FIEFSCONCÉDÉS A CHAR LES LE MOYNE
Enfin, M. Talon donna à M. Charles LeMoyne toutes les terres non concédées sur le bord du fleuve Saint-Laurent, depuis le sieur de Varenne jusqu'à la seigneurie de
(2) Pièces & docu- la Prairie (2). Parla, il voulut reconnaître les services que re.gneu'raie'Vso^' ^^ ^^^^'^ ^ dévoué colou siYmt rcudus dcpuis tant d'années au Canada, surtout à Tîle de Montréal, services qui étaient reftés sans récompense avant Tarrivée des troupes : car la grande Compagnie, si généreuse pour tant d'autres, n'avait fait à Charles Le Moyne aucune faveur (*). En 1668, le Roi, pour le récompenser, Tavait anobli, en le qualifiant, dans ses lettres de noblesse, sieur de Longueml^âu nom que Charles Le Moyne avait donné à Tune de ses terres. Comme elles formaient trois fiefs diftinds, rintendant du Canada en 1676, M. Duchesneau, voulant lui témoigner de plus en plus la satisfaction du Roi, les réunit en un seul, sous le nom de fief de Longueuil (3),
(3) ibid., y. 09- qui refla depuis à Faîne de la famille Le Moyne. Charles
avait pris ce nom d'un village de Normandie, aujourd'hui chef-lieu de canton, dans Tarrondissement de Dieppe, sa patrie. Aussi efl-il à remarquer que, dans Tacfe de mariage du sieur Saint-Aubin, passé à Villemarie en 1679, le notaire, pour éloigner toute confusion, a eu soin de
(*) M. de Lausonde laCitière lui avait concédé, il ellvrai, en i()57, un fiefde cinc]uante arpents de front sur cent de profondeur, mais avec des charges jusqu'alors inouïes; & en 1664, M. de Lauson père avait ajouté à ce fief l'Ile Sainte-Hélène & l'islet Rond, avec des charges plus onéreuses encore, ainsi qu'il a été dit. M. Talon, dans la diilribution qu'il fit des terres de la Citière, donna à Charles Le Moyne toutes celles qui se trouvaient entre le fief de Varenne & les cinquante arpents dont nous parlons; &, de plus, les autres qui, de là, s'étendaient jusqu'à la Prairie de la Magdeleine. Les cinquante arpents nommés d'abord la Petite Citière furent appelés ensuite par Charles Le Moyne du nom de Longueuil.
dire que les parents de ce colon demeuraient à Longueiiil de Dieppe (i). Charles I.e Moyne emprunta aussi du pays de Normandie quelques autres noms qu'il donna à plusieurs de ses enfants, tels que celui de Marigny, pris d'un village, aujourd'hui chef-lieu de canton, dans le département de la Manche; celui dlberville, emprunté du fief de ce nom, Sous-la-Haie, dans la Châtellenie d'Hotot- sur- Dieppe (2). Enfin, M. Talon, pour interdire aux Iroquois les îles qui étaient au-dessus de Villemarie, donna en fief à M. Zacharie du Puy, major de l'île de Montréal, une petite île située au bas des rapides du Saut Saint-Louis, appelée Tîle aux Hérons, qui formait comme deux îles, & y joignit quelques îlets voisins (3). L'île Saint-Paul, en face de Villemarie, avait déjà été concédée, en 1664, par M. de Lauson père à Claude Robutel de Saint- André, à Jacques Le Ber 8c Jean de Lavigne (4). M. Talon concéda une île plus considérable que les précédentes, située vers la tète de Tîle de Montréal, à M. Pérot, Gouverneur de \'illemarie, appelée depuis du nom de cet otïicier Vile Pét'ot, & lui attribua aussi Tîle à la Paix & les îles aux Pins, Sainte-Geneviève & Saint-Gilles (5). Enfin, Tannée suivante, Charles Le Moyne de Longueuil obtint encore sur la rive droite du fleuve, deux Ueues de terres de front, en face de l'île de Montréal, sur trois lieues de profondeur, ainsi que Tîle Saint-Bernard (6), & il appela cette seigneurie du nom de Chateaiigai qu'elle porte encore.
Comme on le voit, par tout ce dénombrement, les terres des deux rives du fleuve Saint-Laurent, depuis le lac Saint-Pierre, surtout à partir de la rivière de Richelieu jusqu'à la tète de l'île de Montréal, furent érigées en fiefs 8»: données à des militaires, avec obligation pour eux de s'y établir, de les faire cultiver & d'y attirer des colons, principalement les soldats licenciés qu'ils avaient eus sous leurs ordres. Les soldats refiés dans le pays s'établirent, en ellet, dans les seigneuries dont nous parlons, 8: de préférence dans celles des officiers sous lesquels ils avaient
(0 Greffe de Villemarie, 20 août 167g.
Contrat de mariage de Saint-Aubin avec Marguerite Bcloy.
(2) Recberches historiques, archéologiques sur le duché d'Eftouteville, in -4".
Caen, 1861, p. 5i, 53.
(3) Pièces & documents sur la tenure seigneuriale, p. 257.
{^)Ibid.j p. 137,
[b) Ibid., p. 23j,
iOû.
(6; Ibid., p. 355,
ces fiel's deviennent l'origine de plusieurs BOURGADES, COMPOSÉES d'abord DE SOLDATS.
Iir PARTIE. LOUIS XIV.
DIFFICULTÉ d'Établir des bourgades, ou paroisses : 1° la construction et l'entretien d'un