‹ Histoire de la colonie française en CanadaChapitre 242 sur 326 · OFFICIFRS MILITAIRES FUNESTES A LA COLONIE. 39I · texte numérisé non relu

OFFICIFRS MILITAIRES FUNESTES A LA COLONIE. 39I

de leurs pelleteries. Ils occasionnèrent dans la colonie dhorribles désordres de la part de ces barbares, & les choses allèrent même si loin, que plusieurs habitants des Trois-Rivières, du cap de la Madeleine, de Champlain, crurent devoir en informer le Conseil de Québec. Ils se plaignirent de ce que, malgré les défenses tant de fois réitérées, on voyait des gens de guerre traiter des boissons enivrantes aux sauvages, & en si grande quantité, qu'à Villemarie, aux Trois-Rivières, à Champlain, au cap de la Madeleine, à Batiscan, à Sainte-Anne, on rencontrait de ces derniers perpétuellement ivres, se livrant aux désordres les plus monftrueux que pouvait produire Tivresse dans ces barbares. Ils ajoutèrent que ces gens de guerre, non contents de traiter avec les sauvages dans les habitations, les suivaient à la chasse sous divers prétextes, d'où il arrivait que, par leurs ivrogneries continuelles, les sauvages étaient tellement détournés de cet exercice, qu'ils ne rapportaient pas le demi-quart des pelleteries qu'on eût pu espérer d'eux sans cela. Qu'enfin ceux des colons qui avaient fait de grands prêts aux sauvages en les fournissant, à crédit, de hardes, de vivres, d'armes, de poudre, de plomb & d'autres choses pour les mettre en état d'aller à la chasse, se voyaient ainsi privés des pelleteries auxquelles ils avaient un droit rigoureux (i) : ce qui les rédui- (i) Greffe de viiicsait à une extrême misère. « Il faudrait, dit M. DoUier, •"^"'^- Archives judi-

ci il ires dernier fcvrisr

« parlant avec douleur de ces abus, il faudrait que la ,(;(38. ' « subffance du pays servît pour l'établissement du pays. « Mais après trois ans une partie des troupes, ayant quitté (' le Canada, retourna en France chargée de pelleteries. " M. de Maisonneuve ne fit pas cela : il ne chercha jamais « ce lucre sordide. C"efl que ces messieurs ont été moins « touchés de l'établissement du pays que ne l'était M. de « Maisonneuve; 8c si cela continuait, ce serait la ruine du « Canada. Il efl impossible qu il subsifle, si les particuliers « n"ont pas de quoi acheter des outils, du linge, des « étoffes dans ce pays où le blé n'a aucune valeur. Si les « colons n'ont rien, ils ne peuvent de rien produire

« quelque chose : ils sont misérables. On a plus besoin « ici de bourses pleines que de bourses vides ^ & cette « cupidité de la part des officiers efl cause que le pays elt (( sans armes; car les colons^ n'ayant plus de pelleteries (( comme autrefois^ ont vendu leurs armes pour avoir « de quoi se couvrir : en sorte que tout peut devenir (i) Hi(t. du Mont- (, 1q proie des Iroquois, s'ils veulent recommencer la

réal, par M. Dollier,

de 1667 a ] 668, etc. " guerre (ij. »

DES SOLDATS MASSA- Mals uu autrc effet très-funefle, ce fut que plusieurs

CRENT CRUELLEMENT ^^^^^^^ imitèrcnt Tcxemple de leurs officiers, & que même

DES SAUVAGES POUR * J ^ i

AVOIR LEURS PELLE- quclqucs-uns , par les ades de scélératesse auxquels les '^^^^^^- porta l'amour du caftor, mirent la colonie à deux doigts

de sa perte. Nous avons parlé du meurtre du capitaine Sonnontouan qui émut étrangement toutes les nations Iroquoises, & faillit rallumer partout le feu de la guerre; & ce crime fut commis, non par des habitants, mais par trois

(2) Voyage de M, de soldats des troupes en garnison à Villemarie (2). Pareille-

ment rhorrible massacre des six sauvages d'Onneiout eut pour auteurs trois scélérats venus comme soldats dans les troupes, & qui avaient quitté depuis peu le régiment de Carignan pour s'établir {*). Aussi, la Mère de Tlncarnation, dans une lettre écrite le mois d'otffobre suivant, ne craint pas de dire, à cause de Thorreur qu'excitèrent partout ces scandales inouïs jusqu'alors dans la colonie : « L'on « n'avait point encore vu, par le passé, des Français com-

(3) Lettres de Marie a mettre de Semblables crimes (3). » A ces exemples de

de l'Incarnation. Let- ^ , --i i- i ^^^1

tre83, odobrc 1669 cruaute, iious pouvous joindre celui que donna a toute la p- G45. colonie un individu qui se rendit célèbre par son audace

{*) Du moins lisons-nous, dans les pièces du procès, que celui qui fit menacer les deux autres de révéler leur crime, chargea de cette commission trois de ses camarades, expression qui, selon l'usage d'alors, semble indiquer des soldats. Aussi voyons-nous que^ dans l'enquête faite le lendemain, 6 juillet 16C9, par le Juge des seigneurs de Montréal, un soldat de la Compagnie de La Motte attefta que l'as- (4j Greffe de Ville- sassin, frultré des pelleteries par les deux autres, lui avait déclaré il marie, G juill. i6Cg. lui-même le meurtre commis (|).

OKI-ICIKRS MILITAIRES FUNESTES A LA COLONIE. 3c)3

autant que par ses forfaits. Cet homme ayant été mis dix

ou douze fois en prison, tant à Québec qu'à' Villemarie,

s'évada toujours, rompant ses liens & ses fers comme si

c'eût été de létoupe ; il s'échappa même des mains de six

ou sept hommes dont il emporta les mousquets en les

menaçant de les tuer s'ils osaient approcher de lui. Il alla,

dit-on, chez les Flamands avec un autre scélérat & une

femme Française, & il pourra bien, ajoute M. Dollier, être

le chef de îios bandits (i), c"ell:-à-dire,des coureurs de bois (o Hift. du Mont-

dont nous parlerons ailleurs. réai par m Doiiier,

* de lOoi a iuu2.

Il ell bon de remarquer que si les premiers exemples exemples de meurtres dhomicide commis à Villemarie furent donnés aux colons entre français don-

dl j ^ ^ J 1 • • NÉS AUX COLONS PAR

es soldats engages dans les troupes ou qui venaient ^es officiers des

d'en sortir, le premier exemple d'attaque à main armée & troupes. de rencontre avec meurtre entre Français, eut pour auteur des officiers de ces mêmes troupes, au grand scandale de la colonie, qui, par le passé, avait vu dans ces chefs militaires autant de modèles de modération & de vertLL Parmi les officiers en garnison à Villemarie, un lieutenant de la Compagnie de La Motte, M. de Carion, 8:un enseigne dans la même Compagnie, M. de Morel, déjà nommés Tun & l'autre , avaient conçu de fortes animosités contre un enseigne de la Compagnie de M. du Gué, nommé de Lormeau, à qui l'on disait de plus que la femme de M. de Carion & M. de Morel avaient tendu plusieurs fois des pièges (2). Quoi qu'il en soit, le jour de la Pentecôte (2) CreiTe de viiic- 1671, le soir, après les Vêpres & avant le Salut, dont on '^^7'^'"^^; iGyi.iia-

I \ ^ t t ' quctc de de Lormeaa

venait de sonner le premier coup (3j, le sieur de Lormeau, à m. d'Aiiicboufi. après s être promené avec sa femme vers le lieu appelé la (3) /i>/rf., déposition

t 1 A • • '''-' nommé Tambour.

Commune, passa devant la clôture du Sémmaire, se rendant apparemment de là à .son logis. Comme il arrivait près de la maison de M. Charles LeMoyne de Longueuil, son voisin, il vit venir M. de Carion à sa rencontre, ce qui l'engagea à s'avancer vers lui. Ils étaient l'un & l'autre vers la maison de M. Migeon de Branssat, lorsque M. de Carion qui, selon toutes les apparences, cherchait quelque

394 IIl" PARTIK. LOUIS XIV.

prétexte pour provoquer de Lormeau, lui dit en l'abordant : Lâche! pourquoi as-tu battu cet enfant? que ne t'attaques- tu à moi? L'autre répond : Lâche toimême! n avance point, retire-toi; &: à Tinftant M. de Carion met Tépée à la main pour attaquer de Lormeau, qui, de son côté, tire aussi Tépée. Après s'être portés Tun à l'autre trois ou quatre coups, ils se saisirent corps à corps, & le sieur de Carion, prenant son épée par la lame, s'efforce de percer, avec la pointe, le sieur de Lormeau à Teftomac. Pendant que celui-ci se débattait, sa perruque vint à tomber par terre, & cet incident fut cause que

(i) Greffe de \'il!e- , ,r , ^, • , . . , • .

marie. Dépositions de ^^' dc Cariou, prenant alors son epee par la poignée, se Basset, greffier, & de mit à frapper du pommcau sur la tête de l'autre assez

Micheleau, serviteur j ^ i ^a, / v

de M. Migcon. rudcmeiit pour que le sang en sortit (i).

PLUSIEURS COLONS s'e F- A cc spcctacle, la femme du sieur de Lormeau, Marie

Roger Lepage, toute saisie d'effroi & hors d'elle-même, court à la maison de M. de Béleftre, criant : Au meurtre! au meurtre! Monsieur de Béleftre,sortei. Celui-ci était à table avec Charles Le Moyne de Longueuil & un marchand de La Rochelle, nommé Baflon, qu'il avait invités à souper ce jour-là. Ils sortent à l'inflant tous trois, & voyant les deux champions, Tépée à la main, qui se tenaient toujours serrés l'un l'autre corps à corps, ils essayent de les séparer, mais sans pouvoir en venir à bout. De nouveaux efforts n'ayant pas plus de succès, M. de Réleflre, indigné d'une telle brutalité, leur dit en se retirant : Puisque vous refusez de vous séparer, tue{-pous donc si vous i>oule{. Un nommé Gilles, autrefois domeftiquc de M. de Carion, s'approche alors l'épée nue à la main & la fait brandir comme s'il eût voulu défendre son ancien maître, sans frapper pourtant de Lormeau. Mais M. de Morel, dont on a parlé, & qui était aussi accouru, tire pareillement l'épée, & passant ainsi autour du sieur de Carion & de l'autre, qui étaient toujours aux prises, il allonge un coup d'épée à de Lormeau, ce qui porte M. Le Moyne de Longueuil à lui dire avec autant de fermeté que d'indignation : Vous

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