VENTE DES LIQUEURS FORTES AUX SAUV. 1 668 ET S
flexions suivantes, bien propres à juftifier cette conduite de M. de Laval, u Sans Teau-de-vie, nous aurions des « milliers d'exemples de conversion parmi les sauvages; « mais cette liqueur efl pour eux un appât diabolique, qui « entraîne presque tous ceux d'entre eux qui fréquentent « les Français. On les voit tous périr par ce malheureux « commerce; & c'eUt une extrême aftlidion pour les per- « sonnes qui sont le plus dans les intérêts de Dieu : car il « n'y a quasi rien à faire qu'avec les enfants & les vieil- « lards. Tous les autres, soit Algonquins, soit Iroquois, « ont une telle avidité pour les boissons, qu'ils ne cessent « de boire qu'après être ivres à n'en pouvoir plus (*) (i). » (0 Hi(t. du Mont- Ce qu"il y eut de plus affligeant, c'eft qu'au rapport de ^^^' eu^o a i 71. M. de Belmont, ces désordres furent fomentés par les Français, ou plutôt par les officiers mêmes qui représentaient la personne du Roi. « Les Hollandais ayant donné
(*) En rendant l'arrêt que nous venons de rapporter, le Conseil souverain n'en minuta pas les termes avec assez de réflexion, & donna cette permission générale à tous les Français de la Nouvelle- France sans diflindion. II arriva de là que les volontaires, les vagabonds & d'autres se crurent autorisés, aussi bien que les habitants ou les colons proprement dits, à vendre des boissons aux sauvages, ce qui donna lieu à des rixes lâcheuses entre les Français. A Villemarie où ces vo- /o«fa/re5 étaient alors en grand nombre, les habitants se plaignirent d'être ainsi fruftrés d'un commerce auquel ils prétendaient avoir droit; & dans ces circonftances critiques,' M. Dollier, quoique trèsopposé à la vente des boissons, comme on vient de le voir, crut pouvoir céder aux habitants, par un écrit signé de sa main, le droit, qui appartenait primitivement aux seigneurs, de vendre en général du vin, de l'eau-de-vic & d'autres boissons à pot & à pinte. En vertu de cette cession, le syndic de Villemarie présenta au juge du lieu une requête signée par douze habitants, pour exclure de ce commerce en détail tous ceux qui n'étaient point habitués dans l'île; & en conséquence M. d'Ailleboufl détendit ce commerce à ces derniers, le 21 mai 1672, sous peine d'une amende arbitraire. (2) Enfin le Gou- (2) Greffe de Ville verneur de Montréal, M. Perrot, rendit de son côté une déclaration, marie. Arch. judiciaiqui l'interdisait aux marchands & autres non domiciliés dans l'île, "^^h 2' '""a' 1672. sous peine de cinquante livres d'amende & de confiscation des boissons, applicables, la moitié au dénonciateur & l'autre moitié ù l'église /3\ y^j^, ,2 nov. paroissiale (3). ,072, 23 mai 1G73.
Iir PARTIE. LOUIS XIV.
(i) Biblioth. impériale. Supplément Français, 12665, manuscrit. Hift. de l'eaude-vie en Canada , art. 4».
DIVISION ENTRE LE CLERGÉ ET LES MA- GISTRATS TOUCHANT LA VENTE DES LI- QUEURS AUX SAUVA- GES.
(2) Lettr. de Marie de l'Incarnation. Lettre 83, p. G42, odlobre 16G9.
« de Feau-de-vie aux Iroquois, dit-il^ elle fit parmi toutes « ces nations de si affreux ravages^ que le major Andros, « alors Gouverneur d Orange & ensuite de Manate, pro- « posa au Gouverneur du Canada, de défendre de concert, « chacun dans son gouvernement, la vente de feau-de- « vie aux sauvages. Mais ces propositions ne furent point « écoutées; & depuis ce temps, les Français n'ont cessé « d'étendre par toutes les nations sauvages le règne de « feau-de-vie. Enfin, il s'efl trouvé des personnes qui en « ont entrepris la défense, & qui ayant fait de vafles des- « seins d une fortune immense, qui devait les rendre les « maîtres de tout le commerce du monde nouvellement (( découvert, & de celui qui était encore inconnu, ont su (( mettre dans leur parti le gouvernement du Canada & la (( Com.pagnie des Indes-Occidentales (i). »
A partir de farrêt du Conseil souverain, du lo novembre 1668, il fut donc permis à tous les colons de vendre publiquement & impunément de l'eau- de-vie aux sauvages, nonobflant la défense faite par M. de Laval, permission qui faisait dire à la Mère de l'Incarnation, Tannée suivante : « Ce qui fait le plus de mal en ce pays, c'eft « le trafic des boissons de vin et d'eau-de-vie. On déclame « contre ceux qui en donnent aux sauvages, on les excom- « munie; TEvêque & les prédicateurs publient en chaire (( que c'ell: un péché mortel; & nonobflant tout cela, « plusieurs se sont formé la conscience que ce commerce « eft licite; & sur cette erreur volontaire, ils vont dans « les bois & portent des boissons aux sauvages, afin « d'avoir leurs pelleteries pour rien, quand ils sont en- « ivres. Il suit de là des impuretés, des larcins, des (( meurtres & des désordres épouvantables (2). » On vit alors se former deux partis qui divisèrent le Canada, l'un composé de M. de Laval, du Clergé & des Missionnaires; l'autre du gouvernement, de la Compagnie des Indes qui subsirtait encore, & de tous ceux qui ne cherchaient qu'à s'enrichir. « Cette querelle, dit M. de Belmont, divisa la