FIEFS POUR FORTIFIER MONTREAL
truire une maison au haut de Tile, M. Dollier, pour le récompenser, ajouta à ce fief toutes les îles & battures situées au-devant &: d'autres encore (*) (i). Le fief de Boisbriant fut ensuite vendu par M . du Gué & par son épouse Marie Moyen, à M. Charles LeMoyne de Longueuil & à Jacques Le Ber, écuyer, son beau-frère (2), d'où il passa à M. Le Ber de Saineville, fils de ce dernier, qui donna son nom au Fort & à la maison seigneuriale, confiruits dans ces lieux, & même au fief, qui cessa ainsi d'être appelé Boisbriant. Le 12 avril de la même année 1672, M. Dollier donna à M. Charles-Joseph d'Ailleboull des Musseaux, juge de Montréal, un autre fief noble sur les bords du lac où divers particuliers s'étaient établis déjà, entre autres Robert Perroy, Mathurin Rouiller, Toussaint Hunault, dit Deschamps (3). Le 3o juillet de la même année, il accorda deux autres fiefs nobles, dans le même lieu, aux '^'^'
(0 Greffe de Villemarie, jgjanv. 1672.
Fief du Gué.
(2) Greffe de Villemarie, 20 juin 1679.
(3) Ibi.i., 12 avril
(*) Ces îles, données par le Séminaire à M. du Gué, n'ayant pas été spécifiées en détail dans ses lettres de concession, il s'éleva, en 1705, une assez vive conteftation entre M, de Saineville, alors propriétaire du fief du Gué, & M. Jean-Baptifte de Celloron, sieur de RIainville, au sujet d'une île appelée Saint-Gilles, que chacun d'eux prétendait lui appartenir. M. de Blainville fondait ses droits surceux de M. de Brucy, à qui il venait de succéder, & soutenait que l'île de Saint-Gilles avait été donnée à ce dernier par M. Pérot, gouverneur de Montréa^ le i'"" janvier 1676, ainsi que l'île appelée aux Pins, disant qu'elles étaient des dépendances d'une concession de dix arpents sur trente faite alors à M. de Brucy dans l'île Pérot. M. de Saineville représentait, de son côté, que l'île Saint-Gilles était trèsproche de son Fort, que l'automne on y passait à gué, n'y ayant pas de l'eau à mi-jambe; & que même deux années on y était passé à pied sec. Cette dernière raison leur fit conclure, de concert, qu'elle était contenue dans les îles & battures adjacentes données par le Séminaire à M. du Gué. Quoique le titre de concession de M. Talon à M. Pérot eût attribué à celui-ci avec l'île aux Pins Vile Saint- Gilles en particulier (4), on conclut apparemment que, ce titre étant (4) Pièces & docudu 29 novembre 1672, & celui que le Séminaire avait donné à M. du mcnts sur la tenure Gué du 19 janvier précédent, M. Talon n'y avait mentionné l'île seigneuriale, p. 259. Saint-Gilles que parce qu'il pensait qu'elle était alors sans maître . son intention n'ayant pu être d'en dépouiller M. du Gué qui en était déjà pourv'U.
342 m'' PARTIE. LOUIS XIV.
frères de Bertet, ou plutôt un seul fief, consiflant en quatre
cents arpents, qui furent possédés en commun par Louis
de Bertet de Chailly & Gabriel de Bertet de la Jouhar-
(i) ibid.,3o juillet dière, son frère (i). Ce fief, contigu à celui de M. d'Aille-
"^^^' boufi, fut appelé par M. de la Joubardière du nom de
(2) ibid., 4 août Bel le- Vue (2). Enfin, à côté du fief précédent, M. Dollier ' '^^' en forma un autre, de la contenance de deux cents arpents,
en faveur de M. Claude Robutel de Saint- André, qui promit d'y faire bâtir une maison seigneuriale & de Thabiter,
(3) Greffe de Ville- au licu de l'île Saiut-Paul où il avait fait jusqu'alors sa
marie 5 mai ',675, ^ésideilCe (3). r» avril 1673. ^ ^
LOUIS XIV ORDONNE DE En érlgeaut ainsi les fiefs que nous venons d'énumérer
DISTRIBUER AUX oFFi- ^ gj^ |gg donuaut cu toutc propriété à des militaires^ les
CIERS ET AUX SOLDATS . it.i , i r • ■ • , • i
DES TROUPES LES scigncurs dc Montréal faisaient ce qui était en leur pouvoir TERRES VOISINES DE pQur protégcr Ics colons & mettre Tîle en état de se défen- L'.LE DE MONTRÉAL. ^^^^ ^ ^^^^ j^^ j^^ répondaieiit à Tattente du Roi qui se reposait presque entièrement sur eux pour Tavancement de
(4) Archives de la ccttc colouic particulière (4). Mais il était de la politique marine, regiiirc des éclairée de Louis XIV de faire dans toute la partie avancée
ordres du Roi pour les , . • • -^ haï 1 -»/t ^ ^ 1 1 o ' • •
Compagnies des In- du pays qui avoisiiiait 1 lie dc Montréal ce que le Séminaire des, fol. 146; lettre venait de faire dans cette île même, & tel avait été le desdu i5 mai 16G9. j^gindc cc Moiiarquc en envoyant en Canada divers corpsde troupes, & en faisant aux officiers & aux soldats des largesses pour les déterminer à s'y établir. Il avait, en effet, résolu d'y créer de grands fiefs en faveur des officiers, & d'ériger ces fiefs en autant de seigneuries qui, par le moyen des soldats qui s'y établiraient, deviendraient l'occasion de la formation d'autant de bourgades très-propres à fortifier & à défendre par là la tête de la colonie. Déjà M. Talon, dans de graves considérations politiques qu'il fit publier, avait exposé l'importance & la sagesse de ce dessein : (]ette manière de donner un pays nouvellement conquis, dit-il, répond à l'usage autrefois reçu chez les Romains, de difiribucr aux gens de guerre les champs des provinces subjuguées, qu'on appelait pnvdia militaria, & la pratique dc ces peuples politiques & guer-
« riers peut, à mon sentiment, être judicieusement intro-
« duite dans un pavs éloii^né de mille lieues de son
u Monarque, qui, à cause de cet éloignement, peut sou-
« vent être réduit à la nécessité de se soutenir par ses
>i propres forces. Elle me paraît d'autant plus à eftimer
« qu'un jour elle procurera aa Roi un corps de vieilles
« troupes, capables de conserver cet Etat^naissant du Ca-
« nada contre les incursions des sauvages. C'eft pourquoi
« les premiers de nos Rois, plus grands politiques qu'on
« ne se Teft persuadé, introduisaient dans les pays nou-
« vellement conquis des gens de guerre, nés leurs sujets,
« dont la fidélité leur était bien connue, afin d'y contenir
« au dedans les habitants dans le devoir, & au dehors
« d'éloigner leurs ennemis communs. Pour les y entre-
« tenir & les faire subsiifer, nos anciens Rois leur concé-
« daient, dans ces pays mêmes, des terres qu'ils culti-
« vaient & qui leur fournissaient, par leurs productions,
« tout ce qui était nécessaire à la vie; pratique également
« économe & politique, puisque d'un côté elle épargnait
« les finances du trésor public, & que de l'autre elle inté-
« ressait l'officier & le soldat à la conservation du pays,
« comme à celle de leur propre héritage (i). » Pour con- (i) Arrêts &règie-
server le Canada à la France, il n'y avait pas, en effet, "''^"^^ ""^^ intendants
,. , , 1 r • 1 r> "^"J Canada, 24 jan-
d autre moyen a prendre que de taire dans ce pays, & vier 1667. Québec surtout sur les rives du fîeuve Saint-Laurent, depuis la i855, p. 33. rivière de Richelieu jusqu'au-dessus de Villemarie, ce qu'on avait fait avant l'arrivée des troupes pour conserver ce dernier pofie en particulier, c'eft-à-dire d'y établir des colons qui fussent tout à la fois soldats, cultivateurs & propriétaires.
Mais avant de difiribuer les terres de ces quartiers louis xiv fut réunir aux officiers de ses troupes, Louis XIV, informé qu'une * ^^^ domaine les
d^- 1 * ^ 1 ,• y , , TERRES CONCÉDÉES
e partie de ces mêmes terres, ayant déjà ete con- autrefois et non
cédée en trop vaffe étendue par la grande Compagnie, encore défrichées, était reffée inculte, ce qui avait empêché l'établissement pl'ÈpVr dToffTdu pays & dégoûté les colons, ordonna à M. Talon ciersdp troupes.
de retrancher la moitié de toutes celles qui avaient été accordées avant dix ans & de les adjuger à ceux qui se présenteraient, à condition que ces nouvelles concessions seraient nulles, si elles n'étaient pas défrichées dans Tes-
(OGrelTe de Ville- ^^ ^^^^^^ ^^^ ^.^ ^ y^j^^^^ ^.^^^-^ ^ j
marie. Extrait des re- -"^ ^ . ^ ' ' / t
gistres du conseil tcmbrc suivaiit, uuc ordounancc par laquelle il obligea
d'Etat, 4 juin 1672. (, tQ^^j^ ceux qui, avant dix ans, avaient obtenu plus de
« quatre cents arpents de terres, de lui en faire leur décla-
(2) Greffe de Ville- ,, ratiou (2); )) & cc fut probablement dans cette occasion
marie, 26 septembre , . . ^
& odobre 1672. qu'il réuuit au domaine du Roi cette immense seigneurie de la Citière, dont nous avons vu que M. de Lauson père avait voulu faire une sorte de royaume pour Tun de ses fils. Du moins eft-il certain que, cette année, M. Talon en diflribua les terres à des officiers des troupes qui même y avaient déjà commencé des défrichements, sous le bon plaisir du Roi, ou qui étaient résolus d'en entreprendre, & qu'il donna à chacun d'eux pour ces mêmes terres des titres de propriété.
TITRES DE CONCESSIONS Ccs tltrcs, datés dcs mois d'otffobre ou de novembre
DONNEES AUX oFFi- ,5^2, & la plupart du troisième jour de ce dernier mois,