J'il , ,f 1 PAYS des OUTAOUAS
avaient eu dessein d aller evangeliser, eut cependant d'utiles conséquences. Il excita le zèle pour découvrir de nouveaux pays, & en prendre possession, au nom du Roi, ; comme venaient de le faire ces deux Missionnaires; & ' immédiatement après leur retour, M. Talon envoya luimême à ce dessein des hommes au pays des Outaouas, & d'autres à la découverte de la mer du Sud & à la baie dHudson. Pour la première de ces expéditions, il choisit un gentilhomme nommé M. de Saint-Lusson, à qui il adjoignit un certain nombre d'hommes, avec ordre d'aller prendre possession des terres situées entre TElt et l'Oueft, depuis Montréal jusqu'à la mer du Sud, autant & si avant qu'il se pourrait. M. de Saint-Lusson, après avoir hiverné près du lac des Hurons, se rendit à Sainte-Marie-du-Saut, au commencement de mai de Tannée 1671, & fit convoquer les peuples de plus de cent lieues à la ronde, en leur donnant avis que les Français voulaient faire aHiance avec eux. Ils s'y trouvèrent, par leurs ambassadeurs, au nombre de quatorze nations, & le P. Claude Allouez,
3o8 III*^ PARTIE. LOUIS XIV.
qui servait d'interprète^ s'étendit sur les grandeurs du Roi de France, en ajoutant que ce puissant monarque voulait les prendre sous sa protedion, pourvu qu'ils voulussent être ses fidèles sujets. Tous y consentirent avec acclamation & applaudissements, & les esprits étant ainsi disposés, M. de Saint-Lusson assembla un grand conseil public le 4 juin 1671. Là, sur une éminence qui dominait la bourgade des Sauteurs, il fit planter une croix & ensuite arborer les armes du Roi avec toute la pompe & l'appareil qu'il lui fut possible. Au moment où la croix fut levée de terre pour être plantée, tous les Français qui se trouvaient présents entonnèrent l'hymne : Vexilla Régis, & lorsqu'on attacha à un poteau de cèdre, élevé au-dessus de la croix, l'écusson de France, on chanta le psaume Exaiidiat, qui fut suivi des cris redoublés de Vive le Roi! & de décharges de mousquets. Le Père Allouez adressa un discours aux sauvages pour leur expliquer ce que signifiait la croix, qu'il leur représenta comme l'étendard du Maître de la vie, du Seigneur du Ciel, de la terre & des enfers. Leur montrant ensuite les armes de France, il leur parla de la puissance du Roi des Français, du grand nombre de soldats qui obéissaient à ses ordres, de la grandeur de ses navires, de la multitude de ses sujets, de la quantité, de Tétendue & de l'opulence de ses villes, & ajouta d'autres détails de même nature qui furent reçus de ces peuples avec admiration : tous étant étrangement surpris qu'il y eût sur la terre un homme si grand, si puissant & si riche. Après cette harangue, M. de Saint- Lusson prit la parole & leur déclara qu'il était envoyé pour prendre possession de ce pays &: les recevoir tous sous la protection de ce grand Roi, dont ils venaient d'entendre exalter la puissance. Enfin on termina la cérémonie par un feu de joie, e^ui fut allumé le soir, & par le chant (ORciation dc.Gy,, du Tc Dciim cn action de grâces (i) (*).
p.2(), 27, 28.— Lettres ^___ ..
de Marie de l'Incar-
nation, lettre 8(j', ^. (*^ M. de Saint-Lusson s'embarqua pour la France cette année
f'70» C71. même sur le Saint-Jean-Baptiste, & arriva i\ Dieppe le 10 janvier
PRISE DE POSSESSION DE LA BAIE d'hUDSON, 1672. SOQ
En envoyant ainsi M. de Saint-Lusson^ pour prendre «• talon veut faire possession du pays des Outaouas, M. Talon chargea d au- possTss^o^ ^de^^l" très Français d'aller découvrir, tant la mer du Nord, par bme d'hudson. où Ton espérait de parvenir à la Chine, que la fameuse baie d'Hudson, reconnue en 1612 par ce navigateur (i), (OReiaiiondc i6;o, & depuis longtemps oubliée des Anglais. Déjà, en 1661, *'" °' sur le rapport d\m capitaine Nipissingue, les PP. Druillettes 6c Dablon avaient résolu d'aller à la recherche de cette mer. « Nous savons depuis longtemps, écrivait le « P. Lejeune, que cette mer du Nord eft contiguë à celle « de la Chine, & qu'il n'y a plus que la porte à trouver; « que c'efl là que se voit cette fameuse baie, large de « septante lieues & profonde de deux cent soixante, dé- « couverte pour la première fois par Hudson, qui lui a « donné son nom, sans qu'il en ait reçu d'autre gloire « que d'avoir, le premier, frayé un chemin qui se ter- « mine à des empires inconnus. C'efl dans cette baie que « se trouvent, en certains temps de l'année, quantité de . « nations circonvoisines, comprises sous le nom général « des Kilirtinous (2). » Ceux-ci, ayant appris que des Fran- (2) Relation de iCoi, çais étaient établis en Canada, avaient, en 1661, envoyé par les terres, des députés à Québec, & demandé à M. d'Argenson, alors Gouverneur général, d'établir un commerce avec eux & de leur donner un Missionnaire. M. d'Argenson, dans l'espérance de trouver, par la mer du Nord, un passage au Japon, & aussi de découvrir des nations sauvages encore inconnues, leur envoya les PP. Druillettes & Dablon, qui partirent de Québec, au mois de mai 1661, avec M. de la'Vallière, gentilhomme de Normandie, Denis Guyon, Desprez, Couture & François Pelletier. Ils s'étaient
I G72. Il conduisait avec lui un orignal vivant, âgé d'environ six mois,
un renard &. douze grandes outardes, qu'il s'empressa d'aller présenter ( ^ ^ . Antiquités et
au Roi. Ce navire, qui était de trois cents tonneaux, portait dix mille '^'^'■°""1"^ *^^ ^^ ^'"'^
,. j/i i»i ^ r 01- II- "C Dieppe, par As5e-
livres de caltor, valant alors quatre francs ce demi la livre, quatre .■ .4 j ■
,, '. ,. ' . , • , , • o *'"e; Manusc. de la
cents peaux d orignaux, diverses pierres, du bois, de la poix& beau- Biblioth. de Dieppe,
coup d'autres productions du pays (3). années kI-i-iG-?.'
3io
(i)Rehiiionde iGGi, cmbarqués sur le SagLiefié(i), conduits par des sauvages ;
^- '-' '^- mais ils furent obligés de revenir sur leurs pas, soit, comme
le raconte M. de laPotherie,que ces sauvages eussent refusé
de continuer leur route, par la crainte que l'entreprise des
(2) Hift. de l'Ame- Français ne leur fût préjudiciable (2) ; soit, comme le rap-
'ITL Po!herie°"t'i' POi"tent les PP. Jésuites, que, les Iroquois exerçant alors de cruelles hoffilités sur les Français & sur diverses nations sauvages, les Missionnaires eussent jugé qu'il était de la prudence de renoncer à leur tentative, qui, en effet, n'eut alors aucun résultat (3). Cependant des sauvages de la baie d'Hudson envoyèrent de nouveau des députés à Québec, en i663, & prièrent M. d'Avangour, alors Gouverneur, de leur donner des Français. Il y envoya cinq hommes, à la tète desquels il mit le sieur Couture, qui s'y transporta par les terres; étant arrivé à la baie, Couture y planta une croix, & prit possession du pays, en mettant en terre, au pied d'un gros arbre, les armes du Roi, gravées (4) Hift. de l'Ame- sur du cuivrc, enveloppées entre deux plaques de plomb
rique septentrioiialc, o j^' i / \
t I, p. 142. & d ecorce par-dessus (4).
(3) Relation de 1G61,
DES GROSEILLERS AVAIT PRIS POSSESSION DE LA BAIE d'hUDSON AU NOM TERRE
De leur côté, les Anglais prirent aussi possession de ce pays , mais par le moyen d\in Français , Médard de l'angle- Chouart des Groseillers, qui s'était donné à eux. Voici ce que rapporte à ce sujet la Mère Marie de l'Incarnation, dans sa lettre du 26 août 1670 : « Il y a quelque temps « qu'un Français de notre Touraine, nommé des Groseil- « 1ers, se maria à Québec. Il était tout jeune quand il « vint ici, & il fit grande connaissance avec moi, tant à « cause de la patrie, qu'en considération d'une de nos « Mères de Tours, chez le père de laquelle il avait défi meure. Ne faisant pas une grande fortune en Canada, « il lui prit fantaisie d'aller à la Nouvelle-Angleterre, pour « tâcher d'y en faire une meilleure. Il y faisait l'homme « d'esprit, comme en effet il en a beaucoup; & il fit <( espérer aux Anglais qu'il trouverait le passage de la « mer du Nord. Dans cette attente, on l'équipa pour (I l'envoyer en Angleterre, où on lui donna un vaisseau
PRISE DE POSSESSION DE LA BAIE d'hUDSON. 1672. 3ll
u avec des hommes, & tout ce qui était nécessaire à la
« navigation. Avec ces avantages, il se met en mer; & au
« lieu de prendre la route que les autres avaient coutume
« de suivre, 6c où ils avaient travaillé en vain : il alla à
« contre-vent, 8c chercha si bien qu'il découvrit la grande
« baie du Nord. Il prit possession de ce grand pays, pour
« le Roi d'Angleterre; &. y ayant trouvé un grand peuple,
« il cW revenu avec son navire ou ses navires, chargés de
« pelleteries, pour des sommes immenses. A son retour
« en Angleterre, il a reçu vingt mille écus de récompense
« du Roi, qui Ta fait chevalier de la Jarretière; & Ton a (i) Lettres de Marie
« fait une gazette pour louer cet aventurier Français. Sa f' l'incarnation let-
o t ^ ^ i tre 04% 27 août luyo,
« femme 8c ses enfants sont encore ici (1). » p. 649, 65o.
Le bruit de cette prise de possession parvint bientôt "• talon fait prendre
^^ , .p^ -.,.^. !•« •! POSSESSION DE LA
en Canada. « Des sauvages Kihninous, dit a ce sujet le g^,^ d'hudson en « P. Le Mercier, dans la Relation de 1667, qui ont leur 1672. « demeure plus ordinaire sur les côtes de la mer du Nord, « m'ont rapporté qu'ils ont eu connaissance d'un navire; & « un vieillard me dit qu'il Tavait vu lui-même, comme aussi « une maison conflruite sur la terre ferme, par des Euro- « péens, avec des planches & des pièces de bois; & que « ces hommes tenaient entre les mains des livres sem- « blables à celui qu'il me voyait à moi-même en me fai- « sant ce récit (2). » M. Talon, ayant appris que des (2) Relation de 1C67, Européens faisaient le commerce, dans cette mer, avec les P" " ' sauvages, y envoya en 1671 M. de Saint-Simon & un autre Français, avec le P. Albanel, Jésuite, qui partirent de Tadoussac, bien fournis par l'Intendant de tout ce qui était nécessaire au succès de leur voyage. Après avoir navigué sur le Saguené, en chaloupe, ils se mirent ensuite en canot, conduits par six sauvages (3). Les neuf voya- (3)ReLitionde 1672, geurs hivernèrent en chemin (a), & repartirent le i" de ^' 4^'^^" ^ ^'^' juin 1072, pour continuer leur route, au nombre de dixneuf personnes, dont seize sauvages & les trois Français dans trois canots (5). Le vingt-huit du même mois, ils (S)i!;iJ.,\x 4-. rencontrèrent, dans un petit ruisseau, un heu avec ses
3l2 III® PARTIE. LOUIS XIV.
agrès^ de dix ou douze tonneaux^ qui portait le pavillon Anglais & la voile latine, & entrèrent ensuite dans une maison déserte. Enfin ils aperçurent cette mer qu'ils avaient (i) Relation de 1672, tant recherchée, ainsi que la fameuse baie d'Hudson (i), P" ^*^" & le neuvième jour de juillet 1672, y arborèrent les armes
(2) iDid.,^. 53, 55. du Roi (2). Le 18, ils arrivèrent à une autre rivière, où ils
étaient attendus de deux cents sauvages; & le lendemain, sur les deux heures après midi, ils plantèrent les armes du Roi, pour servir de sauvegarde à tous ces peuples
(3) ibiJ., p. 55. contre les Iroquois (3).
xxvir.
DÉCOUVERTE DU Missis- Dans la Rclatlou de 1672, le P. Dablon disait : « Nous
sipi, ATTRIBUEE PAR ^^ n'cspérons pas moins du voyage que M. Talon &
LES un;; A JOLLIET ET r r J O n
PAR d'autres A LA (( M. dc Froutenac (successeur de M. de Courcelles) ont
^^^^^- « fait entreprendre, pour découvrir la mer du Sud, qui,
« probablement, donnerait entrée à la Chine : un Père &
(4)iiciauondeiG7i, a dcs Français ont été envoyés pour cela (4). » Il parle
P-'- ici du P. Marquette, accompagné, entre autres, de Louis
Jolliet, le même dont nous avons parlé déjà. Mais les
Relations des Jésuites ayant cessé de paraître, après cette
(5) Me'moires de année, à la demande de M. de Courcelles (5), nous ne pou-
M. d'Aiiet; Deuxième yQj^g y ygir la suitc de la découverte du Mississini qu'on
Mémoire. — Arcriivcs -' . ■•■ ^
du royaume. Manusc. attribue au P. Marqucttc 8: à Jolhet. On assure cependant K, i2b6, p. 53. que La Salle, après qu il se fut séparé de M. Dollier & de
M. de Galinée, au mois de septembre 1669, pour retourner à Villemarie, s'étant rétabli dans le voyage, poursuivit ses découvertes avec une partie de ses hommes, les autres ayant refusé de le suivre; & on ajoute qu'il entra dans le fleuve du Mississipi, dont il fut ainsi le premier découvreur. Pour fortifier cette opinion, on cite, entre autres pièces, un mémoire de M. de Frontenac, qui s'exprime en ces termes : « Jolliet, que Ton a tant vanté, par avance, quoiqu'il « n'ait voyagé qu'après le sieur La Salle, qui même vous (6) Journal général « témoignera. Monseigneur, que la Relation du sieur Joldc l'indruaion pu- « liet eft fausse en beaucoup de choses (6). » On allègue SuVnrpârM.Mar- ^"^^^ ^^ témoignage de Bacqueville de la Potherie, qui, gry. dans son Hifîoire de l'Amérique septentrionale, dit sur