PETIT SÉMINAIRE DE QUÉBEC. 1668. 2C)I
conféré la tonsure et les ordres mineurs, le lo août 1 662 (i), (i) Rcgiftresdei'arle même qui se joignit, dans la suite, au P. Marquette, f'^^'^l ^'' ^"'^'^^''• pour la découverte du pays des Illinois (2); Tautre, Pierre \^'^ ;^j-^. Mémoire de Francheville, de la paroisse des Trois-Rivières, qui aeM. deSaint-Vaiiier
... . , ,-• ,• 11 • T^ *^ o v au cardinal d'Kftréc.
étudiait aussi dans l intention de devenir Prêtre, ec avait même reçu la tonsure, le 8 octobre 1667 (3). Les per- (3) /^/rf., p. 58. sonnes les plus qualifiées du pays assiftèrent à l'exercice dont nous parlons; & M. Talon voulut Thonorer de sa présence. Bien plus, pour exciter Témulation des jeunes répondants, il ne dédaigna pas de les argumenter luimême; 6c il le fit avec toute la netteté d'idées & la précision de langage qu'on pouvait attendre d'un homme de son mérite ^ de sa capacité. D'après la Relation que nous avons sous les yeux, il semble même qu'il se fit plus remarquer qu'aucun autre des argumentateurs (4); ceW (4) Journal des Jé-
11 1 1 1 A/r TL ^ • ^ • • ^ ^ 1-1'^ 1 suites, 2 juillet 1G66.
qu alors la plupart des Magifirats avaient joint a 1 étude du droit celle de la philosophie & de la théologie scolastique; & s'expliquaient en latin, sur ces matières, avec autant de facilité qu'ils pouvaient le faire en français. Les militaires eux-mêmes n'étaient pas toujours étrangers à ces combats pacifiques; & l'on sait que Bossuet, en soutenant ses thèses à Navarre, avait eu le grand Condé pour un de ses argumentateurs. L'année suivante, il y eut à Québec un autre exercice public, où l'on joignit à la logique toutes les autres parties de la philosophie, sur lesquelles le même Pierre de Francheville & Charles-Amador Martin soutinrent des thèses, le i5 du mois de juillet.
Outre ces écoles publiques, on ouvrit, l'année ir)68^ établissement dus
.-. C> ^ • • > /-^ /l 1 ^ 1 r • PETIT SÉMINAIRE A
un petit Séminaire a Québec, dont nous devons taire con- ^uébec. naître ici l'origine. Con^•aincu de la nécessité de former de bonne heure les enfants à la vertu, Louis XI'V avait engagé M. de Laval à procurer aussi le bienfait de l'éducation aux enfants sauvages ; & comme il s'agissait de former ces derniers à nos mœurs & de leur apprendre la langue Française, ce Prélat eflima que, pour y réussir, il était nécessaire de les mêler avec des enfants Français.
202 m*" PARTIE. LOUIS XIV.
Dans ce dessein^, il établit à Québec un petit Séminaire^ ^ voulut que les Prêtres des Missions étrangères en eus- (i) Relation de 16G6, scnt la dirediou (i). Il jugea qu'indépendammeut du fruit ^' ^'- que cet établissement procurerait aux sauvages^ il serait
très-utile aux Français^ en les retirant de la vie désœuvrée & dissipée, naturelle aux enfants; que par là on pourrait former ces derniers au chant & aux cérémonies de l'Église, qu'ils exerceraient ensuite avec plus de décence; & qu'enfin ce serait le moyen de cultiver dans plusieurs les dispositions à Tétat ecclésiaftique, qu'ils témoignaient vouloir embrasser. Mais comme il était à craindre que les familles Françaises ne refusassent de placer leurs enfants dans une maison où ils seraient mêlés avec de petits sauvages : on prit le parti de retirer du Collège des Jésuites tous les étudiants dont le Roi payait la pension.
PREMIERS ÉLÈVES FOR- Le pctlt Séminaire commença donc ainsi le 9 ot5fobre
MES DANS CETTE MAI- j ggg^ ^ ^Q couiposa d'abord de quatorze élèves, six enfants Hurons & huit Français, Ces derniers étaient de Québec ou des Trois-Rivières, & cinq au moins parvinrent à la prêtrise, ce qui montre les grands soins qu'on prenait de leur éducation. Ce furent Pierre & Charles Volant, frères jumeaux, nés aux Trois-Rivières, âgés alors de quatorze ans ; Pierre Pellerin de Saint-Amant, de Québec, âgé de douze ans, qui embrassa ensuite Tlnflitut des Récollets, où il fut connu sous le nom de P. Ambroise; Jean Peinguet, de Québec, âgé de treize ans, qui devint Chanoine de cette ville; Paul Vachont, de Beauport, âgé
(2) Arch. du sém. (\q douzc aus (2). En i66g, parmi les Français, il y en mtSnl^^'^'NomT de ^^^^ ^^^^^ ^^ ViUemarie, en faveur desquels leurs pères, ceux qui sont entres Charles Lcmoinc de Longueuil, Jacques Le Ber & Louis au petit séminaire. Rrudhommc, avaiciit saus doute obtenu des bourses du
Roi. Aucun des trois n'entra dans le Clergé; c'étaient
(3) Archives de la Jacqucs Lc Moyne, âgé d'environ dix ans (3), qui mourut manne recensement ^ j^ guerre coutrc les Auglals; Louis Lc Ber, son cousin
de iGoo, article Mont- ~ o > '
réai. germain, qui mourut en France; & Paul Prudhomme, le
même qui plus tard se deflina à exercer la chirurgie à Vil-
ÉCOLE d'arts et MÉTIERS. ÉCOLES PRIMAIRES. 203
lemarie. Cet ctablissement, formé d'abord pour les enfants sauvages, fut cependant plus utile aux Français, par la bonne éducation quils y reçurent, quoiqu'en général ils n"v prissent pas le goût de Tétat ecclésiaflique ; du moins, beaucoup d'enfants de bonnes familles ne persévérèrent pas dans la résolution qu'ils avaient d'abord manifeflée de l'embrasser. De ce nombre, Auguflin de 'Villeray, René d'Amouy, Auguil:in Le Gardeur de Répentigny, Robineau de Bécancourt, Augul^in de Tilly, François de Laval, neveu de l'Évèque de Pétrée. Ce dernier, arrivé de France à l'âge de neuf ans, ne fit paraître aucune inclination pour l'état ecclésiaflique ; 8:, ayant été renvoyé en France, sept ans après, par son oncle, il fut tué dans un combat naval. Quelques-uns pourtant persévérèrent : de ce nombre Pierre Thierry, Missionnaire des sauvages, dans l'Acadie, Jacques-Alexis Fleury Deschambeault, qui, en 1693, fut joint au précédent, comme Missionnaire.
Mais, plusieurs de ces enfants Français ne témoi- école des arts et mé gnant aucun attrait pour l'étude & montrant plus d'aptitude pour le travail des mains, on les sépara des autres &on les envoya au cap de Tourmente, où Ton forma pour eux comme une sorte d'école d'arts & métiers, Là, chacun était appliqué, sous quelque maître particulier, à apprendre une profession mécanique, qui pût le rendre utile à la colonie, comme celles de couvreur, de cordonnier, de tailleur, de maçon, de serrurier; & on les gardait à cette école jusqu'à ce qu'ils eussent atteint leur dixhuitième année, 8: même au delà de cet âge (i). Indépen- (i) Archives du sédamment de ces écoles publiques, quelques personnes se voh'Tn-foK Noms ïé livraient à l'inffruclion primaire des enfants; & de ce ceux qui sont entrés nombre, nous pouvons mettre, à certains égards, M. Jean ''^^ ^e m maire. Le Sueur, Prêtre, appelé aussi de Saint-Sauveur, à cause de la cure de ce nom à Thury, en Normandie, qu'il avait desservie autrefois. A Québec, il exerça d'abord l'emploi de confesseur & de chapelain des Hospitalières. Mais les ^-^ "i^i- ^c l'Hôtei-
• . « 1 /- 11, , ,' , ^ Dieu de Québec, p.
ayant quittées peu après, vers la fin de 1 année 1640 (2) , .^r,, ic,f.
TIEUS AU CAP DK TOURMENTE.
264 m'' PARTIE. LOUIS XIV.
M. Jean Bourdon le reçut dans sa maison 8c le chargea de Téducation de ses enfants^ que M. Le Sueur éleva dans la crainte de Dieu, & à qui il apprit à lire & à écrire (').
\ii[.
A \ iLLEMARiE LES TRÉ- A ViUcmarie^ où la colonie était en quelque sorte aban-
TRFs DU SEMINAIRE (donnée à ses propres ressources, comme étant une oeuvre
lONT L ECOLE AUX . . ^ ^ '
oARçoNs. particulière, la Sœur Bourgeoys et ses compagnes donnaient
rinftruclion aux enfants, dans la modelée maison que les seigneurs leur avaient attribuée pour cet usage, ainsi qu'il a été rapporté. Au commencement la Sœur Bourgeoys se chargea de l'éducation des garçons, aussi bien que de celle des filles; mais à mesure que la population augmenta, il fut nécessaire de les séparer, pour les instruire à part. M. Souart remplit alors ce minifière à Villemarie, en faveur des garçons, après le retour de M. de Queylus; & comme M. Gilles Pérot était alors devenu Curé de Villemarie, M. Souart, dans un grand nombre d'ades, se trouve pour cela qualifié : ancien Curé de la paroisse, maître d'école; 8c c'eft le titre qu'il porte aussi fi) Orcfic de Ville- daus Ics regiftres de la Cour civile, à Québec (i). M. Pierre mnric, 12 dec. \(,ji. f^e^iy, de Paris, envoyé en Canada, Tannée 1670 (2), lors-
Archives de la Cour ,. . -^ .
civile à Québec, insi- qu'il n'était encorc que sous-diacre, fut d'abord adjoint à nuations, m-:oi., iG y\^ Souart, pour l'aider dans cet emploi, & ensuite chargé
août 1674, fol. i36. , '/. . , . ,, \ ^r-u ■ X
longtemps lui-même des petites écoles a Villemarie. Ce
(2) Greffe de Ville- , ^ ^ o^ ■ ■ - ^. r ■ • j t7
marie. Assemblée des ^^ ^if P^is que le Séminaire n eut pu taire venir de b rance marguiuiers de la dcs maîtrcs Capables d'inltruire les jeunes garçons: mais,
Chine. (| juin 1703. . ^ , . „ •* . ?/!.',.
convaincu, avec le pieux Gerson, que rien n eit plus nécessaire au bien de la société, que l'éducation chrétienne des enfants, il attachait une si grande importance à inspirer,
(*) M. Bourdon avait obtenu, près de Québec, une concession de
(.\i Pièces sur la te- soixante arpents, mise ensuite en fief (3), où il avait fait conftruire
nure seigneuriale, p. une maison avcc une chapelle appelée Saint-Jean, du nom de son
^^'^- patron, à qui elle était dédiée : ce qui, dans les ades, le fait qualifier
'a) Archives de la •''^'8''''^^'^ ^^ Saint-Jean. Il mourut très-chrétiennement, le 12 jan-
c:our civile à Québec. ^'''^•' I ^>G8, &, dans son tcftament, il fait une mention particulière de
Fnsmuation de 1664 à M. Le Sueur, comme d'un homme à qui il avait les plus grandes
1675, (ol. 24, 25. obligations pour l'éducation que lui devaient ses enfants (4).
KCOLFS PRIMAIRES. 265
dès le bas âge, à ceux de Villemaric, des sentiments de vertu 8c de relii;ion, 8c à les former à des habitudes de politesse 8c d'honnêteté civiles, tout en leur apprenant les éléments des lettres, que, pendant une longue suite d'années, il aima mieux consacrer de ses Prêtres à ce pénible minillère que de s'en décharger sur des étrangers. L'instruclion primaire fut toujours gratuite à Villemarie; mais, comme dans ces premiers temps le Séminaire était obligé à beaucoup de dépenses pour aider des familles à s'établir, les habitants étaient censés fournir aux frais de loyer de la maison de l'école. Chaque année, le Syndic, accompagné du greffier de la juilice, faisait, pour cet objet, une quête chez les particuliers, qui étaient libres d'y contribuer (i); (o Greffe de viiieet au défaut de ceux-ci, le Séminaire achevait de former 'J'^"':' ^ '^'^'^\ ^^'P^'
^ Archives de la )us-
la somme voulue. tice.
L'éducation des filles ne coûtait pas davantage aux par- les sœurs de la conticuliers, qui même n'avaient aucune quête à faire pour le loyer des écoles. La Sœur Bourgeoys donnait gratuite- filles. ment l'inftruclion à toutes les filles du pays; 8c après avoir employé la journée à les inflruire, elle se livrait, de concert avec ses compagnes, à un travail manuel, toujours prolongé bien avant dans la nuit. Par ce moyen, elle fournissait à l'entretien de sa Communauté, sans être à charge à personne, 8: trouvait encore des ressources pour assifler les malheureux. Lorsque la petite maison qu'elle avait reçue des seigneurs fut devenue insuffisante, elle acheta, le 6 juillet 1672, d'André Charly & de Marie Du Mesnil, sa femme, un arpent de terre contiguë, sur laquelle était conflruit un bâtiment dont nous avons parlé, 8c les paya de ses propres deniers (2). En 1668, elle acheta (2) Greffe de viiieencore de Suzanne Gibault, veuve de Claude Fézeret, un ^^^^^> 6 juillet 1672. autre bâtiment de trente-six pieds en carré, également contigu aux terrains de la Congrégation (3); &, en outre, elle (?j ibid., 29 août acquit de PYançois Le Ber une concession, située à la ^^'^^' pointe Saint-Charles, avec une maison qui s'y trouvait
n ■ , s T^.-- u ■ j • • U) If>id., 21 sept.
conltruite (4). Déjà elle avait reçu des seigneurs soixante ,gg8.