‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 208 sur 326 · POMPUE A L OCCASION DU MASSACRE DE SIX ONNEIOUTS · texte numérisé non relu

POMPUE A L OCCASION DU MASSACRE DE SIX ONNEIOUTS

Quant aux cinq nations Iroquoises dont nous avons la paix faillit être surtout à parler ici, voici quelle fut leur situation à l'égard des Français sous le gouvernement de M. de Courcelles. D'abord, en 1669, la paix conclue avec elles, cette paix si importante & si nécessaire, dont chacun goûtait les fruits avec tant de satisfaction depuis trois ans , faillit être rompue à l'occasion du massacre du capitaine Sonnontouan, dont on a parlé, & d'un autre attentat plus horrible encore. Depuis la conclusion de la paix, les Iroquois allaient en assurance hiverner , pour leurs chasses , auprès des habitations Françaises, L'hiver de 1668 à 1669, six personnes de la nation d'Onneiout (*j, savoir : trois hommes, une femme & deux enfants avaient dressé leur cabane sur le bord de la rivière Mascouche, qui se décharge dans celle qu'on appelait de Jésus. Trois Français ayant pris

(*) La Mère Marie de l'Incarnation a été mal informée en disant que ces sauvages étaient de la nation des Loups. Les pièces du procès de leur massacre, qu'on voit encore en original au greffe de Villcmarie, montrent qu'ils étaient tons de la nation d'Onneiout (2). De (2)Rciati()ndc 1G70, son côté, l'auteur de la Relation de 1670, après avoir dit que tous ces p .•. sauvages étaient Iroquois, ajoute qu'jls appartenaient à la nation {:^) IbiJ.,p. ^5. d'Onneiout (3). Seulement il porte leur nombre à sept (4), au lieu de (4) Ibid., p. jG. six qu'ils furent réellement.

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(i) Greffe de Ville- leur quartier de chasse dans le voisinage (i)^ visitèrent

marie, 5 juillet i66q. .-, y ^ , . ^ .,

Déclaration du sieur ^^^ sauvages èv remarquèrent que , vers le printemps, ils La Salle. avaient dans leur cabane une cinquantaine de peaux d'ori-

(2) Greffe de Ville- gnaux & quclqucs caftors (2). Épris par un tel appât, ces ConSmnati'ï'n ' par nialhcurcux forment le noir & déteftable complot de les M. d'Aiiiebouft. assassincr, pour s'approprier ensuite ces objets & les partager entre eux; & dans cet exécrable dessein, se rendent un soir à la cabane de ces sauvages, comme pour leur faire feflin. Ils leur donnent de la sagamité, surtout leur font boire assez d'eau-de-vie pour jeter les trois hommes & la femme dans une complète ivresse, afin de pouvoir ensuite les massacrer sans péril pour eux. Comme ils se l'étaient promis, les sauvages, assoupis bientôt par Teffet de cette liqueur, s'endormirent tous d'un profond sommeil. Cependant Fun d'eux s'étant éveillé au milieu de la nuit, entendit crier un chat-huant, & alors, soit que la générosité apparente de ses hôtes eût fait naître en lui quelque soupçon de défiance, soit que dans son ivresse il fût dominé par les idées superflitieuses de ceux de sa nation, il se mit à dire tout haut que cet oiseau lui pronofliquait la mort, & qu'assurément il ne verrait pas le soleil le lendemain. A quoi l'un des Français, qui l'entendait parler de la sorte, répondit que c'était une bagatelle, & qu'il ne devait pas s'y arrêter. Enfin, lorsque tous ces sauvages étaient plongés dans le sommeil & incapables de se défendre, les trois assassins se lèvent & les massacrent cruellement, sans épargner dans leur frénésie ni la femme, ni même les deux enfants, dont l'un était âgé de sept ou huit ans, & l'autre n'avait qu'un an & demi. Après cet affreux carnage, effrayés sans doute de la présence de tous ces cadavres, qui semblaient leur reprocher une si horrible barbarie, et voulant les soulfraire à tous les regards, ils les mettent dans un canot, au-dessus duquel ils fixent des traverses de bois pour les y retenir & ayant conduit ce canot à une demilieue en deçà du premier rapide, le coulent à fond sous un arbre couché sur l'eau. Enfin, revenant à la cabane, ils enlèvent les pelleteries & les hardes des sauvages, les

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transportent auprès de la leur, 8c les enfouissent dans une cache qu'ils creusent à ce dessein, de peur sans doute qu'elles ne fussent reconnues 6^: ne devinssent contre eux des pièces de convidion. Mais ces malheureux, par un effet de leur avarice, dévoilèrent eux-mêmes leur crime. Lun d'eux, frurtré par ses complices de la part des pelleteries volées, qu'ils étaient convenus de partager entre eux, les menaça d'abord de les dénoncer, s'ils ne lui donnaient satisfaction. Il déclara même le crime à M. La Salle, ^ entin remit à trois de ses camarades un écrit où il en exposait toutes les circonftances, en les priant de dire à l'un de ses complices, qui demeurait alors à Villemarie dans le lieu appelé la Commune, que s'il refusait de lui rendre la part des pelleteries qu'il réclamait, il déclarerait à la jullice même le vol & l'assassinat.

Au printemps de cette même année 1669 eut lieu le massacre d'un chef aussi, près de Villemarie, le meurtre du capitaine Son nontouan, commis par trois soldats de la garnison. Étant en péril. allés en traite dans les bois, ils rencontrèrent ce capitaine, l'un des plus considérables de sa nation, & remarquèrent qu'il avait quantité de pelleteries. Comme ils ne pouvaient les acquérir par des échanges proportionnés à leur valeur, & qu'ils voulaient s'en rendre les maîtres, ils formèrent entre eux l'horrible dessein d'assassiner ce sauvage. Pour venir à bout de lui plus sûrement, ils l'enivrèrent avec de l'eau-de-vie, le massacrèrent dans son ivresse, &, après avoir caché son corps, volèrent toutes SCS pelleteries. Ce dernier attentat, qui fut découvert le premier, pensa, comme il a été dit, rallumer Je feu de la guerre, dès que les Iroquois en eurent connaissance. Dans ces circonftances alarmantes, M. de Courcelles, pour apaiser les esprits des Iroquois & prévenir les malheurs dont tout le Canada était menacé, se transporta en personne à Villemarie, où était le rendez-vous de toutes les nations sauvages pour la traite; 8: cette affaire parnat même si importante, que M. de Laval fit faire à Québec des prières

DE SONNONTOUAN MET TOUTE LA COLONlb:

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publiques et lOraison desQuarante-Heures dans chacune des églises successivement.

«MŒŒULB MIT Tous ces peuples étant donc à A'illemarie plutôt pour

leur traite que pour 'j;i dessein prémédité de parler de paix, M. de Courcelles les assembla. &: moyennant les présents ^ les harangues ordinaires pour ressusciter les morts, pour essuyer les larmes, pour aplanir les chemins <& les difficultés du commerce, tout fut apaisé 8: les traités de paix renouvelés. Mais , pour les convaincre tout à fait que ni lui, ni les autres Français navaient eu aucune part au meurtre du capitaine Sonnontouan. il voulut faire passer par les armes les trois soldats assassins & en pré- (OLcttnsde Marie sence de toutcs ces nations assemblées (i). Ce quil y eut ^^rhacnaDaii, pa^ de remarquable dans cette exécution, ceû d abord que les criminels trouvèrent, dans la soumission avec laquelle ils acceptèrent leur arrêt de mort 8: dans le repentir qu'ils témoignèrent, un moyen de réparer devant les hommes le scandale dune si déteftable action, 8: de satisfaire à Dieu. en endurant leur supplice, le 6 de juillet 1669 ' . avec une résignation admirable, qui toucha tous les assiftants. Ce lugubre spectacle produisit aussi de très-heureux effets sur l'esprit des sauvages, spécialement sur plusieurs Iroquois de Sonnontouan, jusqu'alors fort irrités contre les Français. Chez toutes ces nations, quand quelqu'un en tuait un autre, au lieu de faire mourir l'homicide, on ressuscitait le mort, en donnant, au choix des intéressés, son nom à quelque autre, qui prenait dans sa famille le rang de parenté que tenait le défimt. Voyant donc que M. de Courcelles faisait mettre à mort les trois Français assassins, ils furent apaisés par un tel acle de jul^ice, tout à fait inconnu chez eux, ne pou\-ant même regarder les trois patients

{*) On lit dans VHistoire du Montre j:. par M. Dollier : 6 iuin. C7cft one at?erTation da copifte. comice le n:?nî-e ]e voyage de M. de Galicée.

CRAINTE d'une NOUVELLE GUERRE. l66g. 325

sans pleurer de compassion & de douleur. Ce qui les affligeait surtout, c'était de voir qu'on faisait mourir trois Français, quoique ceux-ci n'eussent tué qu'un sauvage, & ils avaient de la peine à comprendre l'équité d'une juftice si sévère. Ils tirent même de grands présents, afin qu'on en laissât vivre au moins deux. Pour toute réponse on leur dit que c'était la coutume des Français d'en user de la sorte; que, dans ces occasions, on en faisait mourir deux pour satisfaire à la juflice, &: un pour venger la mort de celui qui avait été tué. M. de Courcelles entin fit rendre à la veuve du capitaine toutes les pelleteries que les assassins avaient enlevées; 8c les esprits étant ainsi apaisés, chacun se sépara 8: retourna dans son ,ij Lettres de Marie

, N de l'Incarnation, lettre

payS^Ij. 83', ocl. lôGù.p. 645.

On doit attribuer à une disposition particulière de la combien il était a divine Providence^ d'avoir ainsi contenu ces barbares, qui auraient pu se porter aux dernières violences contre les Français (2). Cette modération eft d'autant plus remarquable, qu'au moment du supplice des trois assassins, il n'y avait que fort peu d'Iroquois à Villemarie; &: qu'il s'agissait de la faire partager par les cinq nations, qui n'avaient pas été témoins de ce spedacle. Ce qui aurait même dû les déterminer à rompre la paix, c'eft que, pendant qu'on inflruisait à Villemarie le procès des trois assassins, on découvrit le meurtre plus horrible encore des six sauvages d'Onneiout. M. de Courcelles, afin de prévenir tout mouvement de leur part, & de les adoucir, autant qu'il lui était possible, eut soin d'envoyer par un Iroquois, un collier à ceux d'Onneiout, 8c un autre à ceux de Sonnontouan. Ces derniers reçurent assez froidement le collier, quoique l'exécution des trois assassins leur fît approuver la conduite de M. de Courcelles, & louer sa juflice; mais ne se voyant pas en état d'en rendre une semblable, dans une pareille occasion, ils eussent mieux aimé, diton, dix colliers de porcelaine, que la mort de ces trois assassins (3j. (3) ibu., p. 7C, 77.

CRAINDRE Qt'E LES IROQUOIS NE RECOM- .MENÇASSENT LA

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