LA LUTTE CONTRE EL-HADJ-OMAR
Pendant que se déroulaient aux environs de Saint-Louis les événements que nous venons de rapporter, les pays baignés par le haut fleuve étaient le théûtre d'une révolution qui créait aux intérêts français les plus sérieux embarras en surexcitant partout le fanatisme musulman inséparable de la haine des Européens.
L'âme de cette révolution était un homme étrange, dont le caractère présentait un mélange étonnant d'enthousiasme religieux et d'habileté intéressée, qui avait su gagner Tadmiration et le respect de presque tous les habitants de la Sénégambie : le prophète El- Iladj-Omar.
Omar naquit vers la fin du siècle dernier, (on ne sait pas au juste en quelle année), dans un village du Fouta, aux environs de Podor. De race peule, il avait hérité de ses ancêtres une foi aveugle dans la vérité et la grandeur de l'islamisme. Il attira de bonne heure l'attention de ses concitoyens par sa ferveur religieuse et la fidélité scrupuleuse avec laquelle il suivait les ordonnances du Coran. Aussi ne tarda-t-il pas à avoir une réputation de sainteté qui ne fit que grandir par la suite.
Vers Tàge de 30 ans, Omar, grâce au produit d'une collecte faîte parmi les musulmans de Saint-Louis, partit pour accomplir le pèlerinage de la Mecque, prescrit à tous les vrais croyants. Après un fassez long séjour dans celte ville, centre du monde musulman et oyer toujours brûlant de la religion de Mahomet, il revînt en Sénégambie plus exalté que jamais et rêvant déjà la conquête de ce pays et la conversion des infidèles. El-Hadj-Omar (1), comme on Fappela
(\) El-Hadji (le Pèlerin), est un titre honorifique que prennent les mahométans qui ont fait le pèlerinage de la Mecque. C'est par corruption de ce mot qu'El-Hadj-Omar était connu sur les bords du Sénégal sous le nom d'Alagui,
désormais, se rail à parcourir les rives du haut Niger et celles du haut Sénégal prêchant un réveil de la foi musulmane et de l'esprit de prosélytisme. Sa réputation croissait tous les jours. La crédulité populaire lui attribuait le don des miracles. Lorsqu'il se décida en 1842 à fixer sa résidence dans le Fouta-Djalon, il vit accourir de nombreux disciples qui venaient de tous les points de la Sénégambie pour écouler ses enseignements. Sa fortune augmentait en même temps que son crédit par suite des riches offrandes que, suivant les usages locaux, lui laissaient ses visiteurs. Tout en prêchant l'islamisme le plus strict, le prophète mêlait à ses discours des théories sociales : il annonçait que le temps était proche où les peuples cesseraient d'être opprimés par leurs chefs et où régnerait régalité entre les hommes. De cette manière il parvint à se créer un parti puissant, et dès qu'il annonça que le moment était venu de faire la guerre aux infidèles, les volontaires accoururent en foule se ranger sous sa bannière. Pour comprendre Tenthousiasme que soulevait cet homme extraordinaire, il faut se rappeler la popularité dont jouit longtemps en France le génie de Napoléon ; à la gloire militaire El-Hadj-Omar ajoutait le prestige religieux dont le pouvoir est si grand sur Timagination populaire.
Il inaugura sa carrière de conquérant en 1852 par Tattaque de Timbo, une ville du Fouta-Djallon qui avait conservé son indépendance et sa religion particulière et qui est un point stratégique de premier ordre. Malgré la plus vigoureuse résistance, Timbo fut pris et ceux de ses habitants qui refusèrent d'embrasser l'islamisme furent impitoyablement massacrés. Cette conquête établissait El-Hadj-Omar au cœur même de la Sénégambie, dans un pays qui est comme une citadelle naturelle dominant toute la contrée. Il tourna alors ses vues vers le Bambouk, riche pays situé entre le Sénégal et la Falémé, son principal affluent.
Le peu de cohésion politique que présente cet état, simple agglomération de petites républiques indépendantes, en facilitait la conquête, et le prophète y comptait de nombreux partisans.
Il y conduisit son armée de fanatiques et soit par la persuasion, soit par la ruse, soit par la force, tous ces villages tombèrent l'un
après l'autre en son pouvoir. L'autorité morale qu'il avait su acquérir était si grande que le Fouta Sénégalais, sur un simple ordre venu de lui, reconnut sa suprématie. En 1854 El-Hadj-Omar était le maître de toute la rive gauche du haut Sénégal : il dominait sur le Fouta-Djallon, sur le Bambouk, sur le Fouta, et il entamait le Bondou.
Jusqu'alors il ne s'était pas déclaré l'ennemi de la France. Son but paraissait être la constitution d'un grand état musulman dans lequel les Européens auraient été admis à commercer en payant de fortes coutumes. Il avait plutôt cherché au début à se concilier la faveur de la colonie. En 1847 il avait eu à Bakel une entrevue avec le gouverneur, M. de Grammont, et lui avait offert son amitié. Plus tard il fit une nouvelle tentative auprès de M. Protêt, mais n'eut pas plus de succès que la première fois. Malgré ses protestations, il ne perdait pas une occasion de s'opposer à l'extension de rinfluence française. C'était sur ses instigations secrètes que le Fouta s'opposait à la fondation du fort de Podor ; il encourageait de tout son pouvoir les Maures et leurs partisans du Oualo.
Mais une fois qu'il eut atteint l'apogée de sa puissance, il jeta le masque. A sa voix, le village de Bakel, placé sous le canon du fort de ce nom, se révolta ouvertement contre la France. Le commandant n'hésita pas à faire un exemple et donna Tordre de bombarder. Cette rude leçon ne fut pas perdue. Les insurgés se soumirent et une partie des habitants demandèrent que le territoire fût annexé à la France, ce qui eut lieu bientôt après, en 1854.
Le prophète ne tarda pas à accentuer sa politique anti-française. La haute Sénégambie conquise, il voulut ajouter à son empire les pays compris entre le Sénégal et le Niger et dirigea son armée vers les pays bambaras. En passant à Médîne, village situé au point extrême de la navigation du Sénégal, il osa piller les entrepôts des négociants de Saint-Louis. C'était un premier acte d'hostilité contre la France. Pour que personne ne pût se méprendre sur sa signification, il écrivit à cette occasion aux traitants de Bakel une lettre qui était une véritable déclaration de guerre aux blancs. Il y prenait l'engagement d'exterminer tous les chrétiens.
Il était impossible au gouvernement français de laisser grandir à côté de sa colonie une puissance qui pouvait devenir formidable et compromettre au plus haut point les intérêts du commerce européen. M. Faidherbe n*hésita pas un seul instant ; mais engagé dans les guerres contre les Maures, il ne pouvait, avec les quelques troupes dont il disposait, aller attaquer El-Hadj-Omar au milieu de son armée toi\jour3 victorieuse.il se décida pour le système qui lui réussissait dans le Oualo : encourager les résistances locales, favoriser les chefs qui luttaient contre Tenvahisseur, tel fut le plan qu'il mit immédiatement à exécution ; et pour donner à'ses alliés un point d'appui dans le haut fleuve, il se rendit à Médine au mois de septembre 1855 et y fonda, au pied même des cataractes de Félou^ un fort qui était destiné à devenir la clé du bassin supérieur du Sénégal) comme Podor Tétait du bassin inférieur (1).
(1) Depuis longtemps déjà l'influence française était prépondérante à Médine et dans tout le Khasso dont cet important village est la capitale, grâce au séjour du voyageur Durauton. Simple commis de marine à Saint*Louis, cet homme énergique et aventureux fut désigné par le gouvernement de la Restauration pour faire partie d'une mission d'exploration envoyée dans le haut Sén^^gal à la recherche des mines d'or. Cette mission reçut le meilleur accueil de Demba- Séga, le roi du Khasso, mais la guerre lui ferma l'entrée du Bambouk. Pendant son séjour à Médine, Duranton fut frappé de la situation exceptionnelle de ce point et pressentit oe qu'il deviendrait entre des mains européennes De son côté Demba«-Séga, en lutte avec ses voisins, voulut profiter du séjour des Français dans ses états pour obtenir d'eux les moyens de résister victorieusement ù ses ennemis. Il s'adressa à Duranton et lui demanda de lui construire une forteresse à la manière des blancs. Duranton accepta, et dans l'espoir de tirer le Khasso de la barbarie et de l'initier aux bienfaits de la civilisation, il se fixa ù Médine et épousa la belle Sodiaba^ la fille de Demba-Séga. Ce ne fut (ju'au prix de peines inouïes qu'U put venir à bout de construire le fort qu'il avait promis. Il eut bientôt l'occasion d'éprouver la solidité des murailles qu'il avait élevées dans un siège terrible qu'il soutint avec son beau-père contre les peuplades ennemies* Le eourage dont il fit preuve accrut l'influence dont il jouissait déjà. /Vussi après le rétablissement de la paix, il fit tous ses efforts pour attirer à Médine le commerce français. Il se heurta malheureusement à la jalousie de la compagnie privilégiée de Galam, qui voyait avec méfiance la libre initiative d'un Français ouvrir un marché nouveau. Duranton fut dénoncé à l'administra* tion coloniale comme un ambitieux qui voulait se créer un royaume indépendant, comme un mauvais patriote qui entretenait des relations secrètes avec l'Angleterre^ Ses ennemis parvinrent à le noircir au point qu'il fut arrêté par
Pendant son séjour à Médine le gouverneur rencontra deux hommes qui devinrent les plus fidèles amis de la France et lui rendirent par la suite de signalés services. Sambala était le chef légitime du Khasso.(l), mais son frère lui disputait le trône avec Tappui d'El-Hadj-Omar ; il n'hésita pas à faire alliance avec la France. Boubakar-Saada , ancien almamy du Bondou (2), sur la
ordre du gouverneur du Sénégal et ramené à Saint-Louis comme un malfaiteur. Il n*eut pas de peine à anéantir les calomnies répandues contre lui. Remis en liberté, il se montra fidèle à son pays d'adoption qu'il s'était donné la mission de civiliser et d'unir à la France par les liens de la reconnaissance et de l'amitié, et retourna ù Médine oii il mourut en 1839. Sa mémoire resta vivante parmi les noirs, et les voyageurs qui dans la suite visitèrent le Khasso, Raffenel en 1847, Hey en 1851, furent reçus à bras ouverts par la veuve de Duranton et ses concitoyens. Lorsque le gouverneur se présenta pour rebâtir le fort de Médine, Sambala, son beau-frère, qui régnait alors, fut heureux de voir les Français s'établir définitivement dans ses états. Duranton avait laissé trois enfants qui furent élevés à Saint-Louis. Sa fille Marie fut une des victimes du siège de Médine par £l-Hadj-Omar; elle succomba aux fatigues et aux privations la veille même de la délivrance de la place. Un fils de Duranton était capitaine d'état-major dans l'armée française en 1858. La mort empêcha Duranton d'achever l'œuvre qu'il s'était imposée ; mais il n'en contribua pas moins à faire aimer la France au cœur même de l'Afrique sauvage, sacrifiant à ce noble but le blen-ôtre du pays natal et toutes les aises de la civilisation. Aussi, mérite-t-il que son nom soit conservé et nous aurions cru commettre une injustice si nous l'avions omis dans une histoire du Sénégal français.
(1) c Le pays de Khasso (Gasson des anciennes cartes), s'étend sur les deux rives du Sénégal, depuis le village de Diakhalel-Khassé fS lieues au-dessous de Médine) jusqu'à Diay, au-dessus de Goulna, c'est-à-dire sur une longueur d'une cinquantaine de lieues. C'est le plus beau pays que nous connaissions dans le bassin du Sénégal : on y trouve de beaux sites, une végétation luxuriante, des terrains très-accidentés et des cascades; grâce à la cataracte du Félou, qui n'est qu'un grand barrage naturel, le fleuve y reste plein toute l'année sur une largeur très-considérable. C'est à quelques lieues au dessus du Khasso que le Sénégal se trouve formé par la réunion du Ba-Oulé (rivière rouge) venant de l'est et du Ba-Flng (rivière noire) venant du sud. .. Ily aune quinzaine d'années, le Khasso, conquis autrefois par les Pouls de Bakhouna sur les Malinkés, formait encore un seul état compacte et puissant... Mais, aujourd'hui par suite des guerres que se firent les fils de Demba-Séga, le Khasso est divisé en un grand nombre de petits états qui ne se réunissaient pas même dans les guerres contre les populations voisines, et qui, par suite, se sont trouvés dans l'impossi" bilité complète de résister au prophète £l*Hadj-Omar. » (Le Khasso, Revue Coloniale, 2- série, t. xviii (1857), p. 25.)
(2) c Le Bondou est un état assez peu étendu, mais très-peuplé et très-fertile, situé dans l'angle formé par le Sénégal et la Falémé, à l'ouest de cette rivière. Son existence comme état indépendant date d'une centaine d'années. Ce fut
Il était impossible au gouvernement français de laisser grandir & côté de sa colonie une puissance qui pouvait devenir formidable et compromettre au plus haut point les intérêts du commerce européen. M. Faidherbe n'hésita pas un seul instant ; mais engagé dans les guerres contre les Maures, il ne pouvait, avec les quelques troupes dont il disposait, aller attaquer El-Hadj-Omar au milieu de son armée tovuours victorieuse.il se décida pour le système qui lui réussissait dans le Oualo : encourager les résistances locales, favoriser les chefs qui luttaient contre Fenvahisseur, tel fut le plan qu'il mit immédiatement à exécution ; et pour donner à^es alliés un point d*appui dans le haut fleuve, il se rendit à Médine au mois de septembre 1855 et y fonda, au pied même des cataractes de Félou^ un fort qui était destiné à devenir la clé du bassin supérieur du Sénégal) comme Podor Tétait du bassin inférieur (1).
(1) Depuis longtemps déjà Finfluence française était prépondérante à Médine et dans tout le Khasso dont cet important village est la capitale, grâce au séjour du voyageur Duranton. Simple commis de marine à Saint-Louis, cet homme énergique et aventureux fut désigné par le gouvernement de la Restauration pour fadre partie d'une mission d'exploration envoyée dans le haut Sénégal à la reclierche des mines d'or. Cette mission reçut le meiUeur accueil de Demba- Béga, le roi du Khasso, mais la guerre lai ferma l'entrée du Bambouk. Pendant son séjour & Médine, Duranton fut frappé de la situation exceptionnelle de ce point et pressentit ee qu'il deviendrait entre des mains européennes De son cdté Demba*Séga, en lutte avec ses voisins, voulut profiter du séjour des Français dans ses états pour obtenir d'eux les moyens de résister victorieusement à ses ennemis. Il s'adressa à Duranton et lui detnanda de lui coustruire une forteresse à la manière des blancs. Duranton accepta, et dans l'espoir de tirer le Khasso de la barbarie et de l'initier aux bienfaits de la civilisation, il se lixa A Médine et épousa la belle Sodiaba, la fillo de Demba-Séga. Ce ne fut qu'au prix de peines inouïes qu'il put venir à bout de construire le fort qu'il avait promis. Il eut bientôt l'occasion d'éprouver la solidité des murailles qu'il avait élevées dans un siège terrible qu'il soutint avec son beau-père contre les peuplades ennemies. Le courage dont U fit preuve accrut l'influence dont il jouissait déjà. \ussi après le rétablissement de la paix, U fit tous ses efforts pour attii*er à Médine le commerce français. Il se heurta malheureusement à la jalousie de la compagnie privilégiée de Galam, qui voyait avec méfiance la libre initiative d'un Français ouvrir un marché nouveau. Duranton fut dénoncé à i administra- Uon coloniale comme un ambitieux qui voulait se créer un royaume indépendant, comme un mauvais patriote qui entretenait des relations secrètes avec l'Angleterre* Ses ennemis parvinrent à le noircir au point qu'il fut arrêté par
Pendant son séjour à Médine le gouverneur rencontra deux horames qui devinrent les plus fidèles amis de la France et lui rendirent par la suite de signalés services. Sambala était le chef légitime du Khasso.(l), mais son frère lui disputait le trône avec l'appui d'El-Hadj-Omar ; il n*hésîta pas à faire alliance avec la France. Boubakar-Saada , ancien almamy du Bondou (2), sur la
ordre du gouverneur du Sénégal et ramené à Saint-Louis comme un malfaiteur. Il n'eut pas de peine à anéantir les calomnies répandues contre lui. Remis en liberté, il se montra fidèle à son pays d'adoption qu'il s'était donné la mission de civiliser et d'unir à la France par les liens de la reconnaissance et de l'amitié, et retourna à Médine où il mourut en 1839. Sa mémoire resla vivante parmi les noirs, et les voyageurs qui dans la suite visitèrent le Khasso, Raffèoel en 1847, Hey en 1851, furent reçus à bras ouverts par la veuve de Duranton et ses concitoyens. Lorsque le gouverneur se présenta pour rebâtir le fort de Médine, Sambala, son beau-frére, qui régnait alors, fut henreux de voir les Français s'établir définitivement dans ses états. Duranton avait laissé trois enfants qui furent élevés à Saint-Louis. Sa fille Marie fut une des victimes du siège de Médine par £i-Hadj-Omar; elle succomba aux fatigues et aux privations la veille même de la délivrance de la place. Un fils de Duranton était capitaine d'état^major dans l'armée française en 1858. La mort empêcha Duranton d'achever l'œuvre qu'il s'était imposée ; mais il n'en contribua pas moins à faire aimer la France au cœur même de l'Afrique sauvage, sacrifiant à ce noble but le bien-être du pays natal et toutes les aises de la civilisation. Aussi, mérite-t-il que son nom soit conservé et nous aurions cru commettre une injustice si nous l'avions omis dans une histoire du Sénégal français.
(1) c Le pays de Khasso (Gasson des anciennes cartes), s'étend sur les deux rives du Sénégal, depuis le village de Diakhalel-Khassé (3 lieues au«-dessous de Médine) jusqu'à Diay, au-dessus de Goulna, c'est-à-dire sur une kmguear d'une cinquantaine de lienes. C'est le plus beau pays que nous cotimimûfom dans le bassin du Sénégal : on y trouve de beaux sites, une végéUitlotJ riante, des terrains très-accidentés et des ca.scades; tçrhtté h la Félou, qui n'est qu'un gnind Imrragfj naturel, le lleuvf; y rentu plein toute J'i sur une largeur très-€onsid^;rable. C'est à quelques lieue» au àtmmm àm que le Sénégal se trouve formé par la r/;union du I3a-()ulé (rïvUfr^ nMfft)' de l'est et du Ba-Fing (rivière noire; venant du sud, ,, iïy u d'années, la Khasso, conquis autrefois par les l'oubi d<; liskiiMittli kés, formait eneore un seul état compacte et puissufit... Mil», suite des guerres que se firent les fils de Deuûm'WîHH, Uf Hhumi i grand nombre de petits états qui nt: tm nuiulmmlmi piêit contre les populations voisines, et qui, piirsiiltif, m mmi bilité complète de ri^sister au propli/rU5 Kl'Hiid)-l>i;Mir, » U«^j loniale, 2- sérier, t. xviii (18^7;, p. Ub.)
(3) c Le BoodOTi est un état timn/, imu f'Uui4u, rituè dans l'angle formé jjar le H/în/<(sl st Is ^iMlÊÊdi, # tèÊm mmm^ r,f«ee^ Son exisleoee comtae état lrid/<pf;rjdiirft iiuUf ^'ym 4m^tÊm tfMMM 'jt ii-
rive gauche de la Falémé , avait été dépouillé de ses états par le prophète, et fugitif et sans ressources, il avait été réduit à chercher un refuge à Médine. M. Faidherbe lui fit immédiatement des ouvertures qui furent acceptées sans hésitation. Enfin un troisième allié de la France fut Bougoul, le chef de Farabana,une des républiques du Bambouk, peuplée d'anciens esclaves révoltés, et qui ne demandait qu'une occasion de rompre avec El-Hadj-Omar. Cette politique habile réussit à merveille : en deux ans Boubakar avait reconquis son royaume et partout ailleurs les résistances s'éveillaient.
Cependant le prophète, après le pillage de Médine, avait franchi le Sénégal, tournant, par une manœuvre intelligente, les Bambaras qui étaient décidés à s'opposer à son passage. En entrant dans le Kaarta, il allait trouver devant lui des adversaires plus redoutables que ceux qu'il avait rencontrés jusqu'alors. Les Bambaras, qui Thabitent avec lesDiavaras (1), avaient toujours repoussé l'islamisme. Malheureusement une guerre civile régnait à ce moment entre ces deux peuples. Omar se ligua avec les Diavaras, et après une lutte acharnée de plusieurs mois, les Bambaras demandèrent la paix et se firent musulmans, espérant que le prophète satisfait ' d'avoir obtenu leur conversion, abandonnerait leur pays et irait exercer plus loin son prosélytisme. Leur attente fut déçue, car ils reçurent Tordre de livrer immédiatement leurs trésors et l'armée envahissante se fortifia dans les villes qu'elle occupait. Uue telle conduite ne fit qu'exciter les Bambaras à la révolte. Ils se soulevé-'
Malik-si qui le premier y exerça rautorité sous le nom d'almamy ; c'est le chef de la famille des SissU)és dans laquelle réside encore le pouvoir aujourd'hui. Il entra dans le principe beaucoup d'éléments hétérogènes dans la formation de la population du Bondou. Des Pouls, des émigrés du Fouta à l'époque do la domination Délianké, des Djavaras chassés du Kaarta, d'autres Sarracolets, des Kassonkés vinrent successivement se ranger sous l'autorité du nouveau chef et augmenter l'Importance de ses états ; mais, comme dans le Fouta, la race poule domine, les habitants parlent la langue poule et pratiquent la religion musulmane. » (Le Bondou parFlize. Revue Coloniale^ 2** série, t. xvii, p. 175.)
(1) Les Diavaras paraissent être de race Soninkèse< (Madival. — Le Sénégal, p. 83.)
rent de toutes parts, tendirent des embuscades à leurs ennemis et les massacrèrent en détails. Cette fois ils se réconcilièrent avec les Diavaras,qui n'avaient pas été mieux traités qu'eux par leurs alliés, et tous ensemble ils commencèrent contre l'envahisseur une guerre d'extermination. Us appelèrent même à leur secours les Peuls du Macina, sur les rives du Niger, qui voyaient leur indépendance menacée par Farrivée du prophète dont ils ne reconnaissaient pas la prétendue mission providentielle. El-Hadj-Omar marcha contre l'armée des Peuls et l'atteignit au coucher du soleil au moment où tous les soldats, tournés vers l'orient, faisaient la prière du soir. Sans témoigner aucun respect pour cet acte religieux, il ordonna à ses troupes d'ouvrir le feu sur-le-champ. Malgré les balles qui pleuvaient sur eux et qui faisaient de larges vides dans leurs rangs, les Peuls ne s'interrompirent pas, mais sitôt la prière achevée, ils sautèrent sur leurs armes et se ruèrent sur leurs agresseurs avec une rage qui leur fit faire des prodiges (1). L'armée d'El-Hadj-Omar fut mise en fuite : c'était son premier échec militaire. Il comprit que le Kaarta lui échappait et il préféra l'abandonner momentanément. Mais il voulut une grande victoire qui par son éclat pût relever son prestige ébranlé et il résolut de la remporter sur la France. Il entraîna ses partisans à l'attaque de Médine, et parut sous ses murs à la tête de 15^000 fanatiques qui ne demandaient qu'à se faire tuer pour sa cause.
Le gouverneur avait confié le commandement du fort à un homme énergique qui, par son héroïsme, sauva la colonie d'un désastre peut-être irréparable. Paul Holle était un vrai Sénégalais ; fils d'un Français et d'une négresse, il joignait à l'instruction européenne cette connaissance intime du caractère des noirs que possèdent seuls les hommes de leur race. A l'approche de Tennemi, il mit tout en œuvre pour assurer la défense de la place et pour entretenir le moral de ses soldats. La garnison ne comptait que soixantequatre hommes dont huit blancs seulement; mais le roi du pays
(l) Garrère. Le siège de Médine. (Revue Coloniale, 2" série, t. XIX.)
Sambala , qui ât preuve d*un invincible attachement à la cause de la France, s'était construit un camp retranché à côté du fort, et avec ceux de ses sujets qui lui étaient restés ûdôles et des fugitifs accourus de tous les pays voisins, il concourut courageusement à la défense. Désireux de pouvoir compter absolument sur ces volontaires, Holle leur offrit de se retirer pendant qu'il en était temps encore, menaçant ceux qui faibliraient pendant le siège, de les faire passer par les armes ; tous les nègres demandèrent à rester.
Le 20 avril 1857, £l-Hadj-Omar ordonna à ses soldats de monter à l'assaut ; il leur avait prédit que les canons des blancs ne partiraient pas. Dans le plus grand ordre, l'armée s'approcha silencieusement du fort. A leur froide résolution on voyait que ces nommes avaient fait le sacrifice de leur vie. Malgré la mitraille qui les décimait, ils resserraient leurs rangs ébranlés et marchaient en avant. Un moment ils touchèrent les remparts ; un chef y planta son drapeau. Mais une dernière décharge les fit reculer en désordre. Le prophète exaspéré ordonna deux nouvelles attaques qui n'eurent pas plus de succès. Il se contenta alors de bloquer étroitement la place dans l'espoir que la famine la lui livrerait. En effet, les vivres étaient rares et la garnison dut se contenter tant que dura le siège de quelques poignées de mil et d^arachides pour toute nourriture. Ces épreuves n'ébranlaient pas son courage ; Paul Holle était résolu à résister jusqu'à la dernière extrémité et il sut communiquer à ses hommes l'ardeur qui l'animait. Mais il comprenait bien que si aucun secours ne lui venait du dehors la famine l'obligerait fatalement à se rendre. II expédia alors des courriers qui parvinrent à franchir les lignes ennemies et portèrent à Bakel la nouvelle de la situation désespérée de Médine. L'uu d'eux rencontra en route le petit aviso GueUITDar qui s'était échoué l'année précédente et que son commandant, l'enseigne de vaisseau Des Essarts, n'avait pas voulu abandonner. Il était resté pendant plusieurs mois en lutte avec les populations riveraines soulevées contre la France et, au prix de fatigues et de dangers inouïs, était parvenu à renflouer son navire. N'écoutant que son
courage, il tenta de remonter le fleuve vers la forteresse assiégée, mais à trois lieues deMédineil eut la douleur d'échouer de nouveau contre une roche. De la rive, l'armée du prophète faisait pleuvoir sur le Guet^N'Dar une grêle ininterrompue de balles, auitquelles l'équipage ripostait de son mieux à l'abri des bastingages. Les noirs tentèrent môme un abordage qui fut repoussé. Paul HoUe enfermé dans Médine entendait cette continuelle
fusillade et il espérait du secours. Mais quand il vit que les jours se passaient sans amener aucun changement, il comprit que son héroïque résistance touchait à son terme. Le 18 juillet, il y avait trois mois moins deux jours que le siège était commencé ; les munitions étaient épuisées et il ne restait plus que pour quelques jours de vivres. Le commandant fit rassembler le peu de poudre qu'il put encore trouver dans ses magasins et prit ses dispositions pour faire sauter le fort qu'il avait juré de ne pas rendre. Tout-à-coup son attention fut éveillée par une vive fusillade qui éclatait à peu de distance sur les rives du fleuve. A l'aide d'une lunette il put distinguer des uniformes européen ; c'était l'armée libératrice qui arrivait enfln. Aussitôt il réunit ses hommes, et à la baïonnette les assiégés se ruèrent sur l'ennemi. Vigoureusement attaquée de deux côtés à la fois, l'armée d'El- Hadj-Omar, malgré une courageuse résistance, fut obligée de battre en retraite.
Le gouverneur Faidherbe, qui avait appris à Saint-Louis l'investissement de Médine, se hâta de remonter le fleuve dès que le commencement de la crue le lui permit. A Bakel il connut la position critique de ce poste avancé de la civilisation française. Il n'avait avec lui qu'une centaine de soldats réguliers ; il y joignit tous les laptots (1) qu'il put réunir et tous les volontaires qui s'offrirent, et embarqua sans perdre de temps cette petite
ih.ti
(1) c Oq désigna sous la nom de laptoUi les noirs engagés oomme tnateKrts au service de la station locale du Sénégal. Leur engagement n'est qne d'nne année. Us penvent atteindre le grade de quartier-maître indigène, généralement appelé gourmet et quand ils acquièrent une assez grande habitude dn pilotage dans le
armée improvisée sur deux avisos qui remontèrent le fleuve à toute vapeur. Le gouverneur arriva à temps pour sauver l'équipage du Guet'N'Dar, mais non le courageux enseigne Des Essarts qui mourut des fièvres le lendemain. Il se heurta enfin aux avant-postes de Tarmée musulmane. A cet endroit, le Sénégal, dont le lit se resserre considérablement, passe entre deux rochers élevés qui portent le nom de Kippes. El-Hadj-Omar avait fait occuper ces deux points par ses troupes, qui de là auraient foudroyé de leur feu tous les navires qui auraient tenté le passage. M. Faidherbe comprit qu'il fallait tourner l'obstacle : il fit débarquer son armée sur la rive droite et donna l'ordre d'attaquer la Kippe. Les troupes du prophète, qui ne s'attendaient pas à cette habile manœuvre, furent prises à revers et culbutées après un court engagement. Quelques pièces d'artillerie furent immédiatement hissées au sommet du rocher d'où elles balayèrent l'autre rive. En même temps les avisos s'engageaient dans la passe. Le gouverneur, profitant de la fuite de l'ennemi, se dirigea rapidement du côté de Médine où il entra le premier à la tête de son état-major. Il arrivait à temps pour épargner à la France un désastre que le dévouement héroïque de Paul Holle et de ses compagnons n'aurait rendu que plus retentissant, a S'il nous était
fleuve, ils peuvent obtenir le grade de 2"* maître-pilote de 2* et de 1" classe, appelés plus communément capitaines de rivière de 2* et de 1'* classe. Les laptots, bien qu'appartenant à différentes races, ont entre eux un esprit de corps qu'il est bon de signaler. Sous Tcmpire de la discipline, du bon exemple, tous^ capitaines de rivière, gourmets ou simples laptots, qu'ils soient chrétiens ou musulmans. Français, Wolofs , Pouls, Soninkés. Khassonkés ou Bambaras, Sérères ou Mandingues, se font remai-quer : par leur dévouement dans les expéditions, où ils rendent des services qui ont été bien souvent signalés ; par leur ardeur dans les gros travaux de chaque hivernage, et enûn dans mille circonstances où on obtient d'eux autant et quelquefois plus qu'on n'oserait' espérer de matelots blancs. A côté de cela, ils sont susceptibles, indisciplinés, surUtut envers la maistrance, malpropres et enclins aux coalitions contre l'autorité, quand elle ne sait pas se faire aimer: bref ils sont de précieux auxiliaires ou de mauvais hommes, suivant qu'on sait les mener ou non. » (Mage. — Vojjafjc dans le Soudan occidental, p. 21.)
permis, dit M. Carrère (1), d'exprimer toute notre pensée, nous dirions que dans ce siège mémorable on est en droit de se demander ce qu'il faut admirer le plus de Ténergie des assiégés ou de rhéroïsme de leur libérateur. »
Le prophète s'éloigna désespéré. Cette défaite changeait tous ses plans , bouleversait tout son avenir. Il avait rêvé de réunir dans ses mains la Sénégambie tout entière, définitivement acquise par lui à Tislamisme ; le génie de la France le forçait à abandonner ce pays, à se tourner vers ce Kaarta où il avait déjà subi un échec humiliant. Son influence était presque ruinée. Au contraire, le prestige de la civilisation française sortait plus brillant que jamais de cette épreuve. La délivrance de Médine consacrait le triomphe définitif de la France et nous donnait tout le haut Sénégal.
Cependant il fallut encore deux ans de luttes acharnées pour purger des nombreuses bandes d'El-Hadj-Omar le Kasso, le Bambouk et le Bondou et pour soumettre le Fouta également soulevé. Les deux faits d'armes les plus intéressants de ces guerres furent la prise des forteresses musulmanes de Somsom (Bondou) et de Kana-Makounou près de la frontière du Kaarta. Au bout de ces deux années, Sambala et Boubakar-Saada étaient reconnus sans aucune contestation rois du Kasso et du Bondou. En récompense des services qu'elle leur avait rendus, la France obtint par plusieurs traités la cession du district aurifère de Kéniéba dans le Bambouk, du territoire de Sénoudébou sur les bords de la Faléné, et de tout le pays compris entre cette rivière et Bakel sur la rive gauche du Sénégal. Pour assurer les communications entre le bas et le haut du fleuve , un fort fut élevé à Matam dans le Fouta, malgré l'hostilité des habitants et ce nouveau succès des armes françaises amena les turbulentes populations de cet état à demander la paix.
(1) Le siège de Médine (Revue Coloniale, 2"* série, t. XIX.)
La création du poste de Saldé en 1859, compléta l'occupation de nie à Morphil commencée par le relèvement de Podor> et acheva de briser la résistance des Toucouleurs.
Vaincu de toutes parts, El-Hadj-Omar était rentré dans le Kaarta où il avait encore des partisans, et avec toutes ses forces réunies, il avait recommencé la conquête de ce pays avec plus de succès que la première fois. Mais il avait conservé une place forte à Guémou, sur la rive droite du Sénégal, en face de Bakel, et de là il interceptait les caravanes qui se rendaient à ce comptoir.
Le 25 octobre 1859 une colonne française, commandée par le chef de bataillon Faron,attaqua Guémou. Cette forteresse avait été construite avec une intelligence de l'art militaire étonnante chez des noirs. Commandée par le neveu du prophète, Siré-Adama , qui se fit tuer sur la brèche, elle résista jusqu'à la dernière extrémité et ne put être prise sans des pertes sérieuses du côté des Français. La chute de Guémou porta le dernier coup à la puissance d'El-Hadj-Omar en Sénégambie . Renonçant définitivement à cette contrée, il s'occupa dès lors uniquement de la conquête des régions du haut Niger où il réussit à se constituer un empire. Peu de temps après, en août 1860, il signa avec la France un traité de paix par lequel il lui reconnaissait le droit de s'étendre dans toute la vallée du Sénégal.
C'était le triomphe de la politique de M. Faidherbe. La colonie s'étendait désormais de Saint-Louis à Médine sur une longueur de plus de mille kilomètres. Toute la rive gauche, contenue par les postes intermédiaires de Dagana, Podor, Saldé, Matam et Bakel était placée sous sa suzeraineté et formait un immense marché ouvert à son activité commerciale.