RÉTABLISSEMENT SE L*ORDRC PUBLIC
le <kuvernetir particulier ne pouvait plus être refusé aux seigncQis, puisque les mêmes lettres patentes du Koi, qui leur donnaient la juftice, leur attribuaient aussi cette nomination Ci). Trois ans après être rentré en possession de ce o > Èéa.. orjoa, droiî la place de Gouverneur étant toujours vacante "«"c-» 'oya^. Qué- M. de Bretonyilliers, en qualité de représentant des «cigneurs, se mit en devoir d'y nommer en remplacement de M. de Maisonnetivc, qui s'en était démis volontairement; 8( comme il était nécessaire de lui donner pour successeur un homme exercé au métier des armes, il jeta les yeux sur Tun des capitaines des troupes qui, l'année 1669, allait passer de France en Canada. Ce fut M. Marie P4rot, gentilhomme de naissance, fort bien fait de sa personne, capitaine au régiment d Auvergne, qui venait de prendre, ainsi que plusieurs autres officiers lengagement de passer dans la Nouvelle-France avec sa compagnie, & de s'y établir. Nous aurons souvent occasion de parler de lui dans la suite.
Ses lettres de commission, datées du l3 juin 1669, m. ^ adressées a M. Pérot iui-mémc, sont un monument Curieux »'"•^■^des usages & de I hilloire de ces anciens temps, que nous T.'LroT— rapporterons ici. <. Désirant pourvoir a la charge de « Gouverneur de lile de Montréal, vacante parla démis-
• sion du sieur de Maisonncu^ c, ci-devant pourvu de la
• Atontréal, à la place desquels eft à présent le Semi- ^'^^ *iv"« de i„ . flaire de Samt-Sulpice, & suivant le pouvoir attribué aux ^1^Tm^ . seigneurs de Montréal par les lettres patentes du Roi • «0.^ ' « nous, dûment informés de votre bonne vie & mœurs ' " '^'^
> manne, extrait de*
wgîftpe» du Coaidl
" ' ~ ■ — souvciain, i* i^t.
vjswns de greffier & de notaire {4), ce qui n»empccha nas M de ' ^ichlvc Monchy, anaen greffier de la jufticc suppdmce, de prendre ou^^ucî T»"" * ^i lcmarie. !• titre ,maij,na.re de notmre royal, qui ^rsonic ne hiic^^X i^'rsi
H de vos talents, capacité, mérite & bonnes qualités, v avons fait choix de votre personne pour ronplir & exer- « cer la charge de Gouverneur, de laquelle nous vous
■ avons pourvu & pourvoyons par ces présentes : espé- « rant que les habitants de cette île recevront de vos soins
■ & de votre bonne conduite toutes sortes d'avantages 8i « de satisfadions. Enjoignons à nos officiers & à nos jus.- « ticiables de l'île de Montréal qu'ils aient à vous recevoir « & à vous reconnaître en cette qualité de Gouverneur; « sans toutefois que vous puissiez prétendre aucuns gages <• ni appointements autres que ceux que le pays a accou-
(i}Grcflè de Ville ' tume de douncr (i). n xMais comme le bien de Villemuie, regtftre des jj^^j-ie soulfraît bcaucouD, depuis trois ans & demi, de Tab-
âudicaces» j3 juin , , V. , »«
j6r)9. sence si prolongée d un Gouverneur, & que M. Pérot pou-
vait faire naufrage ou mourir dans la traversée, M. de Bretonvilliers envoya ce même jour, au supérieur du Séminaire de Villemarie, d*autres semblables terres en blanc, afin que le pays ne restât pas trop longtemps sans Gouverneur, si Tautre venait à périr dans le voyage.
nomtté DU sei- Nous avons parlé déjà de la querelle faite par M. de oKiiws DE 110X1 Kii»L Lauson, M. d'Avaugour 8< M, de Mézy aux seigneurs de Montréal , relativement a la propriété d un mai;asin qu ils possédaient à Québec, dont ils ne pou\ aicit produire le titre, égaré ou souftrait depuis longtemps. Ils profitèrent de la circonfiance pour adresser sur cet objet une nouvelle requête; & par suite des informations qui furent faites, le Conseil, où se trouvaient M. de Laval & M. Talon, sous la présidence de M. de Tracy, ordonna , le 20 août, que le Séminaire jouirait de tout le terrain contefté, ainsi que de la bâtisse qui y avait été élevée par Le Normand, en (2 .\Ivhi^c^dc (i.uc- donnant à celui-ci, pour ces conllrucHons, un dcdommab<v, rc«. lies jujt- gcment Lon\ enab!e (2). Mais comme ce jugement n était r":**cn!''i\!i''*'^ P^'"^ prt^priété. M. l'alon, en vertu de .>c., pou-
ï.iaoùi 1067, vou s extraordinaires, déclara que le Séminaire jouirait de
(3) /Wrf., Arrtts. 1^. it;rrain, ainsi que de tout ce qui y était conilruit, loi. 43, i3iK,pi. j.jo;. & que la présente ordonnance lui servirait de titre ^3).
RAPPEL DE M. DE TKACT. 1667. l65
M. deTracy, M. de Courceltes & M. Taton ne pou- la dimk flxitt au valent se dispenser de faire un règlement définitif sur la ▼»'wr-im*n«. taxe de la dîme, quij les années précédentes, avait excité tant de rumeurs à Québec. On a vu que M. de Laval avait d^abord obtenu de la cour un édit qui la portait au trci- T^ième; mais que, lorsqu'il voulut en venir à rexécution, il jugea prudent , pour calmer l'agitation des esprits , de la réduire au vingtième pendant six ans, 8c même pour tout le temps de sa vie, ce qui pourtant n'avait pas satisfait les mécontents (i). î-a grande confiance que M. de Tracy lui CO Archive* de rar. témoignait fut apparemment le motif qui porta ce Prélat à ^^^ft^*^ présenter une requête, pour que la dîme fût remise au trei- lonov. iWl, i»» tézième. Mais, sur les remontrances des syndics des habi- ^ tants 6c sur celles des capitaines des côtes, M. de Tracy, M. de Courcelles 9c M. Talon jugèrent que cette taxe était exorbitante pour un pays nouveau, et que même celle du vingtième serait encore trop forte. Ils la fivèrent donc au vingt-sixième, en déclarant de plus que, les cinq premières années de la concession d'une terre, le propriétaire n'en payerait point la dîme, afin qu il put la défricher plus aisément. Toutefois, comme dans cette taxe ils avaient égard à Tétat où le pays naissant se trouvait alors, ils firent observer que, s'ils la fixaient ainsi, c était sans préjudice de l'avenir, où elle pourrait être plus forte lorsque la colonie serait mieux établie (2). Malgré cette ordonnance, le syn- (a) craOe de vm«dic & les colons de Villemarie, touchés sans doute de la '^^Zùt'.t'y.^'''*^ générosité des seigneurs de Montréal & du digne usage qu'ils faisaient de leurs biens pour faciliter rétablissement des familles, réglèrent d'eux-mêmes, l'année suivante 1668, dans une assemblée générale, que pendant trois ans la dimc serait fixée au vingt et unième pour les gerbes de blé, (3; A«i«mbi^ ëc au vingt-sixième pour les autres grains (3). ÎSÏ*"*^*
Ce règlement général, qui réduisit ainsi la dîme à la m. m tracv hapw.^ vingt-sixième partie des grains récollés, fut l'ouvrage commun de MM. de Tracy, de Courcelles & Talon. On peut cependant présumer que, si M. de Tracy eût été pourvu
IN FMiieR.
l66 m* PARTIE. LOUIS XIV.
seul de Tautonté du Roi pour régler les a&ires du pays, la diine aurait été remise au treizième. Du moins M. de Laval, écrivant au Souverain- Pontife & lui disant que les
Canadiens se refusaient a la payer, sous prétexte qu'ils n'avaient point de véritable Évèque ni de curé, ajoiunit : « Cette anncc cependant, la nécessité, ou le Vice-Roi
(i) Archives de la « M- dc Tmcv Ics obligcra à la payer i :. C eft un homme Proi)«ga<iiic. Volume , puissant CD (vuvrcs & en paro'cs; il autorise la vie chré-
Ameitca 3, Canada, . , , . • ,
a56. Lettre au Pape, « tienne par son exemple, en prend hauten-ent la di 'cnse, rfo a5 oa. io(>6. » nous espérons beaucoup de bien de son s. jour en (i) /»j<r. Lettre eu ■ Canada, s il plail au Ciel de nous le conserver (2). » ftpe^du tSoa. looi. ^ y^^^ ^ montrait en effet très-favorable à l'Évcque de Pétrée et au clergé de Québec, & cette grande affeiHion était même assez notoire. La Mère de l'Incarnation, dans une lettre du 16 oâobre de Tannée précédente 1666, après avoir fait un bel éloge de M. de Tracy, ajoutait ces paroles bien significativ e : < H crise & soutient l'Église par sa « piété & par le crédit qu'il a universellement sur tous les « esprits : ce qui nous fait crn'ndrc que le Roi ne le rap- « pelle Tannée prochaine, comn c en eliel on nous a donné « avis que Sa Majellé lui fait cqui, er un vaisseau pour le « faire retourner en Frar.cc, avec l'honneur qu'il a mérité y i) Lettre» de It « dans SCS grandes commissions (■>). « 11 lut en ellci rap-
leiwtA'r^^s^''*"' P«*^«" *^67- • Cette nouvelle Église, écri^-ïHt encore cette I Religieuse , & tout le pays feront une perte qui ne se
• peut dire, car il a fait ici des expéditions qu'on n'aurait
• jamais osé entreprendre ou espérer. Dieu a voulu donner * • cela à la grande piété de son serviteur, qui a gagné tout
• le morde par ses bonnes œuvres & par les grands « exemples de vertu & de relig on qu'il a donnés à tout le
• pays. Nous perdcns beaucoup pour notre particulier : «' il nous fait faire une chapelle qui lui coûtera plus de « deux n.ille cinq cents livres; c'eit le meilleur ami que « nous avons eu depuis que nous sommes en Canada,
(4, Lcuicb lit « Nous souhaiterions, pour ic bicii de lEglise & four tout Mire de 1 inc^nation, , |ç ^^^^^ Majcsté voulût Ic penvoyer (4). » Le
p. 6m. règlement sur ta dune dont on v.ent de parier avait éift
EMVOrS DE NOUVEAUX. MISSIONNAIRES. t&J
fait le 23 dn mois d*ao6t 16^7; cinq jours aprd$> M. de Treçy partit de Québec pour la France, sur le vaisseau l£ Saint-SélM/ikn, quittant ainsi le Canada pour tou-
/ » (t) Journal dc»Jé-
jours il j. ,„,t ^ ,s RoAt 1667.
De ces paroles qu on vient de rapporter plus haut : houvbaox «issioiiimi. M. de IracY soutient I'I-stI^sl', ce qui nous fait craindre qu'on ne le rappelle l'an fi at imin, on ne doit pas conclure sulpict, de par». que M. de CourccHes M. Talon ne prêtassent pas leur concours à rétablissement de la religion en Canada. Si la Mére Marie de L'Incarnation parle de la sorte» c'eft que ces deux derniers, ayant reçu du Roi les inflruâions par* ticuUères dont nous avons parU, & étant d'ailleurs inve(Us édi pouvoirs ^traor^naires qui leur attribuaient une autorité comnne souveraine dans Tordre temporel, agis' saient par eux-mêmes dans ces sortes de matières, sans le concours du cler^'c, comrre ils firent dans la taxe de la dînne; ce qui, dans les commencements, devait les faire soupçonner d'être moins favorables à ri''î»'ise, à cause de . ce nouveau régime auquel on n éiait point encore accoutumé. Nous allons voir, au contraire, combien, en ve Tant aux intérêts des particuliers. Us eurent à coeur, conformément aux intentions du Roi, de procurer le bien de la religion, d'abord en attirant en Canada de nouveaux missionnaires. Louis XIV s'étant proposé de former dans ce* pays une colonie ent'.èrem.ent catholique, Tun des premiers objets de sa sollicitude fut d y augmenter le nombre des ouvriers évangéliqiies. tant ponr accélérer la conversion des sauvages, que pour fournir des moyens de sanctification nécessaires aux premiers colons. On a vu déjà quen 16G0 la Cour avait défendu à M. de Bretonvilliers d'envoyer en Canada aucun de ses Lcclésiafliqucs, qu on se plaisait à représenter alors comme opposés à Tautorité du SatDt-£ié«e & capables de faire un schisme dans ce p^^^^^^lZiA»!!. pays (3). Unecatomnie si invraisemblable & si violentedevait tomber bientôt d*elle même; aussi la Cour, mieux [aVdmai*'"éf« uii informée, qui désirait avant tout d'y procurier rétablisse- i6GÔ"ibir»o! i»/"' '
i68 III* >AimE. LOUIS XIV.
ment solide de la religion, invita elle-même M. de Bretonvilfiers à y faire passer des prêtres formés de sa main.
Elle fît ccue demande avec d'autant plus de raison, que les EcclésiaOîques envoyés du Séminaire n'étaient point à la charge du Roi ni à celle du pays, chacun d'eux s'entretenant de ses propres revenus faisant même des largesses aux habitants pour les aider à s'établir à Villemarie. L'année précédente, M. de Brctonvilliers en avait envoyé quatre, ce qui fut un renfort considérable, alors qu'il n'y avait encore à Québec que huit prêtres séculiers, en comprenant même dans ce nombre TEvéque & ses deux vicaires u) Archives de la généraux (i). Ces quatre Missionnaires étaient M. DolUer TTu [Tn'i^^Z' d« Casson, déjà nommé; M. Gilles Pérot, du diocèse de
de i'<*>0, art. Qutbec. ^
Chartres, & deux autres du diocèse de Rouen, M. Fré-
t O( t îMuuj i cn. mont & M, Jean Cavalier (2), frère du sieur de la Salle,
satMÏuîpS"ài»if£ ^^^^ P^*"'^ dans la suite. L'année d'auparavant, ils
f. iio«6o, avaient été précédés par un autre Missionnaire, M. Michel
Barthélémy, autrefois chantre à la paroisse de Saint-Sul- { S) Uwxicnitt Mé- pice â Paris (3), & qui fut employé plus tard à l'inflrucmoiro de M. d'Aiict, ^-^^^ Algonquins. Ces nouveaux ou\ riers ne poux aient arriver plus à propos; les Trois-Rivières se trouvant destituées de pafteur Tannée suivante, M. Souart, de l'agrément de M. de Laval, y envoya M. Frémont, qui fit paraître beaucoup de dévouement pour le bien spirituel des colons de ce pofte (*).
(*) M. Frémont s'embarqua dans une biscaïenne avec plusieurs personnes qui raccompagnèrent, quoique la saisoa d'automne fût défi bien avancée. Ils pensaient tous être rendus en peu de temps aux
Trois-Rivitrcs, lorsqu'un vent contraire les ayant d'aboni arrêtes, & ensuite le troid étant devenu extrêmement vif, les deux bords du fleuve Saint-Laurent se gelèrent, à l'exception du courant, que la barque suivait. Mais quand elle fut entrée dans le lac Saint-Pierre, le courant, étant alors moins fort, il se gela aussi bien que tout le rette du lac, sans que la glace qui était trop fiûblc pût porter les voyageurs. Us se virent dans la nécessité de demeurer immobiles dans leurs barques, au milieu du Ino, sans vivres & «ans feu, & même si mal vctus pour la saison que M. Frémont crut être oblige de donner sa couver»
tufe à l*un de ses compagnons de voyage^ qui courait risque de mourir