‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 209 sur 326 · GUERRE · texte numérisé non relu

GUERRE

(2) Relation de 1Ô70, p. 2.

w NE PEUT FAIRE JUS- Cc qu'll y cut eiicorc de très-fâcheux^ c'eft qu'on ne

TicE DU MASSACRE ^^ ^^j^.^ j^^^^^^g d^Qucun des trois scélérats, qui avaient

DES O.NNEIOUTS, LES . ^ . . ^

ASSASSINS AYANT PRIS assassltté Ics six Oni^eiouts, quelques moyens qu'on eût LE LARGE. pj-jg pQ^^j, jgg atteiudrc, & quoiqu'on eût promis trois

(i) Greffe de Ville- ccuts livrcs de récompense à ceux qui les amèneraient (i).

marie, 12 & 22 juillet jj paraît quc cc dernier crime, commis dès le printemps précédent, était reflé, plusieurs mois, entièrement inconnu. On en eut ■ enfin quelque soupçon, & M. La Salle, en ayant entendu parler, interrogea adroitement l'un des trois assassins, qui avoua le fait, & lui en donna même une relation par écrit. M. La Salle était alors sur le point de partir avec M. Dollier; la veille même du départ, il alla faire sa déclaration au Procureur fiscal, craignant, dit-il, d'engager sa conscience, s'il ne révélait le crime, avant d'entreprendre un voyage , où il courait danger de perdre la (2) Greffe de Ville- vic (2). Mais Ics assassius avaient déjà pris le large; &

marie, b juin. lôGcj. tout CC quc put faire la juftice des seigneurs de Montréal, fut de mettre en sûreté les bardes des six Onneiouts, ainsi que leurs pelleteries, que M. deQueylus fit porter au Fort de Villemarie. En outre, le juge, M. d'Aillebouft, se transporta à la maison de celui des assassins qui demeurait à la Commune, & fit l'inventaire de ses meubles, qui furent vendus à l'enchère, le 28 du même mois, à l'issue de Vêpres, pour sauvegarder, par leur produit, les droits de ses créanciers. Mais le P. Raffeix, qui était alors à la Prairie de la Magdeleine, ayant appris cette vente, alla trouver M. de Queylus, & lui déclara que le fugitif avait reçu chez lui, en dépôt, plusieurs objets d'un h'oquois Onneiout, qu'on présumait avoir été assassiné, & que ces objets devaient appartenir au fils du défunt, nommé Aaritak, encore enfant. 0 La juftice, répondit M. deQueylus, (( ne peut, en eifet, s'emparer du bien d'autrui, 8: on ren- « dra à cet enfant tout ce que les sauvages reconnaîtront « avoir appartenu à son père. » Les objets vendus furent donc rapportés par les acquéreurs; & des Iroquois, venus de la Prairie, reconnurent divers objets, mis en dépôt chez l'assassin, qui leur furent remis pour reniant.

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Enfin, les informations étant terminées, & le mas- jugement des assassacre des six Onneiouts juridiquement conftaté, le Pro- ^'^s par contumace. cureur fiscal, après avoir rappelé, que ces malheureux avaient sacrifié à leur détellable avarice, tout le pays, en l'exposant à sa totale deflruction, par une violation si lâche 8c si noire du traité de paix avec les nations sau- *

vages, traité, qui aurait dû être inviolable & cher à tous les colons, pour la douceur qu'ils en ressentaient : il conclut que les trois assassins devaient être mis à mort; & ce fut la peine que porta contre eux M. d'Aillebouft. Il déclara que ces individus étaient convaincus d'avoir, de guet-apens 8s: de propos délibéré, assassiné, massacré 8: volé six personnes sauvages, de la nation d'Onneiout, & les condamna, si on pouvait les saisir, à être mis sur un échafaud, dressé dans la Place Commune de Villemarie, à y avoir les bras, les cuisses, les jambes & les reins rompus vifs, jusqu'à ce que la mort s'ensuivît, 8c ensuite à être mis sur une roue, pour y demeurer l'espace de vingtquatre heures; ajoutant que, si Ton ne pouvait les saisir, (0 Greffe de Viiie-

.... 1- /ï^ • 1 1 > 1 o rnarie. Archives judi-

ils subiraient ce supplice en eiiigie, dans la même place, & claires, 12 & 14 sepque leurs biens seraient confisqués au fisc (i). tembre i66g.

L'année suivante, 1670, les entreprises des Iroquois les iro^uois et les contre les Algonquins pensèrent rompre de nouveau la paix. Une troupe de vingt Iroquois, étant à la chasse, rcn- entre eux contrèrent deux hommes de leur propre nation, qui, ayant été faits prisonniers de guerre par les Algonquins , 8c s'étant heureusement échappés, leur apprirent que le bourg d'où ils étaient partis n'était alors défendu par personne; que les gens de guerre, qui y demeuraient, étaient tous allés à la chasse; qu'il n'y reftait plus que des femmes, des enfants & quelques vieillards, & qu'il leur serait très-aisé de le piller. Aussitôt la résolution fut prise de faire une tentative de ce côté-là ; ce qui leur réussit avec tant de facilité, qu'ils entrèrent sans résiflance dans le bourg, 8c qu'après en avoir tué quelques-uns, ils firent captifs les femmes 8<. les enfants, au nombre d'une cen-

ALGONQ.UINS RECOM- MENCENT LA GUERRE

taine. Les guerriers absents, ayant été promptement avertis de ce qui se passait, coururent en diligence , sans pouvoir cependant joindre les Iroquois. Mais les nations du voisinage de ces Algonquins, résolues de venger Tinjure faite à leurs alliés, firent aussitôt un parti considérable, allèrent attaquer des Iroquois occupés alors à leurs chasses, qui tous furent défaits ; & cette irruption qui alarma toutes les nations Iroquoises, leur inspira des sentiments de guerre et de vengeance contre tous les Algonquins.

GARAKONTiÉ d;?termine Garakontié, ce capitaine célèbre d'Onnontagué, déjà

LES IROQUOIS A PREN- nommé plusieurs fois, voyant que la paix avec les Fran-

DRE M. DE COtJBCEL- . ^ . ^ , ^ f-> n 1 ,-i • i •

LES POUR JUGE DE Ç^is pouvait etrc troublée par les actes d holrilité entre LEURS DÉMÊLÉS AVEC \q^ Iroquois & Ics Algouquins, & que les Français qui

LES ALGONCiUINS. «.-^OJ J-^1^ J-

montaient & descendaient le ileuve avec ces derniers pouvaient être enveloppés avec eux, envoya à toutes les nations Iroquoises des colliers de porcelaine, pour arrêter les partis de guerre, qu'on commençait à former. Il leur remontra qu'il était plus à propos de se rendre à Villemarie, où les Algonquins supérieurs devaient descendre, pour y faire leur traite ; & que c'était là le lieu où ils devaient exposer leurs plaintes réciproques, & terminer leur différend, en présence de M. de Courcelles, qu'ils avaient choisi autrefois pour arbitre dans leurs démêlés. Ayant ainsi donné les ordres partout, & persuadé aux Iroquois de prendre cette résolution, il se met le premier en chemin, & arrive heureusement à Montréal, en même temps que la dernière bande des Algonquins supérieurs, qui étaient au nombre de quatre-vingts ou quatre-vingt-dix canots, portant plus de quatre cents personnes. Ils espéraient y trouver M. de Courcelles; mais celui-ci, à qui on en donna aussitôt avis, ne jugea pas à propos de quitter Québec , 8>: manda aux chefs des nations daller Ty trouver: ce qu'ils firent au nombre de vingt de chaque nation. On assembla donc le (Conseil.

xn.

DÉFENSE DES ALGON- Fcs Algouquitts, qul y parlèrent les premiers, dirent

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quils avaient respecté les ordres du Gouverneur, tou- quins; réponse de chant la paix; mais que les Iroquois de Sonnontouan ne ''^«^kontie. les imitaient pas en cela, ayant défait presque cent de leurs alliés , dont la plupart avaient été faits esclaves ; qu'ils priaient le Gouverneur de se ressouvenir, qu'en pleine assemblée de toutes les nations , il ax-ait protelté qu'il punirait ceux qui contreviendraient aux articles de la paix; 8: qu'ainsi, ils l'exhortaient à tenir sa parole. M. de Courcelles leur répondit : que, puisqu'il avait fait mourir quelques Français, pour les punir des meurtres dont ils s'étaient rendus coupables sur les Iroquois, on ne devait point douter qu'il ne fît juftice de tous ceux qui oseraient troubler la paix ; 8c que, quant aux Iroquois de Sonnontouan, il commençait à les punir sur l'heure même, en retenant captifs ceux de cette nation, qu'on lui avait amenés des Outaouas pour qu'il les leur rendît. Garakontié parla à son tour, au nom de tous les Iroquois, & protella que ceux de Sonnontouan n'avaient fait aucun dommage aux Outaouas, mais seulement à une nation, qui n'était point entrée dans l'alliance des Français; & qu'ainsi ils ne devaient pas être accusés d'avoir rompu la paix en cela. Quant à la foi chrétienne, que le Gouverneur désire voir répandue partout, ajouta-t-il, je la professe publiquement, parmi ceux de ma nation; je n'adhère plus à aucune superflition; je renonce à la polygamie, à la vanité des songes : c'eft moi proprement, qui obéis au Gouverneur, & non pas ces Outaouas, qui, après tant d'années d'instrudion, ne sont pas encore Chrétiens.

xiu.

Il parla même dans le Conseil, avec tant de feu & de garakontié reçoit le

zèle, de son amour pour la foi chrétienne, & du désir qu'il avait d'être baptisé, que M. de Laval jugea qu'on ne devait pas lui différer plus longtemps le baptême. Il le lui conféra en effet, dans l'église cathédrale de Québec, en présence d'un grand concours de sauvages de presque toutes les nations; M. de Courcelles voulut bien être lui-même son parrain, & mademoiselle de Bouteroue sa marraine.

BAPTEME.

33o III^ PARTIE. LOUIS XIV.

A toutes les interrogations^ qu'on a coutume de faire aux catéchumènes qu'on baptise, Garakontié répondit avec beaucoup d'assurance 8: de bon sens; & lorsqu'on lui demanda s'il voulait être baptisé, il répondit : qu'il y avait déjà trois mois entiers qu'il désirait cette grâce. Après qu'il eut reçu le Baptême & la Confirmation, on le conduisit au Château de Saint-Louis, pour qu'il remerciât M. de Courcelles de l'honneur qu'il lui avait fait en lui donnant son nom; & à son entrée il fut salué, par une décharge de tous les canons du Fort & de toute la mousqueterie des soldats, disposés en haie pour le recevoir. La fête se termina enfin par un fefiin, que M. de Courcelles avait fait préparer, 3 6 ^^'°" '^'^^Oj pour toutes les nations assemblées alors à Québec (i).

DISPOSITIONS DES AL- " Dc tout cc qul fut dit dans le Conseil entre les Iro- GONQuiNs ET CELLES quois & Ics AlgouQuins, on jugea que ces derniers avaient

DES 1R0Q.IT0IS. M. DE , . , Cl. 111

COURCELLES LEUR OR- ^u tort d avoir recommencé la guerre par des actes d nos- DONNE DE SE RENDRE tlUté ; & que dc Icur côté les Iroquois étaient blâmables de

MUTUELLEMENT LEURS 1 • ., J 1 /'■< ta, • n' 1

PRISONNIERS. ^ avoir pas attendu que le Gouverneur rit jumce sur leurs

plaintes & de s'être eux-mêmes vengés; qu'au refie les Algonquins paraissaient vouloir la paix avec plus de sincérité que les Iroquois ; qu'ils avaient mis en liberté deux prisonniers. Tannée précédente, & cette année en renvoyaient quatre autres, en assurant qu'ils étaient prêts de rendre tous ceux qu'ils retenaient encore, si le Gouverneur le leur ordonnait; tandis que les Iroquois, au contraire, n'avaient renvoyé aucun captif, & qu'enfin ceux de Sonnontouan, qui avaient le plus d'intérêt en cette querelle, ne s'étaient pas même trouvés à ce Conseil, pour la (2) Relation de 1G70, terminer (2). M. de Courcelles voyant ainsi que, malgré ^'" ^' la paix, les Iroquois ne laissaient pas de faire la guerre aux

Outaouas, les attaquant lorsqu'ils venaient en traite chez nous, les pillant & les emmenant en captivité, il jugea qu'il était nécessaire, pour le bien de la colonie, d'obliger les Iroc[uois à faire la paix avec eux; &pour la mieux établir, (3) Voyage de M. jj ordonna aux uns & aux autres de se rendre mutuelle-

ne Courcelles, par M.

Doilicr. ment les prisonniers qui seraient encore en vie (3); sur-

CRAINTE d'une NOUVELLE GUERRE. iGyO. 33 1

tout que les Sonnontouans se conformassent à cet ordre;

qu'autrement, il les considérerait, comme perturbateurs &

les traiterait comme ennemis du Roi (i). 11 ajoutait qu'en (ORciaiionde 1670,

ramenant les prisonniers, il leur défendait expressément ^ ^'

de les mutiler, ou d'exercer envers eux aucun acle de leurs

cruautés ordinaires, les menaçant, dans le cas contraire,

de le voir arriver dans leur pays avec son armée.

Ce commandement révolta Torgueil des Iroquois. les moauois révoltés « Pour qui nous prend le Gouverneur, dirent-ils? Il se de ce commandement

^ 11- •! NERENDENTQUE

« fâche que nous allions en guerre, & il veut que nous ç,uEL(iuEs captifs; « laissions en repos ses alliés. Qui sont donc ses alliés? ^^^"^ insolence. « Et comment veut-il que nous les connaissions, puisqu'il « prétend prendre sous sa protedion tous les peuples (1 que découvrent les Missionnaires, & que tous les jours « ceux-ci entrent dans des nations qui ne nous ont jamais « été qu'ennemies? Le Gouverneur nous menace de rui- « ner notre pays? Nous verrons s'il aura les bras assez « longs, pour enlever la peau & la chevelure de nos têtes. » S'ils parlaient avec cette insolence, c'eft qu'ils étaient persuadés que les rapides & les torrents qu'il fallait remonter, pour aller dans leur pays, étaient inaccessibles aux Français. Néanmoins, après avoir jeté leurs premiers feux, ils jugèrent expédient de donner quelque satisfadion au Gouverneur (2j. En quoi, dit M. DoUier, ils ne laissèrent pas fi) Relation de 1671, d'agir avec fraude : car, entre leurs prisonniers, ils choi- p* ^' sirent ceux qui leur étaient le moins utiles, comme quelques femmes- & quelques enfants, au nombre de douze ou quinze, & retinrent plus de .cent hommes vigoureux, en déclarant qu'ils feraient plutôt la guerre aux Français, que de. leur rendre des captifs de cette espèce.

Ils étaient même si audacieux, ajoute-t-il, que. Tannée dernière, on apporta ici trois ou quatre fois la nouvelle, que les Sonnontouans & les Onnontagués se préparaient à nous faire la guerre tout de bon, se fiant dans la difficulté "• ^^^ courcelles des chemins qui conduisent à leurs pays; & tenant pour

LES sonnontouans ET

LES onnontagués regardent LEUR PAYS COMME INACCESSIBLE.

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