‹ Histoire de la colonie française du SénégalChapitre 5 sur 20 · MOYEN-AGE · texte numérisé non relu

MOYEN-AGE

Dans les premières années du XIV siècle, les Normands, ces descendants des terribles pirates qui avaient fait trembler l'Europe pendant si longtemps, se lancèrent dans les entreprises commerciales et maritimes, et y mirent toute la hardiesse et l'intrépidité •que leurs ancêtres leur avaient léguées. Ils voulurent trouver des pays nouveaux pour en rapporter de l'or et des marchandises précieuses, et ils franchirent bientôt les bornes du monde connu. Aussi leur commerce prit-il bientôt une extension considérable. Une petite ville, bien déchue aujourd'hui de sa grandeur passée, Dieppe, fut un moment le plus grand port commercial de France. Ses marins parcoururent de bonne heure les mers les plus lointaines; ils ont même la prétention d'avoir découvert les côtes du Brésil et l'embouchure de l'Amazone quatre ans avant que Ck)lomb débarquât à Haïti, et d'avoir précédé Vasco de Gama dans la mer des Indes. Quoiqu'il en soit des aventures de Cousin et de Parmentier, les deux capitaines auxquels on attribue ces exploits, il est aujourd'hui avéré que les Normands franchirent les premiers le terrible cap Bojador, qui était pour les marins du moyen-âge ce que les colonnes d'Hercule avaient été longtemps pour ceux de lantiquité (i). Dans un premier voyage, accompli en 1364 et 1365, ils découvrirent le cap Vert, auquel ils donnèrent le nom qu'il porte

(0 L. y iiai.^ Histoire des anciennes villes de France, l'* série,- Dieppe, 1. 1.

encore aujourd'hui, reconnurent la côte d'Afrique jusqu'en Guinée, vers Tembouchure du Niger, et revinrent chargés d'ivoire et d'autres marchandises. Satisfaits des bénéfices de l'entreprise, les marchands de Dieppe s'associèrent l'année suivante à ceux de Rouen pour donner plus de développement au commerce de l'Afrique (1): ce fut la première des nombreuses compagnies françaises qui dans la suite exploitèrent ce pays. Dix ans après, en 1375, les Normands y avaient fondé de nombreux comptoirs ; la plupart étaient en Guinée, mais nous savons que l'un deux se trouvait au cap Vert, un autre peut-être en Gambie. C'étaient les victoires des généraux de Charles V et la sage administration de ce roi qui avaient permis aux Dieppois de tenter d'aussi lointaines expéditions. Les désastres de la France sous le malheureux Charles VI, la guerre civile, l'invasion anglaise, vinrent bientôt porter à leur commerce un coup fatal. Tandis que les événements politiques empêchaient les Normands d'envoyer aux époques ordinaires leurs navires en Afrique, de redoutables rivaux marchaient sur leurs traces et les supplantaient. Les Portugais, qui jetaient à ce moment les bases de leur immense empire maritime, profitèrent des circonstances pour occuper tous les comptoirs français : celui du cap Vert passa ainsi entre leurs mains. A peine l'ordre eut-il été rétabli par la rude main de Louis XI que les marins normands reparurent sur la côte d'Afrique. Ils s'y trouvèrent en face des Portugais qui prétendaient avoir le monopole de ce commerce qu'ils n'avaient pas créé. Armés d'une bulle pontificale qui leur attribuait le pays à l'exclusion des autres nations, ceux-ci envoyèrent de Lisbonne en 148G deux navires de guerre qui coulèrent sans autres formes de procès tous les bâtiments normands qui cherchaient à entrer en rapports avec les indigènes. Ces attaques ne tirent qu'exciter la colère de nos marchands. Ne pouvant compter sur le roi de France Charles Vin, qui n'avait pas de

d) Villaul do Bcllefond. '■^ Relationnel côte^ (V Afrique appeKesOiûiica.

marine, ils armèrent leurs navires en guerre el appuyèrent à coups de canon leurs prétentions au libre commerce de TAfrique (1), Ils purent ainsi continuer leurs échanges avec les naturels. Cependant une chose leur manquait : c'était un point de relâche, un lieu de ravitaillement où ils fussent à Tabri des attaques de leurs ennemis. Ce fut probablement ce qui les amena a former un établissement permanent à rembouclmre du Sénégal, à Tabri de la barre qui obstrue l'entrée du fleuve. D'abord placé dans la petite lie de Bocos, où ses ruines se voyaient encore en 1785 (2), il fui transporté plus tard dans celle de Saint-Louis, où se trouve aujourd'hui la ville de ce nom, chef-lieu des établissements français de la Sénégambie. Préciser la date de la fondatioji de ce comptoir serait difficile ; on peut pourtant supposer qu'elle eut lieu au commencement du XVI"" siècle.

A partir du siècle suivant, on possède des documents plus certains sur notre colonie du Sénégal. Un ancien géographe, le Père Labat, nous a conservé les noms de tous les directeurs du poste de Saint-Louis depuis l'année 1626.

Page 1