SE VILI^MARIE DANS
csrre Kxrforrioii.
ni* PAKHE. LOUIS ZIV.
(i)HiftoireduMontrcal, par M. Déliter, dit i665 à 1666.
IMi TROtfES ntftFfnTt DfaouiBft rAK LA HA< LAME.
queue au retour, y en ayant peu d*aiitres à qui il pût confier alors ces marches périlleuses au milieu des bois, dont nos troupes avaient si peu d'expérience. Aussi se reposait^l beaucoup sur le courage de ces braves colons & leur témoignait-il une confiance toute particulière, les comtlant de caresses & les appelant ses capots bleus (de la couleur de leurs habits , con rrc s'il eût voulu dire par là qu ils étaient ses cniants bicn-aimés & son bras droit; <k si tout son monde eût été de pareille trempe, il eût été en état d entreprendre autre chose que ce qu'il lit. Au relie, dans cette circonltaace & dans toutes les autres occasions^ M. le Gouverneur a toujours trouvé le peuple de Villemarie plus prompt & plus prêt â marcher qu*âucua autre, ce qui lui a inspiré une afieélion toute particulière & unique pour le Montréal. Cet'e prédiledion (propre à exciter de la jalousie) ayant été blâmée par une personne, il lui répondit : « Que voulez vous? je n'ai pas trouvé de gens qui m'aient mieux servi pendant les guerres ni mieux obéi. » M. de Tracy, qui eut avec lui cent d x habitants de Villemarie, leur accorda, de son côte, le même honneur en allant chez les Agnicrs, les faisant marcher assez loin devant Varmée jusqu'à la vue des villages ennemis, 9c les exposant aux plus grands périls qu'on pût courir dans cette campagne (i). •
Après Texpédition terminée, on cantonna une partie des soldats aans les nouveaux Forts ; maïs, ce qu'on a peine à comprendre, plusieurs officiers de ces ?»arnisons conçurent alors une sorte de terreur panique des Iroquois, jusque-là qu ils n osaient sortir de leurs retranchenK-nts, par la crainte que ces barbares ne fussent cachés tout auprès pour tirer vengeance de la dcllruclion de leurs cabanes. Il eft vrai que l'état des troupes, dcsolces par la maladie, n'eût pus permis de faire tête aux Iroquois, & qu^en vue de leur inspirer de la crainte on recourut à divers '(Iratagèmes, comme d'allumer quantité de feux»
CONTAGION DANS LES FORTS. 1666. l5l
pour leur donner à entendre qu'on était fort en noinbre & en fMufaite sécurité. Dans cette cstrénûté si affligeante,
M. du Bois, dont on a parlé, aasiftait spirituel lonent les
soldats malades du Fort de Chambly (i), tandis que ceux (i) Lettres de Manc
du Fort de Sainte-Anne, le plus avancé vers le payt^ des ^gil'p;^^^,'''*"'''""'
Iroquois, se trouvaient dOpourvus de tout secours. M. de
Tracy, en avant Otc informé, écrivit à M. Souart, qui dit (lîHittoircUuMont-
tt l un de SCS prêtres de se tenir prêt à partir (*) (2) ^îcSTà^êc?""'"'
C était M. Dollier de Casson, bien digne assurément m. doluer sf dévoi k de servir les troupes en qualité d aumônier. Avant d'entrer dans Tétat ecclésiaftique, il avait été capitaine de cavalerie sous k maréchal de Turenoe, & s'était même acquis, par sa bravoure, rclHme de ce général d'année, s*étant trouvé au feu comme le dernier de ses soldats, & ayant été plusieurs fois en dan^r imminent de perdre la vie. Il étut d'ailleurs d'une taille avantaî:cnsc & d une force physique si extraordinaire, qu'il portait deux horrn'es assis sur ses deux mains (3). Quoiqu'il eut rapporte de la campai^nc contre les At,'niers une t^Tossc loupe au genou, fk qu'il se (3)VicdeM.Dollicr trouvai alors lrcs-alia!bli par suite d'une saii^ncc trop abondante, il voulut néanmoins partir sans délai, & sur ces entrefiaites, deux soldats du Fort de Chambly étant arrivés à Villemarie, il résolut de partir avec eux, leur demandant seulement un jour pour se remettre. C'était
mat AHitm uii
ftOLDATS Di:
de CaMon. MinuKrit deGrêiideL
{') A la réception de cette lettre, M. Souart se trouva tortembarrassié : M. de Tracy n'ayant point envoyé d'escorte pour accompagner le missionn.-iirc. II f arai'^s ntcep.'ndant nécessaire qu'il n'alljt point sans ce «ccouis. Je peur d ctre pris & d'être c-ninei»é en captivité jpar les Iroquois. M. Souart s'adressa donc aux officiers d«* troupes en garnison A Vilîcn ai ic, i.nmmnn fécs alors par le sieur de ' la Frédiére; mais ceux-ci, craignant apparemment qu'il y eût sur le dtemin des Iroquois cachés, refînèrent de donner une escorte, sons le frivn'c spc'cicux prétexte qu'ils n'avaient point reçu d'ordre de M. dtt Tracy. Comme néanmoins le command.-ment de ce dernier était absolu & qu'il y allait d'ailleurs du bien des âmes, M. Souart se Rih ea devoir de feiéeuter.
l52 lir PARTIE. I.OIIS XIV.
une bien faible escorte; aussi trois braves & intrépides
colons, animés par lardeur du courageux missionnaire, voulurent partager les périls qu'il allait courir & s'offrirent spontanément pour l'accompagner : ce furent MM. Charles LeMoyne, Migeon de Branssat 8c Jacques Le Ber. 11 partit en leur compagnie, avec des raquettes aux pieds & un lourd fardeau sur ses épaules, malgré son extrême Mblesse, 1 clat de son genou & la fatigue d'une telle marche sur les neiges. 11 arriva ainsi au Fort Chambly pour se rendre de là au Fort Sainte-Anne; mais la crainte des Iroquois avait inspiré une si grande frayeur aux officiers que, pendant vingt-quatre heures, ils refusèrent absolument de lui donner une escorte. Ce délai lui fut utile, en ce qu'il lui procura la facilité de se reposer: car il n'aurmt pu, à cause de l'état de son genou, continuer le jour même sa route en raquettes. Cependant, comme on le vit tout résolu à partir, & qu'il y avait quelque honte pour des officiers de faire paraître moins de courage que ii en montrait un missionnaire, on se décida le lendemain à lui donner dix soldats pour Tescort^.