‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 136 sur 326 · CHARGE DES FRAIS DE I.A MISSION DE KENTÉ · texte numérisé non relu

CHARGE DES FRAIS DE I.A MISSION DE KENTÉ

suLPicE DE PARIS SE à PaHs, l'établissemeut de cette Mission, on examina s'il 'l était à propos de s'en charger & de faire les grandes dépenses qui en seraient la conséquence inévitable. Considérant qu'on ne l'avait entreprise que sur la demande expresse des Iroquois, & avec l'autorisation des deux puissances, on conclut qu'on avait des marques suffisantes de la'volonté de Dieu, & qu'on devait la soutenir (2) Lettres de M. au prix de tous les sacrifices (2). On envoya donc à Kenté Tronson 1. 1, 25avrii ^ travailleurs pour V défricher des terres, & d'autres

1075. /èjii., lettres de ^ . - . , .

M. de Bretonviiiicrs, ouvriers pour y bâtir une ferme avec une grande maison,

mai 1675, 5 avril qu'on foumit de tous les infiruments ci'agriculture, des

meubles, des provisions & des autres choses nécessaires a

MISSION DE KENTÉ. 1668.

un pareil établissement. On y fit transporter à grands frais des belliaux pour la culturt des terres, de la volaille 8>. d'autres animaux; & par ce moyen, on adoucit la posi tion des Missionnaires qui, les premières années, y avaient enduré de très-rudes privations. Dans le voyage que M. de Fénelon fit de Kenté à Villemarie, au printemps de Tannée 1669, il trouva l'occasion de baptiser un enfant sauvage, qui mourut aussitôt après, & en informa, par lettres, M. de Bretonvilliers. Celui-ci, qui faisait tous les frais de cette Mission, lui disait avec joie dans sa réponse que, quelque onéreux qu'eût été & que pût être encore à l'avenir cet établissement, il Teftimerait très-avantageux à la maison de Saint-Sulpice , quand il ne devrait produire aucun autre fruit que le baptême de cet enfant, pourvu que les sujets qui y étaient employés fussent toujours fidèles à leur emploi (*).

Comme nous Tavons dit, on baptisait cependant conversion étonnante quelques adultes à la mort. Il arriva même, à ce sujet, une ^'"^ moQ.uois. chose assez singulière : un sauvage qui méprisait la religion, étant tombé gravement malade, songea une nuit qu'il voyait une belle & grande maison^ à Kenté, toute remplie de Missionnaires, où un jeune d'entre eux le baptisait; & à son réveil il envoya sa femme à Kenté pour chercher un prêtre. M. d'Urfé se rendit auprès de lui, & ayant appris du malade le récit de ce songe, se mit à linflruire. De leur côté, M. Trouvé et M. d'Urfé conti- j nuèrent les inflructions , pendant trois mois , dans les

(*) Comme le succès de l'établissement de Kenté ne se bornait guère qu'au baptême des enfants, un jour, quelques Evêques trèszélés pour les Missions de la Chine, représentèrent à M, de Bretonvilliers le peu de fruit de celle du Canada, sans doute pour l'engager à consacrer plutôt ses aumônes & ses Ecclésiaftiques aux premières; & là-dessus, sans être ébranlé par leurs représentations, il se mit à leur montrer la valeur d'une seule âme dont on procure le salut, & aussi le bonheur de travailler aux emplois les plus délaissés de l'Église, par soumission à la volonté de Dieu (i).

(i) Mémoires sur la vie de M. de Bretonvilliers, par M. Baudrand, in-i8, p. i6> 17, 18.

igS m*' PARTIE. LOUIS XIV.

visites qu'ils lui firent; & le malade les écoutait avec tant d'attention & d'avidité qu'rls en étaient surpris & touchés en rinftruisant. Ce n'étaient, de sa part, que des regrets de ses péchés, un déplaisir amer d'avoir offensé Dieu, & des désirs ardents de vivre pour son service & de recevoir le baptême. Enfin, après beaucoup d'infi:ances de sa part, ils lui conférèrent ce sacrement qu'il reçut dans les dispositions les plus saintes, & rendit ainsi son âme à Dieu (*).

RETOUR DES RÉCOLLETS Mals Ics prôtrcs veiius du Séminaire de Saint-Sulpice

EN CANADA. ^ ^^ celul des Missions étrangères ne pouvaient suffire

seuls aux besoins spirituels des Français & des sauvages.

Le Roi, pour augmenter le nombre des ouvriers évangé-

liques, désira dy rappeler les Récollets, qui avaient été les

premiers apôtres de la colonie; & si la politique de ses

officiers entra pour quelque chose dans le retour de ces

(0 Archives de la Rcligieux à Québcc (i), 011 lie doit pas douter qu'en les

marine. Mémoires gé- jj^yi^^^t à v passer, Louis XIV n'ait eu cu vue, avant tout,

neraux sur le Canada, ^ . . . .

1667. Mémoire de le bien de la religion & la sanctification de la colonie. Le M. Talon. j^ ^^:^ 1669, il écrivit au P. AUart, Provincial de la pro-

vince de Saint-Denis : « Étant nécessaire, pour le bien de « mon service & le salut des âmes de mes sujets qui com- ^( posent la colonie de la Nouvelle-France, d'y envoyer « quelques-uns des Religieux Récollets de votre province, « j'ai bien voulu vous écrire ces lignes pour que vous « donniez obédience aux PP. Herveau, Romuald & Hila- (2} Archives de la « riou, qui sout à présent au couvent de Paris (2). » Ces sli^iier^RécoUets ^dê Religieux partirent en eff'et & s'embarquèrent à la Ro-

Saint-Denis. Lettre

autographe. — Archi- : __^

ves de la marine à Paris. Regiltre des ordres du Roi fol. i32. (*) Outre M. Trouvé, M. de Fénelon & M. d'Urfé, d'autres i5 mai 1GO9. prêtres du Séminaire furent employés à cette Mission; & de ce nombre, M. de Cicé, M. Mariet. C'eft peut-être quelqu'un de ces Missionnaires qui aura composé un petit écrit, conservé autrefois au Séminaire de Paris & aujourd'hui à la Bibliothèque Mazarine, ayant pour titre : Abrégé des vie & mœurs & autre?, particularités de la (3) Bibliothèque Ma- ^^tion Iroquoise, laquelle est divisée' en cinq villages & tribus, zarine, ms. i-jof), A. Agniès, Onnciouts, Nontaguès, Gojroouans & Sonnontouans (3).

RETOUR DES RKCOLLETS EN CANADA. I (JÔq. I99

chelle; maisleP. Romuald mourut, et le vaisseau, battu par

d'atTreuses tempêtes, alla relàcBer en Portugal. Ayant remis

à la voile pour retourner en France, ils furent assaillis avec

tant de furie, que leur navire se brisa sur des rochers près

de Lisbonne (i). Ils eurent cependant le bonheur d'échap- (O Lettres de Marie

per au naufrage, et revinrent à Paris, d'où ils se prépa- s'^'^p^'c^lf ^^^'^'^J^s

raient à repartir pour le Canada, lorsque le Roi écrivit au de l'Hôtei-Dieu st-

P. .AJlart la lettre de cachet suivante : « J ai été informé i^'P^' p^' ^^ ^^""^

Monn. — Premier cta-

« que les Religieux de l'ordre de Saint-François Récollets, biissement de la Foi « autrefois établis en Canada, désirent rentrer dans la parle père Le ciercq,

j . , . , tom. II, p. 8'3, 87, 8S.

« possession de tout ce qui leur appartenait dans ce pays,

H afin de pouvoir s'appliquer entièrement à la consolation ,

« spirituelle de mes sujets; vous ne sauriez rien faire qui "^

a me soit plus agréable que de passer audit pays avec

« quatre Religieux (2). » Le même jour, le Roi écrivit trois (2) Archives de Vcr-

autres lettres en faveur des Récollets, Tune à M. Talon, f ''''""' ^ ''"■'' ''"'^"'

. / ' lettre autographe. Av-

une autre à M. de Courcelles., la troisième à M. de Laval, chives de hi marine,

<« Ayant considéré, disait-il à ce Prélat, que le rétablisse- '^'^•' ^°^- 3S.-Pièces

« ment des Récollets de l'ordre de Saint-François, sur les tenure^'^e^ncurîaie^

« terres qu'ils ont ci-devant possédées en Canada, pour- Québec, 1852, p. 346.

« rait être dune très-grande utilité pour la consolation

« spirituelle de mes sujets & poLir le soulagement de vos

« Ecclésiaftiques, mon intention eft que vous donniez au

« P. Allart, & aux quatre Religieux qu'il mène avec lui, le

« pouvoir dadminillrer les sacrements à tous ceux qui

« auront recours à eux (3) » Les Récollets s'embarquèrent (3) Archives de la

donc une seconde fois, & pensèrent encore faire naufrage "''^""^.' '''^s'^tre des

' '^ ^ cxpetlitions conccr-

proche de Tadoussac, où leur vaisseau fut jeté sur des nant les Compagnies rochers par une furieuse tempête. Il semblait qu'il dût y fî -^i^'l^V a"1°'

, . ^ . y . J [„! -,y gi 3q. Archi-

penr avec tous les passagers; maLs, par unie conduite par- vcs de Versailles, ticulière de la Providence, il reffa incliné sur le côté, au '*'^milieu de ces rochers affreux, &y demeura immobile jusqu'à ce que la marée venant à monter, elle l'enleva sans aucun accident (*).

(*) Quoique ce navire n'eut cessé de faire eau pendant la tra-

RÉCEPTION DES RÉcoL- Lcs Récollcts^ arovés à Québec au nombre de sixj -4^

I.ET5 A ouEBEc. turcnt reçus avec beaucoup de joie par les habitants, qui

revoyaient ainsi leurs premiers pafteurs; &, de son côté,

M. de Laval, dans les lettres de pouvoirs qu'il leur donna,

rit un digne éloge des anciens travaux des Missionnaires de

(i; Archives de la cet Ordre (i). « Ce sout dcs Religieux fort zélés, ajoutait de

rinies^'^iettre^ auto- " SOU côté laMèrc Marie de riiicamation ; Icur Provincial, ^

graphe, lo no\ . 1G70. « hommc Considérable parmi eux & qui a des qualités émi-

(2) Lettres de Marie „ ncutcs, çft vcnu lui-mêmc Ics rétablir (2). » Les Jésuitcs,

de l'Incarnation, /è/rf., , , ^,. . ^^ , iv. -j

p (3^^ dans jeur Relation de cette année, parlèrent aussi de cet

heureux événement : « Les RR. PP. Récollets, amenés de « France comme un nouveau secours de Missionnaires « pour cultiver cette Église, disaient-ils, nous ont donné un • « surcroît de joie & de consolation. Nous les avons reçus ' u comme les premiers apôtres de ce pays, &, pour recon- « naître Tobligation que leur a la colonie Française, qu'ils (' y ont accompagnée dans son premier établissement, tous \ « les habitants de Québec ont été ravis de revoir ces bons \ « Religieux établis au lieu' même où ils demeuraient, il y . , r « a plus de quarante ans, lorsque les Français furent

(3) Relationde 1670, ^ ,1^ , ^ k \ ■ /n

p. 2. (i chassés du Canada par les Anglais {5). »

LES RÉcoixETs REN- Avaut 1 629, Ics RécoUcts possédaient, sur le bord de

""""' la rivière Saint-Charles, près de Québec, une certaine étendue de terres, sur lesquelles ils avaient fait conflruire, comme il a été dit, leur chapelle & leur couvent. Ils se proposaient de rentrer en possession de ces biens, &, dans leur premier embarquement, en 1669, avaient porté pour cela avec eux leurs titres de propriété ; mais, outre que, dans le naufrage de Lisbonne, tous ces titres avaient péri, il ne reftait plus rien de leur ancien couvent, la maison étant tombée en ruines, & leurs terres se trouvaient

iRFNT e:» possession

DE LEIRS TERRES.

(4) Lettres de Marie de l'Incarnation, lettre X4'-, p. 646, 27 août

1O70. - Relations de versée, au point qu'on avait été obligé d'être toujours à la pompe, il la Nouvelle -France , fut tellement resserré par la grande secousse qu'il éprouva entre ces '^'70» P' -i- rochers, qu'il ne fit pas une seule goutte d'eau depuis (4).

RETOUR DES RKCOLLKTS fc.N CANADA. iGGc). 201

occupées par divers particuliers, qui ne comptaient pas de voir jamais revenir ces Religieux en Canada (i). M. d'Avau- (i) Lettres de Marie gour en avait concédé la plus grande partie à M. René-Louis ^''(34""'^""^'°"'' ' *' Chartier de Lotbinièrc, le 29 janvier 1662, & le surplus était possédé par les Religieuses Hospitalières de Québec, ainsi que par la veuve de M. de Répentigny (2). « Le (2) Pièces & docu- « Provincial des Récollets, dit à ce sujet la Mère Marie reigneurTaie!'pr34^' « de l'Incarnation, nous a assuré que, pour le bien de la 357. (t paix, il laisserait les terres aux particuliers qui les pos- (' sèdent, & se contenterait d'un fort petit espace pour se « bâtir. Ces Religieux vont se rétablir sur leurs anciennes « ruines, &, en attendant, ils sont logés à notre porte, & <( notre église efl commune à eux & à nous (3). » Mais (3) Lettresde Marie M. de Lotbinière ne voulut pas tirer avantage d'une réso- ""^ |;inc'^r"^"o"> '*'^' lution si généreuse & remit aux Récollets, par ade du 23 octobre 1670, tout ce qu'il possédait de leurs anciennes terres, &, de leur côté, les Religieuses de THôtel-Dieu, héritières de madame de Répentigny, transigèrent avec eux. De cette sorte, ils se trouvèrent en possession de dix arpents de terre sur cent dix de profondeur, &, comme ils n'avaient plus aucun de leurs anciens titres, le Gouverneur général, conformément aux intentions du Roi, leur en accorda de nouveaux, pour les obliger davantage par là à continuer les secours spirituels qu'ils donnaient à ce W P'^^^^es & docu-

/ s ments sur la tenure

F J ^T-/' seigneuriale, p. .^47.

Ml-

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