‹ Histoire de la colonie française du SénégalChapitre 10 sur 20 · PACIFICATION DU BAS-SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

PACIFICATION DU BAS-SÉNÉGAL

La tâche qui s'imposait à la France était immense. On a pu juger par le tableau que nous avons tracé de la situation du Sénégal des difficultés sans nombre qu'elle allait rencontrer. Affranchir le commerce et le protéger contre les vexations des indigènes ; maintenir Tordre aux alentours de Saint-Louis et partout où nos négociants étaient appelés par leurs affaires : il y avait là une entreprise considérable qui équivalait à la conquête d'un pays très-étendu. Le gouvernement n'hésita pas à y mettre courageusement la main.

Des pétitions envoyées de Saint-Louis à Paris en 1851 et 1832, lui en faisaient un devoir auquel il ne pouvait pas se soustraire sous peine de laisser la colonie se débattre éternellement au milieu des difficultés qui avaient jusqu'alors arrêté son développement. Les négociants sénégalais réclamaient pour le commerce : la liberté garantie par la suppression des escales , système ruineux autant qu'humiliant pour l'orgueil national, et la sécurité, qui ne pouvait s'obtenir qu'en mettant un terme aux invasions annuelles des Maures dans le Oualo.

Ces vœux furent entendus et des instructions envoyées au gouverneur. Il ne s'agissait de rien moins que d'établir la prépondérance exclusive de la France sur toute retendue du cours du

fleuve, d'y faire la police et de réprimer énergiquement toute tentative qui serait faite pour y troubler la tranquilité. Pour atteindre ce but, il y avait un point qu'il était urgent d'occuper sans relard : c'était le village de Podor, à Textréniité occidentale de l'Ile à Morphil, qui commande du côté du nord le bassin inférieur du Sénégal. Solidement établis à Podor et à Saint-Louis nous devenions les maîtres de 250 kilomètres navigables en toute saison. Le gouverneur , le capitaine de vaisseau Protêt , reçut l'ordre d'aller à Podor et d'y replanter le drapeau de la France qui en avait disparu depuis bien des années.

Au mois de mars 1854, il s'embarqua à Saint-Louis avec 1,500 hommes. A peine le corps expéditionnaire avait-il dépassé le fort de Dagana, qu'une fusillade des plus vives fut dirigée contre lui des deux rives. C'étaient les habitants du Dimar qui, malgré les promesses pacifiques qu'ils avaient faites, tentaient de s'opposer à son passage. Sans se laisser arrêter par cette attaque imprévue, les troupes françaises continuèrent leur route et purent débarquer le lendemain à leur destination. Une nombreuse armée de'Peuls du Toro les attendait pour arrêter leur marche ; elle fut repoussée et le village de Podor enlevé après quelques heures de combat. Immédiatement on se mit à l'œuvre et 40 jours après on avait construit un fort capable de résister à toutes les attaques des peuples environnants. La direction de ce travail avait été confiée à un jeune capitaine du génie, M. Faidherbe, qui inaugurait ainsi la glorieuse carrière qu'il devait fournir dans la colonie.

Dès que les fortifications de Podor furent achevées, le gouverneur se mit en route pour aller châtier le Dimar de sa trahison. Après une marche accablante sous un soleil de feu, il arriva avec 800 hommes épuisés de fatigue et de soif devant Dialmath. Une armée de 5,000 hommes défendait ce village fortifié, qui passait pour imprenable, et qui était considéré comme une sorte de ville sainte. La colonne française s'élança à l'assaut avec un entrain admirable et s'empara de la position. L'effet moral de cette expédition fut immense sur les populations riveraines du fleuve. Elles comprirent que le temps des humiliations était passé pour la

France et que désormais elle entendait imposer à tous le respect et la crainte. Par un simple arrêté les coutumes furent supprimées et personne n'osa protester. C'était une ère nouvelle , l'ère de la justice et du travail qui commençait pour le Sénégal.

Peu après ces événements, le commandant Protêt, dont la santé était éprouvée par le climat, dut rentrer en France. Son successeur fut M. Faidherbe, qui venait d'être promu chef de bataillon. C'était ce jeune officier qui devait avoir la gloire de mener à bien la rude tâche de la régénération du Sénégal. Nul n'était plus capable que lui de l'entreprendre et les qualités militaires, politiques et administrative qu'il déploya, l'infatigable activité et l'énergie persévérante dont il fit preuve, montrèrent que le choix du gouvernement ne pouvait pas être plus heureux.

Mettant à profit les avantages que procurait la fondation du fort de Podor , il se donna d'abord pour mission de maintenir les Maures sur la rive droite du fleuve, devenu pour eux une infranchissable barrière.

A peine était-il nommé gouverneur qu'il apprit que les Trarzas avaient commencé leur razzia annuelle dans leOualo. Il prit aussitôt ses mesures pour leur couper la retraite ; mais la plupart, avertis à temps, prirent la fuite et rentrèrent dans leur pays. Une seule tribu , la plus redoutée des nègres, put être cernée par les troupes françaises qui la taillèrent en pièces.

Le roi des Trarzas, Mohammed-el-Habib, jura de venger cette insulte ; quelques mois plus tard, profitant de ce que le gouverneur était occupé du côté de Richard-Toll, il traversait de nouveau le fleuve à la tête d'une nombreuse armée et marchait sur Saint- Louis, assurant qu'il allait faire ses prières dans la cathédrale. Il arriva sans rencontrer d'obstacles jusqu'à quelques lieues de la ville, au marigot de Leybar, sur lequel est contruit un pont défendu par une tour. Un sergent d'infanterie de marine, nommé Brunier, avait eu le temps de se jeter dans cet ouvrage avec 11 hommes. Pendant plusieurs heures ces courageux soldats tinrent en échec l'armée ennemie qui vint se briser contre ses murailles. Sans autre artillerie qu'un obusier, ils parvinrent à repousser les Maures et les

fleuve, d'y faire la police et de réprimer énergiquement toute tentative qui serait faite pour y troubler la tranquilité. Pour atteindre ce but, il y avait un point qu'il était urgent d'occuper sans retard : c'était le village de Podor, à rcxtrémité occidentale de Tîle à Morphil, qui commande du côté du nord le bassin inférieur du Sénégal. Solidement établis à Podor et à Saint-Louis nous devenions les maîtres de 250 kilomètres navigables en toute saison. Le gouverneur , le capitaine de vaisseau Protêt , reçut Tordre d'aller à Podor et d'y replanter le drapeau de la France qui en avait disparu depuis bien des années.

Au mois de mars 1854, il s'embarqua à Saint-Louis avec 1,500 hommes. A peine le corps expéditionnaire avait-il dépassé le fort de Dagana, qu'une fusillade des plus vives fut dirigée contre lui des deux rives. C'étaient les habitants duDimar qui, malgré les promesses pacifiques qu'ils avaient faites, tentaient de s'opposer à son passage. Sans se laisser arrêter par cette attaque imprévue, les troupes françaises continuèrent leur route et purent débarquer le lendemain à leur destination. Une nombreuse armée de'Peuls du Toro les attendait pour arrêter leur marche; elle fut repoussée et le village de Podor enlevé après quelques heures de combat. Immédiatement on se mit à Tœuvre et 40 jours après on avait construit un fort capable de résister à toutes les attaques des peuples environnants. La direction de ce travail avait été confiée à un jeune capitaine du génie, M. Faidherbe, qui inaugurait ainsi la glorieuse carrière qu'il devait fournir dans la colonie.

Dès que les fortifications de Podor furent achevées, le gouverneur se mit en route pour aller châtier le Dimar de sa trahison. Après une marche accablante sous un soleil de feu, il arriva avec 800 hommes épuisés de fatigue et de soif devant Dialraath. Une armée de 5,000 hommes défendait ce village fortifié, qui passait pour imprenable, et qui était considéré comme une sorte de ville sainte. La colonne française s'élança à l'assaut avec un entrain admirable et s'empara de la position. L'effet moral de cette expédition fut immense sur les populations riveraines du fleuve. Elles comprirent que le temps des humiliations était passé pour la

France et que désormais elle entendait imposer à tous le respect et la crainte. Par un simple arrêté les coutumes furent supprimées et personne n'osa protester. C'était une ère nouvelle, Tère de la justice et du travail qui commençait pour le Sénégal.

Peu après ces événements, le commandant Protêt, dont la santé était éprouvée par le climat, dut rentrer en France. Son successeur fut M. Faidherbe, qui venait d'être promu chef de bataillon. C'était ce jeune officier qui devait avoir la gloire de mener à bien la rude tâche de la régénération du Sénégal. Nul n'était plus capable que lui de l'entreprendre et les qualités militaires, politiques et administrative qu'il déploya, l'infatigable activité et l'énergie persévérante dont il fit preuve, montrèrent que le choix du gouvernement ne pouvait pas être plus heureux.

Mettant à profit les avantages que procurait la fondation du fort de Podor , il se donna d'abord pour mission de maintenir les Maures sur la rive droite du fleuve, devenu pour eux une infranchissable barrière.

A peine était-il nommé gouverneur qu'il apprit que les Trarzas avaient commencé leur razzia annuelle dans le Oualo. Il prit aussitôt ses mesures pour leur couper la retraite ; mais la plupart, avertis à temps, prirent la fuite et rentrèrent dans leur pays. Une seule tribu , la plus redoutée des nègres, put être cernée par les troupes françaises qui la taillèrent en pièces.

Le roi des Trarzas, Mohammed-el-Habib, jura de venger cette insulte ; quelques mois plus tard, profitant de ce que le gouverneur était occupé du côté de Richard-ToU, il traversait de nouveau le fleuve à la tête d'une nombreuse armée et marchait sur Saint- Louis, assurant qu'il allait faire ses prières dans la cathédrale. Il arriva sans rencontrer d'obstacles jusqu'à quelques lieues de la ville, au marigot de Leybar, sur lequel est contruit un pont défendu par une tour. Un sergent d'infanterie de marine, nommé Brunier, avait eu le temps de se jeter dans cet ouvrage avec 11 hommes. Pendant plusieurs heures ces courageux soldats tinrent en échec l'armée ennemie qui vint se briser contre ses murailles. Sans autre artillerie qu'un obusier, ils parvinrent à repousser les Maures et les

obligèrent à fuir en abandonnant leurs morts et leurs blessés (1). Mohammed- el-Habib humilié rentra dans son pays à la nouvelle d'une attaque des troupes françaises et il s'enfonça dans le désert. Mais il laissait dans le Oualo, Ely^ le fils qu'il avait eu de Guimbotte, prétendant à la couronne de ce pays, au mépris des engagements pris envers la France. Comme son parti était nombreux et puissant, M.Faidherbe, avec cette sûreté de jugement qui caractérise les véritables hommes politiques, comprit qu'il fallait lui opposer un parti national, décidé à repousser les Maures en s'appuyant sur les Français. Ses vues se portèrent sur un chef nommé Fara- Penda , exilé politique réfugié dans le Cayor, et il lui proposa de venir se battre pour la délivrance de sa patrie. Fara-Penda accepta avec empressement, arriva dans le Oualo, réunit ses partisans et commença une lutte acharnée contre les Maures et leurs alliés, enlevant leurs troupeaux et brûlant leurs villages. Cette guerre d'escarmouches et de razzias se prolongea pendant plusieurs années et grâce au concours de la France elle se termina par la victoire de nos protégés.

Ce n'était pas assez de donner la chasse aux maraudeurs et aux pillards maures que l'on rencontrait au sud du fleuve. Si Ton voulait en finir avec eux, il était nécessaire de les poursuivre jusque dans leur pays. En 1856, M. Faidherbe réunit des troupes et à la tête d'un millier de soldats ou marins français et d'environ 1,500 volontaires noirs, il partit de Podor , traversa le fleuve et pénétra dans le désert. Mais l'ennemi avait fui ; on trouva son camp abandonné et l'on dut se contenter de visiter les sépultures des rois des Braknas. L'expédition atteignit ainsi les rives du lac Cayar et rentra à Saint-Louis par la rive droite du fleuve (2). Cette simple promenade militaire eut parmi les noirs un retentissement plus considérable qu'une grande victoire. Les Français leur avaient montré ce lac Cayar sur les rives duquel leurs ancêtres

(1) Le 21 avril 1855.

(2) Rapport au ministre. (Revue Coloniale, 2"' série, t. XV.)

avaient habité, libres et heureux jusqu'au jour où les Maures les avaient dépossédés, et qui exerçait sur leur imagination tout l'attrait d'une province regrettée et à jamais perdue.

Enhardis par mi pareil succès, les volontaires voulurent recommencer à eux seuls cette expédition Tannée suivante : cette fois ils rencontrèrent les Maures qui leur infligèrent une défaite complète et se livrèrent sur les blessés aux plus horribles cruautés. Pour ne pas rester sous le coup de cet échec, le gouverneur organisa une nouvelle colonne et franchit le fleuve à Dagana. Parvenu sur la rive droite, il s'enfonça directement dans le désert à la poursuite de l'ennemi qui fuyait devant lui. Le 13 mai 1857, M. Faidherbe apprend que son avant-garde, composée d'un peloton de cavalerie et de volontaires indigènes, est aux prises avec les Maures. Il lève le camp immédiatement et se dirige vers le lieu du combat où il arrive après une heure de marche. Il trouve l'ennemi retranché dans un bois épais sur les bords du lac et entouré déjà par ses troupes. Deux obusiers sont aussitôt mis en batterie et font pleuvoir sur l'ennemi une grêle de projectiles qui portent chez lui le désordre et la terreur. A ce moment la charge sonne et l'infanterie de marine pénètre dans le bois baïonnette au canon. Les Maures furent culbutés sans grande résistance et s'enfuirent de toutes parts poursuivis par les spahis qui achevèrent leur déroute. Pour donner à sa victoire un caractère plus triomphal encore, la colonne française termina son expédition en faisant à petites journées le tour du lac Cayar, qui passait deux ans auparavant pour inaccessible à tout autre qu'aux Maures. Un officier du génie] (1) put en lever la carte.

Mohammed-el-Habib, battu mais non découragé, décida de faire une tentative désespérée sur le Oualo. Il réussit bien à franchir encore une fois le fleuve, mais il échoua honteusement à Nder, devant un blockaus en ruines, défendu par un caporal français et

(1) Le capitaine Fulcrand.

sept soldats noirs, dignes émules des héros de Leybar. Le roi des Trarzas comprît alors qu'il était inutile de lutter plus longtemps contre la France, et Tannée suivante il signa un traité par lequel il renonçait à toute prétention sur les pays de la rive gauche du Sénégal, et interdisait à son peuple de s'y montrer en armes. Ce traité consacre en outre la suppression des escales et la liberté du commerce des gommes. Peu après un autre traité contenant les mêmes stipulations était conclu avec les Braknas ; c'était la délivrance définitive de la rive gauche et des peuples noirs.

Le Oualo délivré, il restait à l'organiser. Craignant, s'ill'abandonnait à lui-môme, qu'il ne retombât dans les rivalités de familles qui avaient ouvert la porte aux envahisseurs maures , M. Faidherbe préféra annexer cette province au territoire français, ce qui eut lieu dès le mois de décembre 1855, et ne souleva aucune protestation de la part des indigènes. Le 1" janvier suivant il promulgua la constitution qui règle son organisation administrative. A la tôte de la province est placé un commandant nommé par le gouverneur, qui a sous ses ordres des chefs de cercles et des chefs de villages indigènes, chargés de maintenir l'ordre et de rendre la justice. Des juges nommés cadis ont été institués pour les affaires litigieuses entre musulmans (1). Ces mesures rétablirent la paix et la prospérité : en deux ans la population du Oualo s'éleva de 17,000 à 34,000 habitants et de nombreux villages détruits par les Maures furent relevés.

Le Dimar, qui prolonge le Oualo à Test, reçut en 1859 une organisation analogue. Cette nouvelle annexion porta jusqu'à Podorla limite du territoire colonial, qui comprit dès lors toute la rive gauche du bassin inférieur du Sénégal.

(1) Azaa. -^ Le Oualo. Revue Maritime et Colonialey 1864, t. IX.

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