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I.E DIFFÉREND JCGÉ EN FAVEUR DES PRÊTRES DE SAINT- SULPICE

(3) Archives du séminaire de Villemarie, Inventaire de Paris, consultation de M.

Guichery, avocat, 2 1 avril 1667.

« affaire, écrivait le Supérieur du Séminaire Saint-Sulpice « de Paris; mais j'ai témoigné à Mgr de Québec que je ne « voyais point qu'il y eût la moindre difficulté pour notre « conscience. Nous sommes parfaitement en repos de ce « côté & bien fondés en raison (i). » Enfin, pour contraindre le Séminaire, M. de Laval le cita devant Tlntendant (2), ou plutôt devant le Conseil souverain de Québec.

Plusieurs personnes furent étonnées qu'on voulût juger ainsi, après leur mort, les Associés de Montréal, & examiner si des hommes dont la mémoire était en grande vénération dans toute la France, tels que le baron de Renty, M. Olier, M. Brandon, avaient bien ou mal versé dans une œuvre qui était un pur eff"et de leur religieuse libéralité & de leur zèle. Ces personnes conseillèrent aux seigneurs de Montréal de se pourvoir, non devant une Cour de justice, mais au Conseil privé du Roi (3), où Ton avait toujours plus d'égard à Téquité naturelle qu'aux formalités légales. On prit ce parti, & le Roi évoqua, en eff'et, l'affaire à son Conseil privé. Les membres de ce Conseil, tous d'une probité, d'un désintéressement & d'une piété reconnus, parmi lesquels étaient des jurisconsultes des plus habiles du royaume, décidèrent que, quoique mademoiselle Mance n'eût pas été munie d'un pouvoir suffisant pour engager ainsi THôtel-Dieu, & qu'on n'eût pas observé dans cette affaire toutes les formalités qu'on exigerait dans une Cour de juftice, cependant, toutes choses mûrement considérées, le Séminaire n'était tenu à aucune reffitution. Cette décision était fondée sur le consentement assez manifeffe de la fondatrice alors décédée ; sur la proportion qu'il y avait eu entre la valeur des terres & la somme de vingt-deux mille livres; enfin sur l'équité naturelle. On jugea qu'il n'était pas jufte, en effet, de faire porter aux seigneurs de Montréal seuls les frais d'une recrue qui avait profité à tous les colons de ce pofte, à l'Hôtel-Dieu, & même à toute la colonie Française, dont la perte eût été infaillible sans ce secours. Qu'au refte.

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cette recrue ayant coûté soixante-quinze mille livres, les seigneurs de Montréal s'étaient montrés très-généreux en en fournissant cinquante-trois mille d'ailleurs; comme aussi en faisant eux seuls^, par la cession des cent arpents de terre, le remplacement des vingt-deux mille livres, quoique d'après l'équité naturelle toute la colonie & T Hôtel-Dieu lui-même eussent dû y contribuer (i). Cette déci- (O Lettre de M.

sion, qui mettait les seigneurs de Montréal dans une par- '^'.■2"^°" '^ ^^' ^^'^^'

faite assurance, ne satisfit pas M. de Laval. Il revint

encore à la charge, voulut qu'on jugeât l'affaire de nouveau, 6c, pendant plus de vingt ans, ne cessa d'agir pour obliger le Séminaire à rembourser les vingt-deux mille livres, jusqu'à ce qu'enfin son successeur, M. de So.int- "Valier, ayant pris connaissance de l'affaire en lôgS, jugea qu'on ne devait plus en parler.

Cependant M. Souart partit pour la France, &, arrivé m. de queylus repasse à Paris, mit tout en œuvre pour attirer à Montréal de nou- ^^ canada.

veaux ouvriers évangéliques qui pussent sufîire à l'abondance de la moisson (2). Il avait surtout à cœur d'y rame- (2) Hifioïre du Montner M. de Queylus, alors Supérieur de la Communauté ^^^^' "^^ ^^^^ ^ '^'^^* des prêtres de la paroisse de Saint-Sulpice, qui portait un vif intérêt aux colons de 'Villemarie, quoique toujours exilé de ce pays (*). M. Souart, qui l'avait remplacé à Montréal, désirait beaucoup de lui remettre la supériorité du Séminaire, tant à cause des qualités avantageuses de M. de Queylus pour cette place, que de la générosité de son zèle pour procurer l'avancement de cette colonie. D autre part, la Cour, n'ayant rien plus à cœur que de la

(*) C'était peut-être pour obtenir le retour d'une personne qui

devait être si utile à l'avancement de cette colonie, qu'au mois d'octo- ^^^ Rcgiftrc A de la

bre précédent M. Souart avait fondé, aux noms de MM. de Q.ueylus, ^'.^'■"'f^,,'^? Villemajj\ii„» «r /- 1- • n » .• J5 1 • j -^1-1 s ' '"ic, délibération du d'Allet &. (jalinier, l'entretien dune lampe qui devait brûler à perpe- or, ^rr ^ u- ^ ■ , t 1 - iif -iT,. • o^ 18 oct. 1660. Archives tuite devant le maitre-autel de la paroisse de Villemarie, & une jy séminaire de Vilmesse célébrée chaque année en l'honneur de l'enfant Jésus, dans icmarie Inventaire de l'Oclave de Noël 3). Paris, l'o ot\. 1666.

l86 in^ PARTIE. LOUIS XIV.

voir se fortifier & s'accroître, & étant d'ailleurs bien éclaircie sur tout ce qui concernait M. de Queylus, Tinvitait elle-même à repasser en Canada. L'ancien nonce Piccolomini, devenu cardinal, faisait lui-même Téloge de cet Ecclésiafiique dans une lettre écrite de Ravenne, cette ( I ) Archives de la aimée 1667, au Secrétaire de la Propagande (i). Enfin TAr- V-cal'^'canada^^Ti chevêque d£ Roucu avait renoncé depuis longtemps à lettre du 20 janvier toutc prétention sur la Nouvelle-France; on ne pouvait ^^^'^- donc pour aucun motif raisonnable en exclure plus long-

temps M. de Queylus, alors surtout que la population, croissant de jour en jour, demandait un plus grand nombre de Missionnaires. Cette nécessité était manifefie, & personne ne la sentait mieux que M. de Laval. « Pour pro- « curer immédiatement les secours spirituels aux nom- (' breux habitants qui sont ici, écrivait-il au Souverain « Pontife, il faudra faire venir de France des prêtres déjà « formés 8c en appeler encore d'autres tous les ans; en « attendant que des jeunes gens indigènes, nés de France çais, qui seront jugés propres au saint Miniftère, gran- (2; ibid. Lettre au « dissent & soieut élevés (2). » M. de Queylus, voyant auPape, i5oa.i666, ^^^^^ ^^^^ l'Océau lui était ouvert, & que le Roi l'invitait même à repasser en Canada, dans l'espérance que sa présence contribuerait beaucoup à l'augmentation de Villemarie, se disposa à partir avec plusieurs autres Ecclésiaftiques du Séminaire. 11 fit son tefiament, le (3} Bibliothèque Ma- 12 mars 1668 (3), avaut de s'embarquer, & arriva heureuzarinc, à Paris. Ma- gemeut, accompagué de trois de ses confrères (4). M. de

nuscrit 1882, in-fol. \ , , • • a 'i l o • ^ '* V A

Maison de Qjieyiiis, Laval, jusqu alors SI inflexible, & qui ne s était rendu ni p- 68. aux sollicitations, ni aux infiances de personnes puissantes

(4)HiftoireduMont- . , , . , ^ ' j ^ ^ •4.^* j> ^"i

réai, par M. Doiiicrde ^^1 demandaient son retour, céda tout aussitôt des qu il

Casson, 1G67 à 1668. sut que tel était le désir du Roi, & s'empressa même de

le recevoir avec honneur, comme nous le dirons bientôt,

ce que firent aussi le clergé de Québec, les Communautés

& les autorités civiles & militaires.

La Mère de T Incarnation, qui avait jeté un voile sur son renvoi en France, a eu soin de taire aussi les raisons

RETOUR Di: M. DK QUFVLUS EN CANADA. lG()8. 1 87

de son retour, qu'elle attribue à la liberté, donnée à chacun

par la paix, daller s'établir en Canada. « Cette paix des

<r Iroquois ^ des autres nations, dit-elle, a fait tant de

« bruit en France & a tellement excité, dans plusieurs per-

(. sonnes, le zèle de la gloire de Dieu, que M. Tabbé de

« Que}Mus eft venu cette année 8c a amené avec lui, pour

« Montréal, plusieurs Ecclésiafliques qui portent la piété

« dépeinte sur le visage (i). » De leur côté, dans la rela- (i) Lettres de la

tion de cette année 1668, les Jésuites en parlent de la même ^^^'"'^ dcrincamation,

sorte. « Mais, parce que la moisson devient plus ample p. g?2.

n que jamais dans une si vafte étendue de pays & parmi

« tant de nations différentes, où il nous eft permis d'aller

«1 maintenant, la Providence divine y a pourvu d'une

« façon particulière... 8c aous a fourni un puissant renfort

« par la venue de M. Tabbé de Queylus, avec plusieurs

« ecclésiafliques tirés du Séminaire de Saint-Sulpice , les-

(' quels vont joindre à Montréal ceux qui y sont. On ne

« peut espérer de tant de braves Missionnaires que de

« très-heureux succès, dont ce pays sera redevable au

« Roi de France, qui pousse avec bien plus d'ardeur en-

« core l'agrandissement du royaume de Jésus-Christ que

1»-. 1 1 t'-. , / \ (2) Relation de 1668,

« l étendue de ses Ltats (2) . » ^ ^

xxin.

M. de Laval, informé des intentions du monarque, accueil que m. de n-

ne se contenta pas d'accueillir avec honneur M. de Ouey- "^^^ ^^''^ "" *'• ""^ lus; pour effacer sans doute dans les esprits les impressions que ses procédés antérieurs avaient pu y laisser, il donna cette fois à M. de Queylus des lettres de grand-vicaire, dont celui-ci exerça les pouvoirs tout le temps qu'il demeura à Villemarie (3) . Il fit plus : il écrivit à M. Poite- (3) Regiftrcs de la vin, curé de Saint-Josse à Paris, son ami & son chargé palisse de Viiiemarie. d'affaires dans cette ville, une lettre dans laquelle il lui 28déc. i67o,2ijanv., témoigna sa satisfaction sur l'heureux retour de M. de ".» "^^^s, 2'} juillet, Queylus, Si fit insérer cette lettre à \q. Relation de cette an- [l,^^^^'^c^^[li\J^û, née, quoique jusqu'alors il n'eût jamais rien fait paraître 19 juin. dans ce recueil, 8c qu'il n'y insérât plus rien par la suite. C'était apparemment pour donner à la réception qu'il fit

l88 III* PARTIE. LOUIS XIV.

à M. de Queylus la plus grande publicité possible. • Le « secours des ecclésiaftiques que vous nous avez envovés, « dit-il, nous eft venu fort à propos pour nous donner le a moyen dassifter divers lieux de cette colonie, qui en ont 0 un notable besoin, & sans lesquels ils auraient été des- « titués de toute assiflance. La venue de ^L l'abbé de « Queylus, avec plusieurs bons ouvriers tirés du Séminaire « de Saint-Sulpice, ne nous a pas moins apporté de con- « solation. Nous les avons tous embrassés dans les en- « trailles de Jésus-Chrifl. Ce qui nous donne une joie plus « sensible eu de \oir notre clergé dans la disposition de « travailler tout d'un cœur & d'un même esprit à procurer « la gloire de Dieu & le salut des âmes, tant des Français « que des sauvages. Les tendresses de père que le Roi fait « paraître pour sa Nouvelle-France, & les dépenses no- « tables quil fait pour la rendre nombreuse & florissante, « fournissent à tous une fort ample moisson, pour em- « ployer dignement leur zèle 8c consumer leur vie pour « l'amour de Jésus- Chrilt, qui leur a donné les pre- « mières inspirations de venir la lui consacrer dans cette

(i; Relation de 1668, « EgUsC (l; (*;. » p. 3o.

(•) Après ces marques d'atîeclion pour M. de Queylus, très-sincères de la part de M. de Laval, qui était incapable de dissimuler en rien ses sentiments, on a lieu d'être surpris qu'il n'ait pas imité la conduite de M. de Tracv, qui, pour effacer le souvenir des démêlés fâcheux de M. de Mézy avec \I. de Laval lui-même, avait ordonné de raver tout ce qui en avait été écrit dans les regiftres du Conseil souverain. Nonobftant ces témoignages si publics & si éclatants d'eftime & d'amitié pour M. de Queylus, M. de Laval ordonna, plusieurs années après, lorsqu'il fut devenu Evéque titulaire de Québec, de transcrire, au contraire, sur les regirtres du nouvel évéché, ses trois lettres contre lui, comme nous l'avons déjà dit, sous l'année 1661; & même, f)our en certifier l'authencité, il apposa sa propre signature à ces transcriptions. On peut cependant expliquer cette conduite dans un homme dont les vues étaient si pures, en se rappelant ce que dit (2; Lettres spiri- la Mère Marie de l'Incarnation sur le caraclère de ce Prélat : « S'il eft

tuelles, lettre 96*, « une fois persuadé qu'il y va de la gloire de Dieu, il n'en reviendra

1 3 sept. 1661, p. 216. « jamais (2). »

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