‹ Histoire de la colonie française du SénégalChapitre 17 sur 20 · hab · texte numérisé non relu

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Cette organisation, qui nous parait pleinement rationnelle, permet d'appliquer à chaque région le régime qui lui convient plus spécialement. Un militaire commande dans le Ilaut-Fleuve, et un gouverneur civil concentre directement dans ses mains toutes les affaires de la partie centrale de la colonie, celle qui est occupée depuis le plus longtemps et qui a subi davantage l'influence de nos mœurs et de nos habitudes. C'est à cette partie de la colonie que Ton applique en ce moment une réforme intérieure des plus utiles. Le passage du régime militaire au régime civil, qui a soulevé en Algérie de si violentes discussions, paraît s'accomplir au Sénégal sans secousses. Il était temps que le Gouvernement français comprit que Tarmée, admirable quand on la laisse dans les attributions qui lui sont propres, ne possède pas les connaissances et les aptitudes requises pour administrer une colonie. Réclamer d'un capitaine, d'un lieutenant, quelquefois même d'un simple sous-ofTicier les talents d'un diplomate et d'un administrateur et la science des questions commerciales, c'est lui demander ce qui ni son éducation, ni ses études ne l'ont préparé à fournir. Il peut se rencontrer parfois d'heureuses exceptions, et sans sortir du Sénégal on en citerait quelques-unes, mais dans la généralité des cas c'est faire fausse route. Les voyageurs qui visitent la Sénégambie s'étonnent que des populations voisines de nos villes, en relations constantes depuis des siècles avec les Européens, aient si peu progressé. L'explication est simple : rien de sérieux n'a encore été fait pour les amener à la civilisation, et les officiers qui étaient chargés de ce soin, absorbés par leurs devoirs militaires, n'avaient ni le temps ni les qualités voulues pour s'en occuper. Le militaire en pays barbare fraye à coups de canon la voie par laquelle doit passer la civilisation ; mais son rôle se borne là ; à d'autres d'en faire comprendre les bienfaits aux indigènes et de les y amener par degrés. Les fonctionnaires civils installés depuis peu ont cette noble tâche à remplir. Si Ton sait choisir des hommes probes et intelligents pour leur confier ces délicates fonctions, la colonie sortira de l'ornière dans laquelle elle s'est traînée trop longtemps et deviendra bientôt Tune des plus llorissantes parmi les possessions françaises.

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