‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 220 sur 326 · MOULIN · texte numérisé non relu

MOULIN

servi à la guerre ; d'où il arriva que ces agglomérations d'habitants, devenant bientôt autant de villages & de paroisses, furent appelées du nom de ces officiers, qu'elles portent encore aujourd'hui. Telle a été l'origine des paroisses de Sorel, de Chambly, de Bçrthier, de Saint-Ours, de Contrecœur, de Verchère, de la Vatterie, de Varenne, auxquelles nous devons ajouter celles de Boucherville, ainsi appelée du nom de M. Boucher, & celle de Longueuil (*). Si tous les officiers des troupes, à qui M. Talon concéda des fiefs, ne donnèrent pas lieu à l'établissement d'autant de paroisses, c'efl qu'il eût fallu faire de grandes avances dont ils n'étaient pas capables la plupart. Plusieurs des bourgades que nous venons de nommer languirent même longtemps : les militaires qui les avaient établies n'ayant apporté en Canada que leur épée & leur bravoure, & ne trouvant de ressources que dans leur amour pour le travail, joint à leur bonne conduite & dans les libéralités du Roi.

Pour avoir une idée des difficultés que présentait l'établissement d'une paroisse, alors que le Canada ne fournissait rien dé son fonds, il faut se rappeler qu'avant tout chaque seigneur se voyait obligé de procurer à ses censitaires deux objets de première nécessité : un moulin 8c une chapelle desservie par un prêtre. L'établissement d'un moulin était si indispensable à la subsirtance des colons, qu'ils avaient droit de l'exiger du seigneur qui leur

(i) Grefle de Villemaric, 21 o£l. 1G71.

(*) Quoique toutes ces paroisses aient eu pour premiers colons des militaires toujours prêts à faire face aux barbares, ce n'ell pas à dire qu'elles n'aient été composées d'abord que de soldats : les seigneurs personnellement intéressés à les augmenter y ayant attiré des familles Françaises pour les y établir. Ainsi, l'année 1671, un honorable bourgeois domicilié à Boucherville, Chriftophe Février, sieur de Lacroix, du pays de Mantes-sur-Seine, épousa une nièce de M. Charles d'Aillebouflj juge de Villemarie, Marie Martin, fille d'Abraham Martin & de Suzanne d'Ailleboult, du pays de Ravicres, en Champagne (1).

FORMATION DE PAROISSES. l6j2. 353

faisait des concessions de terres ; &, sur son refus, ils pouvaient en bâtir un, & acquérir par là le privilège exclusif de moudre les grains de la seigneurie. Mais la conftruction 8: l'entretien d'un moulin étaient alors une charge très-onéreuse; 8c si Ton en juge par les termes de Tarrèt du Conseil souverain de Québec, du 20 juin 1667, les moulins en Canada coûtaient deux & même trois fois plus quen France, tant pour les conftruire, les réparer & les entretenir, que pour gager & nourrir les meuniers; & pourtant le prix de la mouture était le même que fixait la Coutume de Paris, savoir : la quatorzième partie des grains (i). Avant d'établir un moulin, il fallait d'abord (i) Arrêts & règiefaire venir de France, non-seulement les meules, mais '^^"^^ ^^ Conseil su-

1 • ,-L 1 r o !•. -1 - • pcrieur de Québec,

encore tous les mltruments de ter & 1 appareil nécessaire, 1855, p. 39. ainsi que les cordages 8: les voiles ; ensuite faire confiruire le moulin ; enfin, gager & entretenir un meunier qui fût toujours prêt à moudre le grain des censitaires; & comme il n'y avait d'abord qu'un petit nombre d'habitants dans chaque seigneurie, il s'écoulait bien des années avant que le produit de la mouture pût suffire à l'entretien du meunier. En attendant, le seigneur était tenu de lui payer des gages; &, en outre, de faire réparer tout ce qui venait à se détériorer dans le moulin. Il efl: vrai que, par la suite, le privilège d'un moulin banal pouvait devenir une source de revenu; mais ce n'était qu'après que le seigneur avait fait de grosses dépenses; & ces dépenses, d'abord excessives, eu égard au petit nombre des censitaires, persévéraient quelquefois les mêmes pendant bien des années.

Aussi, en accordant de petits fiefs nobles de deux cents '"'"''''' ""^ l'^ ''""'^'

' . * . ... ABANDONNEPARMILOT

arpents de terres à divers officiers militaires dans l'île de comme une charge Montréal, le Séminaire de Saint-Sulpice, pour ne pas leur imposer cette charge, avait ftipulé que ces officiers & leurs censitaires moudraient leurs grains aux moulins des seigneurs de lîle; & si M. de Queylus en avait usé différemment à l'égard du sieur La Salle, c'eft que le fief concédé à celui-ci était beaucoup plus considérable que

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