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Un coup d'œil sar la Sénégambie et ses Habitants.
Dans la partie occidentale de TAfrique, entre le h T et le 8' degrés de latitude nord, s'étend un vaste massif montagneux , formé d'une série de plateaux superposés qui s'élèvent successivement depuis la côte jusqu'au plateau central, comme les marches d'un gigantesque escalier . Ce massif, connu des géographes sous le nom de Fouta-Djallon, se rattache au sud à la chaîne des montagnes de Kong, qui court parallèlement au golfe de Guinée. Il joue dans la région, toutes proportions gardées, le même rôle qu'en Europe le massif des Alpes centrales. C*est là que, dans un espace restreint, tous les grands cours d'eau du pays prennent naissance, pour s'échapper ensuite à travers de magnifiques vallées et aller porter leurs eaux à tous les points de l'horizon : on y trouve les sources du Sénégal, de la Falémé, son principal affluent, de la Gambie et du Rio-Grande, qui tous, quoique par des routes différentes, vont se jeter dans l'Atlantique entre les plages désertes du Sahara et la presqu'île de Sierra-Leone. L'ensemble des bassins de ces fleuves et de quelques autres moins considérables forme la Sénégambie.
Le Sénégal, par son immense arc de cercle de 2,800 kilomètres, en constitue en quelque sorte la ceinture septentrionale qu'une étroite
bande de terrain sépare seule du Soudan et du Sahara. Il est navigable pendant la saison des pluies sur la plus grande partie de son cours jusqu'aux chutes de Félou ; le reste de Tannée, les navires ne peuvent remonter que jusqu'à Podor, à 261 kilomètres de l'embouchure. Le niveau du fleuve varie dans des proportions considérables suivant la saison. « Dès les premiers jours de mai, dit M. Aube (1), sur les hauts plateaux du Fouta-Djallon, des pluies torrentielles, qui durent, au dire des voyageurs, des semaines entières sans interruption, viennent remplir les bassins étages qui se succèdent jusqu'à Médine pour le Sénégal, jusqu'au dessous de Farabana pour la Falémé. Ces bassins, dans la saison sèche, semblent autant de lacs aux eaux limpides et dormantes que des barrages rocheux séparent les uns des autres. Dès les premières pluies, le niveau de ces barrages est dépassé, et deux torrents impétueux, roulant dans des rives profondément encaissées , se précipitent parallèlement l'un à l'autre pour venir confondre leur coursa Arondou, non loin de Bakel. Grossi par le tribut de leurs eaux, le fleuve s élève rapidement et son niveau atteint les ouvertures de nombreux canaux, qui, à des hauteurs différentes, s'ouvrent sur ses deux rives, et qui, dans mille directions diverses, pénètrent dans le pays, souvent à des distances considérables. Ces canaux portent au Sénégal le nom générique de marigots... Vers la lin d*aoùt, les eaux du fleuve, dont rien ne vient plus désormais augmenter la niîisse, s'écoulent, soit dans les plaines qu'elles fécondent, et où l'ardeur du soleil les absorbera en quelques mois, soit vers la mer. . . » L'embouchure du Sénégal est obstruée par une barre qui est à certaines époques une des plus difficiles à franchir du monde entier.
La Gambie, dont le cours sinueux a 1,700 kilomètres de développement, coule directement vers l'ouest. Elle est navigable sur une étendue de 250 kilomètres jusqu'à Barrakounda. A son embouchure
(1) Le fleuxcdu Sénégal (Reçue mctvittnic et roloniale, l. Xii, 1861.)
se trouve le Banc-Rouge qui rend l'enlrée du fleuve dangereuse pour les navires.
Le Rio-Grande occupe en Sénégambie le troisième rang pour la longueur de son cours, qui a environ 450 kilomètres. Il convient de citer encore, à cause de leur importance commerciale, la Casaniance, le rio Cachéo, lerio Cassini, la Tiguilenta, simple ruisseau qui se jette dans le golfe du Rio-Nunez, le rio Pungo, laMellacorée, les Scarcies et entin la Rokelle, rivière de Sierra-Leone qui descend du mont Loma, où le Niger, le grand fleuve du Soudan, prend également sa source, pour se diriger vers le nord, parallèlement au Sénégal, pendant la première partie de son cours. Le voisisinage de ces deux grands cours d'eau au point où ils commencent précisément à être navigables a une importance économique considérable.
La Sénégambie se compose de plaines basses et fertiles aux environs de la mer et de montagnes élevées dans Test et le sud. On rencontre dans quelques-unes de ses parties de véritables forêts vierges.
Au point de vue du climat, Tannée se divise en deux saisons bien distinctes : la saison sèche, qui correspond à notre hiver et à notre printemps, fraîche et agréable sur le littoral, et la saison des pluies ou hivernage, qui correspond à notre été, insalubre et malsaine à cause de l'humidité et des miasmes paludéens que l'inondation laisse après elle en se retirant. La température est moins excessive qu'on ne le croit généralement: à Saint-Louis et à Gorée la moyenne est de -20' pendant la saison sèche, et de 26" à 27* pendant Thivernage ; la plus grande chaleur observée en cinq ans (1874-1878) a été de 44%8 à Tombre. Dans les postes de rintérieur, les moyennes sont un peu plusélevées(l).On ne possède pas encore d'observations exactes sur la température des plateaux élevés de Tîntérieur, mais les derniers renseignements permettent
(l) A. Borius. — Dictionnaire enq/clopcdique des êcienccs médicales i art. Sénégaïubit'ê
de supposer que le climat y est relativement sain eiquelacclimatement des Européens n'y serait pas impossible (1).
Les populations sénégambiennes méritent une courte étude qui facilitera Tintelligence de ce travail.
La race avec laquelle nos établissements ont les rapports les plus fréquents est celle des Yolofs, qui occupent, sur la rive gauche du bas Sénégal, le Oualo et le Cayor. Ce sont de grands et beaux nègres, à la taille souple et élancée, à la peau luisante et comme vernie. Ils ont le front étroit et bombé, le nez écrasé, les cheveux crépus, les lèvres épaisses et les dents blanches et fortes. Leurs membres sont admirablement proportionnés, sauf les jambes qui sont un peu grêles par rapport au reste du corps. Primitivement fétichistes, ils ont presque tous accepté l'islamisme. Leur intelligence est beaucoup plus développée que celle des autres races nègres ; mais il sont généralement menteurs, voleurs et paresseux (2).
Les Sérères habitent entre le cap Vert et la Gambie. C'est un peuple essentiellement cultivateur. Ils n'ont adopté l'esclavage que depuis qu'ils ont été en contact direct avec leurs voisins les Yolofs (3).
Les Mandingues se rencontrent dans les vallées du haut Sénégal et du haut Niger. Cette race présente tous les caractères de la race nègre; on remarque cependant chez ses représentants des épaules plus larges, un cou plus court, un nez plus développé que chez d'autres Africains. Elle se subdivise en trois branches: lesSoninkés, les
(1) M. Aimé Olivier, membre de la Société de Géographie de Marseille, a observé, pendant son récent voyage au Foiita-Djallon, une moyenne de 22" à 28", et un maximum de 33". Il assure que la lièvre jaune, qui a si souvent ravagé le littoral, n'a jamais atteint le haut pays. (De V Atlantique au Niger par le Foutah-Djallon, carnet de voyage de Aimé Olivier, vicomte de Sanderval. Paris, 1882.)
(2) Azan. — Le Oualo et les pays environnants (Revue maritime et coloniale^ 18G4).— Amiral de Langle. Croisières à la côte d'Afrique {Tour du monde, 1872)
(3) Pinet-Lapradd. — Notice sur les Sérères (Reçue maritime et coloniale, L XIII, 1865).
Malinkés et les Bambaras (1). Les Soninkés ou Sarracolets, furent les premiers à occuper le sol de la haute Sénégambie et du Soudan occidental. Peut-être étaient-ils les fondateurs de Tempire de Ghana, mentionné par le vieux géographe arabe Ibn-Battoula, que les Malinkés conquirent au XIII"* siècle. Vaincus et dispersés, les Soninkés ont perdu depuis lors toute influence politique, mais ils ont résisté énergiquement à leurs ennemis et se sont conservés par petits groupes compactes, à peu près purs de tout mélange avec les peuples au milieu desquels ils sont forcés de vivre. L'instinct commercial et Tesprit d'économie sont très-développés chez eux ; ils y joignent un goût prononcé pour les voyages (2). Les Malinkés sont surtout agriculteurs. Ils émigrent en grand nombre, descendant le cours de la Gambie et de la Casamance. Ce sont de zélés musulmans. Les Bambaras habitent entre le Sénégal et le Niger. C'est un peuple idolâtre, d'un naturel guerrier et passionné pour son indépendance ; vaincu souvent par les Peuls, il n*a jamais été soumis. Un rôle important lui semble réservé dans l'histoire future du Soudan.
Les Peuls (3) appartiennent à une race étrangère à la Sénégambie et qui semble se rapprocher du type caucasique. Leur teint naturel parait être blanc, bronzé ou cuivré. « Ils sont, dit M. Azan (4), de taille haute et très-élancée ; leurs formes sont un peu grêles; ils ont les cheveux noirs, longs et naturellement frisés, les yeux noirs, grands et bien fendus; les dents hanches, fortes et bien rangées, les extrémités d'une finesse remarquable, le visage ovale, le nez droit et mince. Les femmes, minces et de taille moyenne, sont les plus belles du Sénégal, tant par la beauté
(1) Nous suivons la classification de Faidherbe : Populations noires des bassins du Sénégal et du haut Niger (Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1856).
(2) Étude sur les Soninkés. par le D' Béranger-Féraud (Revue d'anthropolo^ gie, 1878;.
(3) On leur donne également les noms de Pouls, Foulbés, Foulahs, Fellatas, etc*
(4) Le Oualo (Revue maritime et coloniale, 1864.)
— iode leurs formes que par la douceur de leurs traits. » Les Peuls sont bergers et nomades. Us arrivent de TEst par petites bandes, poussant devant eux leurs troupeaux. Cette invasion, qui dure depuis des siècles, atteint aujourd'hui dans (jnelques endroits les rivages de TAtlantique. Il est impossible de rien affirmer sur Torigine et le point de départ de re peuple mystérieux (l). Tout ce que l'on sait de certain, c'est que leur avant-garde avait déjà fait son apparition sur les rives du Sénégal quand les Berbères y arrivèrent, vere le VII- siècle (2). Dans le principe, ils erraient sur le territoire des différents états qu'ils traversaient, achetant par un tribut le droit de pâture pour leurs troupeaux. Mais il arriva un moment dans le cours du XVI'* siècle où ils se trouvèrent réunis en assez grand nombre sur la rive gauche du Sénégal, pour se rendre indépendants. Ils fondèrent leFouta où, par suite de leur mélange avec les nègres Yolofs et Mandingues, ils donnèrent naissance aune race desang mêlé, les Toucouleurs. A la même époque, par suite de leurs rapports avec les Maures de l'autre rive du fleuve, ils se convertirent au mahométisme dont ils devinrent les apôtres ardents et fanatiques. Entraînés par leur enthousiasme religieux, ils se répandirent dans toutes les contrées voisines, s'emparèrent du Fouta- Djallon auquel ils donnèrent le nom qu'il porte, et fondèrent les royaumes de Ilaoussa et de Macina sur le Niger. Plus tard un conquérant de leur race, Othman-Dan-Fodie, renversa le royaume de Uaoussaet fonda, entre le lac Tchad et le Niger, le puissant empire Poul oriental, que visitèrent en 1825 les voyageurs anglais Denham et Clapperton, et de 1850 à 1855 le docteur Barth.
(I) Lo général Faidherbe pense que la vallée du Nil a été le berceau des Peuls. Il croit reconnaître en eux les Ethiopiens à cheveux lisses dont parlent Hérodote {Polym. C. 70) et Homère (Odyss. I, 23). Remontant plus haut encore, il émet l'hypothèse que la Bible (Genèse X, 6 et Nahum 111,13) les désigne sous le nom de Phout d'où viendrait celui de Fouta qu'ils donnent aux divers pays qu'ils occupent.
(1) Bourrel. — Voyage dans lo pays des Maures Brakna. (Revue maritime et coloniale, 1861).
Pour on finir avec les races noires de la Sénéganihie, nommons les Féloupes, lesBagnomis, les Balantes, les Nalous, lesBagaset les Landoumans, sauvages abrutis et grossiers, chez lesquels on chercherait en vain la moindre trace de civilisation.
Les Maures qui occupent toute l'étendue de la rive droite du Sénégal, sont un mélange de Berbères (1) et d'Arabes. Essentiellement nomades, ils errent constamment sur les vastes plateaux qui forment le commencement du désert, dressant leurs tentes chaque soir auprès d'une source pour se remettre en marche le lendemain. Leur principale richesse consiste dans leurs innombrables troupeaux. Ils ne connaissent pas d'autre indastrie que la récolte de la gomme. Leurs institutions sociales rappellent le régime féodal. Ils se subdivisent en plusieurs fractions; les trois plus rapprochées du fleuve sont : les Trarzas, les Braknas et les Douaïchs. Quelques tribus sont composées de métis, résultat du croisement des races arabe et berbère avec la race nègre. Quelques-unes sont même entièrement noires tout en présentant, par un étrange phénomène, « toutes les formes caractéristiques du Maure (2). »
(1) C'est dans le nom de l'ancienuf^ Inbu berbère des Zénagas que Ton voit roriffinedu mot Sénégal.
(2) (Jnalrofnges. -^UEspèce fmwainc, p. 190.