‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 108 sur 326 · I..\ RIGUEUR DU FROID SUR LES TROUPES · texte numérisé non relu

I..\ RIGUEUR DU FROID SUR LES TROUPES

l32 m'' PARTIE. LOUIS XIV.

les bras ou d'autres membres entièrement gelés. Au Fort

Saint-Louis & au Fort Sainte-Thérèse, on eut soin de

remplacer les soldats gelés par d'autres de ces garnisons,

afin d'avoir toujours le nombre effedif d'environ cinq

(0 Relation de iGGG, cciits (i) OU six ccuts hommes (2), & ces pertes furent ainsi

^'•,'J: réparées par les capitaines de Chambly, Petit 8c Rouge-

suUes, 29 janv. lôûr). mout, & par le lieutenant Migardet. Enfin la marche dura

fort longtemps, à cause de la prodigieuse hauteur des

neiges, & toujours avec les mêmes peines & les mêmes

dangers qu'auparavant.

XHI.

lE Dr'iAciiEviENT SE- Mais, par une nouvelle imprudence, M. deCourcelles

r.ARE ET REBROUSSE ^jg-|. p^rti Ic 3o jaiivier (3) du Fort Sainte-Thérèse, où

t:!lEMlN; FAMINE. ^ 1 • 1*1

(3j Journal des Je- '^^^'^^ ^^ rcndez-vous dcs troupcs, sans avoir avec lui les suites, 3o janv. 1666. Algouquius qui devaient le conduire; 8c s' étant mis ainsi en marche, sans guides & sans connaître le pays, il s'engagea à l'aventure, en tentant des routes inconnues, 8c s"égara tant de fois qu'enfin, au lieu d'arriver à Agnié qu'il allait attaquer, il se trouva le 1 5 de février à la Nouvelle-Hollande, un peu au delà d'Orange ou Albanie. A six lieues d'Orange, il rencontra quelques Iroquois, dont quatre furent tués en escarmouchant dans la campagne, 8c enleva deux cabanes, mais non sans perte du côté des Français; car six de nos soldats demeurèrent sur la place. Ceci arriva le 20 février, qui était un samedi. Pour surcroît d'infortune, pendant toute la nuit suivante, qu'on passa sur le lieu même, il plut continuellement, ainsi que le lendemain. Ce jour-là, M. de Courcelles eut divers entretiens avec le commandant hollandais; 8c il apprit de ce dernier & de quelques prisonniers que la plupart des Agniers 8c des Onneiouts étaient allés en guerre chez des peuples plus éloignés, 8c n'avaient laissé dans leurs bourgs que les vieillards infirmes 8c les enfants. A cette nouvelle, il jugea qu'il était inutile de pousser plus loin l'expédition; 8c le dimanche au soir, la petite armée décampa avec précipitation, & marcha toute la nuit 8c une partie du lendemain. Le luncii soir, elle rencontra enfin les Algonquins,

I" KXPtDlTlON CONTRE LES AGNIERS. 1666. 1 33

au nombre d'environ trente, qui, s'étant livrés à la boisson en chemin, avaient été ainsi retardés par suite de l'ivrognerie. Ils apportèrent pourtant quelques rafraîchissements aux troupes, en leur faisant part des animaux qu'ils avaient pris à la chasse. La longueur inattendue de cette marche dans Tabsence des Algonquins fut cause que, lorsque Tarmée fut arrivée vers le milieu du lac Champlain, elle commença à manquer de vivres. M. de Courcelles envoya alors chercher environ quatrevingts livres de provisions mises en dépôt dans une cache; mais on trouva qu'elles avaient été entièrement enlevées, ce qui fut cause que plus de soixante soldats moururent de faim avant de pou^'oir regagner les Forts (i).

On arriva enfin à celui de Saint-Louis le 8 mars; le P. Albannel y faisait les fondions de Missionnaire, & M. de Courcelles, très-mécontent de son expédition, en rejeta le mauvais succès sur les Jésuites, en accusant ce Père d'avoir retardé exprès les Algonquins, ce qui n'était point conforme à la vérité, ainsi que l'atteffa le sieur de Normanville, qui se trouvait avec ces sauvages. Néanmoins, passant par lesTrois-Rivières pour descendre de là à Québec : « Mon Père, dit M. de Courcelles à l'un de ces Religieux « en l'embrassant, je suis le plus malheureux gentilhomme « du monde, & ce sont vos Pères qui sont la cause de mon « malheur. » Enfin, arrivé à Québec le 17, il tint encore le même langage, en rejetant tout le blâme sur ces Religieux dans ses conversations particulières avec M. Talon &: M. de Tracy. Néanmoins ce dernier, pour le calmer, lui ayant dit quelques mots de satisfaction sur cette campagne, M. de Courcelles sembla prendre d'autres sentiments à l'égard des Jésuites. Du moins M. de Tracy, qui leur était très-affedionné & qui fut sans doute l'auteur de ce changement, les assura que M. de Courcelles était bien revenu sur leur compte, & était résolu de vivre en bonne intelligence avec eux (2).

(1) Journal des Jésuites, 17 mars 1G66.

JI. DE COURCELLES RE- JETTE SUR LES JÉ- SUITES LE MAlJVAIy SUCCÈS DE SON EXPK DITIOX.

(2) Journal des Jesuitas, mars 1666.

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