AFFAIBLISSEMENT DE LA CHARITÉ PARMI LES COLONS
La charité généreuse qu'on avait admirée autrefois se refroidit, surtout après l'arrivée des troupes. Quelques particuliers, qui portaient leurs grains aux moulins, désirant de les faire moudre avant celui des autres, imaginèrent de donner, pour cela, quelque petite gratification aux meuniers, qui, par là, les faisaient passer les premiers, au détriment de ceux qui ne leur donnaient rien. Cette préférence excita des murmures contre les meuniers, surtout de la part de ceux qui, étant moins aisés, avaient plus besoin encore de leur temps & de leur farine que les autres pour subvenir à leurs familles, hiformé de cet abus, le Séminaire donna ordre au Juge de le retrancher; 8c il fut ordonné qu'à l'avenir tous ceux qui se présenteraient aux moulins, prendraient leur rang par premier & dernier, avec défense aux meuniers de rien recevoir d'eux, sous peine de concussion 8v d'amende; 8c aussi, pour lesautres, d'amende arbitraire. Enfin, pour ne pas retarder les plus pauvres, il fut ordonné que chaque famille ne pourrait faire moudre plus de dix minots de blé à la fois; 8c que, s'il en reliait à moudre, rindi\ idu à qui ce surplus appar-
(IRAND HANGAR A VIL Lt MARIE.
RFI.ACHKMKNT DKS MŒURS PRIMITIVES. ^99
tiendrait, prendrait, pour cette partie, son rang après le dernier venu. Cette ordonnance fut affichée dans le Heu le plus apparent de chaque moulin (i ). ^'^ ^l"f ^ ^i^viiic-
t t t: 1 ^ ^ niL-îne, 3 fcv. 1672.
L'amour excessif du lucre, qui taisait employer aux uberté que se donpens de guerre toute sorte de moyens pour obtenir les ^ent quelclues co-
l,^-] ^J'i^Jl- 1 LONS POUR TRAFIQUER
pelleteries des sauvages, porta d abord plusieurs colons ^^.^^. ^^^ sauvages. de Villemarie à recourir, pour traiter avec ces derniers, établissement d'un à des expédients nouveaux, contraires au bien public, 8: qui même pouvaient devenir l'occasion de graves désordres. Plusieurs, voyant arriver, le soir, des sauvages chargés de pelleteries, les invitaient à loger dans leurs maisons, alin que ces barbares, pour répondre au bon accueil qu'ils recevaient de leurs hôtes, qui sans doute leur donnaient à manger ^ à boire, leur cédassent, de préférence, les fourrures qu'ils apportaient. Les autres colons, fruftrés par là de la liberté de traiter avec ces sauvages, en firent leurs plaintes au Procureur syndic, Mathurin Langevin, qui, le 3i juillet 1667, présenta requête au Juge des seigneurs (2); (2) <^iieffe de viiie- &, ce même jour, M. d'Aillebouft défendit à tous les pro- ^'|^,e d^Màthuthi priétaires, locataires & autres, qui occupaient des maisons Lanqcvin, syndic. dans l'île de Montréal, de loger chez eux aucun sauvage. 11 leur enjoignit en môme temps de ne traiter avec eux que depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher : déclarant que les contrevenants seraient condamnés à une amende arbitraire; 8«: que toutes les pelleteries, traitées de la sorte, seraient confisquées, pour être données, moitié à l'Église paroissiale, & l'autre moitié à IHôtel-Dieu wSaint-Joseph (3). Mais pour prévenir plus efficacement encore les i'v ibid., oijonabus qui pouvaient se glisser dans la traite, les habitants "''"''' ''" "' '"'""^ avaient déjà résolu de conllruire à leurs frais, dans le lieu dit la Commune, un grand hangar, dont on a parlé, pour qu'il fût, comme le marché public, où seraient exposées en vente toutes les pelleteries; & à côté du hangar, des logements deffinés à servir d'hôtellerie aux sauvages qui viendraient ainsi trafiquer. Ils consentirent même à renoncer pour un temps au droit qu'ils avaient à la traite, afin
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que le profit qui en reviendrait fût employé à ces constructions.
PREMIERS EXEMPLES DU La cupidlté, qui eft la racine de tous les maux &. va
MONOPOLE DU BLE. ji^j^qi^i'à étcludre tout sentiment d'humanité, porta quelques particuliers, en 1670, à faire le monopole du blé, pour le vendre ensuite à haut prix ; & c'eft ici le premier exemple que nous offre la colonie de Montréal de ce crime déteftable. Ceux dont nous parlons se mirent à parcourir les côtes , & à acheter tout le blé qu'ils trouvèrent à vendre, ce qui obligea ensuite les pauvres & les autres particuliers à recourir à eux, à leur notable détriment. M. Talon, informé de cette tadique cruelle, prit des moyens pour obliger chacun, à n'acheter de blé que pour sa provision; 8: défendit, sous peine de confiscation, d'en vendre à personne, avant que les magasins du Roi (0 Greffe de Ville- eii fusseut Suffisamment pourvus (i). Il fixa aussi le prix
marie, 26 janv. 1671. ^^^ |^^^ Frauçais à trois livres deux sous le minot ; ce qui n'empêcha pas le meunier de la Touche-Champlain de profiter de la disette pour le vendre cent sous, & encore mêlé de blé d'Inde : infraction qui obligea l'Intendant à
(■/' Ibid., 1 avril , • , , • /^v
j(-„; sevir contre lui (2).
DÉSORDRES COMMIS PAR Le licenciemcnt d'une partie des troupes dans le pays y avait multiplié, malgré le zèle des magiffrats, cette classe d'individus appelés volontaires ou travaillants, qui, n'étant point engagés, par contrat, au service de personne, étaient censés travailler à la journée, & donnaient lieu à un grand nombre de désordres par leur vie errante & libertine. Mais nulle part ces volontaires ne furent plus répandus qu'autour de Villemarie ; &, le Juge des seigneurs s'étant elfbrcé en vain de les ranger à leur devoir, on s'adressa enfin au Conseil souverain, pour les obliger à s'engager à des maîtres ou à se faire habitants. Le Conseil, entrant dans des vues si sages, leur défendit, sous peine d'amende, de faire la traite avec les sauvages, 8: ordonna en outre que chaque année les juges des lieux lui présenteraient le