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SOIN DE CES JEUNES

PERSONNES JUSQU'A la Cour, Tanuéc suivante, de conduire les cent cinquante LEUR MARIAGE. ^[[gg ^Q^\ Qu a parlé. Il eft vrai que plusieurs ne répondirent pas toujours à ses soins, parce que peut-être cette dame ne possédait pas au même degré le don naturel de la Sœur Bourgeoys pour traiter avec les esprits difficiles. On conçoit d'ailleurs que, dans un si grand nombre de filles, il devait se trouver des caradères rudes & peu aisés à manier, surtout au milieu des incommodités alors inséparables d'une navigation qui durait trois mois & quelquefois plus longtemps encore. La Mère de l'Incarnation parle ainsi de cette circonftance : « Madame Bourdon a « été chargée en France de cent cinquante filles, que le « Roi a envoyées en ce pays par le vaisseau Normand. « Elles ne lui ont pas peu donné d'exercice dans un si « long trajet, car, comme il y en a de toutes conditions, « il s'en efl trouvé de très-grossières & de très-difficiles à « conduire. Il y en a d'autres de naissance qui sont très- « honnêtes & lui ont donné plus de satisfacfion. » Le choix d'une personne pour les conduire, aussi vertueuse que l'était madame Bourdon, montre bien avec quel soin le Roi veillait sur ces jeunes filles; & il ne sera pas hors de propos de la faire connaître ici, pour l'édification de (i) Lettres de Marie nos Icclcurs. « Madame Bourdou (Anne Gasnier) (i) efl

de rincarnation, lettre ij -'^'OJ u'^'j ^^i

8i' i668 p. 63q. " '-^^ exemple de piete & de chante dans tout le pays,

« écrivait la même Religieuse; elle eft la mère des misé-

« râbles & occupée à toutes sortes de bonnes œuvres.

« Avant de passer en Canada, où elle n'eft venue que par

« un principe de piété & de dévotion, elle était veuve de

« M. de Monceaux, gentilhomme de qualité. Quelque

« temps après qu'elle fut arrivée, M. Bourdon demeura

« veuf avec sept enfants, dont aucun n'était capable

POPULATION AUGMENTÉE. l65c) ET SUÎV

d'avoir soin de soi-même. Elle eut un puissant mouvement d'assilkr cette famille, & pour cet effet se résolut d'épouser M. Bourdon, dont la vertu lui était assez connue, à condition qu'ils vivraient ensemble comme un frère avec sa sœur. Cela s'efi: fait, & la condition a été observée exaclement. Elle se ravala de condition pour faire ce coup de charité, qui, en France, où elle était fort connue, tant à Paris qu'en province, fut jugé comme une adion de légèreté, eu égard à la vie qu'on lui avait vu mener, fort éloignée de celle du mariage. Mais Ton a bien changé de pensée, quand on a appris tout le bien qu a produit cette généreuse action. Car elle a élevé tous les enfants de M. Bourdon avec une débonnaireté non pareille, & les a mis dans l'état où ils sont à présent (i). » En considérant donc les rares vertus de madame Bourdon, on peut dire aussi de toutes les filles dont elle avait le soin à Québec, qu'elles étaient heureuses de tomber en d'aussi bonnes mains que les siennes.

(i) Lettres de Marie du 11 ncarnatior. .lettre y I '', iiiGS, p. G3().

Lorsqu'il n'y avait en France aucune dame ni demoiselle du Canada pour les conduire, le Roi envoyait quelque femme de vertu qu'il chargeait de les accompagner dans le voyage, & qui ne devait les quitter que lorsque toutes auraient été établies. Ainsi, dans l'état de sa dépense pour l'année 1671, nous trouvons un article digne de la sage vigilance & de la religion de ce prince : il donne « six cents livres à la demoiselle Etienne, en « considération du soin qu'elle prend des filles que l'on <( tire de l'hôpital général pour les envoyer en Canada, « & du voyage qu'elle y fait pour les diriger jusqu'à ce '( qu'elles soient mariées (2). » Nous devons ajouter que néanmoins madame Bourdon les recevait elle-même à Québec, & les gardait chez elle en attendant leur mariage. Pour les aider à s'établir, le Roi les gratifiait de dons '""^ proportionnés à la condition de chacune. « Les demoi- « selles de naissance, ajoute la Mère de Sainte-Hélène,

MADKMOIfELLE DENIS

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