‹ Histoire de la colonie française au CanadaChapitre 57 sur 182 · ARRIVEE DE UM. DE · texte numérisé non relu

ARRIVEE DE UM. DE

M. de Salières, de son côté, était parti de 1 rancc avec MukMs, US coTO- quatre compagnies, suivies de quatre autres, portées sur TAiDS^AH ots aM' deux vaisseaux, qui arrivèrent à Québec, l'un le i8 août, Pires. Tautre le 19 {i); mais le refte des troupes fut beaucoup

( I ) Reiaiîonde i665, i^ardé, ce qui devait faire renvoyer la guerre à Vannée sui- (4) /«rf., pw7. vante (2). Le vaisseau appelé /e Saint -Sébastien, qui amenait M. de Courcelles, Gouverneur général, & M. Talon, intendant, ne parut à Québec que le 12 du mois de septembre, ainsi qu'un autre nommé le Jard tn-dc-Hol lande ; enfin, deux jours après, un troisième, appelé la Jujiice, ët ces trois navires amenèrent le rcfte du régiment de Ca- (3; Relation de 1665, rignan (3j. Les troupes avaient ctc ainsi retenues en mer suiteVwpt^lôèl.^'' pendant quatre mois par de furieuses tempêtes, qui pen- (4) LewM de Marie sèreut abîmer tous les vaisseaux (4) & ren(tirent la navigadc l'incarnation.idttr^e très-périUeuse cctte année. Au retour de ces navires p.' 6o3* * ' ^ France, le vice-amiral de la flotte fit naufrage, à deux cents lieues de Québec, s'étant brisé sur des rochers pendant la nuit, lorsque tous les passagers reposaient, à Texception des pilotes. Cet accident fut même si inopiné, que le vaisseau coula à fond tout à coup entre deux rochers. On parvint cependant à sauver tout le monde, au moyen de cordages & de poulies attachés au haut des mâts; il n'y eut qu'un matelot qui périt, & tous les naufragés se retirèrent sur les monts de Notre-Dame, lieu ilérile & très-froid, sans avoir pu sauver des vivres du naufrage que pour douze fours. M. de Tracy, dès qu*il eut appris leur désaHre, envoya trois vaisseaux du Roi pour tes prendre en passant, & ordonna qu'on leur portât des vivres pour huit mois, si on ne pouvait aborder aux lieux où ils s étaient retirés. « Nous avons été affligés de « cet accident, 6cri\ait la Mère Marie de l'Incarnation, a mais nous n'en a\"ons pas été surpris, parce que, depuis ' « que nous sommes en ce pays, l on n'avait point encore « VU de si grandes tempêtes sur la mer, ni dans le fleuve « Saint-Laurent, que cette année. Les douze vaisseaux • qui sont arrivés ont pensé périr ; le treizième, qui était « la frégate de M. de Tracy, a coulé à fond à rentrée du

ARRIVÉE DES TROUPES DU ROI. l663. 123

• fleuve. Tous ses gens, toutes ses provisioiis, tout son « bagage, ont péri, ce qui le relarde un peu dans ses

K afEûres, à cause des grandes dépenses qu'il efl obligé ((}Lcttrcscic M .nc

• de faire & du grand train qa U doit entretenir (i), . yai^^TeS^ïïô;""

Un autre motif qui devait faire renvoyer la guerre à n malank iœs nou- Vannée sm\'antc , c'eft qu'un bon nombre de soldats reuvov» <itaient arrrives malades a Qucbec. Dans leur traA crsée, NiBsiii?Aiim tous avaient joui d une bonne santé, malgré \&i incommodités ordinaires de la mer; mais, aux approches de Tadoussac, la maladie, rapporte le P. Le Mercier, se mu dans un des vaisseaux par un acddënt inconau (2), dont (2}ReiMioiide i66S, la Mère Marie de Tlncamatiofi a essayé d*assigner la cause. Après avoir été quatre mois en mer, • les soldats, . « aux approches des terres, impatients d'une à longue « navigation, ont ouvert trop lût, dit-elle, les sabords de

• leurs navires, ce qui a fait que, l'air y étant entré trc^ 0 tôt, la maladie s'y cil mise 8c y a causé bien de la déso-

0 lation. 11 en dt mort d'abord vingt, & on en a mis cent « trente à l'hôpital, entre lesquels plusieurs pcnlilshommes t volontaires, à qui le désir de donner leur vie pour Dieu « avait fait passer les mers. La salle de Thôpital étant t pleine de ces malades, il a £aUu en mettre dans Téglise,

1 qui a été remplie jusqu'à la baluflrade, &, pour rece- « voir les autres, on a eu recours aux maisons des voi-

• sins, ce qw a estraordinairemenC fittigué tontes les c Religieuses, mais a aussi excellemment augmenté leur « mérite (*; P)» »

f?) Lettres de Marie de rincaroatioi^ lettre

* — ■ . 71% 3o lept. i665,

(*) « Ce» bonnes Religieuses ayant des malades en si grand « nombre, ajoute la Relation^ ont hit pcrattre toute 1« joie de leur « coeur dans le*; servjt-(?«; qu^clIes ont rendus .1 ces pauvres soldats: ■ Jeur jsèle è«. leur ciianté ne «e donnant aucun repos de jour ni de « naît» afin de pourvoir A toute* les néoetsiléi do corps & de Time « de leurs malades. Aussi i'ont-eUes été tourc? elles-mêmes, &qiie^ « quc»-une$ sont allées jusqu'aux portes de ia mort (4). » (4) Rektioade 1666,

M. de Lflvel, dam te lettre du aS oâobre de ce«c année aux p.a6. canlmaux de la Congrégation de la PrapegMide, ii*a pas oublié la

184 "I* FABTIE. LOUIS XIV.

Dès son arrivée à Québec, M. de Tracy jugea qu'avaot MCHUjtv, wi w (le se mettre en campagne il était nécessaire de s'assurer les passages qui conduisaient aux pays des Iroquois, pour cela, d*y conftruire quelques Forts qui pussent servir aussi de maga^ns aux troupes & de retraites aux sol- (i) Rdaikadei663, dats malades ou blessés (i). Il choisit les quatre compagnies du régiment de Cari^nan arrivées les premières, & les envoya pour occuper ces passages a\ ec cent volontaires du pays. Ceux-ci étaient commandes par M. de Répentigny, & suivis d'un grand nombre de sauvages. Le détachement s'embarqua à Québec^ le 23 de juillet, sur de petits bateaux plats, & se rendit d^abord aux Trois<Ri- (tl»u^p.*yi9. vières (2), où il arriva fort heureusement comme pour délivrer ce pofte de la crainte, des Iroquois; car, depuis peu de temps, ces barbares, y étant venus faire leurs courses ordinaires, avaient tué plusieurs habitants & fait quelques captifs. Là le détachement fut obligé de s'arrêter pour attendre un vent favorable, & enfin, s'étant embarqué Je nouveau, il traversa le lac Saint-Pierre ^s: arriva à l'entrée de la rivière de Richelieu, qui conduit aux Iroquois (îjRciation dci'fôj. d Agnié (3). Le dessein qu'on avait en vue était de bâlir V' 7» (rois Forts, & on choisit pour cela les pofles qu'on crut être

les plus avantageusement situés. Le premier Fort fut établi à Tembouchure de la rivière de Richelieu ou des Iroquois, dans le lieu où, en 1643, M. de Montmagny en avait fait conftruire un pour le même dessein ; aussi Ut*on, sur le plan qu'on en publia avec la Relation de i665, que ce Fort fut alors refait. On établit le deuxième dix-sept lieues plus haut, au pied d'un courant d'eau que l'on appelait alors le

(4} Archutb Je la Propagande; Ictt. aux cardiiunii, du aS od.

1665.V0I. America 3, s56, fol. 65.

circonftance dont parle ici la Mùrc Marie de l'Incarnation : « Nous ■ avons eu, dit-il, sur les bras une moisson qui ne nous a pas été « ilcsagréable : plus de cent malades en même temps à l'hôpital. « Parmi eux trente hérétiques qui sont revenus à la Toi ; & comme « rhôpital ne pouvait contenir un si grand nombre de malades, nous c «lavons placé plusieurs dans l'église, que nous avons fiut servir à € cette œuvre de charité »

CONSTRUCTION DE FORTS. l665. 125

Saut Je Richelieu, & le troisième environ trois lieues plus haut que ce courant. Le premier Fort fut conftruit par M. de Sorcl, à Taide de cinq compagnies du régiment de Carignan que M. de Tracy lui avait envoyées; on Tappela de Rkhelieu, du nom de la rivière, & ensuite de Sorel, lorsque le roi en eut fait don à ce capitaine, qui en avait alors le commandement. C'ed le plus ancien des Forts du Canada dont le plan détaillé soit parvenu jusqu*à nous. M. Talon joignit ce plan à sa dépêche du 1 1 novembre i665, & nous le placerons ici comme Tun des monuments les plus authentiques de 1 hiftoire militaire de ce pays.

K0>T1 f AIltT-LOtlIt,

Le second tut bâti au pied du rapide de la rivière de Richelieu. On appelle rapide en Canada, non pas un lAïuTB-TaitÉ»!, simple courant d eau , mais im courant causé par une ' pente si considérable que Teau forme des bouillons qui tombent quelquefois de trois ou quatre pieds de haut (i), (i)Récttilu voyage & davantage encore. On conftruisit ce Fort en face même .t .f' '^:''|'^' du rapide, afin de pouvoir de la tirer impunément sur les thcquc imper, sup- Iroquois qui navigueraient sur ia rivière, êc qui, au milieu p"™- »*65. de CCS bouillons, seraient incapables de se défendre, obligés de donner toute leur application à la conduite de leurs canots. Ce Fort fut commencé dans la semaine où on célébrait la fête de saint Louis, ce qui le fit appeler d'abord du nom de ce saint; mais comme il avait été conllruitparM. de Chambly, à Taide de cinq autres compagnies du ré^raeni de Carignan (*), & que ce capitaine, qui en avait ensuite été établi Gouverneur (2), le reçut en don, il fut nommé joumai dci j<> de Chambly. M. de Salières, colonel du riment, voulut is nor. i665.

(•) Le P. Le Mercier, dans la Relation de i665, attribue la construéiion du Fort Richelieu à M. de Chambly, & celle du Fort Saint- Louis à M. de Sorel. C'eft une confusion qu'il a laite entre le nom de l'un & de Paotre; car sur k carte du pays des Iroquois, iointe à cette mime Relation, & où l'on a gravé les plans de ces deux Forts, on lit, «tt contraire, que le Fort de Richelieu a été refait par M. de Sorel^ êL que celui de Saint-Lotds %ét6§tkpu M, 4e Gton^ j^.

136 ni* PARTIE. LOUIS XIV.

prendre pour lui-même le Fort le plus a\ ancé vers les . ennemis, comme devant être conftruit dans le plus dangereux de tous ces polies. On n'espérait guère qu il put être termine avant la chute des neiges, n'ayant été commencé que bien tard; mais le colonel, qui avait blanchi sous les armes, & à qui le nombre des années n'avait rien 6té de sa vigueur ni de son courage, mit le premier la main à Tœuvre, & anima tellement les soldats par son exemple que le Fort fut heureusement achevé le t5 octobre de cette année i665. On l'appela de Sainte-Thérèse, du nom de la •<i) Relation de 166 5, salntc dont on faisait la fête ce jour-là (ij; & comme il MiiîftS^is'oft! ^665*^' ^''■'-^'^ conflruit auprès d'un autre rapide de la ^^•ière de Richelieu, ce rapide ell aussi appelé du nom de Sainte- (a) Relation de i6û3, 1 hèrèse sur les anciennes cartes (21. Bien plus, après a^c)ir fait conftruire un baltion à ce dernier Fort, M. de Salières envoya dix-huit ou vingt hommes qui s'avancèrent sur le lac Champlain, où Ton avah dessein de construire, dès le printemps suivant, un quatrième Fort pour faire de là des sorties sur les Iroquois sHls ne se rendaient p. 10. à la raison (3). On en conAruisit un devant un autre rapide dé cette rivière, & on le nomma de Saint- Jean, nom que, sur les anciennes cartes, on voit donné aussi au rapide lui-même; c'eft apparemment ce Fort qu'on trouve appelé aussi de i Assomption, dont M. de Rerthier était commandant Vannée suivante. Enfin on établit un cinquième Fort dans une île du lac (>hamplain, à quatre lieues de son embouchure : li fut nommé de Sainte-Anne & conftruit par M. de Lamotte, capitaine du régiment de (4) Journal des Si- Carignan (4). Ces deux derniers Forts, ainsi que celui de suites, 2o juin. I' 66 Sainte-Thérèse, où l'on tint d'abord garnison,- furent ReUtiondei6ô6,p.8. ^j^^^jj^ abandonnés 8c enfin tombèrent en ruines.

vil,

LU TBoumsx vu*' Pour encourager les travailleurs par sa présence, T«« d'^iive». m. de Courcelles, lieutenant général, alla visiter ceux des trois premiers Forts. De retour à Québec, il assigna des quartiers d'hiver aux troupes; 8: M. de Salières, déjà revenu dans cette ville, reçut ordre d'aller hiverner à Ville-

CONSTRUCTION DE FOETS. l665. l»J

marie, pour laquelle il i, enil arqaa le 4 novembre de cette année (i). « Les compagnici» du régimeat de Carignan, (O Joumai d« jj-

su lies, :<i oC 4 nov. iû6>.

« dont plusieurs sont composées de soixante-giz hommes,

• écrivait à ce sujet M. Talon à Colbert^ vont être distri- « buées dans les forts commencés pour y passer Ttuver, u & ausà dans les trois habitations : Québec, les Trois- « Rivières & Montréal. Les denrées manquent dans les « magasins de la Compagnie; j'ai envoyé à xMontrôal des « marchandises, de l'avis de M. de Tracy, j'y ai joint quelques munitions tirées du maga.^in du Roi pour être « dillribuccs aux habitants. Mais, en retour, je prétends u recevoir d eux du blé ou des légumes pour la subsis- « tance des soldats, & même des peaux d'orignaux pour « faire de grands canots^ bien plus sûrs pour la naviga^ « tîon que ne le sont ceux d'écorce (2). • Cefl que déjà, Archives j« 1 1 avant l'arrivée de M. Talon, M. de Tracy avait commencé, î^^î'^iï^^Joa: dès le mois de juillet, de faire conflruire un grand nombre tm, de bateaux plats pour le transport de Tarmée (*).

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