‹ Histoire de la colonie française du SénégalChapitre 13 sur 20 · DU BAS DE LA COTE · texte numérisé non relu

DU BAS DE LA COTE

Nous avons vu, dans les chapitres précédents, l'influence française partant des deux villes de Saint-Louis et de Gorée, seuls points qui nous restassent après les guerres de l'empire sur le continent africain, gagner du terrain de proche en proche, s'étendre sur tout le cours du Sénégal et dominer les pays sérères voisins du cap Vert, au point de devenir prépondérante entre les limites méridionales du Sahara et la Gambie, entre l'Atlantique et le Soudan que nos entreprises n'osaient pas encore aborder. Nous

(1) L'expédition du Rip. (Revue Maritime et Coloniale, t. XVI, p. 850.)

avons à examiner maintenant les tentatives faites par la France pour s'établir dans la partie n^éridionale de la Sénégambie.

De bonne heure la Gambie avait été le rendez-vous de nombreux navires anglais et français. Là, plus qu'ailleurs peut-étre,la lutte entre les deux nations avait été ardente ; elle devait se terminer par le triomphe politique de l'Angleterre. Le traité de 1814 avait laissé à la France le comptoir d'Albréda, mais à la condition que les commerçants anglais pourraient faire avec les Maures du désert la traite de la gomme à l'escale de Portendick, au nord de l'embouchure du Sénégal. Cette situation ne fut modifiée qu'en 1857, sous la pression énergique des négociants de Saint-Louis qui ne cessaient de se plaindre de la concurrence anglaise. Pour leur donner satisfaction des négociations furent engagées avec le cabinet de Londres : elles aboutirent à la suppression de l'escale anglaise; mais la France dut en échange abandonner Albréda. C^était renoncer à exercer une action politique sur la Gambie. Lorsqu'on examine aujourd'hui cette malheureuse convention, on ne peut s'empêcher d^en déplorer les conséquences. La gomme, qui était alors la principale production du Sénégal,ne tient plus qu'un rang secondaire parmi les exportations de la colonie. Ce fut une erreur funeste de sacrifier la Gambie à un intérêt commercial essentiellement passager. La perte d' Albréda a été d'autant plus sensible que ce point, où arrivent toutes les caravanes de l'intérieur, est beaucoup plus sain et beaucoup mieux situé que la capitale anglaise de Bathurst. Placé sur la rive droite du fleuve^ il eût été facile de le relier par une route à Kaolack et de le mettre ainsi en communication directe avec Gorée. Portendick,au contraire,n'avait qu'une existence purement factice. Ce n'était qu'une immense plage de sable, sans aucun établissement permanent, que venait animer un instant, une fois chaque année, la foule des vendeurs et des acheteurs qui se rencontraient à cette foire africaine. Maintenant que les raisons politiques qui lui avaient donné naissance ont disparu, rien ne trouble plus dans ces parages l'éternelle et immuable solitude du désert. L'abandon d' Albréda n'a pourtant pas été funeste au commerce français en Gambie. Il s'est développé

Tétat des choses. Ses menaces continuelles, ses démarches incessantes pour obtenir la restitution des épaves enlevées finirent par établir une sécurité plus grande. Lorsque la persuasion ne suJBSsait pas pour amener les Féloupes à donner satisfaction, la force était là pour les y contraindre. C'est ce qui arriva en 1851. Une de leurs tribus^ les Aïamats, qui avait donné des sujets de plainte, fut attaquée au village de Cagnout par un officier de marine, M. Penaud. Elle se défendit avec le plus grand courage et repoussa deux fois l'effort répété des troupes françaises. Il fallut employer Tartillerie pour en venir à bout. Cette victoire, quoique remportée à grand peine, eut d'heureuses conséquences dans la basse Casamance. La piraterie devint de plus en plus rare, et les noirs comprirent même qu'ils feraient mieux de cultiver paisiblement leurs terres que de se livrer aux luttes continuelles qui les divisaient tribu contre tribu. Les délégués de deux villages jusque là en guerre se rendirent à Carabane où ils se réconcilièrent, grâce aux soins du résident français. Us se jurërent ime inaltérable amitié et sanctionnèrent cette alliance par une cérémonie étrange qui avait à leurs yeux im caractère sacré (1).

Trois expéditions furent encore nécessaires pour amener la soumission complète de la basse Casamance. M. Protêt, en 1859, alla faire rentrer dans l'obéissance les Banjiars des villages de Ka* mabel et d'Enampor, qui habitent les rives de la Cajinolle, affluent de gauche de la Casamance. Il était important d'ouvrir au commerce ce cours d'eau qui communique par le marigot d'Apertado avec le Caton, affluent du rio Cachéo. Le commandant Pinet- Laprade compléta cette œuvre de pacification, en allant, en 1860, montrer notre drapeau chez les Karones des villages de Hilor et de Courba entre la Casamance et la Gambie, et en s'emparant en 1864 de Guimbéring, dont les habitants avaient pillé des navires naufragés. Depuis lors la sécurité n'a plu^ été troublée aux envi*

(1) Bertrand-Bocandô. -Carabane etSedhioti. (Revue Colonialet %• séries 1856, t. XVI, p. 398.)

rons de Carabane et la piraterie a disparu insensiblement des mœurs locales.

Les Balantes, qui étaient depuis de longues années la terreur des indigènes, donnèrent moins de peine à soumettre. L^enseigne de vaisseau Parcbappe débarqua en novembre 1860 de son aviso le Griffon une poignée de marins devant leur principal village, Gouniara. Il s*en empara après une lutte acharnée dans laquelle il perdit 24 hommes, tués ou blessés, et il reçut lui-même une légère blessure.

Il ne restait plus qu'à pacifier le Souna, fertile province, peuplée par des Mandingues musulmans, qui s*étend en face de Sedhiou, sur Tautre rive du fleuve. Les griefs de la France étaient nombreux : pillages de traitants, vols à main armée accomplis jusque dans le village de Sedhiou avec la complicité des chefs du Souna ; tous ces faits demandaient une énergique répression. Mais Tinjure la plus grave avait été faite au commandant même du poste, le lieutenant d*infanterie de marine Fallu. Ce brave officier, débarqué sans défiance sur la rive gauche, s'était vu saisir par une bande de noirs, qui l'avaient traîné aux pieds de leur chef, et il était parvenu à s'échapper de leurs mains non sans avoir subi toutes sortes de mauvais traitements et couru de sérieux dangers.

Le commandant Pinet-Laprade, chargé d'aller mettre un terme à ces actes coupables, quitta Gorée le 5 février 1861 avec une flotille de six navires. Le 10, 700 hommes débarquaient en face de Sedhiou sur la rive opposée, et marchaient sur Sandiniéri qu'ils enlevèrent à la baïonnette. Le lendemain les villages de Diagabar et de Dioubougou et le surlendemain celui de Bombadiou furent réduits en cendres. La rapidité foudroyante de ces opérations frappa la population de terreur. Les principaux chefs vinrent se jeter aux pieds du commandant français, suppliant qu'on leur accordât la paix n^mporte à quelle condition. Le Souna dut reconnaître la souveraineté de la France, payer une indemnité de guerre et livrer des otages. Celte courte campagne qui en trois jours avait ajouté une province à la colonie, n'avait coûté que 4 morts et 15 blessés. La perte la plus sensible fut celle de

rétat des choses. Ses menaces continuelles, ses démarches incessantes pour obtenir la restitution des épaves enlevées finirent par établir une sécurité plus grande. Lorsque la persuasion ne suJBSsait pas pour amener les Féloupes à donner satisfaction, la force était là pour les y contraindre. C'est ce qui arriva en 1851. Une de leurs tribus^ les Âïamats, qui avait donné des sujets de plainte, fut attaquée au village de Cagnout par un officier de marine, M. Penaud. Elle se défendit avec le plus grand courage et repoussa deux fois l'effort répété des troupes françaises. Il fallut employer l'artillerie pour en venir à bout. Cette victoire, quoique remportée à grand peine, eut d'heureuses conséquences dans la basse Casamance. La piraterie devint de plus en plus rare, et les noirs comprirent même qu'ils feraient mieux de cultiver paisiblement leurs terres que de se livrer aux luttes continuelles qui les divisaient tribu contre tribu. Les délégués de deux villages jusque là en guerre se rendirent à Carabane où ils se réconcilièrent, grâce aux soins du résident français. Us se jurèrent ime inaltérable amitié et sanctionnèrent cette alliance par une cérémonie étrange qui avait à leurs yeux un caractère sacré (1).

Trois expéditions furent encore nécessaires pour amener la soumission complète de la basse Casamance. M. Protêt, en 1859, alla faire rentrer dans l'obéissance les Banjiars des villages de Ka* mabel et d'Enampor, qui habitent les rives de la CajinoUe, affluent de gauche de la Casamance. Il était important d'ouvrir au commerce ce cours d'eau qui communique par le marigot d'Apertado avec le Caton, affluent du rio Cachée. Le commandant Pinet- Laprade compléta cette œuvre de pacification, en allant, en 1860, montrer notre drapeau chez les Karones des villages de Hilor et de Courba entre la Casamance et la Gambie, et en s'emparant en 1864 de Guimbéring, dont les habitants avaient pillé des navires naufragés. Depuis lors la sécurité n'a plu^ été troublée aux envi-^

(1) Bertrand-Bocandô.— Oarabane etSedhioti. (Revue CoUmiale, 2* sMOi 1856» t. XVI, p. 398.)

roDS de Carabane ei U pinterie a dispara msgnsihlement des iDîE-urs kicaies.

Les Balantes, qai étaient depuis de longues années la terreur des îndigèBes, donnèT^nt moins de peine à soumettre. Uensei^ne de vaisseau Parcfaappe débarqua en novembre i960 de son aviso le Griffon une poi^^ée de marins devant leur principal village, Cooniara. D s*en empara après une lutte acharnée dans laquelle y perdit 24 hommes, tués ou blessés, et il reçut lui-même une l^ère blessure.

D ne restait plus qu'à pacifier le Souna, fertile province, peufriée par des Mandingues musulmans, qui s*étend en face de Sedhiou, sur Tantre live du fleuve. Les griefe de la France étaient nombreux : pillages de traitants, vols k main armée accomplis jusque dans le village de Sedhiou avec la complicité des chefs du Sonna ; tous ces faits demandaient une énergique répression. Mais Finjure la plus grave avait été faite au a^mmandanl même du poste, le lieuteoant d'infanterie de marine Fallu. Ce brave officier, débarqué sans défiance sur la rive gauche, s^était vu saisir par une bande de noirs « qui Tavaient traîné aux pieds de leur chef, et il était parvenu à s'échapper de leurs mains non sans avoir subi tontes sortes de mauvais traitements et couru de sérieux dangers.

Le commandant Pinet-Laprade, chargé d'aller mettre un terme à ces actes coupables, quitta Gorée le 5 février 1861 avec une flotille de six navires. Le 10, 700 honunes débarquaient en face de Sedhiou sur la rive opposée, et marchaient sur Sandiniéri qulls enlevèrent à la baïonnette. Le lendemain les villages de Diagabar et de Dioubougou et le surlendemain celui de Bombadiou furent réduits en cendres. La rapidité foudropnte de ces opérations frappa la population de terreur. Les principaux chefs vinrent se jeter aux pieds du commandant français, suppliant qu'on leur accordât la paix n'importe à quelle condition. Le Souna dut reconnaître la souveraineté de la France, payer une indemnité de guerre et li\Ter des otages. Celte courte campagne qui en trois jours avait ajouté une province à la colonie, n^avait coûté que 4 morts et 15 blesséa La perte la plus sensible fut celle de

l'enseigne de vaisseau Parchappe, qui succomba à un accès de fièvre (l).

De son embouchure à l'endroit où cesse la navigation, la Casamance était pacifiée. Le commerce français, n'étant plus gêné par de continuelles entraves, a pris dès lors un développement considérable. Tandis que Zighinchor, accablé par la concurrence, dépérissait chaque jour, Carabane et Sedhiou se développaient au contraire, ce dernier au point de devenir une véritable petite ville (2). La piraterie n'est plus qu'un souvenir du passé et Ton peut naviguer sur le fleuve en toute sécurité. Le Boudhié et le Souna, depuis leur annexion, ont vu accourir de nombreuses bandes de Sarracolets venant de Tintérieur du continent chercher, sous la protection des canons français, la possibilité de cultiver en paix les champs qu'on leur accorde. C'est ainsi que même au milieu de ces populations dégradées la civilisation a progressé grâce à Toccupation française.

Il ne restait plus en Sénégambie que l'extrémité méridionale, ce qu'on appelle à Gorée le bas de la côte, qu'aucune puissance européenne n'eût encore revendiquée. Cependant les rives du Rio- Nunez, du Rio-Pungo, de la Mellacorée, qui avaient été jadis le refuge des négriers et leur plus sûr marché d'approvisionnement, étaient devenus le théâtre d'une activité commerciale considérable. Cette vaste contrée, comme les bords du Sénégal, avait été transformée par la culture de l'arachide. Chaque année de nombreux navires venaient y charger ces précieuses graines oléagineuses qui ont fait la fortune de plus d'un négociant. Des factoreries s'étaient élevées en grand nombre le long de ces rivières dont elles avaient pris possession au nom du commerce et de la civilisation de l'Europe longtemps avant qu'aucune nation songeât à y établir sa domination politiquCi Cependant des contestations s'élevaient souvent entre les sauvages habitants de ces contrées et les négo-

(1) Revue Maritime et ColonicdCy t.1, 1861, p. 383.

(2) Vallon. —La Casamance (Revue Maritime et Coloniale^ i86% t. VI.

ciants qui regettaient alors qu'un gouvernement civilisé ne fût pas là pour empêcher les exactions, rendre la justice et maintenir Tordre. En 1866 les Landoumans du Rio-Nunez s'étant rendus coupables de graves désordres, le colonel Pinet-Laprade, gouverneur du Sénégal, arriva avec des troupes et proclama le protectorat de la France. Un poste fortifié fut construit à Boké (1) et une garnison permanente y fut laissée pour réprimer toute tentative de soulèvement. Le Rio Pungo et la Mellacorée eurent le même sort, et les postes de Bofa et de Benty furent chargés de maintenir l'influence française dans ces régions reculées. C'était une étendue de 400 kilomètres de côte qui s'ajoutait au domaine de la France, et cette côte était la façade sur l'océan du splendide Fouta-Djallon.

ADMINISTRATION DE LA COLONIE ' SOUS LE GÉNÉRiL FAIDIIERBE ET LE COLONEL LiPRADE.

Lorsque M. Faidherbe fut placé à la tête du gouvernement du Sénégal, il avait dans l'esprit tout un plan de réformes politiques et administratives , mais les moyens d'action lui faisaient presque entièrement défaut. Sur l'îlot sablonneux de Saint-Louis qui lui servait de capitale, tout absolument était à créer. L'armée et Tadministration, ces deux organes indispensables d'un gouvernement régulier n'existaient qu'à Tétat le plus rudimentaire. Avec des ressources des plus minimes , le général Faidherbe trouva moyen de jeter les bases d'un ordre de choses durable et d'accomplir les actes mémorables qui ont été racontés plus haut. Aussi

(1) On a élevé à Boké une colonne en bronze en souvenir de TUlustre René Caillé, qui partit du Rio-Nunez pour son grand voyage à travers TAfrique, Xt 19 avril 1827.

est-ce peut-être comme organisateur encore plus que oomme militaire que son rôle au Sénégal est digne de Tadmiration de la postérité.

Son premier soin, on l'a vu, fut de rétablir Tordre sans cesse troublé par les incursions des Maures et de donner un territoire à la colonie qui n'en possédait pas. Pour cela il avait besoin de troupes, et Une disposait que de quelques compagnies dlnfanterie de marine et de quelques détachements d'artillerie , auxquels se joignaient les équipages des avisos de la station navale. Ces forces réunies dépassèrent rarement un millier d'homme, Teffectif d'un bataillon. On aurait peine & croire, si les documents officiels ne 1 attestaient pas, qu'avec cette poignée de soldats, il ait pu venir à bout d'entreprises militaires aussi considérables. Mais il trouva un puissant secours dans l'élément indigène. De bonne heure il comprit tout le parti qu'il pourrait tirer de ces nègres qui en général aiment la guerre avec passion et qui font d'excellents soldats, lorsque leur ardeur est soutenue par des troupes disciplinées et aguerries. Aussi dans toutes ses expéditions, le gouverneur fit-il appel aux volontaires de Saint-Louis et de Gorée et des environs de ces deux villes. Tel était pour eux lattrait du butin qui leur servait de solde, qu'ils répondaient toujours avec empressement Ix l'appel de la France, à qui ils ont rendu des services réels. L'intrépidité de ces soldats d'occasion auxquels ne manquait que la discipline pour leur donner la solidité des troupes européennes, engagea M. Faidherbe à organiser un corps de troupes régulières recruté parmi les indigènes et pourvu de cadres français, comme cela se pratiquait depuis longtemps en Algérie. Il créa, en 1857, un bataillon de tirailleurs sénégalais et peu après un escadron de spahis. Ces nouvelles troupes ont brillamment répondu aux espérances qu'on avait fondées sur elles, et dans de nombreux combats, elles ont fait glorieusement leur devoir. C'est ainsi que les indigènes eux-mêmes ont été appelés à l'honneur de verser leur sang pour la civilisation de leur pays.

Malgré la gravité des événements qui se déroulèrent au Sénégal durant son administration, et le nombre considérable d'expédi-

tions qu'il dut diriger en personne, M. Faidberbe ne s'absorba pas complètement dans son rôle de chef militaire de la colonie. Les intérêts économiques qui lui étaient confiés obtinrent de lui une égale attention. Il se montra réellement administrateur par la façon dont il les comprit et s'efforça de leur donner satisfaction.

La ville de Saint-Louis, entourée par les deux bras du fleuve, ne communiquait avec le continent qu'au moyen d'embarcations. Les fonctionnaires et les négociants français qui y habitaient s'y confinaient comme dans une sorte de prison, n'ayant d'autres distractions que de se promener à travers les rues, couvertes de sables pendant la saison sèche, inondées parfois pendant Thivernage, sans qu'un arbre ou un massif de verdure vint égayer leurs regards. M. Faidberbe voulut leur donner de Tair et de l'espace. Il fit construire un pont pour donner accès de Saint-Louis dans le village de Guet N'Dar, sur la pointe de Barbarie qui s'allonge entre le fleuve et la mer. Un second pont jeté sur le grand bras de Sénégal livra passage aux caravanes du Cayor; il ne fut inauguré qu'en 1866 après son départ de la colonie et reçut le nom de son illustre promoteur (1). Par son ordre des quais furent construits : ils avaient le double avantage de préserver l'île des inondations que ramenait chaque saison pluvieuse et d'offrir au commerce de plus grandes facilités pour le chargement et le déchargement des marchandises. Saint-Louis était presque entièrement privé d'eau douce. Les habitants étaient réduits à se contenter de l'eau saumâtre des citernes. Un essai de puits artésien n'avait pas réussi. Le colonel Pinet-Laprade fit construire au moyen d'un barrage un vaste réservoir au marigot de Lampsar à 16 kilomètres de la ville. Il ne restait plus qu'à amener les eaux à Saint-Louis par un canal, lorsque le gouverneur mourut. Les travaux furent abandonnés par son successeur ; repris sous l'administration de M. Brière de l'Isle, ils sont encore inachevés.

(1) Une passerelle construite pour les piétons à la pointe nord de l'ile complète les moyens de communication de Saint-Iiouis avec le continent.

On a vu déjà comment le gouverneur parvint à affranchir les négociants des mille entraves qui sous le nom de coutumes paralysaient le développement des affaires. Pour leur venir en aide, M. Faidherbe obtint du gouvernement une création cjui eut la plus heureuse influence, celle de la Banque du Sénégal. Cet établissement, auxiliaire indispensable du commerce, fut fondé en 1855. Pendant Texercice 1881-1882, ses opérations ont atteint le chiffre de un million ; il a pu distribuer à ses actionnaires un dividende de 8 pour cent.

Un des plus grands obstacles au développement de la colonie était l'absence d'un port naturel. Celui de Saint-Louis, caché derrière sa barre, est souvent inabordable et les navires sont condamnés à attendre quelquefois pendant plusieurs jours que le beau temps leur permette d'aborder à quai. Celui de Corée a des dimensions trop restreintes et une profondeur trop faible pour qu'il puisse donner asile aux grands navires qui, depuis que la navigation à vapeur a pris la première place sur toutes les mers, tendent à supplanter les anciens voiliers de faible tonnage. Les ingénieurs se chargèrent de remédier à ce desideratum de la nature, et en 1863 l'anse de Dakar, qui se présente en face de Corée, à l'abri de la presqu'île du Cap-Vert, fut choisie pour devenir le grand port commercial de la colonie. La situation géographique de ce point le désignait d'elle-même pour en faire le lieu de concentration de tous les produits de la Sénégambie. Deux jetées abritèrent le bassin contre les tempêtes du large, et plusieurs phares en éclairèrent les abords. Enfin deux forts croisant leurs feux avec celui de Corée protégèrent la rade, dont ils firent le point le mieux fortifié de la côte occidentale d'Afrique, ce qui lui a valu le surnom singulièrement exagéré de Gibraltar africain. Autour de ces installations, le Gouvernement fit élever divers édifices d'utilité publique, tels que casernes, école, magasins pour la marine. Un chantier de réparations pour les navires compléta les aménagements du port. L'organisation du service postal bi-mensuel des Messageries Maritimes vint apporter sur cette terre naguère déserte un élément de vie et de prospérité. Aussi, lorsque le colonel Pinet-Laprade inaugura

solennellement, en 1866, le port de Dakar, une petite ville française avec ses maisons en pierres, ses rues et ses places publiques s'élevait déjà à l'endroit où trois ans auparavant on n'aurait trouvé qu'un groupe de misérables cabanes de pécheurs.

Après la question des relations avec la métropole, celle des communications entre les diverses parties de la colonie s'imposait avec une urgence aussi évidente. Partout où le fleuve ou les marigots ne permettaient pas aux embarcations de pénétrer, on ne trouvait aucun vestige de route. Parfois seulement quelques mauvais sentiers que les piétons ou les bêtes de somme frayaient péniblement au milieu des forêts par leur passage répété. Le général Faidherbe résolut de tracer tout un réseau de routes qui, maintenues dans un état d'entretien sufiisant, donneraient de grandes facilités au commerce. Quelques-unes furent commencées sous son administration, mais après son départ on les abandonna, et les pluies de l'hivernage eurent bientôt fait disparaître les derniers vestiges des travaux entrepris.

A la même période administrative se rattachent de nombreux voyages d'exploration, qui avaient pour but d'étendre le champ des connaissances géographiques en Sénégambie et d'ouvrir de nouvelles régions au commerce et à l'influence de la France. Les études hydrographiques exécutées sur Tordre du gouverneur par M. Braouézec, sur le Sénégal, la Falémé et le marigot de Bounoun, par MM. Aube et Fulcrand dans les parages du cap Blanc et de la baie d'Arguin, par Mage sur le cours du Saloum et du Sine, par M. Vallon sur la Casamance, permirent de dresser des cartes exactes de ces divers pays (1). Pendant les années 1859 et 1860, M. Pascal, sous-lieutenant d'infanterie de marine^ fut chargé de visiter le Bambouk. Parti de Bakel, il remonta le cours de la Falémé

(1) Carte du Sénégal, de la Falémé et de la Gambie, jusqu'aux limites où ces rivières ont été explorées, dressée sous la direction du colonel du génie Faidherbe, parle baron Brossard de Corbigny. 1861. — Ck)urs de la Casamance, carte dressée par A. Vallon. (Dépôt des cartes et plans de la Marine, W\ .)

Jusqu'à Kholobo, s'engagea dans l'intérieur du pays, explora la chaîne de montagnes de Tamba-Oura, qui forme la ligne de partage des eaux entre le Sénégal et son principal affluent, et se rendit à Médine après avoir visité la chute de Gouina. Il avait parcouru un pays couvert d'une végétation splendide, où des mines d'or se rencontrent presque à chaque village, mais que le récent passage de l'armée d*El-Hadj-Omar avait couvert de ruines (l). Le capitaine d'étatnmajor Vincent fit, la même année, un périlleux voyage à TAdrar, massif montagneux du Sahara occidental, qui produit en grandes quantités les céréales et les dattes et qu'habite une population sédentaire relativement dense. Le bon vouloir de Mohamedel-Habib, le roi des Trarzas, que plusieurs défaites successives avaient rendu l'ami des Français, lui permit d'arriver jusqu'au pied des montagnes, au camp du chef des Ben-Othman qui sont les dominateurs de TAdrar, mais leur naturel soupçonneux lui interdit l'entrée du pays. Le chef, à qui il proposa de se lier avec la France par un traité d'amitié, refusa énergiquement tout engagement, « parce que, disait-il, avec les blancs il faut tenir ses promesses (2). » A la même époque, les Braknas furent visités par l'enseigne de vaisseau Bourrel, et les Doualchs par Mage dans son voyage aux plateaux du Tagant. Ënfhi^ pour compléter l'étude des tribus Maures, un indigène de Saint-Louis, M. Bou-el-Moghdad , qui se rendait en France pour faire de là le pèlerinage de la Mecque, atteignit le Maroc par terre, longeant tout le littoral du Sahara. Le lieutenant Lambert, de l'infanterie de marine, explora, en 1860, le Fouta-Djallon. Parti du Rio-Nunez, il séjourna à Timbo et revînt à Sénoudébou sur la Falémé , vérifiant et complétant les découvertes géographiques de ses prédécesseurs Mollien et Hécquard et recueillant de curieux renseignements sur Torganisation politique de ce pays (3). Une entreprise plus vaste et dont les résultats eus-

(1) Pascal. — Voyage au Baml)ouk (Tour du monde. 186!» !•• sem., p. 39.)

(2) Vincent. — Voyage dans l'Adrar [Tour du monde, 1861, l*'sem. p. 49.)

(3) Lambert. — Voyage dans le Fouta-Oiailon. (Tour du monde, 186Î, 1" sem. p. 878).

— Disent été^ si elle eût réussi, bien plus considérables, fut confiée à Âlioun-Sal, un officier indigène que M. Faidherbe avait trouvé simple traitant à Bakel, dont il devina les qualités militaires, et qui était arrivé, par sa bravoure et son dévouement à la cause française, au grade de lieutenant de spahis. Il ne s'agissait de rien moins que d'atteindre Tombouctou. Ce périlleux voyage ne TeiTraya pas. Il parvint jusqu'à deux journées de marche seulement de cette ville, mais il fut arrêté par l'armée d'Et-Hadj-Omar qui allait s'en emparer, et dut rétrograder. Ce brave officier mourut des fatigues de la route avant d'avoir revu le Sénégal, premier martyr nègre de la science géographique»

Un autre voyage, couronné celui-là d'un éclatant succès, fut entrepris dans la même direction quelques années plus tard. Le général Faidherbe avait conçu le hardi projet d'unir le Sénégal au Niger par une ligne de postes fortifiés, et à l'aide d'une solide alliance contractée avec El-^Hadj-Omar, maître à cette époque de tout le Soudan occidental, d'attirer vers Saint^Louis les riches pro^ duîts de l'Afrique centrale. En 1863, il résolut d'envoyer à son ancien ennemi une ambassade chargée de traiter avec lui et d'explorer la ligne que devaient occuper les postes à créer. Il confia cette mission au lieutenant de vaisseau Mage, qui s'adjoignit M. le D' Quintin. Tous deux quittèrent Médine avec une faible escorte, composée seulement de quelques laptots, exploré'rent le cours du Sénégal jusqu'à Bafoulabé et gagnèrent Koundian, place forte voisine, dépendant du sultan de Ségou, Amadou, le fils du Prophète. Là, ils obtinrent facilement des guides, mais au lieu de les conduire directement au Niger, on les obligea à prendre à Kita la direction du nord pour n'atteindre le fleuve qu'à Yamina. A Ségou, le sultan Amadou ât aux envoyés du Gouvernement te meilleur accueil, mais il les retint près de deux ans auprès de lui, sans même leur permettre d'envoyer des courriersau Sénégal. Il ne voulait pas que l'on connût au dehors la profonde décadence dans laquelle était tombé le fragile empire toucouleur. El-Hadj, après la conquête de Ségou-Sikoro, s'était emparé du Macina, et, toujours insatiable de nouveaux combats, avait dirigé son armée

Jusqu'à Kholobo, s'engagea dans l'intérieur du pays, explora la chaîne de montagnes de Tamba-Oura, qui forme la ligne de partage des eaux entre le Sénégal et son principal affluent, et se rendit à Médine après avoir visité la chute de Gouina. Il avait parcouru un pays couvert d'une végétation splendide, où des mines d'or se rencontrent presque à chaque village, mais que le récent passage de l'armée d'El-Hadj-Omar avait couvert de ruines (l). Le capitaine d'étatnmajor Vincent fit, la même année, un périlleux voyage à TÂdrar, massif montagneux du Sahara occidental, qui produit en grandes quantités les céréales et les dattes et qu'habite une population sédentaire relativement dense. Le bon vouloir de Mohamedel-Habib, le roi des Trarzas, que plusieurs défaites successives avaient rendu l'ami des Français, lui permit d'arriver jusqu'au pied des montagnes, au camp du chef des Ben~Othman qui sont les dominateurs de TAdrar, mais leur naturel soupçonneux lui interdit l'entrée du pays. Le chef, à qui il proposa de se lier avec la France par un traité d'amitié, refusa énergiquement tout engagement, « parce que, disait-il, avec les blancs il faut tenir ses promesses (2). » A la môme époque, les Braknas furent visités par l'enseigne de vaisseau Bourrel, et les Doualchs par Mage dans son voyage aux plateaux du Tagant. Enfin ^ pour compléter Tétude des tribus Maures, un indigène de Saint-Louis , M. Bou-el-Moghdad , qui se rendait en France pour faire de là le pèlerinage de la Mecque, atteignit le Maroc par terre, longeant tout le littoral du Sahara. Le lieutenant Lambert, de l'infanterie de marine, explora, en 1860, le Fouta-Djallon. Parti du Rio-Nunez, il séjourna à Timbo et revint à Sénoudébou sur la Falémé , vérifiant et complétant les découvertes géographiques de ses prédécesseurs Mollien et Hécquard et recueillant de curieux renseignements sur l'organisation politique de ce pays (3). Une entreprise plus vaste et dont les résultats eus-

(1) Pascal. — Voyage au Bambouk (Tour du monde, 186!» !•' sem., p. 39.)

(2) Vincent. — Voyajce dansTAdrar [Tour du monde, 1861, l*'8em. p. 49.)

(3) Lambert. — Voyage dans le Fouta-Ojallon. (Tour du monde, 1861, 1" sem. p. 978)*

— Disent été, si elle eût réussi, bien plus considérables, fut confiée à Âlioun-Sal, un officier indigène que M. Faidherbe avait trouvé simple traitant à Bakel, dont il devina les qualités militaires, et qui était arrivé, par sa bravoure et son dévouement à la cause française, au grade de lieutenant de spahis. Il ne s'agissait de rien moins que d'atteindre Tombouotou. Ce périlleux voyage ne TeiTraya pas. Il parvint jusqu'à deux journées de marche seulement de cette ville, mais il fut arrêté par Tarmée d'Et-Hadj-Omar qui allait s'en emparer, et dut rétrograder. Ce brave officier mourut des fatigues de la route avant d'avoir revu le Sénégal, premier martyr nègre de la science géographique»

Un autre voyage, couronné celui-là d'un éclatant succès, fut entrepris dans la même direction quelques années plus tard. Le général Faidherbe avait conçu le hardi projet d'unir le Sénégal au Niger par une ligne de postes fortifiés, et à l'aide d'une solide alliance contractée avec El**Hadj-Omar, maître à cette époque de tout le Soudan occidental, d'attirer vers Salnt^Louis les riches pro^ duits de TAfrique centrale. En 1863, il résolut d'envoyer à son ancien ennemi une ambassade chargée de traiter avec lui et d'explorer la ligne que devaient occuper les postes à créer. Il confia cette mission au lieutenant de vaisseau Mage 5 qui s'adjoignit M. le D' Quintin. Tous deux quittèrent Médine avec une faible escorte, composée seulement de quelques laptots, exploré'rent le cours du Sénégal jusqu'à Bafoulabé et gagnèrent Koundian, place forte voisine, dépendant du sultan de Ségou, Amadou, le flls du Prophète. Là, ils obtinrent facilement des guides, mais au lieu de les conduire directement au Niger, on les obligea à prendre à Kita la direction du nord pour n'atteindre le fleuve qu'à Yamina. A Ségou, le sultan Amadou ât aux envoyés du Gouvernement te meilleur accueil, mais il les retint près de deux ans auprès de lui, sans même leur permettre d'envoyer des courriers au Sénégal. Il ne voulait pas que l'on connût au dehors la profonde décadence dans laquelle était tombé le fragile empire toucouleur. El-Hadj, après la conquête de Ségou-Sikoro, s'était emparé du Macina^ et, toujours insatiable de nouveaux combats, avait dirigé son armée

vers Tombouctou. Cette ville s'était livrée sans combattre ; mais tandis que les soldats du Prophète se retiraient^ une formidable insurrection avait éclaté derrière eux et les avait forcés à chercher un refuge auprès de leur chef, à Tabri des murailles de Hamdallahi, la capitale du Macinai Après un siège terrible, qui dura plusieurs mois, El-Hadj-Omar, vaincu par la famine, chercha à s'échapper de nuit avec ses troupes. Mais l'ennemi lui barra la route, son armée fut détruite, et lui-même, probablement, trouva la mort dans cette désastreuse retraite. La rébellion ne fit que croître à partir de ce moment. Les Bambaras du Bélédougou se soulevèrent, et la grande ville de Sansandig, sur le Niger, se déclara indépendante. Amadou, d'un caractère faible et irrésolu, n'ayant que peu d'influence sur les talibés, en était réduit à lutter perpétuellement contre ces insurrections grandissantes sans parvenir à les dompter. Il se décida cependant à laisser partir Mage et son compagnon en mai 1866, après avoir accepté le traité de commerce qui lui était proposé. Il n'avait pas osé refuser sa signature, mais il était facile de supposer qu'il n'ouvrirait pas volontiers ses états au commerce européen. Les deux explorateurs gagnèrent le Sénégal en traversant le Kaarta (1). Leur long séjour sur les bords du Niger leur avait permis de dresser une carte d'une étendue considérable du cours de ce fleuve et d'étudier l'histoire de ces régions et leur situation politique, si utile à connaître pour la réalisation des projets que nourrissait le général Faidherbe. Il croyait cette réalisation prochaine, a II faut , écrivait-il à Mage en 1868, que notre drapeau flotte à Bafoulabé d'ici à deux ans et à Bamakou dans dix (2) ». Les événements de 1870 donnèrent un démenti à cette prédiction ; mais ils ne firent qu'en retarder de cinq ans l'accomplissement.

Si les intérêts du commerce préoccupèrent constamment M. Faidherbe, ceux de l'agriculture ne le laissèrent pas indifférent. Il se

(î) Ce pays venait d'être exploré en 1864 par MM. Béliard et Perraud. (2) Voyage au Soudan occidental.

garda bien d'imiter les erreurs du gouvernement de la Restauration en appelant au Sénégal des colons non acclimatés. Sans repousser les tentatives européennes, puisqu'il distribua plusieurs concessions aux environs de Ruflsque, il préféra tourner ses efforts vers le développement et Tamélioration des cultures indigènes. Des essais furent faits également pour créer au Sénégal, telle qu'on la comprend en Europe , l'industrie minière qui semble appelée à être dans l'avenir une des grandes sources de prospérité de la colonie. L'exploitation des mines 'd'or du Bambouk^ commencée en 1850 par le service du génie, fut continuée pendant plusieurs années. Si le Gouvernement l'abandonna plus tard, elle a eu du moins pour résultat de faire connaître la richesse des gisements aurifères étudiés et les difficultés qu'il faudra vaincre le jour où l'on voudra sérieusement en tirer parti.

M. Faidherbe ne visait pas moins à pousser le Sénégal dans la voie des progrès intellectuels que dans celle des progrès matériels. C'est à lui qu'est due la première imprimerie qui ail fonctionné dans cette partie de l'Afrique. A la môme époque (1855), il créait le Moniteur du Sénégal^ journal officiel de la colonie, et il inaugurait la publication d'un Annuaire qui renferme d'utiles renseignements historiques.

Le développement de l'instruction parmi les noirs le préoccupait aussi vivement ; les écoles qu'il établit dans les villes et dans quelques villages en sont la preuve. Il essaya même , un peu prématurément peut-être, de rendre l'instruction obligatoire pour les enfants indigènes des deux sexes ; un décret fut rendu dans ce sens. Il devançait de bien des années une réforme qui n'a pu être appliquée en France même que tout récemment. Malheureusement le décret du général Faidherbe ne reçut pas même un commencement d'exécution ; après son départ, sa sollicitude pour l'instruction fut oubliée par ses successeurs et personne ne songea à surveiller la fréquentation des écoles, qui resta insignifiante en comparaison de la population enfantine des villes.

Une autre création qui fit le plus grand honneur à M. Faidherbe fut celle de TÉcole des Otages. Tous les chefs liés par des traités

avec la France devaient , pour se conformer à un usage local, envoyer leurs fils à Saint-Louis, oîi ils restaient comme gages de fldélité aux engagements pris. Le gouverneur comprit tous les services que pourraient rendre plus tard à la cause de la civilisation, ces enfants qui étaient destinés à devenir chefs à leur tour, si Ton pouvait leur inspirer Tamour de la France et leur donner une instruction solide. Tel fut le but de TÉcole des Otages. Quelques-uns des élèves qui en sont sortis sont restés à Saint- Louis en qualité d'interprètes du gouvernement; d'autres sont rentrés dans leur pays, où ils ont apporté des idées libérales et civilisatrices et Tadmiratlon du nom français. A part quelques rares exceptions, telles que Lat-Dior, ils ont répondu à ce qu'on attendait d'eux et montré qu'ils conservaient un souvenir reconnaissant de leur séjour à Saint-Louis (1). On ne peut donc que regretter qu'une institution aussi utile ait été supprimée après quelques années d'existence.

Telle a été, résumée à grands traits, l'œuvre administrative du général Faidherbe au Sénégal. Continuée par son premier successeur, le colonel Pinet-Laprade, elle a malheureusement été abandonnée après sa mort prématurée. Pendant les années qui suivirent, toutes ces traditions furent oubliées et la colonie retomba dans le marasme et l'immobilité qui avaient caractérisé la période du gouvernement de Louis*Philippe.

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(1) Amadou-Abdou), chef duFoutâ-Toro , chevalier de la Iiégion-d'Honnenr, avait été élevé à l'École des Otages. Dépossédé de son gouvernement par le gouverneur de Lanneau, qui croyait avoir à se plaindre de son administration, au lieu d'aller grossir le nombre des ennemis de la France^ Dombreux au Fouta, Il réclama comme unique compensation l'honneur de servir en qualité d'officier dans l'armée française. Il obtint le grade de sous-lieutenant dans les spahis sénégalais. Quelques années plus tard, atteint d'une maladie mortelle, il demanda comme dernière faveur qu'on lui permit d'aller mourir en France. Transporté à Toulon, il a rendu le dernier soupir, il v a peu de mois, à Thôpital de Saint- Mandrié.

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