf)lant prêt à se porter partout où l'ennemi se montrerait & à protéger les travailleurs. Il réussit si bien dans
■4 n*' PART1£. LES C£MT ASSOC. iCT LA COMP. DE MONTRfciAL.
rcxécution de ce dessein, que depuis le mois de juin 1662
jusqu'à Tété de 1665, OÙ arrivèrent enfin les troupes du Roi, c'eft-à'dire dans Tespace de plus de trois ans, il ne perdit en tout que Ji\ hommes, dont huit furent tués 8c r ncpidn Ac 1 1 les deux autres emmenés captifs (i), quoique pendant cet paroi*^ de Viikma- inlcTvallc de temps les hollilités eussent été continuelles.
rie, 12 juin i<)03, >^ • , , , , , . ,
bmm,(jmmit,i2iiepu On voît par-la quc, dans le courant de ces trois ans, le
1664. 24, s6 avril, nombre moyen des hommes tués par les Iroquois. comas «Aût i6<î5. ^ A 1 « J • ' ^ JL * 11 L. J
par6 à celui de ceux qui avaient pén animeUemeiit dans les dix-neuf années précédèntes, depuis les premiers massacres, en 1643, fût moindre de plus d'un tiers, ou plutôt, pour parler avec plus de vérité, la moyenne relative fut bien moindre encore, puisque dans ces trois dernières années Villemarie, ayant reçu de France diverses recrues de colons, en exposait un plus grand nombre qu'auparavant au feu des barbares.
w.Lu.oNSKBVf» VILLE- Qu se demande comment M. de MaisonncuNe^ saiih âoMfKuvB ïrAiIuT recevoir aucun secours ni du Roi, ni de la grande Com- L4iiiucei«MMi!«- pagnie, a pu, par ses propres ressources, conserver ce pofte avancé & protéger ainsi la vie des travailleurs, malgré les attaques ouvertes des Iroquois, leurs tentatives secrètes, leurs continuelles embuscades. C ell ici une preuve nouvelle de ce que nous avons dit déjà tant de fois : que le zèle pour établir TÉglise catholique en Canada, ayant donné naissance à Villemarie, était aussi le motif qui inspirait à M. de MaisonneuNc à ses braves conlpa^^c1ns d'arnic.N tant de résolution de courage pour dclcndre ce pofle & le conserver, au prix même de leur sang. Et qu on ne s*imagine pas que nous partions ici par conjeclure&que nous attribuions à cet habile gouverneur des sentiments qu'il n'ait pas eus ; on va Tentendre les exprimer lui-même dans l'ordonnance qu'il publia à cette occasion le 27 janvier i663, 8c qu'on voit encore en original au greffe de Villemarie. I.es associés de Montréal s'étaient proposé, comme on l a vu, Je consacrer cette île à la Sainte Famille, & 1 avaient mise sous la spéciale protection de Marie,
TE FAMILLIU
4* GUERRE. MILICE DE LA &AIMTE-FA1IILLE. l663. l5
lui en donnant pour toujours la propriété. M. de Maisonneuve, chargé de la ^de & de la défense de cette même île, avait d'abord établi une Confrérie militaire composée de soixante-douze colons; mais cette année i663> où les Iroquois voulaient y mettre tout à feu & à sang, il proposa aux habitants d'en former une nouvelle, sous le nom de Milice de la Sainte- Famille de Jésus, Marie & Joseph; ik, ce qui cft plus étonnant, il trouva à 1 inftant près de cent quarante braves qui s oirrircni spoiitancment, résolus de sacrilier généreusement leur vie pour ce noble dessein. Aussi voulut-il que leurs noms fussent écrits à la suite de son ordonnance & déposés aux archives publiques, pour servir de mémorial à la poftérité de leur immortel dévouemept. Nous accomplirons son jufte & relig^ux désir en rapportant dans son entier ce monument national, si honorable au pays, & en particulier à plusieurs des anciennes familles, à qui nous sommes heureux de révéler ici ce titre de leur gloire.
u Paul de Cliomcdcy, gouverneur de 1 ile de Mont- invitation de m. de « féal & des terres qui en dépendent : sur les avis qui «AjwfMMîVBAKxco- « nous ont été donnés de divers endroits, que les Iro- « quob avaient formé le dessein d'enlever de surprise « ou de force cette habitation, & le secours que Sa « Majefté nous a promis n'étant point arrivé encore: « nous, attendu que cette île appartient à la Sainte (1 Vierge, avons cru de\'oir inviter & exhorter ceux qui « sont /clés pour son service de s'unir ensemble par « escouades, chacune de sept personnes; 8c après avoir « élu un caporal à la pluralité des \ oix, de venir nous « trouver pour être enrôlés dans notre garnison, & en ■ cette qualité suivre nos ordres pour la conservation de « ce pays. Nous promettons de notre part que, dans les « dangers qui pourront se rencontrer aux occasions miU- « taires, les intérêts des particuliers nous seront toujours « chers, 8c que nous serons prêts à ôter du rôle ceux qui « se feront inscrire pour les ûa& susdites, toutes les fois
l6 11^ PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COUP. DE MONTRÉAL.
« qu'ils nous en requerront. Ordonnons au sieur Du Puis,
« major, de faire insinuer le présent ordre au greffe de ce
« lieu, & ensemble les noms de ceux qui se feront enrôler,
« pour leur servir de marque d'honneur comme ayant
« expftsé leur vie pour les intérêts de Notre*Dame & le
« salut public.
c Fait à Villemarie, le 27 janvier i663.
« Paul ne Chomedey. »
Le lendemain^ 2$ janvier, cette ordonnance fut lue, publiée & affichée à Tissue de la grand'messe paroissiale,
(t) (irciic de Ville- Si le major de llle la fit insinuer au greffe (1). Rien ne marie, rôk du i" «- montre mleux Tautorité de M. de Maisonneuve sur les
esprits & les cœurs des siens, que 1 empressement avec lequel ils répondirent à ses désirs 8c à son attente. L'ordonnance avait été publiée le 2S janvier, 8c quatre jours après, le i*"*^ de février sui\ ant. il se trouva vingt escouades fonuanl ainsi un camp \olant de près de cent quarante hommes (*).
(*) RÔLB DES ESCOtAbES DE SOLDATS FAIT A LA DILIGENCE I>1 SIEl'R ZACHARIE DU Pf l«;, KCLYER, M.UOR DE I.A (ÎAPMSOV DE lIlE DE MONTRÉAL, EN CONSKQLENCE DE L ORDRE DE M. DE MAISONNECVE. T* FÉVRIER l663.
r* ESCOUADE
Jean de Lavigne, caporal.
Math u ri n Rouillé.
Robert Péfoy.
Julien Avcrty, dit Langevin.
Thomas Monnier.
Imac Nafrechou.
Michel Guibert.
UrbtÎR fiodereau, die Graveline,
caporal.
Jean Aubin.
Pierre de Vauchy. Jean Gucrrin.
Jacques Hordeqain.
Claude Marcout Louis de la Porte .
3'' ESCOUADK
Pierre Bonnefons, caporal.
Pierre Gadoys.
André Pilct.
Jean-Baptille Gadoys.
René Langevin.
François Cail ou Caille.
Antoine Lafontaine.
4' GUERRE. MILICE DE LA SAINTE>FAMILLE. l663. IJ
Pour protéger sûrement les colons dans leurs travaux «. & veiller à la conservation du pays, M. de Maisonneuve
4'' KS.'IOCADK
Gabriel Lcscl, dit le Clos, caporal.
Maurice Advcrty,dit Léger.
François Le Ber.
Michel Momeau.
Jean Cadicux.
Pierre Richomme.
Pierre Malet.
5* ESCOL-ADB
Jean Gastcau, caporaL Eltiennc de Saintes.
André Trajot.
Barthélémy Veircau. Pierre Coisnay.
Guillaume Hollier.
René Peron, du k Canne.
C' ESCOUADK
Gilbert Barbier, caporal.
Eftienne Truteau.
Jean Desroches.
Nicolas Godé.
Pftut Benoift.
Pierre Pappin.
Francis fiâllly.
Pierre Raguideau, dit Saint- Germain, caporal.
Tccle Cornélius.
Antoine Bander.
Pierre Desautels, dit Lapointe.
Jean Beaudoin.
Honoré Langloîs,dit Lachapelle.
Jean de Niau.
8* ESCOrADE
Claude Robutelj caporal.
Robert Lecavelier, dit Deslauriers.
Béoigne Ba<;set.