CHAPITRE I
LOUIS XIV ENVOIE DES TROUPES POUR RÉDUIRE LES iltOQUOlS; MAUVAIS SUCCÈS DES DEUX PREMIÈISS CAMP ACNES.
Ayant donc rëstriu de soumettre ks Iroquois par les LBuferamT »'riiuarmes, Louis XIV avait nommé, le 19 novembre i663, »^"^-^«>^'K'*'^ pour lieutenant général de tous ses pays d*Amérique, en co«B4t-
l'absence du comte d'Eftrade , qui en était vice-roi ,
M. Alexandre de Prouville, seigneur de Tracy (i), qui, le (1; Archives de 1.1
26 février 1664, s était embarqué pour les îles Iran- ^^"'^ rcgiiirc des
jii /-. ordrea du Roi pour la
çaises (21, avec ordre de passer de la en Canada. Coibert compagnie de» ina«,
en écrivait en ces termes, le 18 mars suivant, à M. de
Laval : • L aliairc d'Italie étant heureusement terminée à Niuvcnc.Frt^^
t la satisfaction du Roi, Sa Majeûé a résolu d'envoyer en nce iû65. f. 5.
« Canada un bon régiment d'infanterie, à la fin de cette
« année ou au mois de février prochain, afin de ruiner
« entièiement les Iroquois; & elle a ordonné à M. de
« Tracy de sy transporter, pour conférer ayec vous sur
(t) Archive» de i dr « les moyens de réussir promptemcnt dans cette g(uerre(i). • (Stro at^^co^w^'ù ^® régiment choisi pour cela fut celui de Carignan, nou- M. de Lava», du i8 vellement arrivé de Hongrie, où il s'était fort diftingué mars 161.4. contre les Turcs, & qui cl^ célèbre en Canada comme
ayant été la source d'une multitude de famiUes encore cxiflantcs dans ce payb. il était appelé de Carignan, du ' nom du prince qui le commandait, fils de Thomas-François de Savoie, chef de la maison de Carignan, dont les descendants régnent aujourd'hui en Sardaigne. Le prince Thomas-François était passé au service de la France, ëi, après avoir commandé nos troupes en Italie avec beaucoup de succès, était mort à'ia suite d'une expédition. Son fils, qui servait aussi la France, y commandait ce régiment d'infanterie, qui pour cela fut appelé Carignan; mais, en l'absence du prince, Louis XIV en ayant donné le commandement, en 1659, à M. Henry de Chapelas, sieur de Salières, colonel d un autre régiment d'infanterie incorporé au précédent, on l'appela alors des noms de Carignan-Saiières, & c*eft ainsi qu'on le trouve désigné communément dans les anciens aùes en Canada. Le Roi avait beaucoup de considération pour le prince de Carignan, qu'il qualifiait de cousin ; aussi, en donnant le commandement de son régiment à M. de Salières, mit-il pour condition que celui-ci ne le commanderait que sous les Bibiioth. impér. ordrcs du pritice & en son absence (2), ce qui fut cause
d«P«iu, n* 9,35o, g Salières le conduisit lui-même en Canada.
A. B., 5i uni iCSç. ^, . ^
M. de Tracy avait emmené avec lui quatre compagnies
dans les iles françaises, qui de la devaient le sunre en Canada; les autres partirent direélement de France en i665, mais leur traversée fut longue & pénible.
uamiu m a. w t» acv
« «!!!iw*«iî Quatre compagnies parties de la Rochelle arrivèrent
(3) Relation de t > à Québec le 17 & le 19 du mois de jiûn (3), & M. de ^ST''*^ n^Sirjiai ^'^^y* ceWes qu'il conduisait, n'y parut que le 3o du de» Jésuites 19 î»»" mois. l/incommodité de la navigation & la fièvre
l'avaient extrêmement abattu, ce qui fut cause qu'il refusa les honneurs que les habitants s'étaient préparés ù lut
M. I>£ TRACY. l665. 131
faire, & se contenta de leurs cris de jde, qui conMnen* Gèrent au moment où il sortit du vaisseau; de là ils raccompagnèrent , au son des cloches, jusqu'à l'église, où M. de Laval, vicaire apoflollque, l'attendait, revêtu
pontificalcment, au milieu de son clergé. Après qu'il lui eut présenté l eau bénite & la croix, ce prélat le conduisit au prie-Dieu qui lui avait été préparé près du chœur, fk là M. de Tracy, malgré sa grande faiblesse, se mit à genoux sur le pavé, sans vouloir se servir du carreau qu'on lui ofiQrait (i). Enfin, en action de grâces (i)Huioindeim de son arrivée, on chanta le Te Deum, accompagné * par Torgue & par la musique; après quoi le prélat le reconduisit jusqu*à la porte de T^se avec les mêmes honneurs qu^il lui avait rendus en entrant (2). L'éton- (2)Reiaiionii«i«6»4 nement que causèrent à Québec la magnificence de M. de Tracy & celle des officiers de sa suite fut égal à la joie que fit éprouver leur arrivée. Il ne marchait jamais sans être précédé de vingt-quatre gardes, qui portaient les mêmes couleurs que ceux du Roi, & de quatre pages, comme aussi sans être suivi de six laquais & environné d'un grand nombre d*officiers richement vêtus, ayant de plus toujours auprès de soi un gentilhomme, M. le chevalier de Chaumont (3). La Mère Marie de Tlncamadon écrivait, le (v HiiioircdciHd- 38 juiUet suivant : « M. de Tracy, lieutenant général pour "ffjj",^'; ^^^^ * Sa Majefté dans toute rAmérique, eft arrivé avec un ' ' ' « grand train. Je crois que c eû un homme choisi de Dieu pour rétablissement solide de ces contrées, pour la •< liberté de l'Église & pour l'ordre de la jullice. 11 etl « d'une haute piété; toute sa maison, ses officiers, ses « soldats, imitent son exemple (4). Ccfl une chose ravis- (4) uttro jc la « santé de voir son exactitude ponctuelle u se rendre le ^>^rc de rincamatio»,
r lettre hmonqu« 70*,
t premier à toutes les cérémonies de la rehgion, jus- asjuu. i6r,5,p. 6oc.
« que>là qull eft refté pluà de six heures dans Téglise
« sans en sortir. Son exemple a tant de force, que
« le monde le suit comme les enfants suivent leur
1. père (5). Cela nous donne beaucoup de joie «t nous îwérreo*?.
« ravit (6). • (5) «m, p. 600.