ÉCOLES PRIMAIRES
elles désiraient d'étendre ailleurs le bien qu'elles procuraient à la colonie de Villemarie^ ce Prélat les autorisa à faire des missions passagères dans les lieux écartés, dépourvus de tous secours pour rinftrudion de la jeunesse; 8c comme les prêtres du Séminaire allaient, à certains jours, à la Chine ^ à la Pointe-aux-Trembles pour les fondions de leur minillère, les Sœurs s'y rendaient de leur côté, à certaines époques, pour en inflruire les plus jeunes filles & les préparer à leur première communion. Plusieurs de ces ferventes Missionnaires allèrent ainsi jusqu'au-dessous de Québec exercer cette sorte d'apoftolat, spécialement à la baie Saint-Paul; & peut-être, dans la Relation de l'état de l'Église du Canada de Tannée 1661, M. de Laval parle-t-il d'elles ou de quelques-unes des élèves formées par leurs soins, qui étaient alors- en mission aux Trois-Rivières : « Nous avons envoyé récemment « dans ce lieu, dit-il, de jeunes personnes comme maî- « tresses pour prendre soin des petites filles, afin qu'elles « leur enseignent tout ce qu'il efi nécessaire aux chrétiens (I de savoir : en attendant que le temps & Toccasion favo- « râbles se présentent pour établir dans ce lieu des Reli- « gieuses de Sainte-Ursule (i). » Si les maîtresses dont il {\) ibid. informatio parle étaient des Sœurs de la Congrégation , comme il eft ^'^ ^.J^^" Ecciesiœ,
1 j 1 j -v , / ^^ 1 T , -' o^^- >'j6i, fol. 28.
naturel de le penser, ces dernières paroles de M. de Laval pourraient montrer peut-être le dessein qu'il avait déjà conçu de les faire entrer dans l'infiitut des Ursulines, au lieu de leur permettre d'en former un à part, ce qui fut, dans la suite, un grand sujet d'épreuves pour la Sœur Bourgeoys, leur infiitutrice. Car ce Prélat eût désiré d'en user à leur égard comme envers les Hospitalières de 'Villemarie, qu'il avait voulu unir à celles de Québec, afin que de la sorte il n'y eût eu en Canada qu'un seul infiitut pour l'éducation des jeunes filles, & qu'un seul pour le soulagement des malades dans les Hôtels- Dieu. Quoi qu'il en soit, le bien du pays demandait qu'un établissement qui procurait de si grands avantages & n'imposait aucune espèce de charges aux habitants, fût con-
louis xiv confirme l'Établissement de la congrégation.
firme par lettres patentes du monarque. Ils résolurent donc de s'assembler pour ce dessein, & sur l'autorisation officielle que leur en donna M. Talon, en 1667, ils dressèrent leur supplique au Roi le 9 octobre de cette année. M. Pérot, comme curé de la paroisse, certifia de son côté les avantages de cet infiitut, & le lendemain M. d'Ailleboull en donna une déclaration, en sa qualité de juge. La Sœur Bourgeoys n'avait demandé ni la convocation de cette assemblée, ni ces lettres de recommandation; aussi ne fit-elle d'abord aucun usage de ces pièces; mais, en 1670, ceux qui la dirigeaient jugèrent qu'elle ne devait pas différer davantage, 8c que le moment était venu d'aller solliciter des lettres patentes du Roi (*).
Elle céda alors aux inftances qu'on lui fit. « On me « dit, écrit-elle, qu'il fallait demander des lettres patentes
(*) Les mouvements que se donnaient quelques personnes, pour faire établir des Ursulines à Villemarie purent entrer pour quelque chose dans les infiances faites à la Sœur Bourgeoys. Quoique ces Religieuses fussent très-utiles & même nécessaires à Québec, comme on l'a dit, la clôture, qu'elles devaient garder par état, eût diminué de beaucoup leurs services ù Villemarie. « L'on a eu quelque dessein de nous établir à Montréal, écrivait la Mère Marie de l'Incarnation « le 25 septembre de cette année 1670; mais l'affaire a été retardée « pour quelque temps. M. l'abbé de Queylus, qui en eu le supérieur « spirituel & temporel pour Messieurs de Saint-Sulpice, nous pro- « met sa prote£1:ion torsque les choses seront en état. Nous ne som- « mes pas marries de ce retardement, n'étant pas encore assez fortes « pour entreprendre un établissement de cette conséquence. Mgr notre « Prélat, qui ne fait rien qu'avec prudence, eft aussi de ce sentice mcnt(i). » Les Ursulines de Tours, désireuses aussi d'aller exercer leur zèle à Villemarie, demandaient d'y être seules de leur maison. La Mère Marie de l'Incarnation leur répondit : « Si vous saviez ce « que c'eft que Montréal, vous n'auriez garde d'y envoyer des Reli- « gieuses, & quand vous le voudriez, Mgr notre Évêque ne le perce mettrait pas, surtout à de nouvelles venues qui ne seraient pas « encore faites au pays. Mais nous ne serons pas en cette peine, parce « que Messieurs de Saint-Sulpice, qui en ont la conduite, n'y veu- [2) Lettres hiftor. « lent que des filles séculières qui aient la liberté de sortir pour aller Icit. 88, p. 668. 669! « çà & lu, afin de solliciter & d'aider le prochain (2). »
( I ) Lettres spirituelles, lettre 127*, p. 287, 288.
ÉCOLES PRIMAIRi:S. 269
« ^ amener de France quelques filles. Je reçus beaucoup
(« de certirtcats^ tant du Séminaire de Saint-Sulpice que
« de Montréal 8c de Québec (i). » Inltruit déjà de Tuti- (o Vic de la Sœui-
lité de cette société naissante, Colbert en écrivait ainsi à ^«"""s^oy^' *• ^> p-
M. Talon : « Quant à rétablissement de la Congrégation
« de filles qui se forme à Montréal pour enseigner aux
« personnes du même sexe à lire, à écrire, & quelques
« ouvrages de main, le Roi trouve bon que vous vous
« appliquiez à le fortifier, ces œuvres de piété pouvant
« contribuer beaucoup à Taugmentation du culte de notre
« religion (2). » Ce minifire accueillit avec bonté la Sœur (2) Archives de la
Bourceoys, & appuya sa demande auprès du monarque, "^a'"'"'^- Canada. Re-
O J > tt J ï i ^ g,(t,^, j^5 dépêches,
qui voulut bien approuver par des lettres patentes une si i67i,foi.3i,àM.Ta-
utile inftitution. Dans le préambule de ces lettres, le Roi ^°'^-
rappelle que la Sœur Bourgeoys, en vue de procurer Ta-
vancement de la foi catholique par la bonne infirucfion
des personnes de son sexe, tant sauvages que Françaises,
s'était retirée pour ce sujet, dès Tannée j653, dans la
Nouvelle-France, 8c établie dans l'île de Montréal avec
quelques autres filles vivant en communauté. « Elle y a fait
« l'exercice de maîtresse d'école, ajoute-t-il, en montrant
« gratuitement aux jeunes filles tous les métiers qui les
« rendent capables de gagner leur vie; 8c avec un si heu-
« reux progrès, par les grâces continuelles de la divine
« Providence, que ni elle ni ses associées ne sont aucune-
« ment à charge au pays, ayant fait bâtir dans Tile de
« Montréal deux corps de logis & fait défricher plusieurs
(' concessions de terres, bâtir une métairie garnie de toutes
<( les choses nécessaires. Cet établissement, ainsi fait, a
0 depuis été approuvé tant par le sieur Évêque de Pétrée,
H vicaire apofiolique, par le sieur de Courcelles, notre
« lieutenant général en Canada, & le sieur Talon, inten-
ff dant, que par un résultat d'assemblée des habitants du
" lieu. 'Voulant donc contribuer de notre part, comme
« nous ferons toujours, autant qu'il nous sera possible,
(' aux bonnes intentions de la Sœur Bourgeoys 8c de ses
» associées, en leur donnant le moyen d'étendre leur éta-
(t) Kdils & ortionnances royaux, p. 69.